Étiquette : identité

Nyadol Nyuon : Une voix au cœur du débat australien

— Par Rodolf Étienne

Elle est née dans un camp de réfugiés en Éthiopie. A grandi dans celui de Kakuma, au Kenya, puis a rejoint l’Australie en 2005, à la fin de son adolescence.

Quelques années plus tard, Nyadol Nyuon devenait avocate, écrivaine, conférencière et l’une des voix les plus visibles du débat australien sur le racisme, l’immigration, les réfugiés et la représentation des communautés africaines.

Son parcours pourrait être raconté comme une spectaculaire réussite individuelle. Il raconte aussi quelque chose de beaucoup plus concret : la guerre, l’exil, la puissance de l’éducation, et cette question qui traverse aujourd’hui de nombreuses sociétés occidentales : à quelles conditions peut-on réellement appartenir à un pays lorsque l’on reste continuellement renvoyé à sa différence ?

Née dans l’exil – d’Ethiopie, du Kénya à l’Australie

Nyadol Nyuon naît en 1987 dans le camp de réfugiés d’Itang, en Éthiopie, au sein d’une famille soudanaise déplacée par la guerre. Lorsque de nouveaux affrontements rendent la région dangereuse, sa famille entreprend un déplacement de plusieurs semaines vers le Soudan, avant qu’une partie de son enfance ne se déroule au Kenya, entre Nairobi, Lodwar et surtout Kakuma, l’un des plus importants camps de réfugiés d’Afrique de l’Est.  Lire Plus

La diaspora et la Totalité-Monde

— par Rodolf Etienne

Il y eut longtemps, derrière le mot diaspora, une géographie presque simple. Un peuple, une terre d’origine, une dispersion, puis la mémoire plus ou moins douloureuse du lieu quitté et, parfois, un espoir du retour.

L’histoire juive en constitua longtemps le modèle dominant avant que le terme ne s’élargisse aux diasporas arménienne, africaine, indienne, chinoise, caribéenne et à quantité d’autres expériences de dispersion.

À mesure que les migrations, les mobilités, les communications numériques, les réseaux économiques et les appartenances multiples ont transformé nos sociétés, la diaspora a cessé de désigner seulement des populations vivant loin de leur territoire d’origine.

Elle est progressivement devenue une manière de penser ce qui arrive aux identités lorsque le lieu où nous vivons ne suffit plus à dire entièrement qui nous sommes.

Voilà certainement ce qu’il faudrait appeler aujourd’hui la pensée diasporique. La pensée diasporique commence précisément lorsque nous cessons d’imaginer l’identité comme une substance intacte transportée d’un territoire vers un autre.

La pensée diasporique introduit le déplacement au cœur même de nos identités. Elle ne demande plus uniquement « D’où venons-nous ?

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La puissante parole des jeunes en Australie (1)

-Par Rodolf Etienne

D’Adélaïde à Sydney, d’Antigua à Tahiti, l’automne 2026 voit se multiplier forums, conférences et sommets destinés aux jeunes.

Identité, appartenance, diversité, culture, leadership, avenir : partout, on leur demande leur avis, de parler.

L’Australie va plus loin en essayant d’inscrire cette parole dans ses mécanismes de décision publique.

Vue depuis la Martinique, où les 15-29 ans connaissent un taux de chômage de 33 % et où le départ reste une étape presque obligée de la formation et de l’insertion, une question : écouter les jeunes, certes oui. Mais qu’advient-il ensuite de cette parole, de ce qu’ils disent ?

Le 30 septembre 2026, à Adélaïde, l’Australian Migrant Resource Centre organisait son Youth Forum autour de trois verbes particulièrement révélateurs : « Belong. Connect. Lead. » — appartenir, se connecter, diriger.

Destiné aux 13-25 ans, notamment issus des différentes communautés culturelles de South Australia, le rendez-vous associait identité, culture, confiance en soi, participation communautaire et capacité à agir. Derrière la formule apparaît cette question centrale : comment montrer à une génération qu’elle appartient réellement à la communauté politique, sociale et culturelle dans laquelle elle vit et grandit ?  Lire Plus

Réparations : Imaginaire asymétrique du descendant d’esclavisé

  • Par Rodolf Étienne

Dans notre premier volet : Martinique : Identité ou delirium tremens ? — Madinin’Art, nous avions emprunté au delirium tremens l’image du sevrage : celle d’une Martinique qui désire davantage de maîtrise sur son destin mais dont les rapports à la France, à l’autonomie, à la responsabilité et à la dépendance demeurent traversés de mouvements contradictoires.

Mais peut-être avions-nous commencé trop tard, parce qu’avant de demander ce que nous voulons devenir, une autre question s’impose : avec quoi imaginons-nous ce devenir ? Avec quelles images, quels héros, quels récits, quelles généalogies, quels modèles du beau, du vrai, du pouvoir, de l’autorité et de la réussite ? Et surtout nous devons nous demander : qui les a produits ?

C’est là que la pensée du psychologue allemand Carl Gustav Jung, fondateur de la psychologie analytique, devient éclairante. Pas pour diagnostiquer la Martinique, encore moins pour transformer le Martiniquais en malade collectif, mais parce que Carl Jung propose une mécanique de l’imaginaire autour du rêve, du complexe, de la projection, de l’ombre, de la persona, du rapport conflictuel entre le conscient et ce qui demeure hors de lui.  Lire Plus

Marie-Paule Désert : Kalinaga, de la tortue au palmier royal

— par Rodolf Étienne

Il y a déjà plus de treize ans, nous avions découvert Marie-Paule Désert, dite Kalinaga à l’occasion de son exposition Les Chemins de tresses, présentée en 2013 au Musée départemental d’Archéologie de Fort-de-France.

La palme y occupait une place centrale. Non pas simplement comme support, mais comme matière vivante, comme fragment de territoire, comme élément susceptible de porter une mémoire.

Treize ans plus tard, cette intuition demeure au cœur de son travail. Elle s’est même élargie, ramifiée, enrichie de nouvelles pratiques où se croisent création plastique, environnement, transmission, musique et patrimoine.

Chez Marie-Paule Désert, les frontières sont en effet peu étanches. La peinture rencontre le tressage ; le végétal devient support artistique ; la flûte des mornes rejoint le ti-bwa ; la calebasse et le chacha entrent dans un univers où l’objet n’est jamais complètement dissocié du geste qui permet de le produire.

Sa pratique semble ainsi partir d’un principe simple : créer avec ce que le territoire offre, mais aussi avec ce qu’il risque de perdre. La tortue marine occupe dans cette démarche une place singulière.  Lire Plus

Thierry Mathiasin : Palettes et couleurs multiples

— par Rodolf Étienne

Il y a chez le peintre-plasticien originaire de Deshaies en Guadeloupe, Thierry Mathiasin, quelque chose du domaine du « sensible singulier » qui se confronte inexorablement au classement de toutes catégories.

Artiste peintre ? Oui, inévitablement. Dessinateur ? Oui, bien sûr, sans conteste aucun.

Mais aussi : poète, auteur-écrivain,  enseignant en arts plastiques, parfois inspirés de textes engagés et consacrés au travail d’autres artistes, observateur attentif, médiateur constant de ce qui se joue ou se déroule autour de lui.

Chez Thierry Mathiasin, le trait et le mot semblent procéder d’un même mouvement : fouiller ce qui nous constitue jusqu’à rencontrer la mémoire, la blessure, le territoire insatisfait, le désir, mais également cette obstination presque physique à rester debout.

Thierry Mathiasin est né à Pointe-à-Pitre en 1967 et a grandi à Deshaies, en Guadeloupe.

Il quitte ensuite l’archipel pour poursuivre sa formation artistique et obtient en 1993 son diplôme des Beaux-Arts du Havre. Il devient enseignant en arts plastiques. Très tôt également, il écrit : Déréliction paraît en 1990, puis Quai des Arachides N°20 en 1993, une édition d’art et de poésie réalisée aux Beaux-Arts du Havre avec le soutien de la DRAC.  Lire Plus

Patrimoine : Trois façons de transmettre la Martinique

– par Rodolf Etienne

Edouard Glissant, Eugène Mona, Valérie Kristofic. 

Le 21 septembre 1928 naît Édouard Glissant. Le 21 septembre 1991 disparaît Eugène Mona. Et le 21 septembre 2024 Fabienne Valérie Kristofic, autrice martiniquaise de littérature jeunesse s’éteint.

Il est des dates qui, sans l’avoir cherché, finissent par dessiner une géographie de la mémoire. Trois générations, trois univers, trois engagements, trois manières de dire le pays. 

Le 21 septembre en est une pour la Martinique. 

Chez Édouard Glissant, la Martinique devient pensée du monde. Né le 21 septembre 1928, l’écrivain, poète et philosophe élargit l’expérience antillaise jusqu’à en faire une réflexion sur la Relation, les langues, les mémoires, l’archipel et les identités qui ne se ferment pas sur elles-mêmes. L’œuvre d’Edouard Glissant interroge la façon dont nous entrons en relation avec les autres.

Chez Eugène Mona, cette même interrogation passe par le corps, la voix, le tambour et la flûte. Le chanteur martiniquais meurt le 21 septembre 1991, à 48 ans. Son œuvre plonge dans la langue créole, l’oralité, les mornes, les héritages africains, européens et indiens. Mona n’écrit pas un traité de l’identité martiniquaise : il la fait entendre.  Lire Plus

Une langue que l’on transmet est un avenir que l’on offre

Entretien : Rodolf Étienne / Pierre-Roland Bain, KEPKAA

À Montréal, le Mois du Créole s’apprête à franchir un cap symbolique. 

Pour ouvrir cette année l’édition anniversaire du Festival créole de Montréal, deux grandes voix martiniquaises seront à l’honneur : Jocelyne Béroard et Tony Chasseur, réunis le 3 octobre au Monument-National de Montréal pour un spectacle associant zouk, biguine, kreyòl jazz et rythmes caribéens.

Du 3 au 30 octobre 2026, le KEPKAA — Comité international pour la promotion du créole et l’alphabétisation — organise la 25e édition du Mois du Créole à Montréal, autour de la transmission, du dialogue, de la solidarité et de la diversité culturelle.
« Le festival, lancé à Montréal en octobre 2002, s’est progressivement imposé comme un rendez-vous incontournable de mise en relation des différents espaces créolophones. »

C’est l’un des fils rouges de cet entretien avec Pierre-Roland Bain, président du KEPKAA — Comité international pour la promotion du créole et l’alphabétisationà l’occasion de cette 25e édition.

Rodolf Etienne : Dans le vif du sujet, et depuis votre position, vingt-cinq éditions après les débuts du Mois du Créole, où en est la langue créole ?   Lire Plus

Café-débat social club : « L’identité en procès »

Par Jenner Benmister (professeur de philosophie) le 27/02/2014 à La Casa del tango

debatsNous vous invitons à notre prochain café-débat qui se tiendra le jeudi 27 février 2014 à  19 h à la Casa del tango, 651 rue Alfred Lumière à Jarry. Notre thème choisi est celui de l’identité. En effet, les questions identitaires ne cessent de travailler les consciences antillaises mais aussi celles de citoyens du monde entier. Mais que cachent-elles en réalité ? Ne faudrait-il pas les interroger en profondeur ? En pièce jointe un article de Michel Giraud sur la créolité paru dans  la  revue L’homme, qui nous paraît fondamental pour notre réflexion.
Dans un tout autre registre en pièce jointe aussi, la décision de la Cour d’appel  de Port-au-Prince d’inculper jean-claude Duvalier pour crimes  économiques et crimes contre l’humanité. C’es une victoire pour des défenseurs des droits de l’homme et de ceux qui luttent contre l’impunité en Haïti.
PS. Ceux qui ne reçoivent plus notre newsletter doivent consulter leur liste de courrier indésirable. Informez vos amis.  Lire Plus

Amatya Sen :“La notion de guerre des civilisations s’est insinuée dans l’inconscient collectif.”

Identités, cultures, religions : Prix Nobel et professeur d’économie à Harvard, Amartya Sen tord le cou aux bons sentiments. Une pensée libre et originale.

L’Indien Amartya Sen a aujourd’hui 73 ans et compte parmi les intellectuels les plus brillants de notre époque, les plus éclectiques aussi. Peut-être est-ce pour cela qu’il reste étrangement méconnu en France, parce qu’il est difficile à classer, d’abord dans sa discipline reine, l’économie, pour laquelle il a obtenu le Nobel en 1998. Enseignant à Harvard et à Cambridge, il a depuis longtemps affirmé un regard original, s’inscrivant dans la théorie économique dominante tout en la contestant de l’intérieur par ses travaux sur la pauvreté, l’équité et le bien-être. Mais Amartya Sen pourrait tout aussi justement être présenté comme philosophe, historien, sociologue et analyste politique, sans qu’il perde jamais en cohérence.
Deux ouvrages fraîchement parus permettent de le découvrir ou le redécouvrir. L’Inde, Histoire, culture et identité, voyage érudit et captivant à travers un sous-continent où, comme le résume Sen, « l’hétérodoxie a toujours été l’état naturel des choses et a engendré une tradition de dialogues et de confrontations extrêmement féconde entre islam, hindouisme, bouddhisme et christianisme ».

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Amartya Sen : pour une identité multiple

 

 

Le prix Nobel d’économie 1998 est l’un des plus grands penseurs actuels. Il publie aujourd’hui deux nouveaux livres, « Identité et violence » et « L’Inde. Histoire, culture et identité », chez Odile Jacob. L’occasion pour nous d’aborder ces thèmes brûlants d’actualité en sa compagnie.

 

Prix Nobel d’économie en 1998, Amartya Sen, 73 ans, est plus qu’un grand expert international. C’est un penseur d’envergure, dont l’oeuvre se situe au carrefour de l’économie, de la philosophie, des sciences sociales et de la théorie politique. Sa démarche constante est de mettre l’accent sur les conditions morales, humaines et sociales des mécanismes économiques. Il n’a cessé d’insister sur le fait que « l’économie est une science morale » et que le développement est le point de départ de la liberté. Son originalité est aussi d’avoir toujours en vue les aspects pratiques de la vie politique : avoir le droit de voter ne sert à rien sans l’éducation nécessaire pour comprendre les choix proposés et sans les moyens de transport pour se rendre au bureau de vote…

Attentif à tous les aspects de la mondialisation, il en est lui-même une incarnation.

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Littérature, identité et nationalisme

bjorn_larssonRéaction au manifeste : Björn Larsson

Littérature, identité et nationalisme

Le lundi 2 avril 2007

Par Björn Larsson, écrivain et professeur de français à l’université de Lund en Suède.

 

Chaque année, vers le mois d’octobre, la tension monte dans les ambassades étrangères à Stockholm et en particulier dans les services culturels. Quel est le pays qui cette fois-ci aura la gloire de recevoir le prix Nobel de littérature ? Ceux qui croient avoir un candidat en lice achètent déjà du Champagne et préparent les listes d’invitations pour les réceptions à venir. Il faut dire que certains pays auront dépensé beaucoup d’énergie et d’argent à essayer d’influencer — sans aucun doute inutilement — le choix de l’Académie. Peu d’écrivains refusent d’ailleurs une invitation à venir en Suède donner des conférences, frais payés… par leur propre pays.

Une fois le lauréat annoncé par le secrétaire permanent de l’Académie suédoise, les cris d’enthousiasme et de déception s’étalent dans les médias. Certains se plaignent – les Français souvent plus que d’autres – que l’Académie a manqué de jugement en négligeant tel écrivain national. D’autres protestent parce que celui ou celle – plus rarement – qui a été choisi n’est pas le meilleur écrivain du pays, c’est-à-dire que l’écrivain en question n’est pas le meilleur représentant de la littérature nationale.  Lire Plus