— Par Florent Grabin, président de l’association écologique P.U.M.A. —
En 1950, la Martinique inaugurait sa piste d’atterrissage sous le nom d’Aéroport du Lamentin. Disposant d’une seule piste de 3 000 mètres, assez longue pour accueillir des avions long-courriers, l’ouvrage s’est modernisé au fil des années pour répondre aux besoins croissants. Il est devenu l’aéroport international de la Martinique. Sa zone d’implantation vaste d’environ 2400 hectares permet l’expansion des infrastructures et l’ajout de nouveaux services pour les compagnies aériennes et les usagers.
Situé en zone de mangrove, l’aéroport bénéficie d’un programme d’entretien structurel d’enrobé sur la piste. C’est une opération particulièrement délicate qui requiert la condamnation d’une partie de la chaussée. Aussi, pour éviter de perturber le trafic aérien, les travaux sont effectués la nuit.
Par rapport au niveau de la mer son altitude était de + 4,80 m en 1950 pour seulement + 0,50 m aujourd’hui. Le changement est significatif… Selon le Bureau de Recherche Géologique et Minière (BRGM) les fortes pluies, comme celles tombées sur la Martinique dans la nuit du 4 au 5 mai 2009 provoquent des inondations spectaculaires dans les plaines du centre et de la Martinique et exposent l’aéroport à devoir fermer.
A l’initiative de la délégation aux Outre-Mer, le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) a rendu un avis concernant la montée du niveau de la mer dans les collectivités et territoires d’Outre-Mer, lesquels sont susceptibles d’être impactés à horizon bien plus rapproché que l’Hexagone. Cette montée des eaux se manifeste par des phénomènes de submersion marine, d’érosion du trait de côte, d’inondation et de salinisation des terres et des nappes phréatiques.
Ses effets entraîneront des conséquences importantes dès 2028 selon le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (CEREMA). Le phénomène s’accélèrera à partir de 2050 et touchera massivement les territoires. La chaîne des Antilles sera en première ligne.
Dans l’estimation du CEREMA, 1 046 bâtiments sont identifiés comme exposés au recul du trait de côte en 2028 (hors Guyane) et plus de 20 000 seraient menacés dès 2050.
Au vu de ce constat factuel, un dilemme se pose. Notre aéroport est menacé d’être sous les eaux, ce qui ferait indubitablement de nous une île isolée.
Si rien n’est fait, ce sera le sort de la Martinique.
Le CESE attire l’attention sur la nécessité d’agir dès à présent. Il demande une réponse adaptée à l’urgence et aux risques, tout en ayant une vision de moyen terme de l’adaptation et des investissements à réaliser. Pour lui, ‘’l’enjeu est de promouvoir le concept de « juste équilibre entre l’humain et la nature » et de concevoir des politiques d’adaptation ajustées aux populations de chaque territoire sur une longue durée en préservant les espaces naturels qui sont les meilleurs alliés de la résilience des territoires. Il convient de planifier la réponse au risque dès maintenant’’.
Alors, que faire ? Oui, que faire ? Les solutions existent, les compétences nécessaires sont disponibles localement. Les pouvoirs publics seraient bien inspirés de mener les études de faisabilité afin d’anticiper les conséquences de la montée des eaux ; à charge pour les services de l’État et de nos collectivités de lancer les programmes de maîtrise d’œuvre de nature à permettre d’évaluer le coût des opérations.
À PUMA, nous militons depuis des années pour que soit érigé un barrage destiné à fermer la Baie de Fort-de-France qui est une zone stratégique de la Martinique. En son sein se sont développées les activités touristiques, les zones industrielles, l’aéroport, le port, les zones habitées et de nombreuses terres agricoles et d’élevage. Il est important de rappeler que sur tout son littoral, la Martinique perdra environ 17 % de sa surface dans les parties basses, y compris de nombreuses plages. En termes de méthode, il y a urgence à protéger nos terres agricoles et autres zones à maintenir hors d’eau.
Pour des raisons que nous tentons de comprendre, nous découvrons les stratégies et priorités de la CTM et de CAP-NORD qui veulent implanter à Basse-Pointe une aérogare avec une piste de 1 200 m de type 2C (normes OACI-ITAC). L’opération d’aménagement va nécessiter une occupation foncière de 52 ha, sur une terre agricole qui produit 55 tonnes de bananes par ha,. À ce propos, nos dirigeants gagneraient à visiter cette installation qui reste une référence en matière de production avec un apport chimique très faible et un respect de notre environnement.
Nous soumettons à la sagacité de nos décideurs l’avis éclairé d’un pilote breveté il y a 53 ans. Il explique qu’il sera très probablement difficile de se poser et de décoller de cet aéroport du fait de son orientation Nord-Sud avec un vent de travers, surtout de décembre à mars. Même dans l’hypothèse d’une orientation Est-Ouest l’approche par les mornes sera compliquée et sans doute dangereuse. IL est alors à craindre que l’atterrissage vent arrière soit limité par la force du vent.
Autre problématique : difficile d’imaginer que des compagnies programment des vols au départ de Basse-Pointe au regard du faible nombre de passagers et de l’insuffisance des équipements au sol. De plus, la piste risque d’être trop juste pour les ATR42 et 72 alors même que ces avions s’apprêtent à être retirés du service… Au final, l’on ne sait même pas le type d’aéronefs susceptible d’emprunter le futur aérodrome…
Selon nous, il y a urgence impérieuse à prévoir le réaménagement de notre Martinique afin d’éviter le désastre social, économique et environnemental qui nous guette à échéance de quelques années. Nous ne devons pas commettre les erreurs du passé lors duquel nous avons trop souvent dû agir dans l’urgence et avons été victimes du manque d’anticipation.
L’élévation du niveau de la mer appelle des actions immédiates.
Ne perdons pas de temps, Pour Une Martinique Autrement, mobilisons les ressources financières indispensables aux études de projet afin de penser sans plus tarder le réaménagement de la Martinique avec pour deux seules ambitions : créer des emplois et éluder les litiges. Ce ne sera que justice.
Pour l’association écologique PUMA
Le Président
Florent GRABIN
