Étiquette : Panafricanisme

Cheikh Anta Diop et le nucléaire : Le physicien derrière l’historien

— Par Rodolf Étienne

On connaît Cheikh Anta Diop comme historien, anthropologue, linguiste, penseur de l’unité africaine et figure majeure de la réécriture de l’histoire du continent.

On connaît beaucoup moins Cheikh Anta Diop le physicien, formé aux sciences exactes, enseignant de physique-chimie et utilisateur des techniques nucléaires pour dater le passé africain. Pourtant, cette dimension scientifique n’est pas secondaire : elle constitue l’un des piliers de sa méthode.

À son retour au Sénégal au début des années 1960, après sa formation en France, Cheikh Anta Diop rejoint l’Institut français d’Afrique noire, devenu par la suite l’IFAN Cheikh Anta Diop. Il y développe une ambition singulière : mettre les sciences expérimentales au service de l’histoire africaine. L’IFAN rappelle qu’il avait enseigné la physique-chimie dans des lycées parisiens avant son retour à Dakar et qu’il refusa de cloisonner histoire, archéologie, physique, chimie et biologie.

Physique et chimie nucléaires des basses énergies – le carbone 14

Parler de « nucléaire » à propos de Cheikh Anta Diop nécessite une précision essentielle. Il ne s’agit ni d’un programme militaire, ni de la construction d’un réacteur électronucléaire.  Lire Plus

Yoweri Kaguta Museveni : Panafricanisme et stabilité

— Par Rodolf Étienne

Il dirige l’Ouganda depuis 1986. Quarante ans après, Yoweri Kaguta Museveni demeure au coeur de la vie politique ougandaise. Il est l’un des plus anciens dirigeants du continent.

Son parcours résume à lui seul plusieurs grandes séquences de l’histoire politique récente de l’Afrique de l’Est : lutte armée, reconstruction de l’État, panafricanisme, guerres régionales, développement économique, militarisation du pouvoir, ouverture au multipartisme, pétrole, contestation démocratique.

En janvier 2026, la Commission électorale ougandaise le déclarait vainqueur d’un septième mandat présidentiel avec un peu plus de 70 % des suffrages.

Son principal adversaire, Robert Kyagulanyi, plus connu sous le nom de Bobi Wine, a rejeté les résultats. Yoweri Museveni débute une nouvelle étape présidentielle entamée tandis que Ronald Reagan dirigeait les États-Unis, François Mitterrand la France et Mikhaïl Gorbatchev l’Union soviétique.

De Dar es-Salaam à la guérilla

Yoweri Museveni naît en 1944, dans l’ouest de l’Ouganda. Étudiant à l’Université de Dar es-Salaam, en Tanzanie, il évolue dans l’un des grands foyers intellectuels africains de l’époque postcoloniale.

Sa biographie présidentielle officielle cite parmi ses lectures Frantz Fanon, Karl Marx, Lénine, Mao, Walter Rodney mais également des auteurs occidentaux comme John Kenneth Galbraith.  Lire Plus

Akiki Hosea K. Nyabongo : De Yale… au royaume de Tooro

— Par Rodolf Étienne

Il existe, dans les archives de Yale University, une trajectoire qui semble résumer à elle seule une partie de l’histoire intellectuelle africaine du XXe siècle.

Celle d’Akiki Hosea K. Nyabongo, né en 1907, à Fort Portal dans l’actuel Ouganda occidental, membre de la famille royale du Tooro, écrivain, universitaire, panafricaniste et militant de la décolonisation.

Akiki Hosea K. Nyabongo étudie à Yale entre 1931 et 1934, après un passage par Howard University, avant de poursuivre à Harvard puis à Oxford.

Yale le présente comme l’un de ses premiers étudiants noirs remarquables.

Cette histoire qui pourrait n’être qu’une remarquable biographie universitaire prend une toute autre dimension lorsqu’on la replace dans les débats contemporains sur la restitution, les archives africaines et la souveraineté des savoirs.

Akiki Nyabongo n’est pas seulement un Africain d’Uganda parti étudier dans les grandes universités occidentales : il est l’un de ceux qui ont cherché à produire, depuis leur propre perspective, une connaissance écrite – inédite – des sociétés africaines.

De Fort Portal à Yale – Renaissance 

Né à Fort Portal, Akiki Nyabongo appartient à la maison royale du Tooro.  Lire Plus

Mémoire : Les réseaux panafricains en Martinique

— Par Rodolf Étienne

Avant que Bob Marley, le reggae et les dreadlocks ne donnent au rastafarisme une visibilité mondiale, un formidable réseau d’idées circule déjà entre la Jamaïque, Trinidad, les Antilles françaises, Paris, Harlem et l’Afrique.

Garveyisme, panafricanisme, internationalisme noir, éthiopianisme, affirmation d’une identité noire et interrogation sur l’héritage africain traversent ces espaces.

Et la Martinique se trouve beaucoup moins éloignée de cette histoire qu’on pourrait le croire.

Bob Marley n’est pas à l’origine du rastafarisme. Lorsqu’il naît en Jamaïque en 1945, le mouvement possède déjà une histoire d’une quinzaine d’années. Le moment symbolique déterminant intervient le 2 novembre 1930, lors du couronnement à Addis-Abeba de Ras Tafari Makonnen sous le nom d’Haïlé Sélassié Ier, empereur d’Éthiopie.

Plusieurs prédicateurs jamaïcains interprètent alors l’événement dans une perspective biblique et afrocentrée. Parmi eux, Leonard Howell, Joseph Hibbert, Archibald Dunkley et Robert Hinds. Howell, qui avait séjourné aux États-Unis et fréquenté les milieux influencés par le garveyisme, devient l’une des principales figures de la première génération rastafari.

Marcus Garvey lui-même n’est pas rastafari. Mais sa pensée exerce une influence considérable sur les fondateurs du mouvement.  Lire Plus

Mémoire : Garvey, la Négritude, l’Afrique, la biguine

— Par Rodolf Étienne

Dans la famille Jean-Louis-de Rivel, qui demander ?

Il arrive que l’histoire disperse les membres d’une même famille au point de nous empêcher d’y voir clair !

Henri Jean-Louis est généralement présenté comme juriste, écrivain, militant panafricaniste et pancaribéen. Son fils, Victor Jean-Louis Baghio’o, apparaît dans l’histoire littéraire comme romancier et ingénieur du son. Sa fille Cécile Jean-Louis, devenue Moune de Rivel, appartient quant à elle à l’histoire de la chanson créole. Leur mère, Fernande de Virel, reste beaucoup moins connue alors qu’elle fut compositrice, violoniste, pianiste et pédagogue.

Pourtant, réunis, leurs itinéraires dessinent quelque chose de beaucoup plus vaste : l’histoire d’une famille créole qui, pendant près d’un siècle, fait circuler entre les Antilles, l’Europe, l’Afrique et les Amériques des idées, des textes, des musiques et une certaine conception de la dignité noire. Charles W. Scheel lui-même invite à considérer ensemble Henri Jean-Louis, Fernande, Victor et Moune dans ce qu’il appelle le « losange » de l’Atlantique noir.

Au commencement, Henri Jean-Louis et Fernande de Virel

Henri Jean-Louis naît à Sainte-Anne en Guadeloupe en 1874.  Lire Plus

Mémoire : Quand Nardal rencontre Garvey

par Rodolf Etienne

Octobre 1928 , Marcus Garvey, l’une des figures les plus puissantes et controversées du mouvement noir international, vient de prendre la parole devant un public parisien.

Quelques jours plus tard, une jeune Martiniquaise installée à Clamart lui écrit en anglais. Elle s’appelle Paulette Nardal. Le reste appartient à l’histoire.

La lettre, aujourd’hui conservée aux Archives de Martinique, révèle beaucoup plus qu’une rencontre occasionnelle : elle place directement Paulette Nardal au cœur des réseaux qui relient alors la Caraïbe, les États-Unis, l’Afrique et l’Europe. Quelques années avant qu’Aimé Césaire, Léopold Sédar-Senghor et Léon-Gontran Damas ne donnent son nom à la Négritude, une autre histoire noire transatlantique était déjà en train de s’écrire.

1928 – Marcus Garvey arrive dans un Paris sous surveillance

Marcus Garvey n’est alors plus un inconnu. Né en Jamaïque en 1887, fondateur de l’Universal Negro Improvement Association (UNIA), il a développé depuis les années 1910 un mouvement international reposant sur la fierté noire, l’autonomie économique des populations noires, la construction d’institutions propres et l’affirmation d’une destinée africaine commune.

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PETROLE – NIGERIA : L’entrée en bourse de tous les records

— Par Rodolf Étienne

Le livre d’ordres ouvre ce 14 septembre 2026. Une option de surallocation pouvant atteindre 15 % est prévue si la demande le justifie. 

Nigeria. Derrière l’opération financière historique engagée par la raffinerie Dangote se joue une question autrement plus importante. L’Afrique peut-elle transformer ses ressources, financer ses industries et devenir progressivement le propriétaire de son propre appareil productif ?

Le 4 septembre 2026, la Securities and Exchange Commission du Nigeria a approuvé l’introduction en Bourse de Dangote Petroleum Refinery & Petrochemicals, immense complexe industriel installé à Lekki, près de Lagos. L’opération prévoit la mise sur le marché de 4,1 milliards d’actions ordinaires au prix de 525 nairas chacune. Si l’offre est entièrement souscrite, elle permettrait de lever environ 2 150 milliards de nairas, soit quelque 1,63 milliard de dollars. Ce qui représente la plus importante vente d’actions jamais réalisée sur le continent africain.

L’Afrique s’apprête à vivre une opération boursière sans précédent !

Mais le record financier n’est probablement pas ce qui importe le plus ici. Derrière les actions, les milliards et la Bourse se trouve une question beaucoup plus fondamentales : après avoir longtemps exporté ses matières premières, l’Afrique peut-elle désormais les transformer, financer cette transformation et devenir propriétaire des entreprises qui la réalisent ?  Lire Plus

Renaissance Africaine : La nouvelle conquête énergétique du continent

– Par Rodolf Étienne

Au moment où l’Europe redécouvre brutalement sa vulnérabilité énergétique et recherche de nouveaux fournisseurs, l’Afrique, elle, redevient l’objet de toutes les attentions. L’Afrique nouvelle devra-t-elle encore exporter ses nombreuses matières premières pour ensuite importer les produits, technologies et services fabriqués avec elles ?

Pétrole namibien, gaz tanzanien et mozambicain, cobalt congolais, cuivre, manganèse, uranium, solaire, hydroélectricité : l’Afrique possède une part considérable des ressources nécessaires au monde d’aujourd’hui comme à celui de demain.

Il suffit parfois d’une simple crise pour que les cartes que l’on croyait connaître changent brutalement de couleur ou, plus simplement, de mains. Ainsi, pendant plusieurs années, l’Europe a parlé de sortie des hydrocarbures, de neutralité carbone, d’électrification et d’économie post-pétrolière. Puis sont venues les guerres, les tensions commerciales, la rupture avec une large partie du gaz russe, les inquiétudes autour du Moyen-Orient et des routes maritimes.

Le vocabulaire a changé, change encore et changera certainement encore avec les années. On reparle de sécurité énergétique, de stocks, de raffineries, de gaz. Et, surtout, dans ce contexte nouveau, tous les regards se tournent directement vers l’Afrique.  Lire Plus

Africains, Afro-descendants et émancipation humaine

— Par Robert Albert Saé —
I/ L’Afrique rompt ses chaînes : c’est l’humanité qui se libère !

S’il est vrai que, jusqu’alors, la résistance héroïque des Peuples Africains contre le colonialisme n’avait pu empêcher que le continent subisse les affres de la domination et du pillage, incontestablement, une nouvelle page de l’histoire s’est ouverte : L’Afrique est entrain de rompre ses chaînes et la fin du règne des prédateurs colonialistes est désormais irréversible.

Aujourd’hui, les « lions » sont en capacité d’écrire leur histoire et les « chasseurs » ne parviennent plus à cacher les cortèges de massacres qui ont accompagné leurs entreprises coloniales. Traite des noirs, mise en esclavage de millions d’êtres humains, Code Noir, indigénat, travail forcé, destruction de joyaux culturels et scientifiques africains, spoliation des biens, tous leurs démons surgissent des cachots de l’histoire. Les incantations des castes adeptes du « white power », des géreurs de la « Françafrique », et autres « civilisateurs » qui, jadis, avaient pu aliéner des consciences, provoquent aujourd’hui des levées de bouclier.

Partout grondent les légitimes exigences : Condamnation des coupables des crimes contre l’humanité  et obligation de réparation!

Sur tout le continent, des guerriers et des guerrières, Anciens et Jeunes se dressent avec les mêmes injonctions :

Départ inconditionnel des troupes d’occupation et fermeture des bases étrangères !  Lire Plus