Peillon veut diminuer le nombre de redoublements

Par Marie-Estelle Pech,

redoublement et reussite scolaire

INFOGRAPHIE – À l’école et au collège, la France est championne en la matière, alors que ce dispositif coûte cher et n’a pas prouvé son efficacité.

Dans son projet de loi, présenté lundi après-midi devant l’Assemblée nationale, Vincent Peillon explique vouloir «poursuivre la réduction progressive du nombre de redoublements».

Sur RMC, le 10 décembre, le ministre affirmait vouloir réduire «au moins de moitié» le nombre de redoublements en cinq ans. La pratique du redoublement a baissé en France depuis vingt-cinq ans – où elle touchait alors près de 50% des élèves- mais notre pays recourt encore beaucoup à cette solution.

Selon le projet, «il s’agit d’une pratique coûteuse (8000 euros par redoublement au collège, plus de 10.500 euros au lycée, NDLR), plus développée en France que dans les autres pays et dont l’efficacité pédagogique n’est pas probante.» Pour arriver à ses fins, le ministre entend relancer la politique des cycles. Il s’agit en clair d’organiser les acquisitions sur trois ans, un temps plus continu et plus long que celui de l’année scolaire afin de permettre à tous les enfants de progresser à leur rythme.

Il est cher, il ne sert pas à grand-chose et ses bénéfices supposés relèveraient de la «croyance» ou de la «conviction»: telle était la conclusion d’une étude Eurydice, commandée par la Commission européenne au sujet du redoublement en 2011. Malgré des réglementations assez similaires, les taux de redoublement varient fortement entre les pays européens. Que ce soit à l’école ou au collège, la France est championne en la matière. Au niveau de l’école primaire, elle affiche 17,8% de taux de redoublement quand la Grèce est à 2% ou l’Autriche à 4,9%. De même, au niveau du collège, les taux de redoublement vont de 0,5% en Finlande à̀ 31,9% en Espagne, quand il est de 23,5% en France.

Aucun chercheur ne conteste l’inutilité du redoublement

Le passage automatique n’existe que dans un petit nombre de pays: l’Islande, la Norvège, le Royaume-Uni, la Corée… Les autres tentent pour la plupart de limiter le redoublement par divers moyens. Dans les cinq à six pays adeptes d’un fort redoublement, «la conception selon laquelle répéter une année est bénéfique pour les apprentissages de l’élève reste très présente», observe l’étude. Une vision partagée par le corps enseignant, la communauté scolaire et les parents eux-mêmes.

«En Europe, c’est surtout en Belgique, en Espagne, en France, au Luxembourg, aux Pays-Bas et au Portugal que cette conception persiste dans la pratique», poursuit le document qui recommande une «autre approche de la gestion des difficultés d’apprentissage des élèves». Le défi majeur «réside plus dans la remise en question de certaines convictions et croyances qu’en des changements de réglementations».

Le débat sur le redoublement n’est pas neuf. Aucun chercheur ne conteste son inutilité. Selon les différentes enquêtes Pisa, qui mesurent les performances des élèves de 15 ans, les pays qui affichent les meilleures performances sont aussi ceux qui l’ont fortement réduit. De l’Institut Montaigne à la Cour des comptes, tous les rapports convergent.

Pour la Commission européenne, «si certains redoublants rattrapent leur retard, la grande majorité d’entre eux ne le font pas. Les taux sont nettement plus élevés parmi les enfants issus de groupes socio-économiques moins favorisés et les résultats à long terme des redoublants sont souvent inférieurs à ceux des élèves faibles n’ayant pas redoublé». Ce matin sur RTL, Jean-Michel Blanquer, ancien directeur de l’Enseignement scolaire, évaluait à l’équivalent de 300 postes d’enseignants le coût du redoublement.

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