Catégorie : Littératures

Quand la mémoire fait feu : une journée pour sauver sept vies

Avec Salves de blues. Lundi 9 mars 1942 au Mont-Valérien, Daniel Maximin signe un roman d’une intensité rare, consacré à une journée tragique et longtemps restée dans l’ombre de l’Histoire. Publié chez Caraïbéditions (354 p., 21,30 €), le livre nous plonge dans le Paris de l’Occupation allemande, au cœur des dernières heures de sept très jeunes résistants condamnés à mort.

Le 6 mars 1942, un tribunal militaire allemand réuni à l’Assemblée nationale – dans une mise en scène voulue pour frapper les esprits – prononce la peine capitale contre sept membres des Bataillons de la Jeunesse. Parmi eux, Tony Bloncourt, étudiant haïtien né de parents guadeloupéens, à peine âgé de 19 ans. À ses côtés : Roger Hanlet, Fernand Zalnikov, Pierre Milau, Acher Semahya, Robert Peltier et Christian Rizo, tous âgés de 17 à 26 ans. Leurs noms, aux consonances étrangères pour certains, ne sont pas entrés dans la mémoire collective avec la force qu’ils méritaient. Le 9 mars 1942, au Mont-Valérien, leur exécution doit servir d’exemple.

C’est cette journée du lundi 9 mars que le roman choisit de suivre, heure après heure, du petit matin jusqu’à la nuit.

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Amour, Pouvoir, Monde à l’envers…

— Par Jean-Bernard Bayard —

Amour du Pouvoir

Ils doivent opprimer pour se sentir tout puissants
Il faut accaparer pour qu’ils s’établissent gérants
Il leur est nécessaire d’abrutir et bien avilissants
S’ils ne terrifient pas ils ne seront pas dominants

Le pouvoir est pour eux un besoin vital et sacré
L’absolutisme est une sale idéologie d’insécurité
Où la majorité est abrutie démunie et défavorisée
Aux mains d’institutions qui sont hégémonisées

Ces dirigeants magouilleurs se croient invincibles
Contrôlent le peuple sans pitié de façon horrible
Tout ce qu’ils disent et font sont alors incrédibles
Et les répercussions de leur corruption est terrible
Jean-Bernard Bayard

Pouvoir de L’Amour

C’est quand l’altruisme règne et la générosité puissante
Le partage est de seconde nature et la bonté est gérante
L’encouragement est constant et la honte est avilissante
La compassion est l’acte et le besoin toujours dominante

L’amour est pour ceux de bonne foi un bien vital et sacré
L’Altruisme est un idéal compassion offrant une sécurité
Où les participants sont bienveillant et sont tous favorisés
Aux Mains d’institutions qui représentent une collectivité

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1 jour – 1 mot

— Par Patrick Chamoiseau —

17 2 2026.

Paysage sans pays

L’élan grandiose de la Pelée
souvent décapité
par l’assaut des nuages

comme si
tout le pays lui-même

(celui qui reste à naître,
à se vouloir, s’imaginer)

(son réel pathétique
sous le divertissement)

faisait force pour suspendre

(bien malgré lui)

tous les splendides
et oublieux
décrets du paysage.

 

15-02- -26.

Du Beau à la Beauté II

« Je veux bâtir
moi, de dacite coiffé de vent, le monument sans oiseaux du refus. »

Aimé Césaire.
(Et les chiens se taisaient)

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« Noémie fête le carnaval », de Jade Amory : une ode à la culture antillaise

Jade Amory est une jeune autrice et illustratrice jeunesse originaire de la Martinique, née d’une mère guadeloupéenne et d’un père martiniquais. Son enfance s’est partagée entre ces deux îles, ce qui a profondément nourri son identité et son imaginaire. Cette double culture, vécue au quotidien entre traditions, paysages et fêtes locales, constitue aujourd’hui le socle de son travail artistique. Passionnée très tôt par le dessin et les films d’animation, elle quitte les Antilles pour poursuivre des études de cinéma d’animation à Paris. Après six années de formation, elle intègre le studio Illumination Mac Guff, reconnu pour avoir produit des films d’animation à succès tels que Moi, moche et méchant, Comme des bêtes ou encore Migration. Elle y travaille comme décoratrice 3D : son rôle consiste à enrichir les décors numériques en y ajoutant des objets et des détails afin de rendre les scènes plus vivantes et plus réalistes. Ce métier demande rigueur, patience et créativité, mais malgré la richesse de cette expérience professionnelle, Jade Amory ressent le besoin de développer un univers plus personnel.

C’est ainsi qu’elle commence, sur son temps libre, à créer ses propres illustrations.

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Autour de « Jusqu’à mon dernier mot », de P.S. Hoggar

— Par André Claverie —

« Le corps se défait, devient tyrannique; la conscience s’intensifie à mesure qu’elle s’atrophie; Héloïse ne veut pas mourir avant sa mort ».

Récit de fin de vie : une cérémonie des adieux

Confrontée à l’imminence de la mort à cause d’une maladie incurable, Héloïse, une jeune Antillaise, appréhende que ses derniers instants -paroles, regards, gestes, silences – ne lui soient volés à la suite du processus dégénératif qui colonise peu à peu son corps et sa pensée.

Cet effroi, lancinant, la conduit à entreprendre le récit des deux dernières années de son existence afin de maintenir sa présence auprès de ses proches, lorsqu’elle aura été arrachée à eux.

Sous la forme d’un journal, qu’elle appelle son « Commentaire » (« dialogue mental avec soi »), Héloïse transmet donc un testament spirituel, destiné en priorité à sa sœur jumelle, Sarah : une confession littéraire dévoilant le sens ultime des moments douloureux, des amours passionnées et des instants lyriques qu’elle aura vécus.

Bien plus, en se lançant dans l’aventure de l’écriture, la jeune narratrice réalise le projet de « parfaire sa destinée » en dénouant avec douceur les liens qui l’unissent à l’existence et aux êtres qu’elle aime, et en parvenant avec dignité jusqu’à l’extrême lucidité contenue dans le silence de son « dernier mot ».

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« Les tétons de Valentine » & « Doudou, mèsi « 

— Par Patrick Mathelié-Guinlet —

Les tétons de Valentine

En ce beau et doux jour
de la Saint-Valentin
toujours voué à l’amour,
que n’ai-je le loisir
de vous dire mon désir ?
Car tel est mon dessein,
je voudrais vous avouer
que je ne sais plus bien
auquel de vos deux seins
je pourrais bien me vouer…
Cruauté du destin,
point n’est de médecin
qui sache me guérir
de cette maladie,
de ce défaut malsain
que j’ai du mal à dire
face à vous, ma lady :
je ne peux pas choisir,
il me faut tout ou rien !…

« Car de Valentine les tétins
sont les tétines de Valentin.»

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« Eskandal an kannaval »

— Par Daniel M. Berté —

Bwabwa té dédjizé an kostim prens wayal
I ponmet
Mariyàn mennen’y dansé an bal
Ladjables ki tann sa fè an gro eskandal
Ek mété’y a djélé ki sé li fanm
Vaval
Ki i pa ka’y pran kòn pou vakabòn Foyal
Ek ki kannaval-a sé pa an bakannal

Pawol monté-désann an model radikal
Ek pawol mennen kou, sa sé bagay fatal
Lé dé bougres ploté an manniè enfernal
Kout-pyé kout-tjok pati yo tonbé an kannal
Ladjables balansé an kout-jounou an fal
Mawyàn ki pa manchot fè’y wè trannsis zétwal

Té ni kout-dan osi, bref sé té latotal
Pies moun pa séparé, yo di sel fanm fatal
Ki pé pran an konba andidan kannaval
Toutefwa-sepandan té ni yonndé timal
Ki pou yonn ki pou lot té pré a ba’y an pal
Men apré réfleksion, yo di sa tro kouchal

Makoumè ek Malprop di sa libidinal
Moko-zonbi réponn sa pa orijinal
Ki pa ni pies rézon an vié fanm véjétal
Prétann alé zouké épi wa kannaval
Karolin-zyé-loli touvé sa imoral
Matlo-sou li-menm di i san-fouté-pa-mal

Edmond Evrard Suffrin di sa poligamial
Papa-Djab aplodi mi dé fanm ki brital !

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« Quelque chose s’est passé », de Nicolas Kurtovitch


À travers ses pas sur les chemins de la Grande Terre, Nicolas Kurtovitch interroge la mémoire, les paysages et la profondeur de l’expérience humaine.
Chaque marche devient rencontre : avec une ville, une tribu, un silence, une parole ancienne. Chaque souffle est dialogue : entre le visible et l’invisible, entre l’intime et l’universel.
Poète et passeur d’histoires, il inscrit dans ces pages une quête — celle du Do Kamo, de l’humanité en marche, qui cherche à se construire dans le lien, l’écoute et la vérité.
Mais ce livre n’est pas seulement une invitation à la contemplation : il exige vigilance et responsabilité. Reconnaître que « quelque chose s’est passé », c’est accepter de ne plus détourner le regard ; c’est accueillir la parole des anciens, la mémoire des lieux et l’épreuve du présent.
Un texte lyrique et sans concession, qui rappelle que vivre ici, c’est se tenir debout dans le temps et devant l’Histoire.

 

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J’ai pris un réel plaisir à lire Quelque chose s’est passé de Nicolas Kurtovitch, un récit à la hauteur de sa réputation. Pour J’apprécier pleinement, il faut entrer dans son univers, son style, sa poésie.

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Le monument et les traces

Visite d’échanges et de réflexion patrimoniale avec le Parc Naturel de la Martinique.

— Par Patrick Chamoiseau —

Le Château Dubuc est un haut lieu mémoriel de notre fondation collective. Nos ancêtres partagés y ont mené durant des siècles une lutte antagoniste et solidaire. Cette habitation sucrière fut l’une des plus puissantes de la côte atlantique. On y produisit du sucre, du tafia, de l’indigo ; on y exploita des terres défrichées au prix de la “désapparition” de nos ancêtres Kalinago ; on y fit travailler des centaines d’Africains, puis leurs descendants, réduits en esclavage et aux aliénations. Les archives attestent de pratiques de contrebande et d’un commerce négrier clandestin qui reliait cet endroit aux réseaux atlantiques. La prospérité du site fut brève, sa chute rapide au XVIIIᵉ siècle — mais son empreinte demeure.

Ici, comme partout ailleurs chez nous, la notion de patrimoine est problématique. La mémoire coloniale y a laissé des vestiges qui constituent un monument visible (bâtiments d’exploitation, canaux, citerne, moulin, cachot, débarcadère…), relevant d’une structure de domination totalitaire. Les mémoires amérindiennes, africaines et créoles, y ont laissé des traces qui tissent de nouvelles alchimies patrimoniales.

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« Une nuit à penser » & « Je t’aime vraiment »

— Par Myrna Nérovique —

Une nuit à penser.

J’aimerais que le ciel m’offre la nuit,
Pour perpétuer notre paradis.
J’aimerais que l’on puisse doucement s’aimer,
Et, je te vois alors t’en aller.

Et, le ciel m’offre le trépas,
Et, je jonche sur les amas.
Mes larmes couvrent les yeux,
De ceux qui brûlent et sont pieux.

Je me ternis de haine,
Tandis que je me baigne.
Et, malgré ce que je dis,
Je repense encore à nos envies.

Le beau jour où je m’élance,
Et, m’apprivoise une danse,
J’aimerais que le ciel m’offre la nuit,
Pour perpétuer notre paradis.

Myrna Nérovique

 

 

Je t’aime vraiment.

Je t’aime vraiment,
Je t’aime à mourir, tu m’entends !
Mais, j’ai accepté de te perdre,
Et, de me complaire dans ma merde.
Je t’aime passionnément,
Tu es mon doux tourment.
Suis-je idiote ; je ne sais pas.
Dois-je arrêter mon cinéma ?
Je t’aime à en crever,
Je ne peux plus m’arrêter.
Et, je ne comprends pas pourquoi : toi.
Pourquoi, je ne t’oublie pas ?
Pourtant, il y a plus beau,
Il y a plus riche.

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Nouvo Woch

— Par Daniel M. Berté —

Nouvo Woch

Atansyon-pokosyon-lapo-lonyon sé jou tala…

 

Woch ka volé
ka vòltijé
ka simewjé anlè lepeup

Woch pawol dlo
pawol flo
pawol blo ka tonbé an jaden lepeup

Woch watsap
fésbouk
iks ka antré adan kay lepeup

Woch féknwouz
gorafi
troll ka tronpé lepeup

Woch konférans
enterviou
trak ka terbolizé lepeup

Woch ponmes
ti-tap-an-do
dèmen-gratis ka rivé an kwayans lepeup

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Critique Littéraire : Analyse du chapitre XVI de l’inconnu de Mer Frappée de Robert Lodimus

Le chapitre XVI de L’inconnu de Mer Frappée de Robert Lodimus, intitulé « LA CHASSE AU COMMUNISME », propose une critique acerbe des idéologies politiques et de l’instrumentalisation de la démocratie. Lodimus analyse comment la démocratie est détournée pour justifier la mauvaise gouvernance et la « chasse aux sorcières » idéologiques, agissant comme un « nirvana ante mortem » ou un opium pour les dominés. 

Points clés de l’analyse :

  • Critique de la démocratie : L’auteur dénonce une démocratie profanée, qui masque la tromperie consciente et la mauvaise gouvernance.

  • Logique de domination : Le chapitre souligne que le concept de démocratie est utilisé par les dominants pour maintenir les dominés dans la résilience : une sorte d’opium.

  • Idéologie et Conflits : Lodimus questionne pourquoi le partage équitable des ressources (communisme) engendre autant de haine et de conflits, faisant écho à Goethe.

  • Liberté naturelle vs Droits acquis : Il oppose la liberté innée aux droits naturels souvent bafoués par les structures politiques actuelles. 

Le chapitre XVI s’inscrit dans une réflexion plus large de l’œuvre sur les injustices, la « chasse » idéologique et l’appel à une prise de conscience pour une véritable révolution sociale et économique, notamment dans le contexte haïtien. 

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« L’Écho d’avant » d’Emmanuel de Reynal

Et si le progrès nous avait volé l’essentiel ?
Dans un futur proche, le dataïsme a tout envahi. Chaque émotion, chaque geste est filtré, noté, archivé. La liberté a cédé la place à la conformité algorithmique.
Naomie, jeune journaliste calibrée pour produire des chroniques rapides, reçoit une mission anodine : écrire un papier nostalgique sur « le monde d’avant ». Trois minutes de lecture, pas plus. Mais lorsqu’elle rencontre Le Gardien, dernier témoin d’une époque sans écrans, tout bascule.
De carnet en carnet, elle découvre un univers disparu : la lenteur des repas partagés, l’attente sans smartphone, les lettres d’amour, les voisins que l’on connaît, les slows qu’on danse en tremblant… Chaque page fissure ses certitudes, éveille un manque qu’elle ne savait pas nommer.
Entre mémoire vive et mémoire effacée, L’Écho d’avant explore avec intensité la question qui nous guette tous : que restera-t-il de notre humanité quand tout sera optimisé ?

Un roman d’anticipation poétique et lucide, où le passé devient la dernière utopie possible.

Emmanuel de Reynal | Parution le 05/02/2026 | 284 pages – 23 € | Broché – Format : 135 x 215 mm | Collection : Rue des écoles | EAN13 : 9782336594576

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Emmanuel de Reynal, né à Fort-de-France le 10 septembre 1965, est un chef d’entreprise et un écrivain français engagé dans la vie économique et sociale de la Martinique.

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« Consumérisme » & « City Blues »

— Par Patrick Mathelié-Guinlet —

Consumérisme (Le 10ème cercle oublié de l’Enfer)

Dansent, dansent ces âmes
dans des corps de robots
leur pantomime infâme,
leur infernal tango :

la danse de Saint-Guy
des achats à crédit
que leur jouent les démons
de la consommation…

La musique d’enfer
de ces publicitaires,
leurs mirages de mots
empêchent tout repos
de leurs pauvres suppôts !

Volontaire esclavage,
fatal endettement,
tels seront les ravages
d’un fol entêtement
et sombre aveuglement…

Et lorsqu’au moindre vent
le désordre les prend,
est cet attachement
la corde qui les pend
constamment tout vivants !

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L’inconnu de Mer frappée : Chapitre XVI

— Par Robert Lodimus —

Chapitre XVI

LA CHASSE AU COMMUNISME

« Pourquoi faut-il que ce qui fait la félicité de l’homme devient la source de son malheur », écrit Goethe dans « Les Souffrances du jeune Werther »? S’organiser pour vivre ensemble, accepter les idées progressistes qui exhortent à partager équitablement ce que la nature met gratuitement à notre disposition ne devrait pas causer tant de chagrins et soulever tant d’inimitiés et d’aversions parmi les créatures pensantes. La seule source de bien-être pour les êtres humains est de réapprendre à vivre ensemble. Si l’humanité se porte mal, si les rivières, les étangs, les fleuves, l’océan sont devenus rouges de violence et de sang, c’est bien parce que le monde se divise en deux : les forts et les faibles, les dominants et les dominés. Les forts, les dominants, déclarent la guerre, tuent, pillent, dépouillent et esclavagent. Les faibles, les dominés, abdiquent, se soumettent, abandonnent, fuient ou crèvent dans les mornes et les vallées. En clair, cela s’appelle l’injustice sociale, l’inégalité économique. Il s’agit d’un système de « vautourisation » globalisé érigé par les pays colonialistes, et qui continue de dérégler, de désarticuler le mode de vie originelle des terriens vulnérables.

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L’Akademi kreyòl ayisyen : culte éborgné de l’impunité ?

L’Akademi kreyòl ayisyen bénéficie-t-elle en Haïti du culte éborgné de l’impunité ?

— Par Robert Berrouët-Oriol —

« Haïti, dans son rapport à la mémoire, a un problème particulier. Duvalier représente un sommet dans l’histoire des crimes perpétrés par les pouvoirs politiques en Haïti mais il faut rappeler qu’il y a dans l’histoire d’Haïti une pratique de l’impunité, de l’amnésie » ; (…) Laënnec Hurbon, convaincu que la lutte contre l’impunité a un effet émancipateur, a plaidé pour une véritable ritualisation de la mémoire. « La mémoire abstraite n’existe pas. Il faut des cadres matériels, des repères matériels qui permettent de réintégrer les victimes dans le monde des vivants » (source : Collectif Haïti de France / Le Nouvelliste, 26 avril 2016). Au moment de rédiger le présent article, nous prenons encore une fois toute la mesure de l’exceptionnel apport du sociologue Laënnec Hurbon à la compréhension du mode de fonctionnement de la société haïtienne sur les registres de l’histoire, des rapports socioéconomiques et des rapports symboliques/politiques. Les enseignements de Laënnec Hurbon éclairent avec hauteur de vue les articulations du pouvoir en Haïti où caracolent l’impunité et l’amnésie volontaire à tous les étages du corps social haïtien (voir deux des livres de référence de Laënnec Hurbon, « Comprendre Haïti.

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Adan Djjol Tan : Chenfè mil tet-la, de Térèz Léotin

Par Jude Duranty

Térèz Léotin ka ba an kanmo asou Anonsiad Kalimo, adan labadijou lavi’y, i la ka limen an lanp laviej pou rakonté pliziè mòso tan lavi’y. Tan latit lè i té tianmay lékol jik lè tan i vini gran-bibich épi plen sajes.

Dapiyan asou la Gres

Adan mes mitoloji La Gres, Kwonos sé Bondjé tan-an, papa lè, douz lè lannuit, douz lè lajounen. Kwonos pé sav sa ké pasé, i pé tjilé oben vansé adan ladivini, adan lepasé ek i pé sav sa ki pé fet.

Albè EINSTEN té ka di konsa : « Anned’ tan bò an bel fanm, ou sé di i ka diré an minit. An minit asiz asou an fou ka brilé, ou sé di i ka diré annè. Sé sa i ka kriyé : la « Rilativité ». Ou sé di tan-an pa janmen ka woulé menm manniè :

  • I ka fè létè lè ou ka fè an bagay ou jaja.

  • I ka pran tan fè tan lè ou ka anmegdé kow.

  • I ka woulé woulé’y lè ou ka vini vié.

Lè ou ka gadé an ti-zédjui mont, ou sé di i ka vansé a menm vites-la, toutfwazékant sé Grek-la ni twa manniè nonmen tan-an :

  • Kwonos : tan dékatjé pa ti mòso

  • Kairos : sé bon moman-an pou fè an bagay.

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Douze articles consacrés au bilan de l’Akademi kreyòl ayisyen de 2015 à 2025

— Par Robert Berrouët-Oriol (*) —

La pensée critique est un processus intellectuel qui consiste à analyser, évaluer et interpréter des informations de manière logique et objective. Elle implique une analyse systématique des enjeux, des idées et des événements, ainsi qu’un questionnement des préjugés et des opinions préconçues. (Université d’Ottawa, n.t., n.d.)

Qualifié d’État voyou par les uns, d’État gangstérisé ou encore d’État failli par les autres, l’État haïtien dispose pourtant d’un vaste arsenal de textes juridiques élaborés en vue de réguler la vie en société et d’encadrer l’exercice du pouvoir à tous les étages de l’édifice social. L’ordre juridique haïtien comprend divers textes, notamment le Code pénal, le Code de commerce, le Code rural, le Code douanier, le Nouveau code de procédure pénale, etc. Il comprend également des conventions, des arrêtés, des décrets et décrets-lois dans nombre de domaines, entre autres le « Décret encadrant l’exercice de la liberté d’expression », le « Décret portant organisation et fonctionnement de la Haute Cour de justice », le « Décret du 17 mai 2005 portant organisation et fonctionnement de l’administration centrale de l’État », etc.

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« Les mots », de Gary Klang

— Par Gary Klang —
Les mots

Les mots sont fatigués mes frères

Tous ces grands mots qu’on nous jette à la face

Ils ont un goût de vomissure

 

Comme ces sources puantes

Près de la mer caraïbe

Où enfant je plongeais joyeusement

Malgré l’odeur de soufre

 

Les mots sont fatigués mes frères

Les mots en ont assez

Et plus personne n’y croit

 

Les mots divisent

Les mots séparent

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L’inconnu de Mer Frappée : Chapitre XV, dix-septième extrait

— Par Robert Lodimus —

Chapitre XV

L’ADIEU

« Le combat n’a pas cessé, car il y a encore des combattants. Il ne pourra réellement prendre fin qu’avec la victoire du Bien sur le Mal. »

(Robert Lodimus)

Je me souviens toujours des paroles de Montaigne que j’ai déjà rapportées dans un chapitre précédent et que je paraphrase ici: « Dieu a donné aux humains accès aux connaissances pour les tourmenter. » La connaissance détient pour chacun de nous le fardeau de la preuve. Elle accuse. Elle culpabilise. Elle représente le ministère public au tribunal de l’histoire par devant lequel nous sommes appelés à répondre de tous nos actes : bravoure, héroïsme, grandeur d’âme, lâcheté, indignité, cruauté, cynisme… L’histoire nous acquittera, comme elle l’aura fait pour Fidel Castro; ou nous sanctionnera, comme Benito Mussolini, Adolphe Hitler et même, dans un certain sens, Joseph Staline… En situation de connaissance de cause, l’immobilisme, le résignationnisme, l’indifférence, l’insouciance… deviennent inexcusables. Punissables. La Cour a le pouvoir de condamner un individu pour « non assistance à une personne en danger », et cela, sans qu’il soit reconnu et déclaré l’auteur du crime.

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Mové bwi

— Par Daniel M. Berté —

Mové bwi

« An bann bandi bandé mété bankoulélé san bekmè ni baramin.
Yo ba Matnik bon baton épi fè’y bastjilé dan la bandisité. »
Kronik bandisitay

Po ! Po ! Po !
Mami di sé fizi !
Sizi di sé péta !
Yonn tonbé blo !

Pan ! Pan ! Pan !
Mami di révòlvè !
Sizi di fédawtifis !
Yonn tonbé bouf !

Touwf ! Touwf ! Touwf !
Mami di sé kalach !
Sizi di sé banboch !
Yonn tonbé bong !

Rrratatatatatatatata !
Mami di mitrayet !
Sizi di sé lafet !
Yonn tonbé bidim !

Boum ! Boum ! Boum !
Mami di sa sé bonm !
Sizi di sé labonm !
Yonn tonbé boudoum !

Dong ! Dong ! Dong !
Mami di sa sé gla…
Sizi pa di… Yo tjwé’y…
Kloch ka di Yonn pri… Yonn pri…

Enben ! Enben ! Enben !
Mami la ka pléré…
Sizi ki ped lavi…
Dlo-zié’y ka néyé tjè’y…

Daniel M. Berté 140126

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Présence de La Boétie

— Par Patrick Camoiseau —

Formidable séminaire d’échanges et de discussions avec les professeurs de Lettres de l’Académie de Martinique.

… Dans son « Discours sur la servitude volontaire » Étienne de la Boétie nous a rappelé que toute domination entraînait une aliénation de l’imaginaire du dominé. Ainsi, tout dominé intériorise le « Grand récit » qui lui est imposé et participe activement à sa propre sujétion.

Césaire en a tiré la leçon : son « Cahier dun retour au pays natal » n’est rien d’autre qu’une formidable catharsis : l’auto-nettoyage d’un imaginaire colonisé qui inaugure ainsi son émancipation mentale.

Fanon ne fera pas autre chose en explorant le psychisme du colonisé et en oeuvrant à la nécessité d’une violence refondatrice, interne et externe, symbolique et concrète.

Dans « Pluies et vents sur Télumée miracle », Simone Schwarz-Bart (pour moi la plus grande présence littéraire de la Guadeloupe avec Saint John Perse), détaille l’alchimie poétique et mentale par laquelle son héroïne, sous le pire de la domination, élève jusqu’à une miraculeuse dignité libératrice, sa propre vie inscrite dans celle de son pays.

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L’éphéméride du 22 janvier

Léon-Gontran Damas décède à Washington le 22 janvier 1978

Léon-Gontran Damas (né le 28 mars 1912 à Cayenne, mort le 22 janvier 1978 à Washington, DC), est un poète, écrivain et homme politique français.

Il est cofondateur du mouvement de la négritude avec Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor dans les années 1940. Grand amateur de jazz, il publia en 1937 Pigments, recueil de poèmes préfacé par Robert Desnos où il se révolte avec violence contre une certaine éducation créole d’inspiration bourgeoise qu’il voit comme une acculturation imposée. Un de ses grands thèmes est la honte de l’assimilation. Engagé dans la politique, il fut député de Guyane.

Il fit à Paris des études de droit puis, à l’École des langues orientales, de russe, de japonais et de baoulé.

Biographie
Allée des Trois fleuves à Cayenne, dont le nom fait référence à Black-Label de Léon-Gontran Damas.

Léon-Gontran Damas est né à Cayenne, dernier des cinq enfants de Ernest Damas (1866-?), mulâtre européen-africain, et de Marie Aline (1878-1913), métisse amérindienne-africaine originaire de Martinique. Une sœur jumelle, Gabrielle, née quelques minutes avant lui, mourut en bas âge.

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« 2O26… » & « Dyab-la ! »

— Par Patrick Mathelié-Guinlet —

2O26…

On ne sait pas à quoi s’attendre
car l’avenir n’est pas si tendre…
À la paix on voudrait prétendre
mais Gaza n’est qu’un tas de cendres !

Du coup, pas question de souhaiter
dans ces conditions :“Bonne année !”
car rien ne peut nous assurer
que nos vœux seront exaucés…

D’ailleurs en faire est inutile
quand nul dieu ne peut les entendre…
Vivre aujourd’hui n’est pas facile :
on a parfois envie de rendre

les armes et puis d’aller se pendre
ou dans les drogues d’oublier
les atrocités de la guerre
et l’âpreté de la misère !

Lors, on ne peut qu’attendre et voir
si un jour renaîtra l’espoir,
comme un phénix dans nos cœurs,
que reviennent des temps meilleurs !

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Le grand retour à la poésie du poète Robert Berrouet-Oriol : « Simoun »

(Article du linguiste Hugues Saint-Fort paru en Martinique sur le site Madinin’Art (24 juillet 2021. Actualisé et soumis à Rezonòdwès le 19 janvier 2026)

Le nom et l’œuvre littéraire de Robert Berrouët-Oriol sont entrés dans la littérature québécoise en 1986 par le truchement de son célèbre article titré « Effet d’exil » paru dans la revue culturelle Vice Versa et consacré à l’émergence des « écritures migrantes » (Robert Berrouët-Oriol : « L’effet d’exil » in Vice Versa, no 17, décembre 1986-janvier 1987). Depuis, l’expression « écritures migrantes » est devenue un des concepts clé de la littérature québécoise, un texte fondateur que Berrouet-Oriol a utilisé pour distinguer « entre deux notions voisines pour définir la double originalité de ces écritures : « voix migrantes » pour signifier qu’elles sont venues d’ailleurs, et « voix métisses », pour préciser qu’elles s’hybrident au contact des voix d’ici » (Beniamino et Gauvin 2005). 

Berrouët-Oriol a poursuivi une activité strictement littéraire en publiant en 1986 Lettres urbaines ; en 2009 En haute rumeur des siècles ; en 2010 Poème du décours qui a gagné le grand Prix du livre insulaire Ouessant en France ; en 2013 Découdre le désastre, suivi de L’ile anaphore qui a reçu la Mention d’excellence de la Société des écrivains francophones d’Amérique ; en 2016 Éloge de la mangrove

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