Catégorie : Psy_choses etc.

Santé mentale. Les psychologues en grève pour un véritable remboursement

Les psychologues se mobilisent,  à 10 heures, devant les grilles de la préfecture de la Martinique. Ils sont en colère contre les annonces du gouvernement concernant leur profession.

— Par Florent Le Du —
La profession se mobilise, ce jeudi 10 juin, dans toute la France. Elle dénonce le mépris du gouvernement et ses insuffisances, et réclame une amélioration de la prise en charge de sa spécialité.

«   Pendant qu’on chante leurs louanges, les psychologues sont oubliés. » En hausse depuis le début de la crise sanitaire, les troubles dépressifs ou anxieux touchent aujourd’hui 30 % de la population. Une épidémie dans l’épidémie qui a rappelé le besoin d’améliorer la prise en charge de la santé mentale en France et le rôle primordial des psychologues pour prévenir et soigner ces troubles. Le ministre de la santé, Olivier Véran, pendant le Ségur de la santé en juillet 2020 – lors duquel les psychologues n’ont pas obtenu de revalorisation –, a évoqué le besoin de rendre « plus facile et universel » l’accès aux psychothérapies. Une nécessité alors que ces consultations ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale et que le service public a été abandonné au profit du libéral.

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La Vie psychique du racisme. 1. L’empire du démenti

— Par Séverine Kodjo-Grandvaux —

Pointant les limites et les apports de la pensée de Mannoni, Livio Boni et Sophie Mendelsohn explorent sa réflexion sur le « démenti » (déni de réalité) pour comprendre pourquoi il est si difficile de penser la question raciale aujourd’hui. Dans Le Racisme revisité (Denoël, 1997), Mannoni contestait l’ « illusoire neutralité » avancée par les universalistes, qui n’est qu’un « privilège de l’homme blanc » et un « symptôme de son refus à comprendre certains aspects de la situation » . Dans le démenti, on s’arrange pour ne pas avoir à faire à ce qui dérange et qui affecte une représentation idéale de soi. On nie l’évidence de ce qu’on ne veut pas voir, et l’on discrédite ceux qui tentent de le montrer. C’est le « je sais bien que… mais quand même… » : « Je sais bien que les races n’existent pas, mais quand même… »

Dès lors, comment faire face à ce processus par lequel l’on tente, collectivement, de se protéger d’une image de soi indésirable ? Affronter son passé colonial, dans le contexte français, revient, par exemple, à penser la part d’ombre des Lumières, engagées dans la traite négrière et l’esclavage.

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« La majorité des problèmes de santé mentale débute avant l’âge de 14 ans »

L’ensemble de la communauté pédopsychiatrique française lance, dans une tribune au « Monde », un cri d’alarme sur la situation de la pédopsychiatrie, déjà en grande difficulté avant la pandémie et qui l’est encore plus actuellement, pénalisée par la pénurie de spécialistes.

Tribune. La pédopsychiatrie en France a besoin de l’aide du président de la République. Les besoins pour assurer la santé mentale de la jeunesse de notre pays sont criants. Ce n’est pas tant la supplique d’une profession trop longtemps oubliée des pouvoirs publics qui nous incite à interpeller Emmanuel Macron – vous avez commencé à y répondre et nous y sommes sensibles –, mais bien la perspective d’une carence massive des soins psychiques adaptés et essentiels pour notre jeunesse qui s’annonce, du fait d’un manque croissant de professionnels formés. Un rapport sénatorial très complet en témoignait déjà en 2017.

La majorité des problèmes de santé mentale débute avant l’âge de 14 ans. Ils sont d’autant plus susceptibles d’impacter l’avenir de l’enfant qu’ils ne sont pas détectés, ni traités, ce qui est actuellement le cas d’une large proportion d’entre eux, comme le souligne un récent rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

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L’art du dialogue lacanien

«Foucault, Duby, Dumézil, Changeux, Thom. Cinq grands entretiens au Champ freudien»

Un recueil d’entretiens à la revue « Ornicar ? », menés de 1977 à 1982, rappelle les grandes heures du débat d’idées – sous le patronage de la pensée psychanalytique française.

Lacan a toujours insisté pour que les psychanalystes ne s’isolent pas, mais s’ouvrent aux autres disciplines. Son enseignement porte la trace d’un intérêt constant pour les différents champs du savoir.

La psychanalyse a une affinité fondamentale avec la conversation. Ce volume invite à raviver les connexions.

Présentation :

Sont ici réunis cinq grands entretiens avec des figures de l’effervescence théorique d’une époque où la psychanalyse conversait à bâtons rompus avec les autres disciplines : Foucault, Dumézil, Duby, côté philosophie, anthropologie, histoire ; Changeux et Thom, côté biologie, épistémologie.

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« Soi-même comme un roi. Essai sur les dérives identitaires. », d’Elisabeth Roudinesco

Elisabeth Roudinesco est historienne et directrice de recherche à l’UFR GHES. Experte en histoire de la psychanalyse, elles est l’auteure de plusieurs ouvrages qui ont fait date, notamment Histoire de la psychanalyse en France, Jacques Lacan. Esquisse d’une vie, histoire d’un système de pensée, Dictionnaire de la psychanalyse et Sigmund Freud en son temps et dans le nôtre (Prix Décembre, 2014).

Le déboulonnage des statues au nom de la lutte contre le racisme déconcerte. La violence avec laquelle la détestation des hommes s’affiche au coeur du combat féministe interroge. Que s’est-il donc passé pour que les engagements émancipateurs d’autrefois, les luttes anticoloniales et féministes notamment, opèrent un tel repli sur soi ? Le phénomène d' » assignation identitaire  » monte en puissance depuis une vingtaine d’années, au point d’impliquer la société tout entière.

En témoignent l’évolution de la notion de genre et les métamorphoses de l’idée de race. Dans les deux cas, des instruments de pensée d’une formidable richesse – issus des œuvres de Sartre, Beauvoir, Lacan, Césaire, Said, Fanon, Foucault, Deleuze ou Derrida – ont été réinterprétés jusqu’à l’outrance afin de conforter les idéaux d’un nouveau conformisme dont on trouve la trace autant chez certains adeptes du transgenrisme queer que du côté des Indigènes de la République et autres mouvements immergés dans la quête d’une politique racisée.

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« J’ai vécu ma vie comme une guerrière »: ce jour où Eva Thomas a brisé le tabou de l’inceste

Grenoble – Elle fut l’une des premières victimes d’inceste à témoigner à visage découvert à la télévision: Eva Thomas raconte à l’AFP son combat vers la paix intérieure, retrouvée après s’être battue « comme une guerrière » dans un « sursaut de survie ».

En septembre 1986, les téléspectateurs d’Antenne 2 et des « Dossiers de l’écran » s’émeuvent en direct devant le récit du viol dont cette psychopédagogue a été victime trois décennies plus tôt. « J’ai témoigné comme on se jette dans le vide. Mais j’étais déterminée à briser le silence« , souligne Eva Thomas, aujourd’hui octogénaire. 

Dans son appartement niché sous les toits de Grenoble, elle explique avoir voulu « tendre la main » à toutes les victimes qui, comme elle, avaient expérimenté « la solitude la plus absolue« . « Je n’ai pas vécu ma vie comme une victime, mais comme une guerrière« . 

Un soir d’été 1957, Eva Thomas est violée par son père alors qu’elle vient d’obtenir son brevet. Dès lors, elle s’emploie à fuir ce jardinier « doux et calme » qui n’avait jamais élevé la voix et endossé pour ses enfants le rôle « de la tendresse« . 

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« Au lieu de sortir, je regarde “En thérapie” : les addicts du divan

— Par Guillemette Faure —

Qu’ils aient déjà ou pas mis les pieds dans le cabinet d’un psy, impossible de les faire décrocher des séances de Philippe Dayan, le thérapeute de la série « En thérapie », sur Arte.

Avec ses 35 épisodes qui racontent le défilé de patients chez leur psy, la série d’Arte En thérapie est devenue la préférée de ceux qui ne regardent pas la télé, de ceux qui commencent leurs phrases par « moi qui déteste les séries d’habitude ». Grâce à la couverture médiatique, aux affiches sur les Abribus, parce que, « tu te rends compte, ça s’est vendu dans 19 pays », grâce au bouche-à-oreille, ils se sont imposé de regarder au moins quelques épisodes avant de tomber dedans. Ils ont trouvé douillet, à l’époque du couvre-feu, de pouvoir se réfugier dans un monde où chacun est écouté atten­tivement, un monde de gens conversant sans masque assis si près l’un de l’autre. Depuis, ils en parlent comme d’une série incontournable au point de faire culpabiliser ceux qui ne comprennent pas pourquoi ils n’y trouvent pas leur compte.

Lire la critique d’« En thérapie » : La subtile mise en scène d’un trauma personnel et collectif

A quoi on les reconnaît

Ils l’ont regardé en ligne avant que ça passe à la télé.

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Principe  de  précaution

— Jean Gabard, Auteur conférencier —

Il est aujourd’hui possible de faire valoir le principe de précaution quand un produit ou une mesure présente des risques pour l’environnement, pour la santé, ou simplement qu’il y a doute sur ces derniers. Ne serait-il pas possible d’étendre ce principe aux questions de société et particulièrement quand il s’agit de l’éducation de nos enfants?

Pendant des millénaires, les enfants ont été éduqués par une femme et un homme et cela a commencé bien avant que l’on connaisse l’existence du géniteur. Les humains du Paléolithique s’étaient en effet rendu compte que l’enfant avait plus de facilités à se séparer de la mère divinisée et à devenir autonome s’il y avait un homme (souvent le frère), à côté de celle-ci. Quand les hommes ont fait le lien entre l’acte sexuel et la naissance, ils se sont crus supérieurs et ont voulu dominer la femme et la nature. La mère était mise sous l’autorité du père et avec la révolution du Néolithique le patriarcat s’installait.

La domination masculine est actuellement rejetée, à juste titre, mais elle pouvait cependant se comprendre à une époque où, comme le dit Gabrielle Robin: «si le modèle d’identification, au lieu d’être le père – ou Dieu le Père – avait été la mère – ou la Grande Déesse – , les humains, pris dans les rets de la toute-puissance maternelle, auraient perdu tout espoir de devenir autonomes [2]

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« En thérapie », une série à la subtile mise en scène d’un trauma personnel et collectif

Sur Arte en intégralité  & les jeudis du 4 février au 25 mars à 20h55.

Au lendemain des attentats du 13 novembre, un psychanalyste reçoit cinq patients. À travers leurs séances, la série sonde les failles d’une société en état de choc. Portée par des interprètes au sommet, “En thérapie” est l’adaptation par Éric Toledano et Olivier Nakache de la série israélienne “BeTipul”.

Trois patients en souffrance et un couple en crise se relaient dans le cabinet d’un psychanalyste joué par Frédéric Pierrot. Diffusée sur Arte, cette première saison est dépouillée, élégante et mélancolique.

— Par Audrey Fournier —

Il aura fallu un certain temps pour que les Français, pourtant portés sur la consommation d’anxiolytiques et d’antidépresseurs, s’emparent de BeTipul, la série israélienne créée en 2005 par Hagai Levi, devenue depuis, comme bon nombre de séries israéliennes, une « franchise », adaptée dans une vingtaine de pays.

Malgré le culte réservé à la version originale, qui mêle habilement géopolitique israélo-arabe et névroses individuelles, la version la plus connue des téléspectateurs français est sans doute l’américaine, In Treatment (2008-2010), adaptée par le cinéaste Rodrigo Garcia et dans laquelle le personnage du psychanalyste est incarné par Gabriel Byrne.

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« Notre réaction au Covid-19 montre que plus on dénie la mort, moins on tolère le risque et l’incertitude »

— Par Marie de Hennezel, Psychologue et écrivaine —

La psychologue Marie de Hennezel constate que beaucoup de personnes âgées de 80 à 100 ans se montrent plus fortes que certains jeunes adultes pour faire face aux aléas du virus et à l’impensé de la disparition.

Tribune. Nous constatons aujourd’hui que la pandémie de Covid-19 a de lourds effets sur le moral des Français. Les causes de ce mal-être généralisé sont multiples : sentiment de perdre sa liberté, incertitude face à l’avenir, traitement anxiogène de l’actualité sanitaire par les médias, perte de confiance face aux analyses contradictoires des « sachants », réédition du « stop and go », rupture du lien social qui conduit à l’isolement, à la tristesse, interdit sur la proximité des corps, les embrassades, les poignées de main, bref sur tout ce qui donne de la chaleur à la vie.

Les cabinets des psychiatres, psychanalystes, psychothérapeutes sont débordés. Ils voient arriver des personnes qui n’ont jamais consulté avant le début de la crise et qui se plaignent d’angoisses multiples, de découragement, de ras-le-bol, de fatigues bizarres, de troubles dépressifs, d’insomnies, d’idées suicidaires.

Lire aussi : Les inquiétants effets psychiques de la pandémie et du confinement

Parmi ces nouveaux patients, on note un nombre inquiétant de jeunes adultes en situation financière difficile, des jeunes de 18 à 24 ans, en vraie détresse face à cette désensualisation de leur vie sociale et affective, par ailleurs angoissés de ne pouvoir se projeter dans l’avenir.

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L’inceste, la domination et les militants politiques

— Par Natacha Polony —
« Au cœur de la démarche de Camille Kouchner, il y a cette question du silence. Silence imposé à la victime, son frère, et à elle-même. Silence choisi des autres, à partir du moment où les faits sont révélés », analyse Natacha Polony à propos des accusations de viol incestueux contre Olivier Duhamel.

Il se dégage de cette histoire une odeur insoutenable. Celle de la lente décomposition savamment recouverte pour en cacher la laideur. Les révélations de Camille Kouchner sur Olivier Duhamel feront sans doute se délecter ceux qui y verront l’occasion d’une revanche contre un milieu pétri de certitudes et de bonne conscience, dans l’entre-soi de ces réseaux de pouvoir où l’on perpétue le système à coups d’ostracisme idéologique. Mais dans un pays où 10 % des adultes disent avoir été victimes d’inceste, réduire cette affaire au procès d’un clan, d’un milieu social ou d’une époque est non seulement réducteur mais aussi profondément irrespectueux pour les victimes de ces actes. Plus essentiel serait de comprendre les mécanismes qui aboutissent à des chiffres aussi effarants.

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Touche-moi !

— Par Marie-Andrée Ciprut, psychologue-écrivaine —

9 mois de frustration, 9 mois de gestation d’une interdiction qui nous pourrit l’existence et nous prive d’un élément essentiel à notre vie, voire notre survie ! Impossible de se toucher la main, de s’approcher hors des limites imposées de la « distanciation sociale » : où va notre Humanité ?…

Qui eut pensé, en faisant vœux et projets 2020, qu’on vivrait une année de peur, de mort, de solitude, de douleur sur une planète décimée par une pandémie dont nul ne pouvait prévoir l’ampleur, la dévastation, les conséquences sanitaires, économiques et sociales ?… Qui pouvait imaginer un nouveau monde peuplé de nouveaux pauvres et d’indigents faisant des kilomètres de queues pour obtenir une soupe populaire, kit de survie dans les pays les plus riches tels que la Suisse par exemple ?…

Depuis 9 mois, Covid aidant, des publicités pleuvent pour nous empêcher de fréquenter nos proches de trop près, du genre : « Si vous aimez vos proches, tenez-les à distance ! ». Nous ne pouvant même plus recevoir chez nous le nombre de convives que nous voulons. Il nous est désormais interdit – ou fortement déconseillé suivant la subtilité des injonctions !

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Castoriadis, ou l’imagination au pouvoir

— Par Philippe Petit —

Les Éditions du Sandre publient les deux derniers volumes des œuvres de Cornelius Castoriadis. L’occasion de nous plonger dans la pensée du philosophe, historien, économiste, psychanalyste et défenseur d’une démocratie radicale, décédé en 1997.

Contrairement à celle de Sartre, qu’il n’appréciait guère, la renommée du philosophe et psychanalyste Cornelius Castoriadis (1921-1997) ne faiblit pas avec le temps. On le cite souvent dans la presse et sa réputation posthume perdure. Le relire aujourd’hui n’est donc pas inutile. D’autant qu’un éditeur courageux, ayant entrepris de publier ses œuvres complètes, les deux derniers volumes (Écrits politiques 1945-1997, VII et Écrits politiques 1945-1997, VIII), parus récemment, redonnent vie à ses écrits politiques et écologiques. Et la correspondance, qui les accompagne, produit sur le lecteur un réel effet de proximité. On y retrouve le ton inimitable de ce penseur total qui s’intéresse à tout. À la science, aux techniques, à la politique, à la culture. Qui entend prendre « la défense de l’homme contre lui-même ». Et ne rien lâcher sur l’exigence de rationalité propre à l’activité intellectuelle.

Du trotskisme à « Socialisme ou barbarie »

Son parcours n’est pas étranger à cette persévérance.

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L’inceste, ce crime encore trop banal perpétré à 96 % par des hommes

— Par Solène Cordier —

Selon l’enquête Virage, dont les derniers résultats ont été rendus publics lundi, un homme sur huit et près d’une femme sur cinq déclarent avoir subi des violences para ou intrafamiliales d’ordre psychologique, physique ou sexuel avant l’âge de 18 ans.

Le 2 septembre 1986, dans l’émission « Les Dossiers de l’écran », sur Antenne 2, Eva Thomas raconte le viol perpétré par son père quand elle avait 15 ans. Pour la première fois, une victime d’inceste témoigne ainsi à la télévision, à visage découvert, et s’adresse « aux femmes qui ont vécu ça » pour leur dire « qu’il ne faut pas avoir honte ». C’est une déflagration. Le lendemain et les jours qui suivent, les articles sur l’inceste se multiplient. Eva Thomas, qui a fondé à Grenoble un an plus tôt l’association SOS Inceste, reçoit des centaines de messages. Les victimes prennent la parole pour dénoncer les ravages provoqués par ces relations sexuelles imposées par un adulte dans le cadre familial.

Lire le reportage : A la brigade de protection des mineurs, la parole pour faire émerger les affaires d’inceste

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Moustapha Safouan, entre Orient et Occident : Un psychanalyste dans le siècle

— Par Philippe Petit —

Le psychanalyste français d’origine égyptienne Moustapha Safouan s’est éteint ce 7 novembre. Nous revenons sur cet intellectuel complexe et important.

Le psychanalyste Moustapha Safouan, qui vient de disparaître, à 99 ans, était un « grand seigneur ». Considéré par certains comme un lacanien orthodoxe, il était à la fois cela, et profondément autre chose. Il était libre. Et il eut plusieurs vies, dont il assumait les différents moments. « Maintenant, disait-il, dans son dernier livre, paru en janvier 2020, je suis beaucoup plus détendu ». Il était revenu depuis quinze ans à la case départ ; non pour s’y réfugier, se complaire dans le souvenir, mais pour relancer les dés, donner sens à ce que serait pour les autres, la boucle de sa vie, son destin, son itinéraire. Lui, le Parisien, venu d’Égypte, qui avait traversé le siècle dernier au pas de course, et avait entamé le nôtre avec une lucidité sans faille. C’était un passeur. « Pour moi, témoigne le psychanalyste Fethi Benslama, l’auteur du Jihadisme des femmes (2017), il est celui qui m’a donné la chance de rencontrer Freud en arabe, à vingt ans, de lire avec éblouissement « De l’interprétation des rêves ». 

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La mort de Moustapha Safouan, psychanalyste

— Par Élisabeth Roudinesco —

Lacanien orthodoxe, travailleur infatigable, lettré, généreux, aimant la gastronomie, le plaisir de vivre et les femmes, grand lecteur de Freud et d’Hegel, traducteur en arabe de L’Interprétation du rêve et de Phénoménologie de l’esprit, de Moustapha Safouan est mort le 8 novembre, à l’âge de 99 ans, à Paris. Il était né à Alexandrie, le 17 mai 1921 dans une famille de militants communistes proches du cercle d’Henri Curiel. Son père, qui enseignait la rhétorique et combattait l’analphabétisme, fut le premier secrétaire du premier syndicat ouvrier égyptien et ít de la prison pour ses idées.

Élevé selon des principes rationalistes, Safouan rêvait dès son adolescence de se rendre à Cambridge.

Aussi poursuivit-il des études de philosophie tout en étudiant le grec, le latin, le français, l’anglais et l’arabe classique. C’est en 1940 qu’il découvre l’œuvre freudienne, à travers l’enseignement de Moustapha Ziwar, membre de la Société psychanalytique de Paris (SPP) et professeur à l’université,lequel lui conseille de se rendre en France pour se former à la psychanalyse.

Élève fidèle de Lacan

Analysé par Marc Schlumberger entre 1946 et 1949, il rencontre bientôt Jacques Lacan, qui deviendra son maître à penser et dont il sera l’un des élèves les plus fidèles.

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L’éphéméride du 6 novembre

Naissance de Françoise Dolto, médecin et psychanalyste française le 6 novembre 1908

Françoise Dolto (née le 6 novembre 1908, dans le 16e arrondissement de Paris et morte le 25 août 1988 dans le 5e arrondissement de la même ville) est une pédiatre et psychanalyste française. Elle s’intéresse particulièrement à la psychanalyse des enfants et à la diffusion des connaissances dans le domaine de l’éducation des enfants dans de nombreux écrits et particulièrement dans des émissions radiodiffusées qui ont contribué à la faire connaître du grand public.

Famille
Françoise Dolto, née Marette, est issue d’une famille bourgeoise de conviction catholique et monarchiste du 16e arrondissement de Paris : sa mère Suzanne Demmler, d’origine allemande par son grand-père paternel, né à Nuremberg en 1807, émigré en région parisienne, à Bourg-la-Reine avec son épouse française vers 1825, est fille de polytechnicien (Arthur Demmler, promotion 1863, administrateur de forges), et son père, Henri Marette, fils d’un architecte, est également polytechnicien (promotion 1895, ingénieur devenu industriel). Quatrième enfant d’une fratrie de sept, elle est la sœur de Jacques Marette (1922–1984), ministre français des Postes et télécommunications de 1962 à 1967.

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De la révolte comme maladie mentale

— Par Joseph Confavreux —

Étouffer la révolte est un livre aussi glaçant que puissant. Il documente la façon dont l’inquiétude autour des revendications des droits civiques a abouti à l’enfermement en asile psychiatrique de milliers d’Afro-Américains, diagnostiqués « schizophrènes », en vertu d’une redéfinition de la maladie mentale elle-même.

Jonathan Metzl, psychiatre et professeur au Center for Medicine, Health and Society de l’université Vanderbilt, y montre comment les manifestations et émeutes des années 1960 et 1970 aux États-Unis s’accompagnèrent d’une redéfinition de la schizophrénie destinée à cibler les hommes noirs en lutte, conduisant à l’enfermement de milliers d’entre eux.

Titré, en français, Étouffer la révolte – La psychiatrie contre les Civil Rights, une histoire du contrôle social, le livre s’intitule, en version originale, The Protest Psychosis. Ces termes ne sont pas de l’auteur mais proviennent d’un article de 1968 dans lequel deux psychiatres, Walter Bromberg et Frank Simon, décrivent la schizophrénie comme une « psychose de révolte » en vertu de laquelle les hommes noirs développent des « sentiments hostiles et agressifs » et des « délires anti-Blancs » après avoir entendu les discours de Malcolm X, notamment…

La schizophrénie fut ainsi de plus en plus perçue comme une maladie sociale, violente et raciale, alors qu’avant le mouvement des droits civiques, l’opinion médicale et populaire américaine dominante considérait que les patients souffrant de schizophrénie étaient majoritairement blancs et globalement inoffensifs pour la société. Les

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Les fonctions des mères et des pères pour faire intégrer les limites aux enfants ?

— Par Jean Gabard —
La place du père et de la mère dans la famille a considérablement évolué depuis une cinquantaine d’années et ne paraît toujours pas évidente aujourd’hui : plus que jamais, en ce début de XXIème siècle, elle pose question !
Pendant des siècles, les rôles des hommes et des femmes ont été cadrés avec rigueur par la société patriarcale. La marche vers la démocratie a apporté, avec l’égalité en droits, des ouvertures. Aujourd’hui les hommes ne se sentent plus obligés de maintenir une posture rigide et acceptent de dévoiler leur sensibilité. Ils peuvent se permettre d’exprimer leurs sentiments et de participer à des tâches autrefois réservées aux femmes, sans pour autant sentir leur virilité défaillir. Ils sont même des papas beaucoup plus présents, plus proches, qui savent entourer leur famille de leur protection et de leur affection. Si on ne peut que se féliciter du recul des comportements sexistes chez l’homme, celui-ci doit-il cependant devenir dans la famille « une femme comme les autres », une seconde maman ? Si l’homme peut « être dans l’affectif » et même dans le ludique avec ses enfants, doit-il, pour favoriser l’harmonie, entrer dans la dyade maman-enfant comme de nombreux papas s’y essaient avec plus ou moins de succès ?

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Une santé mentale dégradée pour plus d’un élève de 3e sur dix

Une étude de la Drees, publiée vendredi 4 septembre, montre que la détresse psychique est plus forte chez les filles que chez les garçons

L’édition 2017 de l’enquête nationale de santé scolaire, menée par le ministère chargé de la santé en partenariat avec le ministère de l’éducation nationale, s’est intéressée à la santé psychique des élèves de classe de 3e par le biais d’un auto-questionnaire. Cinq dimensions de la santé mentale ont ainsi pu être explorées, en s’appuyant non seulement sur le ressenti des élèves mais également sur leur comportement : détresse psychique, qualité du sommeil, comportement alimentaire, blessures cutanées auto-infligées et comportements suicidaires. Les indicateurs de santé mentale qui en résultent sont toujours globalement moins bons pour les filles que pour les garçons mais de nombreux autres déterminants peuvent être mis en évidence, relatifs au mode et à l’hygiène de vie des adolescents, à leurs caractéristiques sociodémographiques, à la consommation de substances psychoactives, à l’absentéisme scolaire, aux atteintes subies et à leurs préoccupations présentes et futures.
Une typologie prenant en compte les différentes dimensions de la santé mentale a permis une répartition des élèves en 6 groupes, allant du meilleur état de santé mental au plus mauvais.

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L’éphéméride du 23 août

Jan Erik Olsson, tente de commettre un braquage qui donne son nom au syndrome de Stockholm le 23 août 1973

Le syndrome de Stockholm est un phénomène psychologique observé chez des otages ayant vécu durant une période prolongée avec leurs geôliers et qui ont développé une sorte d’empathie, de contagion émotionnelle vis-à-vis de ceux-ci, selon des mécanismes complexes d’identification et de survie.

Le terme « syndrome de Stockholm » a été créé par le psychiatre Nils Bejerot en 1973.
Le fait divers à l’origine
Le 23 août 1973, un évadé de prison, Jan Erik Olsson, tente de commettre un braquage dans l’agence de Kreditbanken du quartier de Norrmalmstorg à Stockholm, à une heure où la succursale vient d’ouvrir et n’a pas encore de clients. Lorsqu’il tire une rafale de mitraillette en l’air, des dizaines d’employés s’enfuient ou se jettent au sol. L’intervention des forces de l’ordre l’incite à se retrancher dans la banque où il relâche le personnel, ne prenant en otage que quatre personnes. Il demande aux négociateurs 3 millions de couronnes, des armes, un gilet pare-balles et un avion pour s’enfuir, et obtient la libération de son compagnon de cellule, Clark Olofsson, qui peut le rejoindre.

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À propos des conséquences d’un traumatisme colonial

— Par Jeanne Wiltord, psychiatre, psychanalyste —

Cénacle du festival culturel de Fort-de-France Juillet 2020-07-02

Remerciements au SERMAC et à la municipalité de Fort-de-France.

Après un temps médiatique où nous avons pu voir une accumulation d’images et de vidéos du déboulonnage, le 22 Mai jour de la commémoration de l’abolition définitive de l’esclavage en Martinique, des statues qui représentaient Victor Schoelcher dans l’espace public martiniquais, le Cénacle du SERMAC nous propose un temps, nécessaire. Il s’agit de prendre en compte la complexité de ce que peuvent nous donner à lire ces déboulonnages des statues du personnage politique français qui a joué un rôle central dans le vote à Paris des décrets de l’abolition immédiate de l’esclavage en 1848. Avant même l’arrivée de ces décrets aux Antilles, de violentes émeutes d’esclaves avaient contraint le gouverneur de la Martinique à proclamer l’abolition immédiate.

D’autres déboulonnages de statues situées dans l’espace public ont suivi ceux de Victor Schoelcher depuis mon intervention. Donnés à voir dans le monde entier ils trouvent sur les réseaux sociaux une visibilité incomparable.

Les déboulonnages des statues de personnages liés à la colonisation et à l’esclavage, ont eu lieu dans plusieurs villes des anciennes puissances coloniales européennes après la mort de George Floyd, afro-américain étranglé par la violence d’un policier Blanc lors de son arrestation aux Etats-Unis.

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Pour introduire la question de la violence

— Par Victor Martine Lina, Psychologue, Psychanalyste, Docteur en psychologie —

La signification du mot violence pour décrire une situation, un phénomène, parait si évidente qu’elle est rarement définie par celui qui l’emploie.

Aussi l’emploie-t-on selon plusieurs acceptions sans que chacun n’appréhende toujours les nuances ou les différences de signification qui séparent des expressions utilisant le même signifiant violence.

Qui n’a entendu parler de violence urbaine, de violence d’un cyclone, de violence domestique, de violence des images, de violence faite aux femmes, de violence des jeunes, de violence policière, de violence sexuelle, de violence au travail, de violence verbale, etc. ?

Violence subie ou violence agie

On distingue avec plus ou moins de clarté, la violence subie et la violence agie.

Ainsi se place-t-on

  • soit du côté sinistré, du côté patient, du lieu dévasté ou de la personne frappée. De cette place émerge la notion de victime.
  • soit du côté de l’agent, du commissionnaire, de l’être ou du phénomène à qui on attribue la production de la violence. De cette autre place émerge la notion d’auteur.

Mais cette frontière n’est pas toujours aisée à établir notamment quand on vient à introduire l’idée d’une violence invisible face à une violence manifeste.

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A une colonisation inédite, il faut inventer une solution inédite

A propos de l’intervention de Jeanne Wiltord au Cénacle

Sandrine Lemaire, agrégée et docteure en Histoire de l’Institut Universitaire Européen de Florence (Italie) a rappelé les deux grands mouvements de déboulonnage de statues survenus en France au moment de la Révolution Française, puis lors de la période d’Occupation par les troupes hitlériennes. Les vagues iconoclasmes interviennent le plus souvent de façon concomitante avec les grandes périodes révolutionnaires. Elle a évoqué les différentes possibilités pour gérer le leg historique des statues. Panneau expliquant le contexte apposé au pied du monument, déplacement dans musée conservatoire, érection d’une autre statue d’un personnage s’étant opposé au personnage, entreposage dans un lieu de défoulement, devraient permettre une contextualisation et éviter « le piège de l’anachronisme ». Chaque option retenue doit faire l’objet d’un choix qui peut être original mais toujours partagé.

.Karfa Sira Diallo, fondateur et président de l’Association Internationale Mémoires et Partages basée à Bordeaux et Dakar avec beaucoup d’emphase en citant Césaire dans son introduction a présenté, avec la sagesse tirée de son expérience française et sénégalaise un ensemble de questionnements autour de la nécessaire historicisation de l’élévation de monument avec ce qu’elle implique de développement des consciences historiques autour de l’esclavage.

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«La situation des urgences pédopsychiatriques est un drame»

Tribune Collectif

La capacité d’accueil et de soin d’enfants atteints de troubles mentaux ne suit pas l’augmentation et l’aggravation des cas, alerte un collectif de professionnels hospitaliers, dont le professeur Richard Delorme, dans une tribune au « Monde ».

Tribune. Avons-nous décidé collectivement d’être négligents avec la santé mentale de nos enfants ? Cette question surprenante est pourtant celle que nous, professionnels de santé, nous posons chaque jour – plus encore depuis la crise due au Covid-19 – lorsque nous avons à gérer la souffrance des enfants qui se présentent aux urgences pour des troubles psychiatriques. Que s’est-il passé depuis août 2018, où nous soulignions dans Le Monde les difficultés que nous rencontrions pour pallier l’augmentation de la gravité et du nombre de passages aux urgences ?

Est-il normal que, faute de places d’hospitalisation et d’une organisation cohérente des soins urgents en pédopsychiatrie, nous soyons obligés de laisser des enfants de moins de 15 ans dormir aux urgences, parfois trois ou quatre nuits, dans des lieux où ils ne devraient passer que quelques heures ? Est-ce normal de laisser des enfants angoissés, suicidaires, dans des conditions précaires, sans les soins nécessaires à la prise en charge de leur trouble ?

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