L’artiste comme métaphore de l’enfant

— Par Alex Lollia, Professeur de philosophie à la retraite

Pour Emma

La Pool Art Fair fait son grand retour pour une 17ême édition qui s’annonce d’ores et déjà majeure. Du 25 au 28 Juin 2026, le Terminal de croisière de Pointe-à-Pitre se transforme en carrefour international de la création contemporaine.
Cette année encore, le salon réunira plus d’une centaine d’exposants : artistes, galeries, collectifs et acteurs de la scène artistique caribéenne et internationale. Un véritable festival de la création où les formes se réinventent et les couleurs explorent des territoires inédits.

Cette édition sera marquée par la présence de Barthélémy Toguo, artiste camerounais de renommée mondiale. Poète des matières, il apportera à la Pool Art Fair, la puissance de son regard et l’universalité de son oeuvre.

Il s’agit de réaffirmer la vocation du salon : faire dialoguer les scènes, les cultures et les imaginaires.

Dans ce dialogue, Patricia Lollia a choisi de présenter un ensemble d’ œuvres centrées sur les figures et les postures d’enfants : corps en mouvements, visages ouverts, gestes suspendus.
En créole guadeloupéen, enfant se dit « Timoun ». Un petit monde débordant de vitalité, de sensibilité, de beauté, de richesse, de chant et de danse, d’affection et de tendresse. L’enfant suscite notre émerveillement comme la bulle de savon engendre notre enchantement. Ce que nous admirons en lui ce sont les promesses d’une aventure sans fin et le monde improbable qu’il laisse deviner. C’est ici que l’artiste rencontre l’enfant. Chacun de nous cache en lui un enfant qui veut jouer. Par contre, l’artiste le dévoile et laisse se manifester ce créateur de mondes, ce joueur, cet inventeur de réalités.

Pour créer librement, pour se délivrer de la sombre prison qu’on appelle le réel, il faut se défaire des cadres rigides, des carcans qui nous enferment et devenir TIMOUN. Là où l’artiste parle, là où l’artiste rêve, il faut imaginer la part essentielle de son rapport à la terre, au ciel, aux autres, à la vie qui s’est nouée dans les premières années de sa vie. Nous l’oublions souvent : nous avons commencé par penser comme un enfant avant de basculer dans le monde adulte de la raison, du langage et de la loi.

L’enfant s’affranchit de tout conditionnement, exprimant ainsi son innocence créative, son oui à la vie qui est invention, jeu, création de valeurs.

L’artiste et l’enfant partagent la même capacité à voir le monde avec des yeux vierges, à s’étonner de l’ordinaire, à trouver de la magie dans le quotidien.

Ce sont des explorateurs, des aventuriers, des pionniers qui ouvrent des chemins nouveaux, qui créent des formes inédites, qui inventent des langages singuliers.

L’artiste, comme l’enfant, est un ëtre de curiosité et de créativité. Ils se perdent dans leur monde intérieur et se laissent guider par leur imagination. Ils sont si proches et si semblables, à la fois visionnaires et prophêtes.

Comme dirait Nietzche, ce sont des roues qui tournent d’elles-mêmes , des flèches de désirs lancées vers l’inconnu.

Alors, le temps de la Pool Art Fair, laissez-vous emporter par l’infinie créativité des TIMOUN, laissez-vous guider par l’artiste qui est en vous. Redevenez poète de votre propre vie.
Alex LOLLIA, Professeur de philosophie à la retraite