Tag Archive for patrick Chamoiseau

Nulle mort ne peut

Pour Derek Walcott

— par Patrick Chamoiseau —
 

  

Il y a tant de chênes à Atlanta qui gémissent encore

Des champs qui pleurent

Qui chantent aussi

Et qui impriment aux capsules du coton des torsions incroyables !

 

C’est ce mélange

C’est cette torsion

Ce plus insoutenable qui habille l’envol des belles et seules images !

 

Que la mer mieux qu’Histoire te soit douce

Qu’elle te fasse mémoire

Que l’archipel mieux que pays te fasse collier

 

Lire Plus =>

Une culture en héritage

— Par Lise Gauvin —

mere_morte

Edvard Munch – La Mère morte et l’enfant –

Comment survivre à cette « absence fondamentale » que constitue la mort de la mère ? se demande le narrateur du dernier roman de Patrick Chamoiseau. En risquant « une parole, […] sans mander de répondeurs, juste soucieux de respirer et de sourire aux souffles de ce qui n’est nulle part et qui pourtant subsiste ».

Dans La matière de l’absence, l’écrivain amorce une longue méditation, en compagnie de sa soeur aînée surnommée La Baronne, sur l’héritage laissé par Man Ninotte et sur la culture antillaise, qu’il présente comme une combinaison de traces, ces « mélanges en précipitations », ces « marques jamais monumentales » qui font les paysages.

Cette culture, Chamoiseau la retrouve dans la présence du conteur créole, dont le récit se situe tout autant dans ce qu’il dit que dans ce qu’il ne dit pas, mais aussi dans les allées et venues des pacotilleuses, ces femmes qui voyagent sans cesse dans la Caraïbe pour tenir un « commerce mobile ».…

Lire Plus =>

Patrick Chamoiseau : « Aux grands vents de la relation »

— Entretien réalisé par Muriel Steinmetz —

patrick_chamoiseau-400Il publie la Matière de l’absence, un livre puissant qui part d’un deuil personnel pour se hisser à l’universel humain en passant par la Martinique, qui brasse tant de cultures payées au prix fort, depuis la traite négrière jusqu’à la colonisation.

À l’occasion de la sortie de la Matière de l’absence, Patrick Chamoiseau (né en 1953 à Fort-de-France en Martinique), qui obtenait en 1992 le prix Goncourt pour son roman Texaco, nous a accordé un entretien. Il y est question, entre autres, de la mère, de la terre mère, de la créolité et du « tout-monde », prôné par son maître et ami Édouard Glissant.

Tout roman n’est-il pas autobiographique ?

Patrick Chamoiseau La création romanesque mobilise toutes les ressources, y compris celles de la propre vie de l’auteur. C’est toujours une expérience subjective singulière, qui se transmet dans le langage et le thème donnés.…

Lire Plus =>

Un deuil différé qui finit par embrasser le monde

matiere_de_l_absence_fdfPatrick Chamoiseau part de lui-même pour nous livrer, à l’échelle de toute l’espèce, un vaste poème en prose aux bouffées épiques.

Après la catastrophe qu’a été la mort de sa mère – dont il a longtemps différé le deuil –, Patrick Chamoiseau compose un objet d’écriture proprement inédit (ni roman, ni récit, ni essai) d’une rare ambition, ponctué de dialogues entre un narrateur qui dit « je » et une sœur aînée, dite la Baronne, décrite comme élancée, dotée d’un solide bon sens qui tempère volontiers le penchant de son cadet à la philosophie. Une prose dense à l’extrême rend magnifiquement compte de l’état d’esprit d’un homme brutalement saisi par l’annonce de la disparition de celle qui le mit au monde. C’est ensuite la lente remontée des souvenirs, des sensations, des couleurs, des odeurs… Structurée en trois parties (intitulées « Impact », « Éjectats », « Cratère »), la Matière de l’absence, littéralement possédée par un dessein autobiographique de grande ampleur, convoque au passage maintes disciplines de la pensée, au premier rang desquelles l’anthropologie et l’histoire.…

Lire Plus =>

« La matière de l’absence » : Le grandiose de l’intime

la_matiere_de_l_absenceA l’occasion de la parution de dernier livre de Patrick Chamoiseau, « La matière de l’absence », l’Association Tout-monde a organisé une soirée poétique. Gérard Delver, président de l’association, s’est entretenu avec l’écrivain. Quelques extraits…

Gérard DELVER : Ton dernier ouvrage « La matière de l’absence » me semble ouvrir une nouvelle dimension dans la littérature de nos pays, je veux parler de « l’intime ». Nos littératures étaient souvent identitaires, à visée collective, essayant le plus souvent d’élucider un être-au-monde créole et pour le moins énigmatique, tant et si bien que l’intime que l’on trouvait dans les littératures européennes était très peu présent chez nous. Qu’est-ce qui justifie ta plongée soudaine dans l’intime de la mort d’une mère, de l’émoi d’un deuil ?

Patrick CHAMOISEAU : C’est vrai que le fondement de nos littératures, leur énergie profonde était l’élucidation identitaire. Nous avons de tout temps été confrontés à la nécessité d’explorer cette complexité créole inédite qui nous chahute au plus profond.…

Lire Plus =>

La voie des nuits…

nuitdebout_02-05-16L’erreur serait de considérer le phénomène “Nuit debout” comme une solution.
Quand une refondation s’avère inévitable toute “solution”, comme toute “recette”, serait une pauvreté, pour tout dire : une impasse. Il faut y deviner un principe effervescent, une errance qui oriente, la fréquentation hors-cadre (tremblante, et en ce sens précieuse) de l’incertain, de l’imprévisible et en finale : de l’impensable.
Cheminement générique et grand désir-imaginant, Nuit debout est une “voie” au sens où le propose ce cher Edgar Morin.
Il faut y être, il faut en être.
Patrick Chamoiseau
*
*

Considérant M. Ernest Breleur…

— Par Patrick Chamoiseau —

ernest_breleurConsidérant M. Ernest Breleur, je dirais ceci.
Cette œuvre est importante. L’artiste est considérable.
Examinons ce que je mets dans ces deux termes : l’important, le considérable

A
L’œuvre breleur est importante

1 – L’œuvre importante augmente notre réel. Elle ébranle les certitudes qui nous permettent de vivre et qui nourrissent notre idée du beau, du vrai, du juste, du pertinent, du bienfaisant… Toute œuvre importante augmente le réel par un tourbillon d’interprétations possibles qui sollicite votre participation, qui vous oblige à exister autrement en face de son indéfinition. L’indéfinition c’est la préservation d’une grande intensité de possibles. Elle est inconfortable pour celui qui veut être rassuré. C’est pourquoi il est plus facile et plus fréquent de rejeter une grande œuvre, que de la confronter. L’autre manière de la fuir, est de vouloir à tout prix l’expliquer. Celui qui se lance dans une explication, c’est à dire qui cherche à en enlever et les ombres et les plis, prend le risque de se couper de l’œuvre qui elle, demeure et demeurera malgré tout infiniment ouverte.…

Lire Plus =>

Carnation et incarnation au théâtre vues par Patrick Chamoiseau

patrick_chamoiseauCet article a été initialement publié sur africultures.com, que nous vous invitons à visiter.

Patrick Chamoiseau, célèbre écrivain martiniquais, prix Goncourt pour Texaco en 1992, l’un des représentants de la Créolité avec Raphaël Confiant et Jean Bernabé, disciple inconditionnel d’Édouard Glissant, est indéniablement plus connu pour son œuvre romanesque que pour son œuvre théâtrale. Beaucoup ignorent en effet que l’auteur de Solibo le magnifique et Biblique des derniers gestes est aussi dramaturge. Ses pièces témoignent de l’intérêt de l’écrivain pour le conte, la langue créole ainsi que de son engagement politique contre le colonialisme et le néo-colonialisme : il s’inspire du théâtre grec antique avec sa première pièce écrite en 1975, une adaptation d’Antigone de Sophocle transposée dans le contexte indépendantiste martiniquais des années 70 ; il oppose les représentantes de la tradition orale antillaise et occidentale avec Manman dlo contre la fée Carabosse publiée en 1982; il confronte les croyances populaires antillaises au rationalisme cartésien dans Un dimanche avec un dorlis, pièce jouée en 2004 au festival d’Avignon dans une mise en scène de Greg Germain.

Lire Plus =>

L’appel contre les murs

— Edouard Glissant – Patrick Chamoiseau —

ayral_kurdi (…) La tentation du mur n’est pas nouvelle. Chaque fois qu’une culture ou qu‘une civilisation n’a pas réussi à penser l’Autre, à se penser avec l’Autre, à penser l’Autre en soi, ces raides préservations de pierres, de fer, de barbelés, ou d’idéologies closes, se sont élevées, effondrées, et nous reviennent encore dans de nouvelles stridences. (…)

(…) La moindre invention, la moindre trouvaille, s’est toujours répandue dans tous les peuples à une vitesse étonnante. De la roue à la culture sédentaire. Le progrès humain ne peut pas se comprendre sans admettre qu’il existe un côté dynamique de l’identité, et qui est celui de la Relation. Là où le côté mur de l’identité renferme, le côté Relation ouvre tout autant, et si, dès l’origine, ce côté s’est ouvert aux différences comme aux opacités, cela n’a jamais été sur des bases humanistes ni d’après le dispositif d’une morale religieuse laïcisée.…

Lire Plus =>

Convoi pour Henri Corbin

— Par Patrick Chamoiseau —

gerbe_mortuaire

Ce sont maintenant les routes qui s’ouvrent

Plénières

Elles disent les énergies de l’archipel
les chairs aimantes du continent
(ce sont les langues qui chantent

créole des Bitations et langue de France gâchée
dans ce que l’Amérique a fait de l’espagnol)

C’est cette force tremblante
Cette solitude en liberté qui empoignait d’emblée tous les rivages connus
Toutes les saisons
Tous les possibles
Du soleil de Marseille aux sentiments de Saint-Domingue

Des profonds de l’ici jusqu’aux passions vénézuéliennes
Le lieu mis sans bornages sous l’étendard des Amériques

Le lieu mis solidaire

René char disait que pour un poète
ce sont les traces et non les preuves qui font rêver

Ami

J’ai connu ta tendresse pour notre soleil commun

J’ai su entendre dans le recoin des confidences le chant des femmes captives
et l’incroyable des aventures

(chevelure gominée et couteaux de voyou)
Rien de fixe ou de banal dans cette vie soumise à poésie très pure
Tu plongeais dans les ombres et vivait de lumière !…

Lire Plus =>

« Un dimanche au cachot » : les avis divergent

Un-dimanche-au-cachot— Par Selim Lander —

Disons tout de suite, ou plutôt rappelons qu’il n’y a pas de critique objective, au théâtre comme ailleurs. Le critique arrive plein d’entrain ou fatigué, l’estomac vide ou rempli, de bonne ou de méchante humeur, et tout cela, bien sûr, ne peut qu’influer sur sa manière d’accueillir le spectacle à propos duquel il devra, quoi qu’il arrive, donner son avis. S’il est un « vrai » critique, il a en outre le souvenir des centaines de pièces déjà vues, avec lesquelles il ne pourra s’empêcher de comparer celle de ce soir. La place où il est assis importe également pour beaucoup. S’il est un critique reconnu, et si les places sont numérotées, on lui aura réservé une très bonne place ; si ce n’est pas le cas, il risque de se retrouver trop loin ou trop sur le côté, en tout cas pas là où il pourrait avoir le meilleur point de vue sur la scène et les comédiens⋅ Dans la salle Frantz Fanon de l’Atrium, pardon, de l’EPCC Martinique, les places ne sont pas numérotées ; la prudence étant bonne conseillère, nous sommes arrivé suffisamment à l’avance pour être assis au troisième rang, presque de face, un emplacement à peu près idéal⋅ Par ailleurs nous n’étions pas plus fatigué que d’habitude, ne sortions pas d’une scène… de ménage, notre estomac n’était ni trop rempli ni criant famine, bref tout était réuni a priori pour que nous goûtions sereinement le spectacle.…

Lire Plus =>

Jean L’Océan : faire confiance à l’enfance!

Jean l'Océan est né,a grandi et a vécu en Martinique jusqu'à l'âge de 38 ans. En grande partie autodidacte, Jean l'Océan s'est cependant formé en théâtre avec José Exelis-directeur artistique de la Cie « Les enfants de la mer » et en conte avec Pia San Marco et Patrick Fischmann en sus des stages de mime et de chant qu'il a suivis. Parallèlement à son activité de conteur de la Caraïbe qu'il mène depuis 2005, essentiellement en métropole, il travaille donc avec la Cie Car'Avan avec laquelle il crée « Pas un ange...une enfant, simplement! ». Les bases d'un travail commun sur le récit d'enfance de Patrick Chamoiseau se sont ainsi progressivement installées entre les deux artistes.« Caraïbéen planétaire », Jean l'Océan puise son inspiration dans le métissage des races et transmet des histoires porteuses de valeurs universelles.

Patrick Chamoiseau : « Les racistes n’ont plus de refuge »

La ministre de la justice, Christiane Taubira, a été victime d'insultes racistes à répétitions. Ces attaques n'ont pas suscité, dans un premier temps, d'émotion particulière dans la classe politique. Assiste-t-on à une libération et une banalisation de la parole discriminatoire ? L'écrivain Patrick Chamoiseau, prix Goncourt 1992, s'inquiète de cette prégnance du discours d'extrême-droite. Mais le Martiniquais voit également dans cette outrance verbale, cet accès réactionnaire une raison d'espérer.

Succès du Forum citoyen de Saint-Pierre

Le Forum citoyen qui s'est tenu mercredi 20 février Place Bertin à Saint-Pierre et qui a réuni plus de 400 personnes a donc été un plein succès pour ses organisateurs. L'occasion, voulue par Patrick Chamoiseau, d'un grand rendez-vous démocratique destiné à marquer une étape importante dans le processus du Grand Saint-Pierre. En "restituant" à la population l'objet de la consultation insufflée par les Ateliers d'imaginaires (et les Ateliers numériques sur le site), c'est l'adhésion des Pierrotins qui a pu se vérifier avec ferveur autour de l'équipe de la mission, du maire de Saint-Pierre Raphaël Martine, et de Catherine Conconne, du Conseil régional. Les attentes des Pierrotins, leurs regards sur la ville, leurs interrogations aussi : c'est ce foisonnement de tous et de chacun qui s'est fait jour, en plein accord avec le dessein initial d'une élaboration collective du projet qui est au coeur même de la conception du projet. L'occasion, surtout, de dévoiler la liste des 20 chantiers prioritaires qui ressortent de ce bilan d'étape des Ateliers.