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Pour une stratégie de retrait

— Par Patrick Chamoiseau —

constructionsAu cours des quinze à vingt ans qui viennent, la planète terre aura bien entamé une nouvelle jeunesse.
Dans le renouvellement de cet écosystème, il est à craindre une montée plus ou moins considérable du niveau de la mer.
Quelle que serait l’ampleur du phénomène, il est inévitable que tout le littoral martiniquais se voit sérieusement avalé, creusé, – à tout le moins : très méchamment redessiné.

Or, 27 de nos 34 communes ont organisé leur centre, leur cœur, leur âme, sur la frange littorale, à quelques mètres des premières vagues.
Qu’en subsistera-t-il ?
Mystère.

A cela s’ajoutent l’actuelle lacune sismique et les bouleversements climatiques : cyclones, foudres, séismes et tsunamis…
Dans certaines conjonctions, la dévitalisation risque d’être totale.
Et donc : envisager les années qui viennent sans une stratégie de retrait constitue plus qu’une aberration.
Cela relève du crime.

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Alzeimer : une guerre à gagner !

— Par Patrick Chamoiseau —

alzeimerCe qui est terrifiant dans la maladie d’Alzheimer ce n’est pas seulement qu’elle menace chacun d’entre nous, qu’elle menace nos proches, ou qu’elle peut frapper n’importe qui indépendamment de son âge. Le terrifiant c’est quelle est désormais au coeur de notre tissu social comme un monstre assassin qui nous mènerait une guerre insidieuse. Des dizaines de personnes sont régulièrement frappées. Des dizaines de personnes disparaissent lentement et désespérément devant leurs proches. À travers elles, des centaines de personnes doivent affronter seules et démunies cette espèce de mort qui précède la mort. Des centaines de personnes voient donc  leur existence basculer dans la douleur et dans le désarroi.
Une sorte de massacre.
Le tissu social est donc atteint par l’ampleur grandissante du phénomène, mais aussi et surtout par notre absence de réaction énergique et massive. Les structures d’accueil sont presque inexistantes, toujours insuffisantes. Les associations et les quelques bénévoles qui s’efforcent d’accompagner les malades, leurs familles, sont le plus souvent au bord de la faillite et du découragement.  

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Théâtre et cavalcades à St Pierre : chapeau bas!

— Par R.C. —

mai_st-pierreLe Mai de Saint Pierre 2013 organisé cette année par la municipalité et l’antenne régionale du Grand Saint Pierre a tenu son pari d’éclairer les rues de la cité, de couleurs, de senteurs, de chants, de danses et de frénésie musicale relayées avec talent par la voix de Michel Thimon en direct sur Martinique 1ère.

On se sentait bien dans la ville d’Art et d’Histoire, on pouvait imaginer ce qu’était la vie de la cité avant l’éruption de 1902 avec ses petits commerces, ses va-et-vient, ses cris d’enfants, ses palé gro-goj et les rires des femmes qui ont fait dire à Raphael Martine, le maire, que « la ville retrouve peu à peu son prestige, Saint Pierre renait avec le souvenir, mais surtout grâce à l’intelligence des pierrotains ».

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Pour la réparation

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— Par Patrick Chamoiseau —
En matière de colonisation, de traite et d’esclavage,
la réparation relève d’une volonté d’aller au mieux-humain : une complexe totalité.
Dès lors, il faut la concevoir dans un écosystème  :
– Politique
– Législatif
– Foncier
– Éducationnel
– Scientifique
– Culturel
– Financier
– Psychologique
– Esthétique
– Artistique
– Symbolique
Son éthique déserte toute bonne ou toute mauvaise conscience, vengeance ou récrimination, pour s’inscrire dans la haute conscience. Elle demande, à qui en porterait la volonté étatique, la mise en place d’une instance de réflexion et de structuration.
L’écarter en s’effarouchant d’une indécence comptable
n’est qu’une manière caricaturale de ne rien entendre au concert obligé des mémoires.
Patrick CHAMOISEAU

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« Le papillon et la lumière » de Patrick Chamoiseau

 iLivres : le coup de cœur de la semaine de Christian Séranot

 papillon_&_lumierePatrick Chamoiseau

 (Philippe Rey, 109 pages, broché, 14,25€

 Gallimard, Poche, à partir du 02/06/13/, 4,56 €)

 Veritatis splendor ! Di fé pwi !1 Patrick Chamoiseau est de toutes les époques et de tous les âges. Sa parole est d’or et de boue, celle d’un écrivain génétiquement constitué par toutes les dimensions de son être en son histoire, qu’il sait rendre au centuple. Elle court les marigots, les échoppes bricolées des puissants, les ciels d’azur ou d’orages, les mythes revisités, les légendes apprises, les parlers écoutés et fait donner la foudre, ce raccourci de l’éclair. Elle conte aussi, dit l’éloge, clame l’indignité, s’insurge et caresse. Revendique la relation, tend au diversel. Poétique, elle se dérobe à ce qui enclot. L’Histoire est passée par là, dont elle se fait l’écho depuis plus de trente livres publiés. Celle de tous les esclavages, des insurrections, des pays dominés, mais pas seulement. Celle de la nature du monde dont elle dit la créolité et défend les richesses menacées. Tous ces écrits font œuvre.

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Succès du Forum citoyen de Saint-Pierre

Le Forum citoyen qui s’est tenu mercredi 20 février Place Bertin à Saint-Pierre et qui a réuni plus de 400 personnes a donc été un plein succès pour ses organisateurs. L’occasion, voulue par Patrick Chamoiseau, d’un grand rendez-vous démocratique destiné à marquer une étape importante dans le processus du Grand Saint-Pierre. En « restituant » à la population l’objet de la consultation insufflée par les Ateliers d’imaginaires (et les Ateliers numériques sur le site), c’est l’adhésion des Pierrotins qui a pu se vérifier avec ferveur autour de l’équipe de la mission, du maire de Saint-Pierre Raphaël Martine, et de Catherine Conconne, du Conseil régional. Les attentes des Pierrotins, leurs regards sur la ville, leurs interrogations aussi : c’est ce foisonnement de tous et de chacun qui s’est fait jour, en plein accord avec le dessein initial d’une élaboration collective du projet qui est au coeur même de la conception du projet. L’occasion, surtout, de dévoiler la liste des 20 chantiers prioritaires qui ressortent de ce bilan d’étape des Ateliers.

On consultera la synthèse des ateliers numériques ici

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Sur la repentance

Poster-Tabou

par Patrick Chamoiseau

En matière de crime d’État,
la repentance est une élégance de l’âme,
une force de l’esprit qui englobe dans un même élan tous les états de la conscience.
Si la repentance affaiblit ceux qui la réclament (on doit se tenir très au-dessus des bourreaux),
elle grandit sans partage ceux qui peuvent la prononcer sans se sentir rabaissés ou honteux.
La repentance peut s’entendre car elle résonne toujours en pleine humanité,
et active ainsi pour tous une éthique renouvelée.
Ceux qui associent l’expression d’une repentance à de tels sentiments (honte, faiblesse ou tremblements) 
sont encore victimes  de l’orgueil colonial,
ou pataugent bien en-dessous des puissances et des sérénités de la haute conscience.
Face aux crimes commis en Algérie,
M. François Hollande a tort de croire qu’il y a dans la proclamation de la non-repentance une quelconque vertu.
Juste l’ombre portée (sinistre) de M. Sarkozy.

 

Patrick CHAMOISEAU

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Condorcet,  » Réflexions sur l’esclavage des Nègres « .

Un admirable  » éclat de conscience  »

Ecrit en 1781 pour dénoncer une pratique qui ne sera définitivement abolie par la France qu’en 1848, ce texte témoigne, selon l’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau, de la clairvoyance du philosophe, qui sut s’affranchir des structures de l’imaginaire dominant

Dans quelles circonstances avez-vous découvert ce texte ?

C’est une découverte un peu neutralisée, comme le système scolaire sait en produire. Un extrait quelconque dans un cours d’histoire ou de philo, je ne sais plus très bien. Mais, en ce temps, je n’avais pas de problématique particulière. L’humanisme des Lumières, pour moi, restait quelque chose d’un peu désincarné, en tout cas pas directement fonctionnel. Plus tard, les livres se sont réveillés, et je n’arrête pas de m’émerveiller de la clairvoyance de ces esprits magnifiques. Malgré des aveuglements liés à leur époque, ils sont étonnants de lucidité et surtout de générosité. Et puis cette capacité à sortir de soi, de sa quiétude et de sa prééminence, pour s’ouvrir à une altérité, lointaine, invisible, incompréhensible ou méprisable… C’est mon angoisse quotidienne que de me demander sur quoi je suis aveugle, quel est le grand crime actuel que je ne dénonce pas, dont je m’accommode…

Le texte de Condorcet arrive près d’un siècle après l’édiction du Code noir, qui ravalait des hommes au rang de  » biens meubles « .

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TEXACO , les 26 et 27 septembre 2008 à l’Atrium

 

— Par Laurence Aurry —

Certes, quand on lit Texaco, le roman de Patrick Chamoiseau, récompensé du Prix Goncourt en 1992, et qu’on imagine une adaptation théâtrale de cette œuvre, on pense spontanément, pour représenter les personnages haut en couleur de la vieille câpresse, Marie-Sophie Laborieux ou de son père, le « nègre-chien » affranchi, Esternome, à des acteurs antillais talentueux comme Aurélie Dalmat ou Jacques Martial, par exemple. Et lorsqu’on découvre la scène avec ce jeune comédien fluet, Jean-Stéphane Souchaud, plus blanc qu’un mabouya, on reste circonspect. Il semblait si logique et naturel de la voir jouer par des acteurs qui portent encore en eux l’empreinte indélibile du lourd passé de l’esclavage.

Il soufflait donc, vendredi 26 septembre, dans la salle Frantz Fanon, un vent de scepticisme assez perceptible que l’accent plat de Jean-Stéphane Souchaud attisait.

Cependant, si l’on dépasse nos attentes, nos a priori, nous devons reconnaître que ce jeune acteur est bien méritant d’avoir eu l’audace le premier, avec Gilles Lefeuvre, le metteur en scène ainsi que toute l’équipe de la compagnie de La Nuit Venue, de s’attaquer à cette œuvre magistrale de la littérature antillaise.

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Césaire ? Ma liberté

 — par Patrick Chamoiseau—


Prix Goncourt 1992 pour son roman «Texaco», c’est un autre grand écrivain martiniquais qui dit ici sa dette à l’égard de l’immense poète disparu le 17 avril

 aime_cesaire-9_300«Et puis ces détonations de bambous annonçant sans répit une nouvelle dont on ne saisit rien sur le coup sinon le coup au coeur que je ne connais que trop.»
Lorsque celui qui s’en va est une magnificence, ce n’est pas un abîme qui se creuse mais un sommet qui se dévoile. Confrontée à certaines existences, la mort n’est qu’un révélateur, et c’est sa seule victoire. Le silence de Césaire s’est soudain rempli du verbe de Césaire, de ses armes miraculeuses, de ses combats, de ses lucidités et de ses clairvoyances. De son amertume aussi. «Regarde basilic, le briseur de regard aujourd’hui te regarde.»
La mort n’est ici qu’une paupière brutale, écarquillée sur une splendeur qui ne frémit même pas. Soudain total, un monde se dégage des cécités du petit ordinaire de la vie. La mort n’est pas la seule à se voir désemparée en face d’une telle présence que l’absence renforce.

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Dimanche avec un Dorlis

— Par Alvina Ruprecht —

dorlisUne production de la compagnie du Tout-monde
Texte : Patrick Chamoiseau
Mise en scène: Greg Germain
Scénographie et costumes: Erik Plaza-Cochet
Paysage sonore: François Leymarie
Eclairagee: Valérie Pétris

Distribution:
Gunther Germain Dorlis
Amel Aidoudi la femme

Créée à la Chapelle du verbe incarné en 2004 , la pièce de Chamoiseau est reprise cette année en Avignon avec la même distribution. Décidément , Greg Germain a une prédilection pour la psychanalyse, surtout depuis sa mise en scène de la Damnation de Freud ou les ethnopsychanalystes ont voulu montrer l’efficacité de certains rituels africains qui ont précédé de loin la psychanalyse européenne.

Pour sa part, Patrick Chamoiseau semble reprendre une thématique, déjà exploitée par Ernst Pépin (L’Homme au bâton) ou un personnage mystérieux pénètre chez les femmes la nuit pour les violer avec son bâton. Un cas d’ hystérie collective? la projection de femmes frustrées? La manifestation d’un esprit de nuit? Les rumeurs courent et l’imaginaire populaire s’enflamme. Il suffit de dire que dans le panthéon des créatures « magiques » issues de la tradition afro-caribéenne, les Soucougnans et les Dorlis, occupent une place privilégiés mais sur le plateau de la Chapelle du verbe incarné; cet esprit de nuit perd un peu son rayonnement.

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