Catégorie : Littératures

L’inconnu de Mer Frappée : Suite du chapitre XIV

— Par Robert Lodimus —

Suite du chapitre XIV

Le Maître et le disciple

J’ai senti les mains d’une colère rageuse sur la gorge du docte duquel, depuis un laps de temps, je suis devenu l’allocutaire enfiévré, dans cette zone pauvreteuse, tristement délabrée de Carénage et de Sans raison, qui porte le nom de Mer Frappée. C’est la première fois que je voyais le personnage, ordinairement calme, tout à fait confiant et sûr de lui-même, dans un état pareil. Ses nerfs semblaient se dilater à la frontière de l’éclatement. Ils étaient gonflés comme des ballons remplis d’hélium. Je ne lui ai pas demandé davantage d’explications. Des nuages d’épouvante assombrissaient encore le ciel de la république insultée et choquée, comme le père de Rodrigue Le Cid. Nous étions le 10 juin 1967. Deux jours après l’exécution spectaculaire et révoltante des « dix-neuf officiers duvaliéristes » à Fort Dimanche. Le « président à vie » venait de gifler pour la énième fois le peuple haïtien. Trois ans après l’assassinat en public de Marcel Numa (21 ans) et de Louis Drouin (32 ans), la perpétration du massacre des Jérémiens, le malade psychopathologique avait récidivé dans l’affaire macabre et scandaleuse des militaires fanatiques, accusés d’ourdir un complot, de tramer une conspiration pour l’évincer du pouvoir et l’assassiner avec sa famille.

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« Peuple Haïtien! » & « Le Monde »

— Par Jean-Bernard Bayard —-
Peuple Haïtien!
Pousse tes cris de désespoir oh peuple si opprimé
Victime du courroux occidental et de tes dirigeants
Toi qui par ton sang as su gagner ton émancipation
Lève-toi encore une fois et réclame ta fière liberté

Tes racines sont peut-être profondes et nombreuses
Mais des prédateurs et des parasites les ont rongées
Et le tronc de l’arbre de la liberté n’a jamais repoussé
Il te faudra éliminer tes détracteurs locaux et étrangers

Dénué de toute cohésion ta pirogue erre sans gouvernail
Tes ressortissants se chamaillent comme des nécrophages
Le monde entier t’avilit et te traite pire que son excrément
Si tu ne te relèves pas personne d’autre ne le fera pour toi

Reprends ta grande collectivité d’indomptables grenadiers
Défends donc avec tout ton courage ta vertueuse humanité
Redeviens le phare de la cruelle décolonisation occidentale
Et une fois pour toutes garde ta place de la reconnaissance

Jean-Bernard Bayard

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2026 pou sèvi lakoz lanng kréyol-la tou.

— Par Térèz Léotin —

Dépi an tan tan koumansé fè tan, chouval-bwa lé zanné ka tounen tounen’y, é sé pa jòdi. An lanné ka pati, ek san ped tan, anlot ka rivé lamenm dèyè’y, jikkont pou kous kouri sé 365 jou-a pé toujou kontinié bay alé yo. Nou tout sav sa. Kon tout lézot avan’y, lanné 2025 tounen tounen’y tou, i débatjé zanmi, i kontinié alé épi sa ki té za abò ek i batjé dot. Sé lavi ki lé’y. Lanné 2025 kité dèyè’y, moun ka kontinié hélé anmwé an Palestin, Mayot, Bénézwel, Matinik, ek toupatou dot koté éti ladézespérans pozé patjé’y ek la démokrasi pòkò menm sav ki jou i kay koumansé ralé kalpat. I kité Latè ka kontinié fè jik pwop koy menm lapenn. I kité’y la dé lanmen’y bwaré ka prédié, pou laglas pa kontinié fonn, pou lanmè pa valé lilet, é pou toupatou pa tounen dézè, nonpli. I kité Latè la ka mandé padon ba fot, limenm pa jenmen konmet.

Kidonk pou kriyé Latè za kriyé sové’y, pou sin i za ban nou, es fok pa an 2026 nou fini pa wè i ka ralba poubon, pou nou pòté mannev avan two ta baré nou.

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Conférence « Hurler les failles »

Autour de la revue haïtienne des cultures créoles DO-KRE-I-S

Mardi 13 janvier à 18h30 
Tropiques Atrium – Scène nationale de Martinique
Salle Frantz Fanon
Entrée libre

Créée en Haïti, la revue DO-KRE-I-S est une publication annuelle bilingue (créole/français) consacrée aux langues et aux cultures créoles à l’échelle internationale. Depuis 2017, elle s’inscrit dans une démarche éditoriale exigeante visant à valoriser la création contemporaine et la réflexion critique issues des mondes créolophones, tout en favorisant les circulations entre territoires, disciplines artistiques et champs de pensée.

La revue se donne pour mission de constituer un espace de référence pour la création, la recherche et la transmission autour des cultures créoles. Chaque numéro s’articule autour d’un thème fédérateur — Voyage, Miroir, Marge(s), Traces, Fête, Fragment(s) / Mòso, Turbulence(s) / Dezòd — permettant d’interroger les dynamiques de la créolisation, de la mémoire, du déplacement et des héritages coloniaux dans une perspective à la fois esthétique, politique et sociale.

DO-KRE-I-S rassemble des contributions issues de la littérature, des arts visuels, de la photographie, de la recherche universitaire et de la critique. Elle propose des récits intimes, des essais et des œuvres plastiques qui explorent les notions de fragment, de désordre, d’hybridation et de travers comme des forces créatrices capables de remettre en question les hiérarchies culturelles, les processus d’assimilation et les formes de domination.

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Cépérou, veilleur des commencements

Aéroport de Cépérou

— Par Patrick Chamoiseau —

C’est en Guyane, dans la ville de Cayenne, sur le mont Cépérou.

Cépérou fut un chef amérindien de Guyane, probablement issu des peuples Galibi/Kalinago, présent au début du XVIIᵉ siècle, à l’instant terrifiant où l’Europe colonialiste aborde les rives de l’Amazonie.

Cépérou régnait — ou plutôt veillait — sur la zone d’où s’élèvera plus tard la ville coloniale de Cayenne. Dès lors, lorsque les Français arrivèrent, ils ne trouvèrent pas une terre vide, mais un monde habité, pensé, rêvé, cultivé et nommé.

Ils trouvèrent un pays.

Contrairement aux récits borgnes de la « découverte », la rencontre entre Cépérou et les Français relève d’une complexe mise-sous-Relation : échanges obliques, alliances chaotiques, hospitalités tragiques, tensions et trahisons. Le monde entre alors sous domination capitaliste occidentale. Cépérou ne s’agenouille pas. Il se pose, il s’oppose, il propose, il compose, dans les tourbillons du possible et de l’impossible.

Le mont Cépérou, qui surplombe aujourd’hui Cayenne, porte son nom comme on porte une cicatrice lumineuse : c’est un paysage-mémoire et c’est un étendard.

Il dit que l’équation collective guyanaise repose sur une antériorité amérindienne puissante.

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« Un style aux quatre couleurs… » & « Don Quichotte »

— Par Patrick Mathelié-Guinlet —

Un style aux quatre couleurs…

J’écris des vers en vert
envers et contre tout
car j’aime la Nature
et puis, par-dessus tout,
je respecte la Terre…

Mais si j’écris en bleu,
c’est que me prend le blues
quand j’ai des bleus à l’âme,
que dans mon cœur il pleut
car me quitte une femme
quand je n’ai plus de flouze…

Parfois j’écris en rouge,
tel un bon professeur
soulignant les erreurs,
quand soudain je m’enflamme,
voulant que les choses bougent…
Me monte à la plume le sang
quand je suis en colère
car je vois la misère
du peuple et suis conscient
des souffrances d’enfants

Pour finir, j’écris en noir
en fait la plupart du temps
parce qu’en tant qu’anar,
je refuse la dictature
et dans mon écriture
de noirs traits d’esprit la rature !

Je dépeins le bonheur,
fustige la douleur
avec cœur et sans peur
d’un style aux 4 couleurs !

Don Quichotte

Se mesure la force d’un homme
à sa capacité d’indignation
face à l’injustice et l’oppression !
Moderne Don Quichotte face aux moulins
à paroles et à vent

que sont les politiciens,
religieux prosélytes et publicitaires,
tous ces brasseurs, vendeurs de vent,
menteurs et escrocs patentés

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2026 pou sèvi lakoz lanng kréyol-la tou.

— Térèz Léotin —

Dépi an tan tan koumansé fè tan, chouval-bwa lé zanné ka tounen tounen’y, é sé pa jòdi. An lanné ka pati, ek san ped tan, anlot ka rivé lamenm dèyè’y, jikkont pou kous kouri sé 365 jou-a pé toujou kontinié bay alé yo. Nou tout sav sa. Kon tout lézot avan’y, lanné 2025 tounen tounen’y tou, i débatjé zanmi, i kontinié alé épi sa ki té za abò ek i batjé dot. Sé lavi ki lé’y. Lanné 2025 kité dèyè’y, moun ka kontinié hélé anmwé an Palestin, Mayot, Bénézwel, Matinik, ek toupatou dot koté éti ladézespérans pozé patjé’y ek la démokrasi pòkò menm sav ki jou i kay koumansé ralé kalpat. I kité Latè ka kontinié fè jik pwop koy menm lapenn. I kité’y la dé lanmen’y bwaré ka prédié, pou laglas pa kontinié fonn, pou lanmè pa valé lilet, é pou toupatou pa tounen dézè, nonpli. I kité Latè la ka mandé padon ba fot, limenm pa jenmen konmet.

Kidonk pou kriyé Latè za kriyé sové’y, pou sin i za ban nou, es fok pa an 2026 nou fini pa wè i ka ralba poubon, pou nou pòté mannev avan two ta baré nou.

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Lanné 2026

— Par Daniel M. Berté —

Lanné 2026

An Matnik démilvennsis
Volonté pou pé réyisi

Pou zot lé fi ek lé fis
Kouté bien sa man ka di

Sinon kon tout mové trapis
Tonbé zot ka’y kon bet modi

Kom konsey man ni sis
Tandé pawol filozofi

Yonn : Fo arété lé vyé vis
Pratitjé toulong la verti

Dé : Fo pa zot rété tris
Boustjilé lé tablati

Twa : Fo pa fè kon moun chis
Distribyé sa zot chwézi

Kat : Fo soté wo kon pis
Montré zot pa dé molpi

Senk : Fo rayi lenjistis
Bandé vidjò kon mapipi

Sis : Fo sa fè sakrifis
Goumé red pou zot sa ni

Démilven i ni an plis
Sonjé a bien réfléchi

Zot ka’y ni bel bénéfis
Pou pé sa bien aji

Lanné tala démilvennsis
Mòdé fò adan lavi

Daniel M. Berté 010126

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Ouverture du concours de la SPAF le 2 février 2026

Fondée en 1958 sous le nom de Société Poétique de France, l’association devient en 1960 la Société des Poètes et Artistes de France (S.P.A.F.), marquant ainsi l’élargissement de sa vocation à l’ensemble des arts. Créée par Monsieur Ravard, connu sous le nom de plume Henry Meillant, et soutenue par Laure Maupas, éditrice engagée, la S.P.A.F. s’impose rapidement comme un lieu majeur de rencontre, de reconnaissance et de rayonnement pour les créateurs de son temps. De nombreuses personnalités littéraires et artistiques y adhèrent, contribuant à son prestige et à son succès.

Fidèle à l’esprit de ses fondateurs, la S.P.A.F. a pour mission de rassembler les poètes et les artistes de France et de l’ensemble du monde francophone dans un esprit d’ouverture, de fraternité et de partage. Elle œuvre à encourager la création, à accompagner les talents et à favoriser leur perfectionnement grâce à des actions bénévoles, culturelles et artistiques proposées à ses adhérents.
Elle assure également l’édition et la diffusion des œuvres au sein de sa revue culturelle internationale Art & Poésie, ainsi que dans d’autres publications agréées.

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Tradiktoloji ak didaktik tradiksyon kreyòl ayisyen an

Traductologie et didactique du créole haïtien Pawòl liminè

— Par Robert Berrouët-Oriol (*) —

Tradiktoloji : « se disiplin oswa syans ki etidye an menm tan teyori ak pratik tradiksyon nan tout fòm li, vèbal oswa non-vèbal. Kidonk, objè tradiktoloji se tradiksyon an menm, nan tout jan li parèt. Sa ka konsène tradiksyon oral oswa ekri, tradiksyon jeneral oswa tradiksyon espesyalize. Tradiksyon, li menm, se operasyon an oswa aksyon konkrè ki fèt lè yon moun ap tradui» (sous : Univ-Setif2)

Job SILVERT — anseyan-chèchè, tradiktè, tradiktològ, pwofesè kreyòl — ekri tèz doktora li an kreyòl epi soutni li an liy nan dat 30 novanm 2025 lan, yon tèz doktora ki pote tit : « Tradiktoloji kreyòl ayisyen an kòm lang sib : etid sou fondman teyorik travay tradiktè yo pou yon didaktik tradiksyon kreyòl ayisyen an, soti 2015 rive 2025 ». Nan kad envitasyon li te fè mwen pou asiste prezantasyon soutnans tèz doktora li, mwen te fè l konnen apresyasyon mwen depi 1ye desanm 2025 lan, nan tèm sa yo :

  1. An jeneral, diskou doktora a te solid sou plan syantifik epi li te byen estriktire, ak yon metriz wòdpòt pandan prezantasyon an;

  1. Doktoran an montre li metrize sijè a an pwofondè, e li te prezante agiman li yo yon fason klè.

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Amenajman lang kreyòl la an Ayiti

Yon bilan sou obstak enstitisyonèl, ideyolojik, politik ak difikilte nan aplikasyon

— Otè : Robert Berrouët-Oriol (*) —

Version créole : Job Silvert, linguiste, traductologue, traducteur, professeur de créole et de traduction.

Article paru en Martinique sur le site Madinin’art le 3 janvier 2026.

Également paru sur le site Fondas kreyòl en Martinique le 5 janvier 2026. Lien : https://fondaskreyol.org/article/amenajman-lang-kreyol-ayiti-yon-bilan-sou-obstak-enstitisyonel-ideyolojik-politik-ak

Cet article est en cours de diffusion en Haïti sur les 17 plateformes régionales du Regroupement des professeurs d’universités d’Haïti (REPUH) et sur le fil info de l’Asosyasyon pwofesè kreyòl Ayiti (APKA).

Note liminaire de Robert Berrouët-Oriol 

Le présent article –« Amenajman lang kreyòl la an Ayiti : yon bilan sou obstak enstitisyonèl, ideyolojik, politik ak difikilte nan aplikasyon »–, est la version créole de l’article « L’aménagement du créole en Haïti : retour-synthèse sur ses obstacles institutionnels, idéologiques, politiques et instrumentaux » que nous avons publié le 18 novembre 2025 sur le site Madinin’art. À la même date, la version française d’origine a été diffusée en Haïti sur les 17 plateformes régionales du Regroupement des professeurs d’universités d’Haïti (REPUH) et sur le fil info de l’Asosyasyon pwofesè kreyòl Ayiti (APKA).

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L’inconnu de Mer frappée : chapitre XIV

— Par Robert Lodimus —

Chapitre XIV

Le Maître et le disciple

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« Mon champ, dit Goethe, c’est le temps » Voilà bien la parole absurde. Qu’est-ce en effet que l’homme absurde? Celui qui, sans le nier, ne fait rien pour l’éternel. Non que la nostalgie lui soit étrangère. Mais il lui préfère son courage et son raisonnement. Le premier lui apprend à vivre sans appel et à se suffire de ce qu’il a, le second l’instruit de ses limites. Assuré de sa liberté à terme, de sa révolte sans avenir et de sa conscience périssable, il poursuit son aventure dans le temps de sa vie… »

(Albert Camus, Le mythe de Sisyphe)

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J’ai poussé la petite barrière en bois rustique, recouverte de plaques de tôle métallique d’une épaisseur moyenne. En un rien de temps, pourrais-je dire, j’étais devenu un habitué de cet endroit calme et accueillant, qui stimulait ma plasticité cérébrale, ravivait la flamme de mon esprit perturbé, et ramonait les muscles de mon corps affaibli, déconforté, asthénisé. Le chien de garde, Nicky, avec sa queue en faucille légèrement recourbée sur son dos, est venu, comme à l’ordinaire, se frotter contre mes jambes légèrement pliées.

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Voyage féérique au Macoutistan, le « pays » du grand poète et romancier Gary Klang…

—  Par Robert Lodimus —
     Le 27 février 2025, les parents, les collègues et les lecteurs de Jean-Pierre Basilic Dantor Franck Étienne d’Argent, alias Frankétienne, l’ont accompagné à sa dernière demeure avec une profonde tristesse. L’enfant de « Ravine-Sèche » allait célébrer sa quatre-vingt-neuvième année d’existence le 12 avril prochain, dans une capitale en lambeaux, méconnaissable, pariatisée, livrée pieds et mains liés, – comme le Fils de l’Homme à Hérode Antipas –, aux lycanthropes d’Hadès et de Perséphone, le dieu et la déesse des enfers. Franck Étienne a traversé, – pour reprendre le jargon utilisé dans le vaudouisme –, sans avoir accompli son rêve : obtenir le prix Nobel de littérature. Peut-être, entrera-t-il dans l’histoire à l’instar de l’écrivain suédois nobélisé à titre posthume en 1931, Erik Axel Karlfeldt, – quoique celui-ci l’eût refusé de son vivant en 1918 –,  pour son ouvrage Cor d’Automne (Höstorn), paru pour la première fois en 1927. Car, dans bien des cas, la mort n’est pas arrivée à gommer l’opiniâtreté des « obsessions subjuguantes ». Et puis, « mieux vaut tard que trop tard !»

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Hurler les failles : Conférence autour de DO-KRE-I-S et d’une exposition

Mardi 13 janvier 2026, 18h30, Tropiques-Atrium

Dans le cadre de l’exposition collective du PABE, « Hurler les failles » (13 janvier-14 février 2026)

« Sans aucun doute, nous traversons une période durant laquelle susurrer nos douleurs importe peu. Il nous faut les hurler et ceci avec une rage foudroyante, pour enfin sortir de profondes somnolences toutes les failles vives du monde. »*. Ce constat initial a été établi en 2024 dans le cadre d’un échange éditorial entre Yara Ligiéro, artiste plasticienne brésilienne, et Jean Erian Samson, poète haïtien. Une correspondance qui a pour titre « Hurler les failles » et qui offre une série de réflexions sur le rôle de l’art et de la littérature dans les mouvements culturels politiques et artistiques contemporains dont la revue DO-KRE-I-S demeure un foyer dynamique.

La pertinence des revues culturelles dans les luttes d’émancipation mérite donc d’être éclairée. Il apparaît ainsi que de nombreuses études consacrées à ces objets démontrent que la revue comme support éditorial collectif transcende sa fonction de simple vitrine – surtout quand celle-ci émerge des « périphéries ». Elle dépasse donc son rôle de catalogue de « nouvelles voix à promouvoir » pour former des communautés engagées.

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Amenajman lang kreyòl la an Ayiti

Yon bilan sou obstak enstitisyonèl, ideyolojik, politik ak difikilte nan aplikasyon

 — Otè : Robert Berrouët-Oriol (*) —

Note liminaire de Robert Berrouët-Oriol / Le présent article –« Amenajman lang kreyòl la an Ayiti : yon bilan sou obstak enstitisyonèl, ideyolojik, politik ak difikilte nan aplikasyon »–, est la version créole de l’article « L’aménagement du créole en Haïti : retour-synthèse sur ses obstacles institutionnels, idéologiques, politiques et instrumentaux » que nous avons publié le 18 novembre 2025 sur le site Madinin’art. À la même date, la version française d’origine a été diffusée en Haïti sur les 17 plateformes régionales du Regroupement des professeurs d’universités d’Haïti (REPUH) et sur le fil info de l’Asosyasyon pwofesè kreyòl Ayiti (APKA). La version créole de notre article a été élaborée par Job SILVERT, linguiste, traductologue, traducteur, professeur de créole et de traduction et membre du GRESKA (« Gwoup rechèch sou sans nan kreyòl ayisyen »), l’un des deux laboratoires de recherche de la Faculté de linguistique appliquée de l’Université d’État d’Haïti. Job SILVERT a soutenu en créole, le 30 novembre 2025, sa remarquable thèse de doctorat rédigée en créole et intitulée « Tradiktoloji kreyòl ayisyen an kòm lang sib : etid sou fondman teyorik travay tradiktè yo pou yon didaktik tradiksyon kreyòl ayisyen an, soti 2015 rive 2025 ».

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Bonne année, malgré tout!

— Par Robert Lodimus —

« Ne sais-tu pas que la source de toutes les misères de l’homme, ce n’est pas la mort, mais la crainte de la mort. »

(Épictète)

« Le bonheur parfait n’est pas de ce monde », disait la vieille chanson. Nous croyons entendre celui que, dans le quartier de notre enfance, nous appelions affectueusement « boss Léon », et qui ne ratait jamais une journée sans se l’offrir. Sa voix tremolo emportait les paroles geignardes, soutenues par une mélodie entraînante, qui voyageaient bien loin avec le vent du Nordé : « Le bonheur parfait n’est pas de ce monde. Chacun a ses peines, chacun a ses douleurs… » Des années plus tard, le regretté Joe Jack en avait composé la version instrumentale. « Boss Léon », probablement décédé, était un modeste mécanicien-réparateur de machine à coudre. Cette activité professionnelle lui assurait son unique gagne-pain. Il nous confiait souvent que la dernière fois qu’il avait travaillé, ce fut sous le gouvernement de Dumarsais Estimé. Le cinquantenaire possédait aussi l’intelligence de fabriquer les pièces qu’il n’arrivait pas à dénicher sur le marché local.

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Mes vœux par voix numérique interposée : Triomphe de l’IA, tressaillement de l’humain !

— Par Yves Untel Pastel —

 

Mes chers zombies numériques, mes frères et sœurs en humanité ! Meilleurs vœux !

En fin d’année 2025, j’ai envoyé mes vœux pour 2026 via une voix synthétique. Une voix sans poumons, sans salive, sans cette hésitation qui trahit l’émotion. Une voix qui n’a jamais bafouillé sous l’emprise de ma sensibilité toute humaine. Une voix froidement efficace.

Et vous, comment avez-vous fait ? Un message vocal préenregistré ? Un GIF animé ? Un « Bonne année ! » balancé en story, comme on livre un colis par drone à des frères et sœurs affamés d’attention ? Nous sommes devenus des distributeurs automatiques de sentiments. On appuie sur un bouton, et hop : de la convivialité en sachet, des émotions en poudre, des relations en kit.

Mais à quand remonte la dernière fois où vous avez vraiment écouté une voix humaine ? Pas une voix de synthèse, pas une voix filtrée, compressée, optimisée pour les haut-parleurs de smartphone — non, une voix avec ses craquements, ses silences, ses failles. Une voix qui vous a transpercé parce qu’elle était vraie, parce qu’elle portait en elle la trace d’une présence, d’une histoire, d’une vulnérabilité.

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Ay ch… ti chènapan !

Ay ch… ti chènapan !

— Par Daniel M. Berté —

Ay chèché an chapo
sòti an soley cho-a… ti chènapan !

Ay chayé an syo dlo chè
ba manman’w chéri… ti chènapan !

Ay chiré bon chimiz mwen-a
an didan pyé chadek-la… ti chènapan !

Ay chasé bel chivalié
épi chaspo’w… ti chènapan !

Ay chajé vié chawrio-a
san fè lo chèlèlè’w-la… ti chènapan !

Ay chennen ti chouval-a
pou’y pa alé an chan chou-a… ti chènapan !

Ay chwézi an bon chimen
pou’w pa vini an chien… ti chènapan !

Ay chanté épi chaplé’w
pou Satan pa chanboulé’w… ti chènapan !

Ay chwézi an chaspann
Pou sa plen an chop dlo… ti chènapan !

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 » Conseils pour la nouvelle année » & « Pleure mon fils » par Jean-Bernard Bayard

Pleure Mon Fils
Si la tristesse inonde ton cœur de la grande misère de ta nation
Pleure et tes larmes pourront fertiliser la terre aride de rançons
Depuis le génocide de tes enfants autochtones par la civilisation
Et des trois cents ans de l’esclavage de la perle noire de marrons
Si la déception te ronge l’âme de l’escroquerie des dirigeants haïtiens
Pleure et tes larmes pourront irriguer l’abandon des champs du bien
Depuis l’abolition de la servitude de tous tes petits nègres chrétiens
Que voilà plus de deux siècles d’ignominie ne cessent de haïr les siens
Si ton identité s’est aliénée par une immigration inhumaine et forcée
Pleure et tes larmes pourront féconder la nostalgie d’un triste passé
Depuis l’exode duvaliérien de ton cher peuple déchiré et terrorisé
Et des soixante-huit dernières années qui ne font que te tourmenter
Si ton amour propre est blessé par l’arogance des grandes puissances
Pleure et tes larmes calmeront les affronts de leur infâme inconscience
Depuis la fraude de Charles Dix jusqu’à l’insulte de Trump en méfiance
Qui marque la turpitude de cette corruption coloniale  de leur finance
Si ta frustration te rend malade à cause de toutes injustices accumulées
Pleure et tes larmes effaceront cette forfaiture systémique et colonisée
Depuis l’embargo de Jefferson en 1806 jusqu’à celui de 1991 extorqué
Qui offre une menace de coup d’état comme seul moyen de tout régler
Jean-Bernard Bayard

                                 

Conseils Pour La Nouvelle Année
Aimer sans condition et vivre notre humanité
Renoncer au racisme et à la haine provoquée
Dire la vérité qui engage toute notre sincérité
Porter en nous la mémoire et non la calamité
Ne jamais capituler mais toujours bien résister
Garder l’âme ouverte de l’obscurantisme réfuté
Avoir l’harmonie et la douceur de notre sérénité
Ouvrir à coeur joie ensemble la nouvelle année
                              2026
Jean-Bernard Bayard

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L’inconnu de Mer frappée : chapitre XIII

— Par Robert Lodimus —

Chapitre XIII

LA VILLE HÉRÉTIQUE

« Tant que l’État existe, pas de liberté; quand régnera la liberté, il n’y aura plus d’État. Le peuple n’a pas besoin de liberté, car la liberté est une des formes de la dictature bourgeoise. »

(Lénine)

Le mois de septembre n’épargnait pas la ville de son humeur habituellement revêche, grincheuse, acariâtre et ombrageuse. Il porte le fardeau d’une saison de tristesse, de désillusion et d’horreur dans un pays qui, portant, est construit avec le matériau de la bravoure, de l’héroïsme, du sang et de l’honneur. Il pleuvait presque tous les jours. Les nuages se liquéfiaient sous la chaleur et ils se déversaient avec rage sur le paysage ordinairement sec et poussiéreux. Des bourrasques de vent accompagnaient les averses. Les éclairs et les coups de tonnerre écorchaient les flancs du firmament torturé. Mer Frappée était devenue totalement impraticable pour les riverains et les visiteurs coutumiers. Les mottes de terre élevées autour des bassins de sel s’étaient transformées en une pâte de boue gluante. Le soleil refusait de répondre à « l’appel au secours » de la population qui craignait un débordement des rivières rassasiées.

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« Ma pauvre île », par Gary Klang

Ma pauvre île

Ma pauvre île
Tu connus la douceur amérindienne
La reine Anacaona
Et le cacique Henri
Les caresses de la lune
Et le rire du soleil
Lorsqu’un jour
Débarquèrent les conquistadors
Avec leurs lances et leur violence

Commencèrent alors
La traite et l’esclavage
Les nez les bras coupés
Les hommes enfouis sous terre
Avec du miel sur la tête
Pour attirer les abeilles

Puis ce furent
Les présidences en cascade
Et des êtres
Avides de pouvoir
Et sans cesse renversés
Telles des quilles folles

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L’inconnu de Mer frappée : chapitre XII

— Par Robert Lodimus —

Chapitre XII

LE MIRAGE

« L’homme est une prison où l’âme heureusement reste libre. »

(Victor Hugo)

Nyx avait achevé d’enlever le voile opaque qui recouvrait la terre, et les anges des ténèbres repartaient déjà vers leurs lieux de repos diurne, en attendant le moment de revenir, afin de perpétuer le cycle mystérieux de la séparation naturelle des deux astres opposés, selon la volonté du Créateur. Le jour, le contraire de la nuit, éclos de l’aube fraîche, commençait lui-même à dresser tranquillement sa tente. Le paysage à moitié engourdi, fondait déjà sous les rayons de la couronne d’Hélios qui s’apprêtait à traverser le ciel des Caraïbes, comme il le fait depuis 4,6 milliards d’années, sur son char de feu tiré par les quatre chevaux : Piroïs, Phlégon, Éoos et Aéthôn. Le jour arrivait dans la tristesse et la nuit se retirait dans l’angoisse. Derrière le soleil brûlant qui se pointait peureusement tous les matins, se dissimulaient les souffrances éreintées et révoltées d’une population à bout de souffle, captive d’une cruauté caligulienne. Pour avoir incendié la terre, Phaéton, le fils du Soleil, fut foudroyé par Zeus.

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Ode au Che

—  Par Gary Klang —
         O Che
Par haine de l’injustice
Tu partis un jour avec tes compagnons
Inti Peredo
Coco Peredo et d’autres
À la défense des opprimés
Malgré l’asthme dont tu souffrais
Et la dureté de l’aventure
Tout allait bien
Tout prenait sens
Mais tout prit fin
Et toi
Étendu presque nu
Dans un village perdu des Andes
L’assassin te croyait vaincu
Mais ce qu’il ignorait
C’est qu’à jamais tu vivrais dans la mémoire des hommes
Comme un symbole immortel
De justice et de fraternité
Adieu Compañero Heroico
Tu peux dormir tranquille
Car le vainqueur c’est toi
GARY KLANG

 

 

Ode au Che
—Par Gary Klang —

O Che
Ton corps à moitié nu
Allongé sur une table de campagne
Les yeux ouverts
Fixés à tout jamais sur l’éternité
Tu as fait don de ta vie à ceux d’en bas
Et sillonné les routes comme Don Quichotte de la Mancha
Ton frère
Mais tes moulins n’étaient pas des chimères

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La transmission des connaissances en créole : quelques pistes épistémologiques exploratoires

— Par Robert Berrouët-Oriol (*) —

Le présent article prolonge en l’amplifiant, sur le mode d’une exploratoire intellection épistémologique, celui que nous avons publié en Haïti dans Le National daté du 13 décembre 2025, « Le « partenariat stratégique » entre Wikimedia Haïti et l’Académie créole ou l’indocte quête d’une vision linguistique fantasmagorique ». Dans notre précédent article –qui a également été diffusé sur les 17 plateformes régionales du Regroupement des professeurs d’universités d’Haïti (REPUH) et sur le fil info de l’Asosyasyon pwofesè kreyòl Ayiti (APKA)–, nous avons démontré que le modèle wikipédien haïtien connu sous le nom de Wikimedia Haïti est un modèle pré-scientifique, il fonctionne hors-science à toutes les étapes de sa présumée présence « à travers différentes régions du pays ». Élaboré en dehors des institutions universitaires haïtiennes ou d’une instance scientifique reconnue tant à l’échelle nationale qu’internationale, Wikimedia Haïti ne produit pas de connaissances. L’on observe qu’il n’a à aucun moment emprunté la voie d’une « archéologie des connaissances » et qu’il n’est pas non plus le lieu de la confrontation des idées, des théories et des discours sur les connaissances et les processus d’acquisition des connaissances. 

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« Fil laviya », de Daniel M. Berté

—Par Daniel M. Berté —

Fil laviya
Doubout an lékilib
Anlè fil laviya
Mwen la ka lonviyé lanmen-wen an viziè
Kon an madanm péchè
Ki pa wè nonm-li ki pati an lanmè

Katjil ka bouskilé katjil an kabech-mwen
Pou-mwen chèché a sav
Sa ka tjenn lé dé bout
Fil lavi silakel man oblijé vansé

Vansé fo-mwen vansé pou pa ped lékilib
Pou pyé-mwen pa flanché
Sinon man ké glisé
Kon bout plon dan labim
Toutofon di lakel man pè sav sa ki ni

An pa, an lot pa, ankò an lot pa,
Ek tjenbé pou genyen chak pa
Kon té di Wa Kristof misié Aimé Césaire
Avansé pa-za-pa sinon sé matjilpa
Ek tonbé djòlanba oben anlè bonda
Kon soula ki biva twa mizi de tafia

Man ba konsyans lanmen
Ek man pozé’y kèsion
Kèsion apré kèsion
Pou mwen té rivé sav
Si lavi sé an fil
Si lakel fo vansé

Jik jòdi man pa sav
Si toutfwa sé le ka
Saki le ki le kwa ka tjenbé lé dé bout
Néyanmwen sepandan pou siyoka
Man ka vansé kanmenm

Daniel M. Berté 60825

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