Afrique : Produire sa richesse, protéger ses peuples, reconquérir sa mémoire

– par Rodolf Etienne

L’Afrique aborde une semaine particulièrement révélatrice de ses ambitions et de ses contradictions.

À Kampala, en Uganda, une rencontre continentale sur le droit d’auteur entend renforcer les revenus des créateurs africains.

En Guinée, les projets de transformation minière se heurtent à une question décisive : comment industrialiser sans disposer d’une énergie suffisante et abordable ? Dans les Grands Lacs, l’épidémie d’Ebola continue de progresser, tandis que l’assassinat d’un opposant rwandais réfugié en Ouganda soulève de graves interrogations sur la protection des personnes en exil. En Afrique australe, le Mozambique et l’Afrique du Sud commémorent le quarantième anniversaire de la disparition de Samora Machel, figure majeure des luttes de libération. Cinq développements qui interrogent la capacité du continent à construire sa souveraineté économique, sanitaire, politique et culturelle.

🇺🇬 OUGANDA — Kampala accueille une rencontre continentale pour transformer la création africaine en véritable puissance économique

Culture | Propriété intellectuelle | Économie créative | Intégration africaine

Rencontre programmée du 19 au 21 octobre 2026.

L’Ouganda accueille à partir de ce lundi un rendez-vous important pour l’avenir des industries culturelles africaines. Le septième Symposium sur le droit d’auteur et la gestion des droits connexes, organisé par l’Organisation régionale africaine de la propriété intellectuelle, doit réunir à Kampala des représentants des administrations publiques, des organismes de gestion collective, des créateurs et des spécialistes de la propriété intellectuelle. La rencontre est organisée en partenariat avec l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle et l’Uganda Registration Services Bureau, institution publique ougandaise chargée notamment de l’administration de certains droits de propriété intellectuelle. Les travaux sont programmés du 19 au 21 octobre au Speke Resort Munyonyo. Ils porteront sur la protection des œuvres, la gestion des redevances, les licences d’exploitation, le piratage numérique et la coopération entre institutions africaines. L’événement s’inscrit dans les célébrations du cinquantième anniversaire de l’ARIPO, créée en 1976.

Une question économique trop longtemps sous-estimée

L’Afrique possède des industries musicales, littéraires, cinématographiques et audiovisuelles particulièrement dynamiques. Mais le succès public d’une œuvre ne garantit pas que son auteur bénéficie correctement des revenus générés par sa diffusion. Les difficultés concernent notamment l’identification des titulaires de droits, la collecte des redevances et leur redistribution. La multiplication des plateformes numériques rend ces questions plus complexes. Une œuvre créée à Kampala peut être écoutée à Nairobi, diffusée à Johannesburg et commercialisée auprès de la diaspora africaine en Europe ou dans la Caraïbe. Encore faut-il que les mécanismes de gestion des droits permettent de rémunérer équitablement ses créateurs. L’Ouganda possède ici une expérience institutionnelle intéressante. En avril 2025, l’Uganda Registration Services Bureau a créé un département spécialisé dans les droits d’auteur et les droits voisins. La législation ougandaise de 2026 a également introduit des dispositions concernant la protection des œuvres dans l’environnement numérique et le fonctionnement des organismes de gestion collective. Ces réformes constituent un cadre juridique. Leur efficacité devra être évaluée à partir de leur application.

La capitale ougandaise possède une place particulière dans cette histoire. En août 2021, elle avait accueilli la conférence diplomatique ayant conduit à l’adoption du Protocole de Kampala sur l’enregistrement volontaire des droits d’auteur et des droits connexes. Cinq ans plus tard, elle accueille une nouvelle réflexion sur la gestion économique des créations. Cette continuité mérite d’être soulignée. Elle témoigne de la volonté de l’Ouganda de participer à la construction d’instruments juridiques africains. Mais les ambitions continentales ne seront véritablement utiles que si elles améliorent les conditions économiques des créateurs.

🇨🇩🇰🇪🇺🇬 GRANDS LACS — Ebola : huit cas confirmés au Kenya, huit provinces touchées en RDC

Santé publique | Recherche biomédicale | Coopération régionale

La crise sanitaire qui frappe l’Afrique centrale et orientale continue de s’aggraver. Le Kenya a confirmé dimanche un huitième cas d’Ebola. Le nouveau patient est un homme de 49 ans qui travaillait auprès des malades, notamment à l’entretien du linge et des ustensiles. Selon Patrick Amoth, directeur général de la Santé au Kenya, il aurait été exposé au premier patient atteint d’Ebola identifié dans le pays. Ce dernier, arrivé de République démocratique du Congo après avoir transité par l’Ouganda, était décédé à Nairobi le 5 octobre. Le nouveau patient avait été placé en quarantaine avant la confirmation de son infection. Les autorités kényanes indiquent que les huit cas identifiés restent liés à la chaîne de contamination initiale. À ce stade, elles ne signalent pas de transmission communautaire diffuse. Cette précision ne signifie pas que le risque de propagation a disparu.

En RDC, une extension géographique préoccupante

La République démocratique du Congo a officiellement confirmé dimanche l’extension de l’épidémie à une huitième province. Le Nord-Ubangi, frontalier de la République centrafricaine, a enregistré deux cas, dont un décès. Selon les données gouvernementales arrêtées au 16 octobre et rapportées par Reuters, la RDC comptabilisait : 9 415 cas confirmés et 4 536 décès. L’Ituri demeure l’un des principaux foyers de l’épidémie. La propagation dans de nouvelles provinces complique les opérations de surveillance et de prise en charge. Les déplacements de population, les difficultés d’accès à certaines zones et l’insécurité constituent des obstacles importants. Les données publiées ne permettent pas d’affirmer que toutes les infections sont détectées.

L’Ouganda, un partenaire régional indispensable

L’Ouganda possède une expérience importante dans la surveillance et la prise en charge d’Ebola. Cette expérience a été développée au cours de plusieurs épisodes épidémiques. Le pays avait lui-même enregistré des contaminations lors de l’épidémie actuelle avant d’être déclaré exempt d’Ebola en août. Mais la circulation du premier patient kényan par Kampala rappelle que la sécurité sanitaire ne peut être pensée à l’intérieur des seules frontières nationales. L’Africa CDC a appelé les pays concernés à renforcer le partage d’informations, la surveillance transfrontalière et les capacités des laboratoires. L’institution a également déployé une équipe de soutien au Kenya après la confirmation du premier cas.

La recherche scientifique africaine au premier plan

L’épidémie est provoquée par le virus Ebola Bundibugyo. Aucun vaccin ni traitement spécifique n’est actuellement homologué contre cette souche. Des recherches vaccinales sont engagées, mais elles ne constituent pas encore une solution immédiatement disponible à grande échelle. La prévention, le diagnostic rapide, la prise en charge médicale et la recherche des contacts demeurent essentiels. La question des capacités scientifiques africaines devient donc centrale. Les laboratoires, les chercheurs, les équipes médicales et les institutions sanitaires doivent pouvoir travailler ensemble. La souveraineté sanitaire ne signifie pas que chaque pays doit disposer isolément de toutes les technologies médicales. Elle suppose une capacité collective de recherche, de prévention et de réponse. L’Afrique doit pouvoir produire davantage de connaissances scientifiques, former ses professionnels et organiser des réponses sanitaires communes. L’Ouganda, le Kenya et la RDC disposent de compétences complémentaires qui pourraient contribuer à renforcer cette capacité régionale.

🇺🇬🇷🇼 OUGANDA–RWANDA — La mort d’un opposant rwandais réfugié en Ouganda soulève de graves questions de sécurité

Droits fondamentaux | Protection des réfugiés | Relations régionales 

Une affaire particulièrement grave vient d’être révélée en Ouganda. Le corps de Robert Kabera, ancien militaire rwandais devenu critique du président Paul Kagame, a été découvert samedi dans le district de Mpigi, à proximité de Kampala. L’homme, âgé d’environ 50 ans, avait quitté le Rwanda en 2020. Selon la police ougandaise, son corps a été retrouvé décapité dans le secteur de Kamengo. Les enquêteurs n’ont pas encore établi les circonstances exactes de sa mort. Aucun mobile n’a été officiellement identifié. Les autorités ougandaises ont ouvert une enquête pour meurtre.

Un ancien militaire devenu opposant

Robert Kabera avait servi dans les forces armées rwandaises. Après son départ du pays, il avait développé une activité publique de critique du gouvernement rwandais. Il animait notamment une chaîne vidéo suivie par une importante audience. Les autorités militaires rwandaises avaient précédemment évoqué des accusations pénales le concernant. Kabera affirmait pour sa part avoir quitté son pays en raison de persécutions. Ces éléments appartiennent à des versions contradictoires de son parcours et ne permettent pas de déterminer les circonstances de son assassinat. Il serait notamment injustifié d’attribuer sa mort à un gouvernement ou à un service de renseignement sans éléments probants. La police ougandaise indique poursuivre ses investigations.

Une question qui dépasse les relations bilatérales

La protection des réfugiés et des personnes en exil constitue un enjeu important pour les pays africains. Les États doivent pouvoir garantir la sécurité des personnes présentes sur leur territoire. Cette obligation concerne également celles qui ont fui leur pays en raison de menaces alléguées. L’affaire Kabera intervient dans un contexte régional marqué par des tensions politiques et sécuritaires persistantes. Mais il faut distinguer ce contexte général des faits propres à l’enquête.

La construction d’un espace africain de libre circulation suppose des garanties juridiques et humaines. Les citoyens doivent pouvoir voyager, travailler et résider dans d’autres pays sans craindre pour leur sécurité. La protection des réfugiés participe de cette exigence. L’Ouganda accueille depuis longtemps des populations déplacées et réfugiées. Cette responsabilité régionale rend d’autant plus importante la conduite d’une enquête indépendante, rigoureuse et transparente. La crédibilité des institutions africaines dépend aussi de leur capacité à protéger les personnes vulnérables et à établir les responsabilités lorsque des crimes graves sont commis.

🇬🇳🌍 GUINÉE — L’Afrique veut transformer ses minerais, mais l’électricité menace ses ambitions industrielles

Industrialisation | Ressources stratégiques | Énergie | Chaînes de valeur

Une enquête publiée ce lundi par Reuters met en évidence l’une des contradictions majeures de l’industrialisation africaine. Plusieurs pays souhaitent transformer davantage leurs minerais avant de les exporter. Mais les capacités énergétiques disponibles restent insuffisantes pour soutenir leurs ambitions. La Guinée constitue un exemple particulièrement révélateur. Premier producteur et exportateur mondial de bauxite selon les données rapportées par Reuters, le pays souhaite développer sa transformation industrielle. Les autorités guinéennes indiquent que trois raffineries d’alumine sont en construction. Le gouvernement ambitionne d’en disposer de cinq à l’horizon 2030, pour une capacité annuelle cumulée de sept à huit millions de tonnes. Il envisage ensuite de développer la production d’aluminium. Mais ces objectifs demeurent des projections industrielles.

Le problème énergétique

La Guinée produit actuellement environ 1 000 mégawatts d’électricité, principalement grâce à l’hydroélectricité, selon les chiffres présentés par un conseiller du ministère des Mines. Or, les besoins associés à ses ambitions industrielles pourraient atteindre entre 5 000 et 10 000 mégawatts. L’écart est considérable. Il ne suffit donc pas de construire des raffineries. Il faut également disposer d’une production électrique abondante, fiable et économiquement compétitive. Les autorités guinéennes examinent plusieurs solutions énergétiques. Mais les choix devront tenir compte des coûts, des contraintes environnementales et des délais de réalisation.

L’avertissement sud-africain

L’Afrique du Sud fournit un exemple des difficultés rencontrées lorsque l’énergie devient trop coûteuse. Selon Reuters, moins d’une douzaine des 66 fonderies de ferrochrome du pays sont actuellement en activité. L’augmentation des coûts électriques a contribué à fragiliser leur compétitivité. Cette situation est particulièrement paradoxale. L’Afrique du Sud dispose de plus de 70 % des réserves mondiales connues de chrome, mais la Chine occupe une position dominante dans la production de ferrochrome. La possession des ressources ne garantit donc pas la maîtrise de leur transformation industrielle. La souveraineté minière ne peut être réduite à la propriété des gisements. Elle dépend également de la capacité à développer les infrastructures, les compétences et les marchés nécessaires à la transformation. Les politiques industrielles doivent donc être articulées avec les politiques énergétiques. Les investissements dans les réseaux électriques, les transports et la formation sont aussi importants que les investissements miniers.

🇲🇿🇿🇦 MOZAMBIQUE–AFRIQUE DU SUD — Quarante ans après sa mort, Samora Machel demeure une figure de la solidarité africaine

Mémoire | Panafricanisme | Libération | Coopération régionale

Il y a exactement quarante ans, le 19 octobre 1986, Samora Machel trouvait la mort dans un accident d’avion près de Mbuzini, en Afrique du Sud. Premier président du Mozambique indépendant, il avait joué un rôle majeur dans les luttes de libération de l’Afrique australe. Le gouvernement sud-africain et celui du Mozambique organisent ce lundi une cérémonie commémorative sur le lieu de la catastrophe. L’événement doit rendre hommage à Samora Machel et aux 34 autres victimes mentionnées dans la documentation officielle sud-africaine. La cérémonie est prévue au monument et musée Samora Machel, dans la province sud-africaine du Mpumalanga.

Une figure centrale de l’Afrique australe

Samora Machel fut l’un des dirigeants du mouvement de libération mozambicain. Après l’indépendance du pays en 1975, il devint son premier président. Son gouvernement apporta un soutien important aux mouvements opposés à la domination coloniale et à l’apartheid dans la région. Cette orientation contribua à faire du Mozambique un acteur des luttes de libération en Afrique australe. Mais son parcours historique doit être considéré dans toute sa complexité. Son gouvernement adopta un système politique marxiste à parti unique et fut confronté à une guerre civile dévastatrice. La reconnaissance de son engagement anticolonial n’exige pas d’effacer les contradictions de cette période.

Une mort dont les circonstances restent controversées

L’avion présidentiel s’écrasa alors que Samora Machel revenait d’une rencontre régionale. L’enquête sud-africaine de l’époque privilégia l’hypothèse d’une erreur de navigation. Les autorités mozambicaines et soviétiques contestèrent cette conclusion. Des soupçons d’intervention du régime d’apartheid furent évoqués, notamment autour de l’hypothèse d’un faux signal de navigation. Ces accusations n’ont pas été définitivement établies. La Commission vérité et réconciliation sud-africaine releva ultérieurement des interrogations justifiant des investigations supplémentaires. Il convient donc de distinguer la réalité de l’accident, historiquement établie, des responsabilités contestées. Samora Machel appartient à une génération de dirigeants pour lesquels l’indépendance d’un pays africain ne pouvait être dissociée de la libération des peuples voisins. Cette conception de la solidarité régionale constitue l’un des héritages majeurs du panafricanisme. Quarante ans après sa disparition, elle conserve une pertinence particulière. Les défis contemporains ne sont plus exactement ceux des années 1970 et 1980. Ils concernent désormais la transformation économique, les infrastructures, la sécurité sanitaire, les échanges commerciaux et la gouvernance. Mais ils exigent toujours une capacité de coopération.

🌍 À ADDIS-ABEBA, L’AFRIQUE VEUT REPRENDRE LA MAÎTRISE DE SES DONNÉES

Une rencontre institutionnelle organisée cette semaine pourrait avoir des conséquences importantes pour les politiques publiques africaines. La dixième session de la Commission africaine de statistique doit se tenir du 19 au 23 octobre à Addis-Abeba. Elle est organisée sous l’égide de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique. Son thème porte sur la valorisation des données et la capacité des statistiques officielles à représenter fidèlement les réalités du continent. Les discussions concernent notamment la modernisation des systèmes statistiques nationaux, l’amélioration des méthodes et l’utilisation des données dans les décisions publiques. Les politiques économiques dépendent des informations disponibles.

Pour organiser un système de santé, il faut connaître les besoins des populations. Pour développer l’agriculture, il faut disposer de données sur les terres, les productions et les ressources hydriques. Pour planifier les infrastructures, il faut pouvoir mesurer les déplacements et les activités économiques. Mais produire des données ne suffit pas. Elles doivent être fiables, comparables et accessibles aux institutions qui en ont besoin. La question concerne également les nouvelles technologies. Les systèmes d’intelligence artificielle dépendent de données dont la qualité influence directement les résultats. Des informations insuffisantes ou mal adaptées aux réalités africaines peuvent conduire à des analyses inexactes.

COMMENT TRANSFORMER LES RESSOURCES AFRICAINES SANS DÉPENDRE DE L’EXTÉRIEUR POUR L’ÉNERGIE ?

L’enquête de Reuters sur les industries minières africaines permet d’identifier une difficulté structurelle. La transformation locale des minerais exige une organisation industrielle complète. L’extraction ne constitue qu’une première étape. Viennent ensuite le traitement, le raffinage, la transformation et la fabrication de produits intermédiaires ou finis. Chaque opération nécessite des équipements, des compétences et de l’énergie.

La Guinée comme laboratoire

Le développement de raffineries d’alumine pourrait permettre à la Guinée de conserver davantage de valeur économique. Mais cette ambition exige une augmentation considérable des capacités électriques. Les installations industrielles doivent également disposer de transports adaptés et d’un approvisionnement régulier en matières premières. Le financement représente une autre difficulté. Les investissements peuvent atteindre plusieurs milliards de dollars. Les entreprises doivent donc pouvoir s’appuyer sur des politiques stables et des perspectives commerciales crédibles.

La nécessité d’une approche régionale

Les pays africains pourraient développer certaines chaînes de valeur à l’échelle de plusieurs économies. Cette coopération pourrait concerner l’énergie, les transports, les services techniques et la formation professionnelle. Elle pourrait également permettre de mutualiser certains investissements. Mais une telle organisation suppose des accords commerciaux, des infrastructures transfrontalières et une coordination des politiques industrielles. La Zone de libre-échange continentale africaine fournit un cadre possible à cette réflexion. Elle ne remplace cependant pas les investissements nécessaires.

Un enseignement pour l’Ouganda

L’Ouganda possède également des ressources minières et des ambitions industrielles importantes. La relance envisagée des mines de Kilembe constitue un exemple des possibilités de transformation. Mais les mêmes interrogations se posent. Quelle énergie sera disponible ? Quels professionnels seront formés ? Quelle part des minerais sera transformée localement ? Quels débouchés commerciaux pourront être développés ? La réponse à ces questions déterminera largement la portée économique des projets.

CE QUE LES AUTRES MÉDIAS NE REGARDENT PAS

🇺🇬🇸🇸 OUGANDA–SOUDAN DU SUD : DERRIÈRE LE COMMERCE RÉGIONAL, UNE INÉGALITÉ QUI INTERROGE L’INTÉGRATION AFRICAINE

Une enquête publiée le 17 octobre par le quotidien ougandais Daily Monitor mérite une attention particulière. Elle concerne les échanges commerciaux entre l’Ouganda et le Soudan du Sud. Selon les chiffres présentés par David Bahati, ministre d’État ougandais chargé du Commerce, l’Ouganda exporterait vers son voisin pour environ 534 millions de dollars de marchandises, contre 22 millions de dollars d’importations en provenance du Soudan du Sud. Les exportations ougandaises représenteraient donc plus de vingt-quatre fois les importations sud-soudanaises. Précision méthodologique : la période statistique correspondant à ces chiffres n’a pas été indiquée dans la déclaration ministérielle rapportée par le journal. Il serait donc incorrect de les présenter comme un bilan annuel définitivement établi.

Un marché important pour les entreprises ougandaises

Le Soudan du Sud constitue un débouché commercial majeur pour plusieurs entreprises ougandaises. Les produits concernés comprennent notamment les matériaux de construction et différentes marchandises destinées à l’approvisionnement des marchés. Les entreprises ougandaises bénéficient de leur proximité géographique et de leurs capacités de production. Cette relation commerciale contribue à soutenir l’activité économique. Mais elle révèle également plusieurs déséquilibres.

Les difficultés des commerçants sud-soudanais

Selon l’enquête de Daily Monitor, certains commerçants sud-soudanais rencontrent des difficultés pour accéder directement aux fabricants ougandais. Ils doivent parfois passer par des intermédiaires. Cette situation peut augmenter les coûts et limiter leurs marges commerciales. Les transporteurs signalent également des difficultés sur le corridor Kampala–Gulu–Nimule–Juba. Elles concernent notamment les contrôles répétés, les délais administratifs et les frais non officiels. Les autorités des deux pays ont reconnu la nécessité d’améliorer les procédures. Un protocole d’accord commercial a été signé à Kampala le 14 octobre, avec l’objectif de renforcer la coopération et de mettre en place des mécanismes techniques de suivi.

Le véritable problème de l’intégration

L’augmentation du commerce entre deux pays ne garantit pas automatiquement une répartition équilibrée des bénéfices. Les entreprises les mieux organisées peuvent capter une part importante des opportunités. Les petits commerçants peuvent rester confrontés à des difficultés d’accès aux fournisseurs et aux marchés. La question est donc moins simple qu’il n’y paraît. Il ne suffit pas de faciliter le passage des marchandises aux frontières. Il faut également améliorer l’accès aux réseaux commerciaux.

AGENDA PANAFRICAIN

Les rendez-vous du 19 au 24 octobre 2026

Dates Lieu Événement Enjeu principal
19–21 octobre Kampala, Ouganda Symposium ARIPO sur le droit d’auteur et les droits connexes Économie créative, propriété intellectuelle, rémunération des auteurs
19–23 octobre Addis-Abeba, Éthiopie Dixième session de la Commission africaine de statistique Souveraineté statistique, données et politiques publiques
19–24 octobre Moroni, Comores Onzième Conférence africaine sur la géothermie du Rift Énergie renouvelable, recherche, industrialisation
20–21 octobre Kampala, Ouganda Forum économique Ouganda–Union européenne Investissements énergétiques et industrialisation verte
21 octobre Accra, Ghana Rencontre sur les entreprises minières artisanales et à petite échelle Formalisation, emploi et développement des territoires
22–23 octobre Luanda, Angola Quatrième Biennale de Luanda Gouvernance de l’eau, paix et coopération africaine

Trois rendez-vous à suivre 

Kampala : la propriété intellectuelle africaine. Les discussions devraient permettre d’examiner les difficultés de rémunération des créateurs et les possibilités de coopération entre organismes de gestion collective. Les éventuels engagements devront être distingués des simples recommandations.

Moroni : la géothermie africaine. La conférence organisée aux Comores pourrait apporter des enseignements importants sur l’exploitation des ressources géothermiques. Les échanges scientifiques présenteront également un intérêt pour les territoires volcaniques de la Caraïbe, notamment la Martinique et la Guadeloupe.

Luanda : l’eau comme instrument de paix. La quatrième Biennale de Luanda examinera les relations entre la gestion des ressources hydriques, la prévention des conflits et la coopération régionale. L’eau pourrait devenir un domaine majeur de diplomatie et d’intégration africaine.

🌍 AFRIQUE EN MOUVEMENT

Regards sur un continent qui se réinvente

Madinin’Art lance une nouvelle rubrique hebdomadaire (tous les lundis) consacrée à l’Afrique contemporaine.

Chaque semaine, « Afrique en mouvement » proposera un regard documenté, indépendant et approfondi sur les grandes transformations du continent africain.

De Kampala à Dakar, de Kinshasa à Johannesburg, d’Addis-Abeba à Lagos, nous explorerons les dynamiques politiques, économiques, scientifiques, sociales et culturelles qui façonnent l’Afrique d’aujourd’hui et préparent celle de demain. Au cœur de cette nouvelle rubrique : les initiatives africaines, les innovations, les enjeux de souveraineté, l’intégration régionale, la transformation des ressources, les patrimoines, les créations artistiques et les aspirations des populations. Une attention particulière sera accordée à l’Ouganda, à la région des Grands Lacs et à l’Afrique de l’Est, sans perdre de vue les évolutions de l’ensemble du continent.

Nous explorerons également les relations historiques et contemporaines entre l’Afrique, la Caraïbe et les diasporas africaines, avec la conviction que ces espaces partagent des mémoires, des expériences et des perspectives d’avenir qui méritent d’être davantage mises en lumière. Notre ambition n’est ni de célébrer systématiquement l’Afrique ni de la réduire à ses crises, mais de comprendre ses réalités, interroger ses contradictions, reconnaître ses réussites et éclairer ses perspectives.

Chaque édition réunira des informations vérifiées, des analyses, des initiatives remarquables et des pistes de réflexion sur les transformations en cours. Parce que l’Afrique ne se résume pas à l’actualité qu’on raconte sur elle. Elle est aussi celle que ses peuples construisent.

📖 À retrouver chaque semaine sur Madinin’Art.

AFRIQUE EN MOUVEMENT — Comprendre le présent, éclairer les possibles.

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