Étiquette : environnement

Sargasses (4) : Quinze ans après, combien la Martinique a-t-elle réellement payé ?

— Par Rodolf Étienne

En 2011, lorsque les premières nappes massives de sargasses atteignent les côtes martiniquaises, personne ne sait encore que l’île entre dans un cycle qui durera au moins quinze ans.

On ramasse. On dégage les plages. On cherche où stocker. On mesure les premières émanations d’hydrogène sulfuré. Puis les sargasses reviennent.

À mesure que les arrivages se répètent, la facture change de nature. Elle n’est plus seulement celle du tractopelle envoyé sur une plage. Elle est devenue la somme de dépenses publiques, de pertes d’activité, d’équipements détériorés, de bateaux immobilisés, de logements exposés, de journées de travail perdues, d’établissements scolaires perturbés, de dépenses sanitaires, d’écosystèmes fragilisés et d’investissements qu’il faut recommencer chaque année.

Le problème est qu’aucune comptabilité consolidée ne permet aujourd’hui d’annoncer sérieusement : « Les sargasses ont coûté X millions d’euros à la Martinique depuis 2011. »  Ce chiffre global n’existe pas. Et cette absence de chiffre constitue déjà en elle-même une information. Quinze ans après le début du phénomène, nous savons compter les tonnes ramassées, les barrages installés ou les crédits engagés certaines années. Nous ne savons pas le coût total supporté par le territoire.  Lire Plus

Sargasses (2) : Quand l’Atlantique étouffe notre littoral

— Par Rodolf Étienne

Les sargasses qui atteignent la Martinique ne peuvent plus être regardées comme une simple nuisance locale.

Elles appartiennent à un système transatlantique désormais installé, nourri par les dynamiques de l’Atlantique tropical, déplacé par les courants et appelé à accompagner durablement les territoires de la Caraïbe.

Mais que se passe-t-il réellement lorsque ces millions de tonnes d’algues terminent leur voyage sur les côtes de Martinique ?

En pleine mer, les sargasses peuvent constituer un écosystème. À proximité immédiate des côtes, leur accumulation massive, au contraire, peut contribuer à en étouffer d’autres.

Entre la masse flottante observée par satellite et le tas brun que l’on retire d’une plage, il existe un espace trop peu regardé : celui des mangroves, des herbiers, des petits fonds, des baies, des poissons, des récifs et des sédiments.

Quand un habitat devient une pression écologique

La sargasse n’est pas naturellement un déchet. Dans l’océan, ses radeaux constituent des habitats flottants où vivent ou transitent poissons, crustacés, invertébrés et jeunes tortues marines. Le problème apparaît lorsque des quantités considérables se concentrent dans des baies, des anses et des petits fonds où l’eau circule beaucoup moins.  Lire Plus

Sargasses (1) : Quand l’Atlantique fabrique la réalité martiniquaise

— Par Rodolf Étienne

Depuis 2011, la Martinique vit au rythme des échouages de sargasses.

Quinze ans plus tard, le phénomène ne peut plus être traité comme un accident saisonnier. Il structure désormais une partie de la vie du littoral, pèse sur la santé, les finances communales, l’activité économique, le tourisme, la pêche, les paysages et jusque sur l’organisation des services publics.

Début septembre 2026, cinq communes parmi les plus exposées — Le François, Le Vauclin, Trinité, Le Marigot et Le Robert — ont décidé de parler d’une seule voix.

Leurs maires se sont réunis au François avec le directeur du GIP Sargasses, Frédéric Voyer, pour réclamer une réponse durable à un phénomène qui s’installe dans le temps. Ce mouvement des élus dit peut-être l’essentiel : qui doit porter durablement le coût, la responsabilité et la stratégie de cette nouvelle réalité environnementale ?

Quinze ans après, toujours l’urgence

La Martinique a pourtant considérablement renforcé son dispositif. Depuis 2023, la collecte en mer monte en puissance. En mars 2026, deux nouveaux moyens ont été mis en service : le Sargator 3, destiné notamment à la façade sud-atlantique, et la barge de transfert Toupiti.   Lire Plus

Indignons-nous !

— Par Michel Herland —

Face aux désordres du monde, le citoyen se sent impuissant. Les guerres avec leur cortège d’atrocités, le dérèglement climatique, la pollution des milieux naturels et l’épuisement des ressources, les injustices criantes dans la répartition des richesses, tout cela nous accable d’autant plus que nous ne voyons pas comment faire advenir un monde meilleur. Notre arme est le bulletin de vote, mais l’expérience nous a appris que les politiciens qui se succèdent aux pouvoir, d’un côté ou de l’autre, ne changent jamais les choses en profondeur, soit qu’ils aient peur de heurter les corporatismes de tous bords dont les intérêts seraient atteints nécessairement par une réforme un tant soit peu radicale, soit qu’ils ne sachent tout simplement pas quoi entreprendre pour remplir effectivement les promesses qui les ont fait élire. La politique a eu ses moments glorieux, malheureusement exceptionnels, lors desquels les gouvernants poussés par le peuple firent faire à la société plus de progrès en quelques semaines ou quelques mois que pendant des décennies. Ce n’est hélas pas d’actualité.  Lire Plus

Faut-il choisir entre sauver la planète et sortir de la crise?

par Xavier Timbeau


 

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–Il incombe à notre génération et aux suivantes de trouver un moyen de faire vivre décemment 10 milliards d’habitants sur une planète aux ressources et aux capacités finies de façon durable. Comme un niveau de vie décent suppose un mode de consommation plus proche de celui de nos sociétés occidentales que du dénuement d’une grande partie des habitants du monde, la tâche est immense et l’échec inacceptable. Tout cela impose de freiner le changement climatique, d’anticiper les chutes de rendements agricoles, de se préparer aux conséquences de la montée des mers, de s’adapter et de mettre un terme aux destructions de la biomasse et de la biodiversité ou de prendre en compte l’épuisement des ressources naturelles, qu’elles soient renouvelables ou non. La liste des contraintes est longue et ne s’arrête malheureusement pas à ces quelques exemples.

Pourtant, on oppose souvent la crise qui frappe les pays développés (la Grande Récession) à l’urgence environnementale, suggérant que la préoccupation éthique d’insérer la société humaine dans les limites imposées par son environnement est un luxe que l’on ne peut plus se permettre.  Lire Plus