Politiques

L’osselet sous le marteau

(C’est à force d’écœurement)

— Par Yves Untel Pastel —

Et ce racisme meurtrier
Qui chaque jour
Alourdit l’hécatombe

Dragon hideux
Gîtant dans les bas-fonds
D’une conscience blanche
Prise d’une démoniaque folie destructrice
Éprise d’elle-même et d’elle seule
Incapable d’aimer
Cette autre part d’humanité
Qu’elle croit ne pas être elle

Et ce silence de morgue,
Toujours ce silence effrayant
Cette solidarité d’une engeance mutique
De ceux qui soi-disant désauvagisent la sauvagerie
Et qui pourtant trônent au pinacle de la barbarie
De ceux qui brandissent
Les bibles et les codes de belles morales
Et les cyniques bréviaires de civilité

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De Caroline Laurent, «  Rivage de la colère », Prix 2020 Maison de la Presse

Caroline Laurent est franco-mauricienne. Après le succès du livre co-écrit avec Evelyne Pisier, « Et soudain, la liberté », elle a publié le 9 janvier 2020 son nouveau roman « Rivage de la colère », aujourd’hui récompensé. En parallèle de ses fonctions de directrice littéraire chez Stock, elle a été nommée en octobre à la commission « Vie Littéraire » du Centre National du Livre.

Aux origines du roman, un fait historique :

Dans « Rivage de la colère », récompensé par le 51ème Prix  Maison de la Presse, Caroline Laurent dévoile un pan tragique, hélas fort peu connu, de la décolonisation dans l’Océan Indien : en 1965, le Royaume-Uni accepte le principe d’élections générales qui décideront de l’indépendance de l’île Maurice et de ses possessions. Mais dans le plus grand secret, il est décidé que certaines de ces dépendances, dont les îles Chagos, au nord-est de Maurice, resteront sous administration britannique, après qu’elles auront été rachetées par le Royaume-Uni, ce dernier prétendant qu’elles ne sont pas habitées ! Le but n’est autre que de donner ces territoires en location aux États-Unis, qui y créeront une importante base militaire. 

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Coronavirus: plus d’un million de cas en Amérique latine et aux Caraïbes

Le nombre de cas confirmés d’infection au coronavirus a dépassé dimanche le million en Amérique latine et aux Caraïbes, dont la moitié au Brésil, selon un bilan réalisé par l’AFP à partir de données officielles.

Depuis le début de l’épidémie, un total de 1.016.828 cas de Covid-19 ont été officiellement recensés en Amérique latine et aux Caraïbes, dont 514.849 au Brésil, de loin le pays de la région le plus touché par la maladie.

Le Brésil est, avec 29.314 morts recensés dimanche par le ministère de la Santé, le quatrième pays du monde en termes de mortalité due au nouveau coronavirus derrière les Etats-Unis (103.781 morts), le Royaume-Uni (38.376) et l’Italie (33.340).

» LIRE AUSSI – Le Brésil devient le nouvel épicentre de la pandémie

Avec 164.476 personnes contaminées, le Pérou est le deuxième pays d’Amérique latine le plus touché.

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L’invention de « l’Outre-mer » : 75 ans :  des « vieilles colonies » au goût âcre des ananas

Migrations, chlordécone, et aujourd’hui gestes barrières : la vieille histoire de l’Outre-mer.

(Le 29/05/2020, par Chloé Leprince, journaliste à France Culture. On peut aussi trouver de ses articles sur le site internet des Inrocks)

En matière de distanciation physique, certains Français compteraient en mètres, et d’autres plutôt en ananas. C’est en tous cas le sous-texte qu’on pouvait déduire d’une campagne pour les gestes barrières face à l’épidémie de Covid, qui a fait grand bruit à sa sortie, le 22 mai. A l’origine du visuel, la préfecture de Martinique, c’est-à-dire l’institution qui représente l’Etat central français sur l’île. Suite au tollé immédiat, le préfet de Martinique présentait ses excuses dès le lendemain, et faisait savoir que la campagne partait à la poubelle (…)

Début mai, en Polynésie française, le ministère du tourisme polynésien avait déjà créé une image du même cru, qui préconisait cette fois six noix de coco en plus du masque. Or l’archipel de Polynésie est une communauté d’outre-mer, et les 118 îles (une grosse moitié habitées) ont depuis 1984, un « président de gouvernement » — même si, en l’occurrence, c’était à l’époque le gaulliste Gaston Flosse, qui était proche de Paris et fut au même moment membre du gouvernement de Jacques Chirac en tant que “secrétaire d’État chargé des Problèmes du Pacifique sud”.

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L’affaire des déboulonnages

— Par Térèz Léotin —

« Il est très facile de casser et de détruire, disait Mandéla qui ajoutait que les héros sont ceux-là qui font la paix et qui bâtissent ». Dans une certaine mesure, et dans tous les sens, cela est vrai et surtout très sage. Il ne faut pas démolir pour démolir, ni chercher à « démolir » son prochain, ni non plus démolir les traces d’un passé que nos connaissances actuelles peuvent nous aider à reconsidérer.

Démolir c’est détruire et détruire c’est faire tomber dans l’oubli, or un personnage tel que Lynch, par exemple ne tombera JAMAIS dans l’oubli, car, les livres d’histoire et pas seulement, parlent encore de lui, il sert de mémoire à l’Histoire. C’est, à mon avis, encore plus déshonorant pour l’individu, que son nom répète éternellement sa vilénie. Le verbe lyncher, le nom lynchage nous le rappellent sans cesse, tout comme le nom Landru en est aussi un autre triste exemple. Il nous faut penser que nous, mieux éclairés que nos prédécesseurs, nous nous devons d’inscrire dans la pierre des statues, une épitaphe soulignant leurs vraies actions positives pour le pays ou éventuellement pour le Monde et négatives, lorsqu’il y en a.

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Statues de Schoelcher : récapitulatif (provisoire)

Dégradations de statues : il était une fois Joséphine…

— Par Yves-Léopold Monthieux —

Le 27 octobre 2011 paraissait dans l’hebdomadaire ANTILLA la contrechronique intitulée « Haro sur Joséphine de Beauharnais » (voir Internet). Elle m’avait été inspirée non pas par la décapitation en effigie de l’Impératrice, mais par des événements du moment : « …le cri de colère d’une grande dame, la très estimée Olga Ménil, …l’intervention remarquée d’un jeune président d’association de Ste Thérèse », deux évènements qui laissaient indifférente la classe politique. Puis « les célébrations des victimes de la loi du 15 octobre 1960 et l’anniversaire de la mort de Frantz Fanon » qui, en revanche, mobilisèrent des dizaines de militants. Mais un sujet a été vécu comme une déclaration de guerre par les intellectuels martiniquais, en particulier des historiens : l’attribution par le gouvernement du label touristique dite « demeure illustre » à la demeure où Joséphine de Beauharnais naquit et vécut jusqu’à l’âge de seize ans ». « …Pour ces intellectuels, il y a une odeur de régalien et de négationnisme dans cette affaire : insupportable ! », écrivais-je. « Un débat fut promptement ouvert à la manière des débats martiniquais ; la conclusion étant connue d’avance, il s’agissait pour chacun de trouver le bon argument pour dire non à ce projet. »

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Ne faisons pas de Schœlcher l’arbre qui cache la forêt !

— Par Jean-Pierre Maurice —

En cette année 2020, le 22 mai, date reconnue de célébration de l’émancipation des esclaves à la Martinique, a été marqué par le renversement sonore de deux statues de l’abolitionniste français Victor Schœlcher. Cette action, revendiquée haut et fort par de jeunes du péyi, a frappé les esprits, faisant prendre conscience aux Martiniquais de tous bords de la gravité de la situation.
À vrai dire, personne n’avait prévu un tel coup de tonnerre que les acteurs eux-mêmes ont largement diffusé en direct — puis commenté — sur les réseaux sociaux.
Pour ma part, ce coup d’éclat ne m’a guère surpris, car il entrait dans la logique d’une série d’actions récentes menées sur le terrain par cette même équipe.
Une société de l’impuissance
Car en réalité, cette mise à bas des statues de Victor Schœlcher est le fruit des blocages multiples de notre société d’aujourd’hui qui, non seulement peine à satisfaire les besoins de sa population, mais aussi voit les habitants douter de plus en plus chaque jour de l’efficacité de ses représentants.

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Mort de George Floyd : une troisième nuit de violences au Minnesota 

Des manifestations, importantes et justifiées

Indignés et choqués par la mort de George Floyd lors de son interpellation par la police lundi dernier, et ce pour un délit mineur alors qu’il ne semblait pas opposer de résistance, des habitants de Minneapolis ont investi la rue pour dénoncer la violence dont il a été victime. Dans tout le pays, les appels pour que justice soit rendue se sont multipliés.

L’appel à la Garde nationale par les autorités locales n’a pas calmé les citoyens de Minneapolis, qui ont manifesté leur colère et leur indignation  au cours d’une troisième nuit d’émeutes.  En soirée jeudi, des manifestants ont mis le feu au poste de police où travaillaient les quatre agents mis en cause (…) Les manifestations avaient auparavant été majoritairement pacifiques, avec des foules contenues par des chaînes d’hommes en uniforme. Mais il y a eu dans ce secteur des heurts, des incendies, le pillage d’une trentaine de magasins, et l’usage de gaz lacrymogène par la police. Des dizaines d’entreprises des villes jumelles de Minneapolis et St. 

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Droit à l’image et forces de police, une proposition de loi

« Pas de droit à l’image spécial pour la police, la liberté de l’information prime sur le droit au respect de l’image » : une affirmation contredite en France par une proposition de loi.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

En droit français, de nos jours, la liberté d’information prime sur le droit à l’image. Depuis quelques années, tant le Conseil constitutionnel, la Cour de Cassation, que la Cour européenne des droits de l’homme mettent en avant cette liberté pour le public de savoir, créant intuitivement une société basée sur des images.

Ainsi, si dans un lieu privé, prendre une photographie ou une vidéo d’un individu et la publier nécessite son autorisation, dans un lieu public, aucune autorisation ne sera nécessaire si la photo ou la vidéo n’est pas dirigée centralement sur le sujet. Et ce qu’il s’agisse d’une capture d’image ou de sa reproduction. Cependant, même si la photo ou la vidéo publiée est centralement dirigée vers le sujet, la justice privilégiera le droit à l’information si le préjudice subi est inexistant et si l’image avait un but informatif.

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La Martinique, malade de sa colonialité et de sa structure gérontocratique

— Par Isis Labeau-Caberia —

Les réactions extrêmement critiques qui ont déferlé suite au déboulonnement des statues de Victor Schœlcher sont symptomatiques de deux maux qui gangrènent la société martiniquaise : d’une part, son inertie face à un héritage colonial encore vivace ; d’autre part, le fossé grandissant entre une société vieillissante et embourgeoisée et sa jeunesse réclamant le changement social.
Le 22 mai 2020, de jeunes militant.es martiniquais.es procédaient au déboulonnement de deux statues de Victor Schœlcher, s’attaquant ainsi aux représentations de celui qui, depuis la IIe République, a été systématiquement érigé en symbole paternaliste de la « générosité » de l’État français à l’égard des esclaves de ses colonies. En choisissant cette date hautement symbolique du 22 mai — jour de commémoration du soulèvement servile qui, le 23 mai 1848, contraignit le gouverneur local à proclamer l’abolition immédiate de l’esclavage sur l’île et ce, avant même l’entrée en vigueur du décret d’abolition adopté le 27 avril à Paris — ces militant.es envoyaient un message fort : il s’agissait de dénoncer le récit colonial et assimilationiste d’une abolition « par le haut », un récit répété ad nauseam depuis 1848 et qui continue à ce jour à occuper une place centrale (voire exclusive) dans le champ de la mémoire officielle de l’esclavage, au détriment de la longue histoire des luttes serviles.

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Destruction de statues en Martinique

Chaque génération pose sa pierre pour la décolonisation

— Par Danielle Laport, Docteure HDR – Sociologue —

L’histoire de la Martinique est riche en évènements qui interrogent la société dans son rapport à la France et de ce fait dans son rapport avec elle-même.

La dépose violente de la statue de Victor Schœlcher dans deux communes s’inscrit dans la continuité des actions directes menées depuis quelques mois dans les centres commerciaux sur la question de la chlordécone. En lieu et place d’une dénonciation consternée de ces actes du 22 mai 2020, nous devons nous attacher à mieux décrypter l’action de ces jeunes activistes qui posent, à leur manière, la question d’une Martinique à décoloniser.

La Martinique a déjà connu ce type d’acte sur les symboles de la période coloniale ; période constituant une page de l’histoire de la Martinique. Mais ces actes étaient anonymes ou identifiés à des slogans que l’on peinait à rattacher à un groupe.

Ce 22 mai 2020, les actes sont filmés, postés sur les réseaux sociaux, revendiqués ; les jeunes activistes ne craignent pas d’être identifiés.

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La Martinique au bord du précipice !

Pierre Alex Marie-Anne

À force d’évoquer sans cesse de façon obsessionnelle l’époque de l’esclavage et de ses turpitudes, les manipulateurs professionnels, pour la plupart blanchis sous le harnais, sont parvenus à leurs fins: réécrire l’histoire ,à leur convenance ,en se servant de l’immaturité et de la naïveté de jeunes écervelés. Ceux-ci reprennent ,à coup de masse hyper-médiatisés et sans doute de bonne foi, la dénégation du rôle central du grand abolitionniste que fût SCHŒLCHER au plan national , parallèlement à celui des esclaves dans les colonies ,contre les idées et les féodalités esclavagistes.

Le but poursuivi est évident: dresser les communautés qui composent la Martinique les unes contre les autres afin de rendre au final toute cohabitation impossible ; l’étendard RVN qui leur sert de signe de ralliement ne dit pas autre chose : il exalte exclusivement une dominante raciale ,à l’exact opposé de ce qui constitue notre identité plurielle et composite.

Ce fait d’actualité n’est donc pas à prendre à la légère , il y va de la cohésion et de la survie de notre petite communauté; largement répercuté par ailleurs au plan national il est de nature à faire fuir les visiteurs et les investisseurs potentiels tout en accélérant l’évasion de nos cerveaux vers des cieux plus cléments .

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« Nous condamnerons en image, en son, en zoom… »

France Inter, jeudi 28 mai 2020,  Augustin Trapenard, « Lettres d’intérieur » : Maïwenn

Maïwenn est comédienne, scénariste et réalisatrice. Sa lettre est adressée à celui qui a filmé l’assassinat d’un jeune homme noir par quatre policiers à Minneapolis.

Paris, le 27 mai 2020

« À toi qui as filmé,

Quand j’ai regardé mon téléphone, ce matin, il était 6h. Il était encore trop tôt pour lire l’application du Monde, leurs nouvelles s’affichent à 7h. Alors je vais faire un tour sur Instagram. Je tombe sur Madonna. D’habitude je passe, fatiguée de voir son botox ou sa vie extraordinaire, mais là je comprends qu’une vidéo ne la concerne pas, donc je regarde. C’est ta vidéo, celle de l’arrestation d’un homme à Minneapolis, en pleine après-midi.

Au départ, je ne comprends pas, je vois des flics pas du tout gênés d’être filmés par toi alors qu’ils plaquent un homme au sol qui ne présente aucune résistance.

L’homme supplie d’arrêter, il dit « I CAN’T BREATH, JE NE PEUX PLUS RESPIRER », mais le policier qui a un genou sur son cou a l’air d’apprécier que tu le filmes : il bombe le torse, il te regarde droit dans les yeux.

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Les statues et la mémoire

— Par Philippe Pierre-Charles —

Le premier devoir des nouvelles générations à l’égard des ancêtres est de chercher à les comprendre, à faire corps avec leurs luttes, à étudier patiemment, avec empathie, leurs vies, hauts faits comme faiblesses, succès comme échecs, espoirs comme illusions, tout compris.

Cet exercice est salutaire à plus d’un titre : il est une bonne introduction à l’histoire qui arrive plus facilement à la vérité quand elle regarde depuis le bas de la société, là où on pousse de hauts cris. Elle est aussi un bel antidote contre le sectarisme et l’arrogance qui aigrissent l’âme. Dans le jugement qu’il porte aux « grands hommes » (expression bien plus courante au masculin, hélas !) le peuple est parfois plus sage que les intellectuel-le-s parce que c’est lui qui vit d’abord les effets et les méfaits des « grands » et de leurs politiques. Le peuple n’ignore pas les trajectoires humaines auxquelles il assiste aux premières loges. Ces trajectoires sont lumineuses quand elles sont ascendantes, affligeantes dans le cas contraire.

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Du regard sur les statues…

— Par Léon Mastail —
La commémoration de l’abolition de l’esclavage, ce 22 mai 2020, sera à marquer d’une pierre noire ou d’une pierre blanche, selon que l’on considère que les événements qui s’y sont déroulés sont négatifs ou positifs. La destruction de deux statues de Victor Schoelcher a déconcerté bien des martiniquais, d’abord par son caractère inattendu, ensuite par la « violence » de l’acte, enfin par la remise en cause du parcours de cet homme qui jusqu’alors était considéré, presque de manière unanime, comme « une des grandes figures emblématiques du mouvement abolitionniste de l’esclavage au 19ème siècle… »
D’ailleurs, le socle sur lequel reposait l’une des deux statues portait l’inscription suivante : « Nulle terre française ne peut plus porter d’esclaves ».
Le reproche fondamental qui est actuellement fait à Victor Schoelcher serait de n’avoir pas été, durant toute sa vie d’homme politique, un abolitionniste de la première heure, pur et dur. Et pourtant, selon toujours les activistes, les statues à son effigie lui donneraient à tort la primauté sur les héroïques esclaves qui, au péril de leur vie déjà bien misérable, ont mené les dures luttes qui ont irrémédiablement conduit à l’abolition de l’esclavage.

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Blablas, leçons et donneurs de leçons. Sortez du quadrille, la ronde est belle

— Par Jean-Marc Terrine, auteur et critique d’art —

Depuis que les statues de Victor Schoelcher ont été détruites le 22 mai 2020 en Martinique les leçons d’histoire fusent sur la question de l’abolition de l’esclavage chez-nous. Beaucoup de plumes, notamment celles de donneurs de leçons qui sortent de leurs chapelles les plus diverses et qui expliquent à la jeunesse, dans des « lettres » souvent leur condamnation et leur ignorance face à l’histoire. J’ai même vu un feuillet qui reprenait une citation de Karl Marx pour illustrer la faiblesse de pensée de ces activistes : « L’ignorance n’est pas un argument ».

Il est fou de voir comment toute cette pensée, qui s’adosse à une posture dite scientifique, qui pratique l’art de de la rhétorique et de l’argumentation semble avoir perdu ses facultés face à de tels gestes symboliques : faire tomber des représentations. Pourquoi tous ceux qui sont intervenus sur cette question à ce jour1, qui fait tant débat et qui mérite plus qu’un débat, ne voient que la face visible de l’iceberg ?

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Cet enfant qui a grandi…

— Par Ali Babar Kenjah —

  1. Ceux qui croient qu’une statue de Victor Schoelcher a été déboulonnée à Fort~de~France le 22 mé dernier sont des aveugles persistant dans l’aveuglement. Aveugles qui persistent à ne pas voir que cette œuvre ne portait pas sur le présumé libérateur, qu’en vérité cette œuvre traite d’un projet de « libération », que ce projet décrit une relation et qu’à ce titre l’œuvre implique symboliquement deux personnages. Le premier prend toute la lumière, on ne voit que Lui; il domine le second de toute sa taille et son geste protecteur a l’enveloppement bienveillant des grandes personnes qui savent. Car l’autre personnage est un enfant. Personnage subalterne généralement considéré comme décoratif, simple objet d’un amour dont le grand homme est le sujet. Or ce petit personnage donne tout son sens à l’œuvre qui est une pétition, l’œuvre qui est un discours exalté, un tract. Nous le savons bien, certains en ont même fait un patrimoine : ce grand « Libérateur » est une incarnation du génie français; et ce petit enfant c’est la Martinique.

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La Démocratie est-elle l’horizon inséparable de notre temps ?

— Par Lucien Cidalise-Montaise —

Aujourd’hui, pris dans l’engrenage morbide et très « personnel » du confinement, nous affirmons que les obligations qui nous sont imposées, confirment la réalité d’une catastrophe propre à cette néo-démocratie qui nous gère, alimentée par de brèves interventions de « nos » dirigeants. Cette démocratie est aujourd’hui une réalité idéologique qui peut se résumer à ceci « la démocratie cé dé mo ki rassis, lè i kon sa, i kon pain. Yo ka di i perdu, d’où pain perdu ! ».

Nous condamnons les actions, ô combien insouciantes d’individus en colère. Nous condamnons parce que nous ne partageons pas les méthodes, gestes inconscients et inqualifiables de certains de ces contradicteurs, mais apprécions avec lucidité les revendications qui risquent d’être éternelles parce que réelles, engoncées et politiquement œuvres de l’idéologie que nous combattons, eux et nous.

La démocratie qui fleurit, ici, ne semble pas favorable à la neutralité. Elle entretient le doute, le mensonge, l’hypocrisie etc…

Elle ne me semble pas être une arme qui nous fera avancer. Que faire ? Consolider les rapports entre ceux-ci, les Révoltés !

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Outre-mer : un plan d’un milliard pour aider les collectivités et entreprises

Le ministère des Outre-mer et l’Agence française de développement (AFD) ont signé lundi un plan doté d’un milliard d’euros pour accompagner les collectivités locales et les entreprises ultramarines dans la crise sanitaire et économique liée au coronavirus.

Ce plan, baptisé «Outre-mer en commun», se veut «une réponse à la crise sanitaire mais aussi à son impact économique», dans le cadre de la «trajectoire outre-mer 5.0 »(déclinaison des objectifs de développement durable pour les territoires ultramarins, ndlr), lancée depuis avril 2019, explique un communiqué commun. Ce plan se décline notamment en trois points : une réponse sanitaire, une réponse économique et une réponse environnementale.

Relance des investissements

En matière sanitaire, l’AFD va renforcer «son appui aux réseaux régionaux de surveillance épidémiologique» et va «contribuer au plan de réforme et de relance des investissements» pour les hôpitaux d’Outre-mer, précise le communiqué, sans donner de chiffres.

Pour «soutenir le tissu économique», l’AFD va examiner «avec bienveillance les demandes de report d’échéances de 6 mois de ses prêts aux collectivités locales et aux entreprises», accélérer «ses décaissements» (à hauteur de 250 millions d’euros), «les instructions de prêts budgétaires annuels des grandes collectivités» (250 millions), et mettre en place des «prêts d’urgence d’aide à l’investissement sur 20 ans pour les collectivités ultramarines».

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La statue foyalaise de Schoelcher : une œuvre d’anciens esclaves.

— Par Yves-Léopold Monthieux —

Voilà qu’enfin apparaissent sur les blogs les justes interventions d’intellectuels, d’historiens ou de professionnels de l’histoire qu’on entendait peu et qui donnent un ton nouveau et semblent vouloir faire passer au second plan le discours traditionnel qui a conduit à la haine et l’intolérance. Hélas, il a fallu pour cela en arriver à ces extrémités qui sont le résultat d’un discours et d’une politique qui ont malheureusement réussi.

Certes, il est juste de reconnaître qu’avant les années soixante l’école s’était très peu préoccupée d’apprendre leur histoire aux jeunes Martiniquais. L’unique livre de lecture de la nation véhiculait la même parole dans toutes les colonies. Il n’est pas moins vrai que, portés par les idées de décolonisation, la Martinique s’est largement rattrapée. De sorte qu’aujourd’hui il n’y a sans doute aucun peuple caribéen qui ait un meilleur niveau de connaissance de son histoire que le nôtre. D’autant plus que le souci quotidien de ces populations quant au gîte et au couvert leur laisse peu du temps pour les considérations mémorielles.

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Statues de Schœlcher : n’y aurait-il aucune oreille ?

— Par  Anique Sylvestre, écrivaine —
N’y aurait-il aucune oreille pour entendre la voix de ces jeunes révoltés qui ont osé expulser de son trône Victor Schœlcher ?
N’y aurait-il aucune oreille pour écouter les raisons d’une telle colère ?
N’y aurait-il personne pour voir les visages de ces deux jeunes femmes qui bravent l’interdit et qui se montrent au grand jour pour clamer la raison, sinon les raisons de leur acte ?
En d’autres temps, on en avait voulu à Joséphine qui finalement est restée étêtée. Et c’est pas plus mal ! À part qu’une explication en bonne et due forme de l’acte aurait pu servir à dire publiquement l’histoire.
Plusieurs tentatives avaient été faites préalablement sur la personne de Schœlcher, personnage de notre histoire encore très controversée, d’autant que des plus éminents de nos littérateurs, politiques et démocrates l’avaient, en leur temps, eux aussi, encensé.
Aujourd’hui, historiens, syndicalistes, politiques ou citoyens ordinaires s’horrifient de cet acte. Et moi, la première, me suis souvenue des Talibans pour ne citer qu’eux, en voyant ces images défiler sur les réseaux sociaux puis à la télévision.

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« Engageons-nous tous pour la #ScèneFrançaise »

L’appel de 142 artistes et acteurs du monde culturel

« Nous vivons une crise sanitaire sans précédent, qui a des impacts économiques dramatiques et immédiats pour notre pays. La culture est durement frappée, et la situation est catastrophique pour le secteur de la musique, avec plusieurs mois d’arrêt complet des activités au moment de l’année où s’ouvre la saison des festivals. À la différence d’autres secteurs d’activité, les professionnels de la musique ne sont pas concernés dans l’immédiat par le déconfinement progressif.

Pour toute la scène artistique française, autrices/auteurs, compositrices/compositeurs, artistes, DJ, techniciennes/techniciens, et leurs partenaires éditrices/éditeurs et productrices/producteurs, cette situation implique une double peine économique : avec la disparition de l’important canal de diffusion de leurs œuvres que sont les concerts, ils subissent une perte de revenus instantanée. Pour les artistes, les créateurs et les éditeurs rémunérés grâce aux droits d’auteur, cette perte de revenus s’inscrit dans la durée. Le coup d’arrêt porté aujourd’hui à la diffusion de leurs œuvres générera un effondrement de leurs revenus, en droits d’auteur, dans les douze à dix-huit mois à venir.

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Mauvais geste, saine révolte

Déclaration de Louis Maugée après le saccage des statues de Victor Schœlcher

Le 22 mai dernier, de jeunes activistes nationalistes ont renversé la statue de Victor Schœlcher dans la commune de Schœlcher et à Fort de France en Martinique.

Victor Schœlcher est l’abolitionniste de l’esclavage le plus connu. En France et dans les outremers francophones.

Le 22 mai est la journée de commémoration de l’insurrection anti esclavagiste du 22 mai 1848 en Martinique. Elle avait contraint le gouverneur de l’île à décréter l’abolition de l’esclavage avant l’arrivée du décret gouvernemental. En effet le gouvernement issu de la révolution de 1848 en France avec notamment Victor Schœlcher avait décrété l’abolition de l’esclavage le 27 avril 1848.

Certes, on peut trouver chez Schœlcher des déclarations et propos contestables, condamnables, mais néanmoins secondaires eu égard à son combat pour l’abolition.

Et cela n’en faisait pas de toute façon un ennemi des esclaves. Il fut au contraire un défenseur de leur liberté à partir d’un certain moment de sa vie. Et il s’est battu pendant de longues années pour l’abolition de l’esclavage.

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Une intéressante contribution au débat

Tribune de Myriam Cottias, France Antilles du 24 mai, Pages Débats.

Myriam Cottias  :  Directrice du Centre International de Recherches sur les esclavages et post-esclavages (CIRESC). Historienne, Directrice de recherche au CNRS, Coordinatrice du programme de l’Agence Nationale de la Recherche « Réparations, compensations et indemnités au titre de l’esclavage (Europe-Amériques-Afrique) (XIXe-XXIe) », ancienne présidente du CNMHE (Comité National pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage, remplacé en 2019 par la Fondation pour la mémoire de l’esclavage).

TRIBUNE : Lors du 22 mai — jour de commémoration du soulèvement des esclavisé.e.s qui a abouti à la proclamation anticipée de l’abolition de l’esclavage en 1848 en Martinique — deux statues de Victor Schœlcher ont été brisées, jetées à terre, rappelant le déboulonnage des statues des généraux confédérés aux États-Unis. Ses assaillants ont alors donné des coups de pied et ont craché, semble-t-il, sur ce symbole honni transposant en Martinique des actions politiques qui se sont déroulées, entre autres, à la Nouvelle-Orléans, à Baltimore ou à Nashville contre les statues des généraux Lee et Nathan Bedford Forrest, fondateur du Ku Klux Klan.

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