Disparu le 23 octobre 2026, le botaniste et écologue Jean-Pierre Fiard laisse derrière lui un héritage scientifique et humain considérable.
Son travail sur les forêts des Petites Antilles a contribué à renouveler notre connaissance du patrimoine naturel martiniquais et à éclairer les enjeux de sa préservation.
La Martinique vient de perdre l’un de ses grands connaisseurs du monde végétal. Jean-Pierre Fiard, botaniste, écologue et ancien professeur de philosophie, est décédé le vendredi 23 octobre 2026. À travers ses recherches, ses observations de terrain et son engagement pour la transmission des savoirs, il avait consacré une part essentielle de sa vie à comprendre les forêts de Martinique et, plus largement, celles des Petites Antilles, cet arc insulaire de la Caraïbe orientale.
Une forêt qui raconte l’histoire d’un territoire
Pour Jean-Pierre Fiard, la forêt ne constituait pas seulement un assemblage d’arbres et d’espèces végétales. Elle était un milieu vivant, façonné par le climat, les reliefs, les sols, mais également par plusieurs siècles d’activités humaines. Comprendre la végétation martiniquaise, c’était aussi comprendre les transformations de l’île, depuis les défrichements agricoles jusqu’aux processus de régénération naturelle. Ses travaux ont notamment porté sur la diversité des formations forestières, leur répartition et leur évolution. Dans une île où les écosystèmes se succèdent sur de faibles distances, depuis les milieux littoraux secs jusqu’aux forêts humides des reliefs volcaniques, cette connaissance constitue un outil essentiel pour la protection de la biodiversité.
Un héritage lié à la reconnaissance de l’UNESCO
Le nom de Jean-Pierre Fiard demeure associé à la connaissance scientifique des massifs du nord de la Martinique. Ses travaux ont contribué au socle de connaissances mobilisé pour la reconnaissance, en septembre 2023, des volcans et forêts de la montagne Pelée et des pitons du Nord de la Martinique sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture. Cette inscription internationale reconnaît notamment la valeur géologique et écologique exceptionnelle de ces paysages. Elle souligne également la responsabilité collective de préserver des écosystèmes fragiles, exposés aux pressions humaines et aux effets du changement climatique. La reconnaissance internationale d’un patrimoine commence toujours par le travail patient de celles et ceux qui l’étudient. Jean-Pierre Fiard appartenait à cette communauté de chercheurs dont les observations et les connaissances ont permis de mieux comprendre la singularité des milieux naturels martiniquais.
Du professeur de philosophie au naturaliste
Originaire de Haute-Savoie, Jean-Pierre Fiard était arrivé en Martinique en 1967. Il y avait enseigné la philosophie, notamment au lycée de Bellevue, à Fort-de-France, tout en développant une activité scientifique consacrée à la flore tropicale. Ce parcours singulier réunissait deux exigences : interroger le monde et l’observer avec précision. Auteur de plusieurs publications, il avait notamment consacré une étude de 615 pages, publiée en 1994, aux forêts du nord de la montagne Pelée et aux édifices volcaniques voisins. Son travail sur les arbres rares et menacés de Martinique avait également contribué à sensibiliser les lecteurs à la richesse, mais aussi à la vulnérabilité, du patrimoine végétal insulaire.
Transmettre pour mieux protéger
Jean-Pierre Fiard défendait une conception de la protection de la nature fondée sur la connaissance et la sensibilisation. La photographie naturaliste occupait ainsi une place importante dans son œuvre. Son exposition Éloge de Jouanacaëra, présentée à la Fondation Clément, témoignait de cette volonté de rendre la beauté et la complexité du vivant accessibles au plus grand nombre. En décembre 2023, le Conservatoire botanique de Martinique lui avait rendu hommage en donnant son nom à l’une des salles de son établissement de De Briant, à Fort-de-France. Une reconnaissance de son engagement aux côtés de celles et ceux qui œuvrent à la connaissance et à la préservation de la flore martiniquaise.
Une œuvre qui demeure
La disparition de Jean-Pierre Fiard, à 83 ans, intervient alors que la Martinique doit relever des défis environnementaux considérables : préservation des forêts, protection des espèces endémiques, artificialisation des sols et adaptation au changement climatique. Son héritage nous rappelle une évidence trop souvent oubliée : nous ne pouvons protéger durablement ce que nous ne prenons pas le temps de connaître. À travers ses publications, ses photographies et les connaissances qu’il a contribué à transmettre, Jean-Pierre Fiard laisse bien davantage qu’une œuvre scientifique. Il laisse une invitation à regarder autrement cette terre martiniquaise, ses arbres, ses montagnes et les équilibres fragiles qui les unissent.
Madinin’Art adresse ses pensées à toute sa famille, à ses proches, à la communauté scientifique et environnementale de Martinique.







