Trop, c’est trop.

— Par Florent Grabin, président de l’association P.U.M.A —

La Martinique est-elle condamnée à subir les inconséquences politiques de certains de nos dirigeants ? Nous avons été estomaqués en écoutant la plénière du 24 septembre 2026 de la CTM, où, dans la réponse de l’exécutif faite à un élu sur le devenir du projet de l’aérodrome de Basse Pointe, nous avons constaté un certain agacement du débatteur.

Dire que ce projet est à l’arrêt du fait du propriétaire qui refuse toute médiation, et que la piste d’atterrissage est toujours présente relève du mensonge par omission. Plus grave : rajouter que c’est de cette zone que décollaient les aéronefs pour aller épandre sur notre territoire la Chlordécone est pitoyable. Lorsqu’on sait que ce pesticide était répandu à la main, sans aucune protection individuelle, il est clair que la population mérite tout notre respect.

Pourquoi ne pas avoir dit la vérité à l’Assemblée ?

Ce qu’il faut savoir, c’est que ce projet ne date pas d’aujourd’hui. En effet, Monsieur le Député Maire Guy LORDINOT avait milité en 1986 pour que soit construit un aérodrome dans le Nord de la Martinique et que la Direction Départementale et de l’Equipement (DDE) avait proposé trois possibilités entre Basse Pointe et Sainte Marie. Finalement Basse Pointe fut retenu par le Député afin d’utiliser la piste d’atterrissage qui servait aux aéronefs destinés à l’épandage aérien. L’opposition en place l’ayant combattu, ce projet n’a pu voir le jour. Depuis, les choses ont évolué et nous devons en tenir compte.

Aussi, afin de comprendre ce qui se passe, nous tentons de vous donner des éléments factuels concernant cette opération. Un premier arrêté préfectoral a été pris au bénéfice de la CTM en date du 28 avril 2026 portant ‘’autorisation de pénétrer et d’occuper temporairement des propriétés privées à Basse Pointe, en vue de réaliser des travaux préparatoires d’investigations géotechniques et environnementales devant intervenir préalablement à la construction d’un aérodrome…’’

Puis le Préfet a pris acte de la caducité de l’arrêté du précité du 26 juin 2025 et ce, à compter du 26 décembre 2025, conformément aux dispositions de l’article 8 de la loi du 29 décembre 0892 relative aux dommages causés à la propriété privée par l’exécution des travaux publics. Dès lors un nouvel arrêté portant le même objet a été édicté par l’autorité préfectorale en date du 28 avril 2026

L’ambigüité de ce dernier a conduit le propriétaire du terrain à déférer cet acte devant le Tribunal Administratif de Fort-de-France, afin de définir clairement ce que deviendra l’exploitation de cette partie de sa parcelle. Constatant le préjudice environnemental et agronomique, PUMA a fait, comme le permet la loi, une intervention volontaire dans cette procédure près la juridiction administrative qui a jugé recevable notre dossier. Actuellement, notre Avocat est dans la phase du mémoire en réponse à l’intervention de l’État.

Il y a des détails que nous ne pouvons pas développer dans notre article, car nous les réservons au Président du Tribunal Administratif de Fort-de-France. Nous les rendrons publics une fois que toute l’affaire sera purgée en droit.

Concernant cette piste d’atterrissage, cette dernière n’existe plus depuis que la loi a sommé l’arrêt de l’épandage aérien. Elle est actuellement affectée à la production de banane. Nos élus gagneraient à visiter cette exploitation où il y a une production respectant notre environnement et participe à la plus grande économie du Nord Atlantique. Contrairement à ce qui est affirmé, ce ne sont pas quelques mètres carrés qui sont mobilisés, mais selon les propres documents de la CTM : ‘’l’emprise atteint 52 hectares pour une piste de 1 200 mètres’’.

Ce sont des terres agricoles travaillées depuis des décennies dont la fertilité a été patiemment améliorée. Une fois sous le bitume, elles sont perdues pour toujours. En l’état actuel, le projet supprimerait une cinquantaine d’emplois agricoles bien réels dans une région qui perd déjà sa population à qui est proposé en échange des emplois aéroportuaires hypothétiques.

Est-il sage d’affirmer politiquement que cet aérodrome permettra le développement économique du Nord de l’Ile ? L’agacement de notre orateur nous démontre qu’il a été mal conseillé par ses services et autres intervenants.

Afin de lui permettre d’avoir une meilleure lecture de l’aménagement de la Martinique, nous lui proposons en toute humilité de regarder en son âme et conscience tout ce que le pays vit actuellement en matière environnementale. Au niveau international, les effets du changement climatique se font incontestablement ressentir. Ainsi, chez nous, on peut observer différents évènements : nos maraichers ne peuvent pas produire normalement ; nos éleveurs perdent du bétail par manque d’eau ou d’aliment ; et la population est privée régulièrement d’eau au robinet.

Quant au trait de côte, il recule de plus en plus devant la montée de l’eau de la mer. Des plages commencent à disparaître et certaines activités en bordure de mer sont menacées, voire emportées par les vagues.

Gérer, c’est prévoir ! Nous attendons de nos dirigeants politiques qu’ils prennent toutes les dispositions pour commencer à mener les études nécessaires afin de mener à bien le réaménagement de la Martinique, qui souffre du manque d’anticipation sur les conséquences du changement climatique. Il y a urgence que soit menée une politique publique et des introspections afin d’informer la population sur les mesures de sécurité à mettre en place.

Les risques environnementaux sont inévitables et la montée des eaux de la mer est de plus en plus visible, avec pour enchainement la disparition dans les parties basses de notre littoral du bâti et de toute l’économie qui s’y trouve.

Concernant notre aéroport qui est implanté dans la baie de Fort-de-France, il fait partie de toute la zone qui sera sous l’eau, d’où l’intérêt de mener très rapidement des études en vue d’ériger un barrage pour sa protection.

Avec de tels agissements par certains de nos dirigeants, nous prenons le risque de voir la population se détourner encore plus de la politique. Trop c’est trop !!!

Nous devons prendre en compte tout ce qui se passe au niveau international en matière climatique., Pour Une Martinique Autrement.

Pour l’association écologique PUMA

Le Président

Florent GRABIN