Catégorie : Littératures

« Mourir pour Vivre » de Robert Lodimus : L’esthétique de la résilience et la noblesse du verbe

Analyse de l’œuvre « Mourir pour Vivre » (également intitulée « La Mort pour la Vie ») de l’écrivain et journaliste d’origine haïtienne Robert Lodimus

Ce livre, publié sous forme de feuilleton ou de chapitres successifs (notamment sur le portail culturel Madinin-art.net), se présente comme une fresque tragique et philosophique sur la condition humaine, l’exil et la résilience. 

1. Thématiques centrales

Le roman explore la dualité entre la souffrance inévitable et la volonté de survivre:

  • La Tragédie et l’Injustice : Robert Lodimus dépeint un univers marqué par la torture, la douleur et les fatalités qui s’abattent sur les plus démunis.

  • L’Exode et l’Errance : Le récit évoque les vagues migratoires (notamment vers la République Dominicaine) et le déracinement des familles, illustré par le destin de personnages comme Francesca Lamisère.

  • La Résistance et l’Espoir : Malgré la noirceur des thèmes, l’auteur met en avant le courage, la solidarité et la persévérance des habitants de lieux imaginaires comme « le village des Rochois », symboles de la lutte universelle contre l’oppression. 

2. Style et Narration

  • Dimension Philosophique : L’auteur intègre de nombreuses références littéraires et philosophiques (Victor Hugo, Jacques Roumain, Chrysippe de Soles, Khalil Gibran) pour élever le récit au rang de réflexion globale sur l’existence.

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L’exemplaire contribution d’André Vilaire Chery à la lexicographie créole haïtienne

— Par Robert Berrouët-Oriol (*) —

À la mémoire d’André Vilaire Chery, rédacteur du

Dictionnaire de l’évolution du vocabulaire français en Haïti

(tomes 1 et 2, Éditions Édutex, 2000 et 2002).

Au cours du mois de janvier 2023, la Commission d’enrichissement de la langue française a publié « Les mots de l’information / 60 termes clés – 2023 », un livret de 33 pages dont le contenu lexicographique était déjà accessible sur le portail France Terme. En raison de ses grandes qualités lexicographiques, cette publication pourrait être mise à contribution au titre d’un efficace outil d’aide à la rédaction par les traducteurs, les journalistes, les professionnels de diverses disciplines, les rédacteurs de manuels scolaires et les enseignants. L’ouvrage « Les mots de l’information / 60 termes clés – 2023 » a été publié sous les auspices de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF), l’un des opérateurs de la Francophonie scientifique et technique. La Commission d’enrichissement de la langue française mène des travaux de terminologie de concert avec d’autres instances de la Francophonie, notamment la Commission de terminologie de l’Office québécois de la langue française.

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Tradiksyon nan lang kreyòl aysien : kisa li ye, ki pwoblèm li gen ladan l, metòd li, pèspektiv li

Par Robert Berrouët-Oriol (*) —
Tradiksyon nan lang kreyòl ayisyen an ta vle sanble deplasman yon sòlda k ap kouri pye atè sou yon teren chaje ak eksplozif, k ap degaje li fè sa li kapab. Si gen anpil moun bileng, ki konnen franse ak kreyòl, ki ta vle fè ou konprann ou pa ka fè «erè» nan ekriti kreyòl, menm jan an ou pa ka rete konsa pou di ou kapab tradui nan lang kreyòl paske lang kreyòl se pa ou li ye. Eske li posib jounen jodi a pou nou rive idantifye eleman esansyèl pou sèvis tradiksyon nan peyi dAyiti? Ki karakteristik jeneral yon tradiktè ki ap travay sou yon baz pwofesyonèl? Nou tradui soti nan ki lang al nan ki lang anjeneral? Èske genyen, nan peyi dAyiti, yon enstitisyon ki bay yon fòmasyon dirèk nan tradiksyon? Nan dokiman sa a n ap chèche wè dapre premye gwo travay ki fèt nan domèn tradiksyon an si n ap kapab reponn kesyon nou sot poze la yo. N ap chèche idantifye tou enpi analize kèk pwoblèm ki poze nan zafè tradiksyon.

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L’inconnu de Mer frappée : chapitre XX

— Par Robert Lodimus —

Chapitre XX

Post-scriptum

Il ne peut y avoir de sauvetage
Quand le sang a noyé le monde.
Nous ne disposons que de nos bras
Pour rejoindre, à la nage, la mort.

(Edmond Jabès, Toujours cette image)

La saison automnale faisait hâtivement son barda, pour le comprendre – et non pour le dire – comme Marcelle Auclair, l’auteur des ouvrages « Le Bonheur est en vous » et « La pratique du Bonheur », édités respectivement en 1938 et en 1951. La vieille reine des pluies et des orages ramassait avec peine et empressement les feuilles rousses, encore humides, qui tapissaient les forêts bientôt grelottantes. Elle n’avait pas non plus oublié les grands pinceaux trempés dans le cuivre, avec lesquels elle peignait les arbres, en état de métamorphose et de squelettisation, déployés dans un paysage éclairé par un astre pâle et désenthousiasmé. À chaque journée, l’ombre de l’obscurité venait très tôt chasser la clarté du soleil : ce qui laissait présager que le carrosse de l’hiver était vraiment en chemin, et que bientôt, celui-ci viendrait s’installer royalement dans plusieurs compartiments de la nature.

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« Barbès créole blues » de Raphaël Confiant

— Louis-Félix Ozier-Lafontaine(*) —

En ces mois de février et mars 2016, le monde et ses actualités transpirent à grosses gouttes les angoisses dues aux atrocités de la guerre, aux enlèvements de chef d’Etat ainsi que les craintes du triomphe des fascismes et des arrogances impériales de toutes sortes.

L’atmosphère rendue déjà intenable par le spectre effroyable du génocide de Gaza et par les manœuvres de recolonisation forcée du Vénézuéla et de Cuba, s’aggrave quasiment de jour en jour. Et s’il fallait convaincre la conscience des habitants des petits pays insulaires que nous sommes de ce que le monde est dominé plus que jamais par la loi du plus fort, voilà que cette barbarie envahit maintenant notre espace proche : elle est là dans les Caraïbes, l’armada guerrière US, à quelques encablures maritimes, là où vont et viennent les pêcheurs des îles de notre archipel.

Alors, réflexe habituel, sans me désintéresser de cette actualité, je me fais fort de m’appliquer à reprendre souffle ailleurs ; question de sauvegarder un maximum de sérénité et de clairvoyance dans ce monde-là.

Et je m’en vais au plus vite m’emparer de romans récemment publiés.

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1 jour – 1 mot

— Par Patrick Chamoiseau —

23 03 2026.
Rencontre avec les classes terminales du lycée de Bellevue et du lycée Schoelcher.

Écrire, cest lire.
Lire, c’est explorer ; relire, c’est habiter.

L’écrivain est un artiste : il crée du langage dans les langues : il les désarme ou les libère — les amplifie ainsi

Les artistes sont ceux qui élèvent l’acte de création au principe même de toute leur existence.

L’acte de création véritable est un geste d’autorité intérieure, de pertinence et de courage. L’assise d’une liberté.

La simple résistance à une oppression peut ne pas fasciner la liberté. Quand l’esprit de création est puissant, la liberté se rapproche toujours, la servitude s’éloigne.

En Art, ce qui est donné d’un coup détient moins de puissance d’enchantement que ce qui est dévoilé dans l’obscur délicieux d’un donné-pas-donné.

L’utopie est au principe du devenir : sa seule matière immédiatement tangible.

Les oeuvres de l’Art n’ouvrent pas à de « l’universel », elles nous offrent des bouleversements
(visites de la Beauté)
qui nous initient à l’impensable diversalité du réel. Elles nous changent et nous nourrissent ainsi…

P.C.

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« Impermanence » & « Le remède »

— Par Patrick Mathelié-Guinlet —

Impermanence

Ta vie est cool,
calme et tranquille :
ses jours s’écoulent
au chaud dans l’île…

Pour toi tout roule
et puis soudain,
là tout s’écroule !

Surgie au coin
d’un noir destin,
la pire embrouille
tes cartes brouille
et t’as la trouille…

Tu sais, la chance
comme une danse
ça va, ça vient…

Ce qui est haut
devra descendre,
ce qui est chaud
deviendra cendre…

Telle est la loi
de la fortune :
aujourd’hui roi,
demain sans tune !

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Le marché de la traduction créole en Haïti : repères historiques et méthodologiques

— Par Robert Berrouët-Oriol (*) —

Montréal, le 21 mars 2026

De toute évidence, il existe un rapport de complémentarité entre connaissances préexistantes et acquisition de connaissances nouvelles à partir de sources extérieures au texte : mieux le traducteur connaît le sujet, moins il a besoin de faire appel à des sources extérieures. Néanmoins, dès que la traduction devient un tant soit peu technique, le recours à des sources extérieures d’information complémentaire est extrêmement fréquent, même quand le traducteur travaille dans sa spécialité. C’est pourquoi on peut considérer l’acquisition de connaissances extérieures (« recherche documentaire » ou « recherche terminologique ») comme partie intégrante du processus de traduction. (« Les outils documentaires du traducteur », par Daniel Gile, Palimpseste, revue de traduction, numéro 8, 1994)

La traduction vers le créole haïtien s’apparente souventes fois au parcours du combattant traversant les yeux fermés le champ miné des bonnes intentions. L’idée selon laquelle un locuteur ne commet pas de « fautes » grammaticales ou orthographiques en créole est répandue chez nombre de sujets parlants bilingues créole-français. Il est tout aussi avéré que depuis nombre d’années des locuteurs dépourvus de la moindre formation académique en traduction s’improvisent « traducteurs » vers le créole : ils se déclarent « compétents » du seul fait qu’ils sont de langue maternelle créole… Une telle autoproclamation, verbalisée comme un indéboulonnable axiome, exprime et alimente l’amateurisme qui est l’une des caractéristiques du marché de la traduction créole en Haïti.

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Vue Ostentatoire » Ou « Na Rich » & « Latchkey Kids »

Vue Ostentatoire » Ou « Na Rich »

Tous ces assoifés petits aspirants et conspirants du pouvoir
Qui détruisent et ne font que forfaits dans tous leurs devoirs
Et n’ont jamais su pour leur pauvre peuple si affamé pourvoir
Ayant toujours des polémiques et propagandes inflammatoires

Nous recevons depuis jeune des informations contradictoires
Cette pure réalité fut toujours difficile pour l’Haïtien d’entrevoir
Nos responsabilités envers la nation haïtienne sont obligatoires
Une patrie ne devrait pas être ni un dépositoire ni un reposoire

La pureté est représentée par le blanc et le mal par le noir
Dans le cas de la diaspora haïtienne comment la percevoir
Peut-on trouver une couleur pour illustrer le mal migratoire
Sont-ils des maux ingrats qui déchirent l’âme de désespoir

Pour comprendre notre cauchemar faut-il voir la trajectoire
Pouvons-nous compter pour nous élucider sur une mémoire
La création d’une nation dans l’abolition est-elle donc illusoire
Avons-nous un conte historique ou une authentique histoire

Assis seul dans l’obscurité je me demande où est la victoire
Dont ils ont tant parlé était-ce une façon pour donner espoir
Je n’ai jamais eu une grande confiance dans mon vrai savoir
Chercher la vérité sur notre réalité identitaire est mon vouloir
Jean-Bernard Bayard

Latchkey Kids
Dans les quartiers urbains pauvres du New-Jersey, où j’enseignais, un petit garçon de sept ans marchait avec sa soeur de cinq ans.

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Pran-pyé an powézi

Pou la JEM (Jounen Entewnasyonnal la Powézi) 21 Maws

Pran-pyé an powézi

pa ped-pyé an pléran
pran pyé an powézi
pasé pa pliziè pas pénib
potjé kabech
pijé grenn
pété tjou
pa sa pran pozision adan an plodwari
pé pa palé pawfwa pou pozé an problèm
pa pé plasé an pawol pou pé di an pansé
pé pa pran an pipiri pewché an pyébwa
pran pliziè pasaj pou pwenté dan an pos
palé anlè papyé an parabol dan an paragraf
pousé lapot pou pénétré dan an piès pou pran an pot plasé dan an plaka plen lapousyè
pété pwent-pyé anlè an poto kon Polin pitit man Polimiz ek pè Polen ki té ka fè piten plas Pigalle Paris
pa sa pran pasyans
pa sa pléré paran ki pati o péyi-san-chapo
pa sa pran plézi pas ou pè ped pouvwa ek pisans ou pa ni
pa sa prédyé pou pawdonnen péché lé pov piti péchè
pran plim pou prel
pran prel pou po
pousé prop papa’w an poto-pak pou pasé an prèmyé
pran an pil palaviré dé mapipi profitè
pou siyoka ou pasé pawmi dé pas parey
pa pléré pies ti-papa pas ou pa pèdi
pa pè, sa’w pé sé pa sa’w pa pé

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« Anibal » & « Scrutin de Bulletins »

Anibal
C’est fatal dans la capitale pour Anibal le fils d’Astrubal qui voulait être un avocat total-capital!
Il alla dans un bal de carnaval au chemin des dalles. Là il flirta avec Madame Ti Nal qui lui était un bossal!
Ti Nal lui flanqua trois balles dans le fale. Anibal avec mal alla à l’hôpital Général! Arrivé à l’hôpital, après la réussite chirurgicale, Anibal cassa un bocal en cristal avec un fistibal! l’hôpital lui dit après se scandal d’aller jouer comme un cheval au Morne l’Hôpital! Arrivé au Morne l’Hôpital sur une bicyclette sans pédales il frappa un caporal devant la centrale principale! C’est alors que le général le condamna au tribunal! Ainsi prit fin la cabale principal d’Anibal! Point Final!

Jean-Bernard Bayard

Scrutin de Bulletins
Comment prendre une nation défaillante en main
Qui parmi nous se sacrifiera pour fructifier le sein
De la mère patrie et devenir la racine d’un fier saint
Pour y arriver faut-il collectivement avoir un dessein

Où sont aujourd’hui tous nos braves et intègres citoyens
Seul pays d’esclaves et d’affranchis déchu par des malins
Abruti par la corruption crapuleuse de sales petits lutins
Qui nous causent de l’international d’être traité de crétins

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« Patron-Patronne », de Jean Bernard Bayard

Patron-Patronne

Patronne des Musiciens Sainte Cécile
Patron des dirigeants Saint Imbécile
Patron de toutes les élites Saint Sénile
Patron de tout l’Occident Saint Servile

Patronne de politiciens Sainte Propagande
Patronne de tous les gangs Sainte Bande
Patronne des voleurs Sainte Contrebande
Patronne de tous menteurs Sainte Brigande

Patronne de toutes religions Sainte Hypocrite
Patronne des hommes d’affaire Sainte Faillite
Patronne de tous académiciens Sainte Félicite
Patron de tous les intellectuels Saint Parasite

Patron de tous les civilisés Saint Exterminateur
Patron de tous les colonialistes Saint Exploiteur
Patron de tous les impérialiste Saint Corrupteur
Patron de tous les « Humanistes » Saint Sauveur

Jean Bernard Bayard

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« L’important c’est la route… » & « Train de vie »

— Par Patrick Mathelié-Guinlet —

L’important c’est la route…

Comme une grande faim
qu’on a pu apaiser,
repu, le ventre plein,
une fois réalisé,
un rêve n’en est plus un !

L’excitation prend fin…
On se sentait avide
et tellement vivant !
On ne sent plus qu’un vide
qu’un autre doit combler…

Quand on lit un roman,
c’est tout au long des pages
que réside l’attrait.
Celui-ci disparaît
sitôt livre fini…

Et si dans un voyage
ce n’est pas l’arrivée
qui en fait la beauté,
l’intérêt de la vie
n’est certes pas la fin
mais juste le chemin !

Train de vie

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L’apport du traductologue Job Silvert…

… à la modélisation des concepts et du vocabulaire de la traduction en créole haïtien

— Par Robert Berrouët-Oriol —

Le 30 novembre 2025, la créolistique a enregistré un événement majeur : le linguiste-traductologue Job Silvert a soutenu en créole, en Haïti, sa thèse de doctorat intitulée « Tradiktoloji kreyòl ayisyen an kòm lang sib : etid sou fondman teyorik travay tradiktè yo pou yon didaktik tradiksyon kreyòl ayisyen an, soti 2015 rive 2025 ». Cette première thèse de doctorat en créole haïtien fournit aux champs liés de la linguistique appliquée, de la traductologie, de la traduction et de la didactique du créole des instruments théoriques, méthodologiques et opérationnels inédits. Le travail de recherche doctoral de Job Silvert paraîtra bientôt aux Éditions Zémès, à Port-au-Prince, et aux Éditions du Cidihca, à Montréal. Dans l’article que nous avons publié en Haïti peu de temps après la soutenance de la thèse de Job Silvert, nous avons identifié et présenté les différentes séquences de sa recherche doctorale (voir « Haïti / À propos de la thèse de doctorat de Job Silvert en traductologie créole : les 10 pièces au dossier », par Robert Berrouët-Oriol, AlterPresse, 10 décembre 2025).

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L’inconnu de Mer Frappée : Chapitre XVIII

— Par Robert Lodimus —

Chapitre XVIII

LA NOUVELLE

Dans son premier livre des Essais, Michel de Montaigne, l’intellectuel français de la Renaissance, disait que « philosopher, c’est apprendre à mourir. » Montaigne calquait sa réflexion sur la structure épistémologique de Platon, qui, lui-même, l’avait formulée un peu différemment. Me Ludovic reprenait souvent les idées de Sénèque, le stoïcien de Corduba décédé à Rome, pour instruire ses étudiants du « caractère mortel de la vie », ou plus rigoureusement, de la finitude de l’existence. N’est-ce pas vrai que la vie se hâte, comme le paysan presse le pas sur la sente poussiéreuse qui le ramène dans sa chaumière, et que chaque seconde écoulée diminue le temps qui nous est imparti ? L’empereur Hadrien, le personnage de Marguerite Yourcenar, regardait sa fin avancer vers lui, avec une « lucidité exemplaire », sans chercher à se dérober de la fatalité eschatologique. L’autrice des « Mémoires d’Hadrien » tenait à rappeler à chacun de nous que la mort concerne effectivement tous les terriens, et qu’un jour ou l’autre, elle frappera aux portes de nos âmes.

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« Quand, Me Voilà, Le Regard, Engag, Vieillir », de Jean-Bernard Bayard

Me Voilà

Je suis là et las heureux mais vieux plus près de Dieu qu’eux
Je porte mon carcan quand l’écran dépeint le cran des camps
Où l’esclave se lave de la lave que bavent ses blessures graves
Pourtant le temps suspend son vol dérobant le puissant vent

Je suis ici avec mes soucis je prie car je suis pris et incompris
Je porte mes chaînes que je traîne dans la plaine avec peine
Où mes ascendants et mes descendants couleront leur sang
Bien que rien ne les retienne de nos chagrins de sales Africains

Je suis cette bête sans tête un analphabète que le colon guette
Je voyage avec rage vu mon âge comme dit l’adage du carnage
Où les chasseurs sans cœur ne pleurent pas mes amères douleurs
Pourquoi sous le toit de la hutte je bois mes loas sans avoir droit

Jean l’enfant sans maman que l’encens prend et rend aux sacrements
Je suis déraciné dénaturé déshumanisé abusé martyrisé par les abbés
Où l’autochtone s’adonne en automne et donne sa vie pour la madone
L’évolution de la révolution pour l’abolition a la nation en abomination
Jean-Bernard Bayard

Quand
Quand nous serons au bord de cet abîme mortel
De ce regard saint ne verrons-nous pas l’immortel
Qui nous sera cette vision de notre père spirituel
Au seuil du paradis à nous faire un sourire paternel

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« Racines d’identités », de Marie-Andrée Ciprut

Résumé 
Ce live est une recension de mes réflexions sur mes variations d’identités depuis que, à l’âge de 12ans, j’ai débarqué dans la France hexagonale. Petit à petit et d’abord inconsciemment, j’ai réalisé que je n’étais pas UNE mais PLUSIEURS.
D’un point de vue global, les périodes d’esclavages et de colonisations ont donné naissance à différents métissages qui perdurent et se généralisent au XXIe siècle grâce aux grands déplacements humains dans notre planète. Malgré les embuches et les difficultés, Racines d’identités donne une lueur d’espoir puisque, à partir de l’histoire mouvementée de la population antillaise, le livre piste plusieurs exemples tels que les rencontres imprévisibles, les différentes cultures, les couples mixtes, l’adoption, etc., pour démontrer que la rencontre avec l’Autre différent nous change et change notre relation au monde.
Force est de constater dès lors que tout individu a plusieurs racines, que chaque personne ne possède pas une mais PLUSIEURS identités.
Marie-Andrée Ciprut-Armède
Racines d’identités,
Mahury éditions, janvier 2026

Quatrième de couverture

On nous a appris à choisir: une origine, une langue, un camp. Mais que faire quand on se sait multiple?

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Anba bonm

— Par Danile M. Berté —
Anba bonm

Boum ! Boum ! Boum !
Esplozion !
Gaza Liran Liban
Anba bonm

Bim ! Bam ! Boum !
Déblozion !
Nétanyawou ek Tromp
Ka pété bonm

Bang ! Bouf ! Blo !
Agrésion !
Sé pa kon dé piten
Ka alé pété-bonm

Vraoum ! Bunk ! Bing !
Abominasion !
Sé tyanmay lékol yo ka tjwé
Anba bonm

Vlouf ! Boudoum ! Krak !
Déflagrasion !
Malad kon bien-pòtan
Ka tonbé anba bonm

Baang ! Bunk ! Blendeng !
Dézentégrasion !
Kay lawout lavi
Ka krazé anba bonm

Boum ! Blo ! Boudouf !
Enplozion !

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« C’est de la bombe ! » &  » UrubU… SA !

— Par Patrick Mathelié-Guinlet —

C’est de la bombe !

Aujourd’hui, sur les murs
tu as laissé les traces
de tes sublimes frasques
de nocturne lémure…

Ainsi tu nous murmures
tes rêves en graffs, en fresques
avec de la peinture
dont tu bombes nos murs…

Tant pis si ça agace
quelques réactionnaires
et même d’aventure
si le temps les efface,

œuvres d’art éphémères,
on ne s’en soucie guère
puisqu’on sait que demain
seront d’autres dessins
apposés par ta main

pour égayer l’en-ville
aux couleurs de notre île
et nous faire oublier
notre vie difficile…

UrubU … SA !

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« L’inconcevable », « La Vérité », « Culte De La Personnalité », de Jean-Bernard Bayard

L’inconcevable
Que va devenir l’intégrité familiale après cet acte abominable
Il y a-t-il une action de notre part qui pourrait être rédemptable
Comment donc expliquer la logique de cette horreur si palpable
Ma souffrance depuis ce jour fatidique m’est vraiment exécrable

Le déshonneur accable la famille à sa source et dans ses racines
La honte nous oblige à l’exil de notre terre de ce mal qui abomine
Il serait impensable de nous expatrier même dans une terre voisine
L’œuvre de cette folie instantanée qui globalement nous assassine

A-t-il perdu la tête rien que d’y penser est fou dans ses conséquences
Même une impulsivité ne devrait point permettre une telle alternance
Son honneur a-t-il été si froissé qu’il n’a pas pu calmer son arrogance
Ce qu’il a commis comme grand délit insensé est de la pure démence

Il n’y a pas moyen de réparer le tort d’une telle action envers personne
Nous pouvons vraiment questionner dans ce cas comment il raisonne
Maintenant nous n’avons aucun choix il faut bien que l’on abandonne
C’est inexprimable de pouvoir tomber à ce point cela me désarçonne
Jean-Bernard Bayard

La Vérité
La vérité n’est pas ce qui est vrai mais ce qui est réel
Le vrai est universel le réel est subjectif peut-être cruel

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« Le Clairvoyant » & « Funeste », de Jean-Bernard Bayard

Le Clairvoyant
Un homme d’un certain âge de la commune de Gommier, non loin de Jérémie dans le département de la Grande Anse d’Haïti, était connu de tout le monde comme Antoine! Quoiqu’il soit admiré de tout le monde pour ses dons de clairvoyance, il était aussi redouté parce qu’on disait qu’il avait « Madichon » qui voulait dire « Mauvaise Augure ». La superstition jouait un rôle dans la malédiction de ses présages. Sa révérence n’avait pas de frontière, il était connu dans tout le pays, et était consulté par toutes les couches sociales. Parfois il envoyait un jeune garçon à dos d’âne chercher une personne qui voulait de ses services, mais ne savait pas comment la trouver. Un jour, un homme vint le voir qui s’inquiétait de la santé de son fils de dix ans qui était très souffrant depuis sa naissance. Cet homme était grand et d’un physique impressionant. Antoine le rassura que l’enfant aura une longue et prospère vie, mais le conseilla de retourner chez lui tout de suite. L’homme partit sur le champ. Une prêtresse vodou lui demanda pourquoi il l’a renvoyé si vite!

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« Drogué! » &  » Influenza »

— Par Patrick Mathelié-Guinlet —

Drogué!

Poésie, c’est ma came !
Quand j’en lis ça me calme…
J’suis accro, je vous dis :
il m’en faut jour et nuit !

Plus j’en lis, plus j’en veux,
c’est un cercle vicieux…
Pour ne plus être en manque
sans que ça me débanque,

j’ai même décidé,
du coup, d’en fabriquer !
C’est pour ça que j’écris
de jour comme de nuit

ce que la muse dicte…
J’avoue : je suis addict
et même écrire j’ose
qu’il me faut une dose

ou je deviens morose,
ravagé par l’ennui
car la vie n’est pas rose…
Grâce à la poésie
j’oublie tous les soucis,

les peurs, la maladie
et je me réfugie
dans les rêves à l’abri
de la mélancolie
qui mène à la folie…

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Lanmen-mwen

— Par Daniel M. Berté —
Lanmen-mwen

Bonmaten man lévé
Man gadé lanmen-mwen
Blan douvan, nwè dèyè
Ek an èm an mitan’y
Lanmen-mwen karésez
Ki ba madanm plézi
Fé-yo monté an syel
Janbé lakréyasion
Lanmen-mwen soulajez
Pou tjanmay’y-mwen malad
Ki té ni mal-bouden
Ek ba-yo an kalmant
Lanmen-mwen mawonnez
Ki trapé an koutla
Pou té sa dékalé
Pou té sa pété chenn
Lanmen-mwen djoubakez
Ki ralé an manch-wou
Ek tjenbé an tridan
Pou té pé travay tè
Lanmen-mwen nétwayez
Ka lavé ek froté
Ki rad ki kay ki kò
Pou ba-yo an propté
Lanmen-mwen matjez
Ki pran stilo, papyé
Pou endé-mwen trasé

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Michèle Voltaire Marcelin…

tisserande d’une œuvre poétique polyvocale et forte en ses registres de lumière

— Par Robert Berrouët-Oriol (*) —

Clair/Obscur | Depth/Glow  par Michèle Voltaire Marcelin

Éditions du Cidihca | Février 2026

Le livre « Clair/Obscur – Depth/Glow » de la poétesse Michèle Voltaire Marcelin interpelle hautement et émeut le lecteur qui lui offre accueil et hospitalité. Car cet ouvrage de haute-lisse ne navigue pas sur les chétifs esquifs d’une bavardeuse micro-confrérie, celle des poètes au souffle court et dont l’écriture est une invite à l’étourderie. L’auteure du poème « L’histoire a faussé les comptes » n’écrit pas d’improbables et confidentielles plaquettes de poésie vouées à la mutité et discrètement rangées sur les poussiéreuses étagères de l’oubli… Sur sa table de travail, avec rigueur, avec constance, dans la glaise éruptive de la langue, Michèle Voltaire Marcelin élabore une œuvre poétique majeure, complexe, polyvocale et forte en ses registres de lumière.

Dans un texte publié l’an dernier, nous avions arpenté en ces termes quelques aspects du « métier à tisser » de l’auteure : « (…) la poésie de Michèle Voltaire Marcelin est une parole de haute voilure.

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La dissection du capitalisme chez Émile Zola et Robert Lodimus

— Par Robert Lodimus —

On doit comparer Émile Zola et Robert Lodimus principalement pour leur rôle de témoins engagés de leur époque et leur dénonciation virulente des injustices sociales. 

Présentation des auteurs

Au XIXe siècle, Émile Zola, chef de file du naturalisme, a consacré sa vie à disséquer les tares de la société industrielle française, culminant dans son célèbre engagement pour la justice avec « J’accuse ». À cette figure historique fait écho, à l’époque contemporaine, celle de Robert Lodimus. Écrivain et journaliste engagé, Lodimus s’inscrit dans cette même lignée d’intellectuels qui utilisent le verbe pour dénoncer les structures d’oppression, du capitalisme financier au néocolonialisme qui frappe Haïti.

Problématique :
Dans quelle mesure l’engagement littéraire de Robert Lodimus peut-il être considéré comme une forme de naturalisme moderne ? Comment ces deux auteurs, malgré des contextes séculaires différents, parviennent-ils à transformer le récit de la misère en un levier de transformation politique ?

Voici les points de rapprochement clés entre ces deux auteurs :

1. Littérature de Combat et Engagement Social

  • Émile Zola : 

Figure de proue du naturalisme, il a utilisé ses romans (comme Germinal) pour dépeindre la misère ouvrière et son célèbre « J’accuse » pour combattre l’injustice judiciaire de l’Affaire Dreyfus.

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