Étiquette : histoire caribéenne

Lennox Honychurch : Redonner aux Kalinagos leur place dans l’histoire

– par Rodolf Etienne

Historien, anthropologue, archéologue et écrivain dominiquais, Lennox Honychurch consacre depuis plus d’un demi-siècle son travail à la connaissance et à la transmission de l’histoire caribéenne.

De la résistance des peuples kalinagos aux communautés marronnes, de la restauration des fortifications coloniales à la sauvegarde des traditions populaires, cet intellectuel a contribué à renouveler le regard porté sur les Petites Antilles.

La publication prochaine en français de son ouvrage consacré aux Kalinagos offre une nouvelle occasion de découvrir son œuvre.

Né le 27 décembre 1952 à Portsmouth, dans le nord de la Dominique, État indépendant des Petites Antilles situé entre la Guadeloupe et la Martinique, Lennox Edward Honychurch s’est imposé comme une référence majeure de l’histoire régionale. Diplômé en anthropologie de l’université d’Oxford, au Royaume-Uni, où il a obtenu un doctorat consacré aux échanges culturels entre populations autochtones et sociétés issues de la colonisation, il développe une démarche associant recherches d’archives, enquêtes de terrain, archéologie et traditions orales. Dès 1975, il publie The Dominica Story, une histoire générale de son île devenue un ouvrage de référence.  Lire Plus

Fiona Compton : Rendre l’histoire de la Caraïbe

– par Rodolf Etienne

Photographe, cinéaste, historienne et militante culturelle, la Saint-Lucienne Fiona Compton s’est donné une mission : retrouver les récits oubliés de la Caraïbe et les transmettre aux nouvelles générations.

Fondatrice de Know Your Caribbean, elle développe depuis près d’une décennie une autre manière de raconter l’histoire, à la croisée des archives, de l’art, du cinéma et des réseaux numériques.

Une photographie – et tout commence

Il suffit parfois d’une photographie ancienne pour ouvrir une brèche dans l’histoire.

Des visages anonymes, un paysage transformé, une scène de rue dont personne ne semble connaître les protagonistes. Qui étaient ces hommes et ces femmes ? Comment vivaient-ils ? Quelles histoires se dissimulent derrière ces images conservées dans des albums familiaux ou des collections institutionnelles ? C’est de cette curiosité qu’est née une partie de l’aventure intellectuelle de Fiona Compton. Dans un entretien qu’elle accordait en 2026 au média About Her Culture, l’artiste saint-lucienne racontait comment le partage de photographies anciennes de la Caraïbe l’avait progressivement amenée à interroger les lacunes de ses propres connaissances historiques.

Un constat s’impose alors : comment pouvait-elle avoir grandi dans la Caraïbe tout en ignorant tant d’aspects de son histoire ?  Lire Plus

Rodolphe Solbiac : La CARICOM et la bataille des savoirs

  • par Rodolf Etienne

À l’heure où la Martinique vient d’intégrer officiellement la Communauté des Caraïbes (CARICOM), les travaux de l’universitaire martiniquais Rodolphe Solbiac prennent une résonance particulière.

Depuis plusieurs années, ce spécialiste des littératures anglophones et des études postcoloniales explore une question fondamentale : comment les sociétés issues de l’esclavage et de la colonisation peuvent-elles transformer leur présent en reconstruisant les savoirs qui permettent de comprendre leur histoire ? Une réflexion qui rejoint directement les orientations de la CARICOM en matière de justice réparatrice.

Un universitaire martiniquais au cœur de la pensée caribéenne

Rodolphe Solbiac est maître de conférences habilité à diriger des recherches à l’Université des Antilles, sur le campus de Schœlcher. Ses travaux s’inscrivent dans le domaine des études postcoloniales, des Cultural Studies et des littératures de la Caraïbe anglophone. Ils interrogent notamment la mémoire historique, les constructions identitaires, les formes de domination héritées de la colonisation et les possibilités de transformation des sociétés contemporaines. Son parcours scientifique présente une particularité importante. Plutôt que d’étudier séparément les œuvres littéraires, les évolutions politiques et les transformations sociales, il cherche à comprendre les relations qui les unissent.  Lire Plus

Réparations : Le nouveau chapitre vers la dignité globale

-— Par Rodolf Étienne —

Pendant une grande partie du XXe siècle, la revendication centrale des peuples colonisés fut l’indépendance.

Mais les indépendances ont-elles réglé les comptes de la colonisation ? 

Soixante ou soixante-dix ans plus tard, voilà qu’une autre question prend une place croissante : après avoir obtenu le droit d’être libres, que faire des conséquences économiques, humaines, culturelles et patrimoniales de plusieurs siècles d’esclavage et de domination coloniale ?

C’est sous cet angle que la 3ème Conférence régionale de la CARICOM sur les réparations, organisée à la Barbade du 17 au 19 septembre 2026, prend une dimension qui dépasse largement Bridgetown. 

Réunis autour du thème Reparatory Justice as the Coming Enlightenment, responsables politiques, chercheurs, juristes, militants et représentants du monde africain et de ses diasporas ont travaillé à la mise en œuvre du Plan en 10 points révisé de la CARICOM pour la justice réparatrice.

La rencontre intervenait après l’adoption, le 25 mars 2026, de la résolution A/RES/80/250 des Nations unies sur la traite et l’asservissement racial des Africains. La CARICOM présente donc explicitement cette conférence comme le passage de la résolution à l’action.  Lire Plus

Mémoire : Les réseaux panafricains en Martinique

— Par Rodolf Étienne

Avant que Bob Marley, le reggae et les dreadlocks ne donnent au rastafarisme une visibilité mondiale, un formidable réseau d’idées circule déjà entre la Jamaïque, Trinidad, les Antilles françaises, Paris, Harlem et l’Afrique.

Garveyisme, panafricanisme, internationalisme noir, éthiopianisme, affirmation d’une identité noire et interrogation sur l’héritage africain traversent ces espaces.

Et la Martinique se trouve beaucoup moins éloignée de cette histoire qu’on pourrait le croire.

Bob Marley n’est pas à l’origine du rastafarisme. Lorsqu’il naît en Jamaïque en 1945, le mouvement possède déjà une histoire d’une quinzaine d’années. Le moment symbolique déterminant intervient le 2 novembre 1930, lors du couronnement à Addis-Abeba de Ras Tafari Makonnen sous le nom d’Haïlé Sélassié Ier, empereur d’Éthiopie.

Plusieurs prédicateurs jamaïcains interprètent alors l’événement dans une perspective biblique et afrocentrée. Parmi eux, Leonard Howell, Joseph Hibbert, Archibald Dunkley et Robert Hinds. Howell, qui avait séjourné aux États-Unis et fréquenté les milieux influencés par le garveyisme, devient l’une des principales figures de la première génération rastafari.

Marcus Garvey lui-même n’est pas rastafari. Mais sa pensée exerce une influence considérable sur les fondateurs du mouvement.  Lire Plus