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« Barbès créole blues » de Raphaël Confiant

— Louis-Félix Ozier-Lafontaine(*) —

En ces mois de février et mars 2016, le monde et ses actualités transpirent à grosses gouttes les angoisses dues aux atrocités de la guerre, aux enlèvements de chef d’Etat ainsi que les craintes du triomphe des fascismes et des arrogances impériales de toutes sortes.

L’atmosphère rendue déjà intenable par le spectre effroyable du génocide de Gaza et par les manœuvres de recolonisation forcée du Vénézuéla et de Cuba, s’aggrave quasiment de jour en jour. Et s’il fallait convaincre la conscience des habitants des petits pays insulaires que nous sommes de ce que le monde est dominé plus que jamais par la loi du plus fort, voilà que cette barbarie envahit maintenant notre espace proche : elle est là dans les Caraïbes, l’armada guerrière US, à quelques encablures maritimes, là où vont et viennent les pêcheurs des îles de notre archipel.

Alors, réflexe habituel, sans me désintéresser de cette actualité, je me fais fort de m’appliquer à reprendre souffle ailleurs ; question de sauvegarder un maximum de sérénité et de clairvoyance dans ce monde-là.

Et je m’en vais au plus vite m’emparer de romans récemment publiés.<p>  Lire Plus

« Ladjè-a », de Louis-Ferdinand Céline (traduction du roman « Guerre », par Raphaël Confiant)

Quelques mois après sa publication, plus de soixante ans après la mort de son auteur, du roman Guerre (Éditions Gallimard), à l’occasion du mois du créole et à l’occasion de la sortie de Londres (la suite de Guerre) : publication de Ladjè-a (Éditions Caraïbéditions), la traduction de Guerre en créole.

Ladjè-a comporte une préface détaillée de Raphaël Confiant sur l’art et la méthodologie de traduire les classiques de la littérature française en créole et plus particulièrement sur les difficultés rencontrées pour traduire Céline et son style unique si particulier.

– Titre : Ladjè-a (traduction du roman Guerre)
– Auteur : Louis-Ferdinand Céline
– Traducteur : Raphaël Confiant
– Résumé : Traduction en créole de Guerre : Adan sé maniskri Louis-Ferdinand Céline la éti yo viré-touvé a té ni an boul dé-san-senkant fey-papié ki sé an roman ki ka pasé adan Les Flandres pannan Bidim Ladjè a. Epi transkripsion maniskri-tala ki pa ritravay, ki matjé apochan dé lanné apré Voyage au bout de la nuit (1932) té paret, an mòso fondal-natal adan ev matjè-a ka tijé gran jou. Davwè Céline, ant rakontaj-lavi ek liv imajinasion, ka lévé an vwel asou lespérians fondal lekzistans-li : dépotjolay kò’y ek lespri’y la asou larel-goumen an, adan « labatwè toutwonlatè a ki vini dekdek la ».<p>  Lire Plus

Raphaël Confiant : “Tous les Antillais n’étaient pas des Fanon”

— Propos recueillis par Frédérique Briard —

Dans son dernier roman, « Du Morne-des-Esses au Djebel« , Raphaël Confiant interroge la place des soldats antillais dans la guerre d’Algérie, nuance l’engagement fanonien de ses pairs et revient sur la question identitaire. Rencontre.

Marianne : Vous êtes romancier, vous écrivez aussi des polars, des contes mais vous n’êtes pas historien. Or, avec Du Morne-des-Esses au Djebel vous romancez l’histoire, comme vous l’avez déjà fait dans Le Bataillon créole et L’Insurrection de l’âme, Frantz Fanon, vie et mort du guerrier-silex. Pourquoi prendre ce pari risqué ?

Raphaël Confiant : Il faut éviter la routine. Nous, écrivains, sommes sans arrêt menacés, guettés par elle. C’est pour cela que je m’efforce, même si le roman est mon genre favori, d’en explorer d’autres. S’agissant de ce roman sur les Antillais dans la guerre d’Algérie, de celui sur Fanon ou du Bataillon créole qui parlait de la participation des soldats antillais à la Première guerre mondiale, je me suis rendu compte finalement que le roman et l’histoire pouvaient aisément faire chemin commun. Pourquoi ? Parce qu’aux Antilles, les archives ne sont pas aussi complètes et accessibles que dans l’Hexagone.<p>  Lire Plus

« Du Morne-des-Esses au Djebel », un roman de Raphaël Confiant

La guerre d’Algérie, aujourd’hui lointaine, a laissé des traces dans l’imaginaire antillais, largement occultées aujourd’hui par l’immense figure de Frantz Fanon. Ce dernier, en effet, a eu une trajectoire de vie fulgurante marquée à la fois pas un engagement aux côtés des Algériens qui réclamaient leur liberté et par des livres tels que Les damnés de la terre (1961) qui ont rayonné à travers le monde entier. De la Palestine au Québec, des ghettos noirs américains aux Républicains irlandais ou aux Tamouls du Sri-Lanka, la parole fanonienne a ensemencé durablement nombre de luttes pour la dignité.
        Cependant, tous les Antillais qui ont eu affaire à la guerre d’Algérie n’étaient pas des Fanon, loin de là ! Des milliers d’appelés et de soldats de métier originaires de la Martinique et de la Guadeloupe ont participé à cette véritable tragédie qui a duré huit ans (1954-62) et fait plus d’un million de morts, tous camps confondus. Du Morne-des-Esses au Djebel retrace le parcours de trois d’entre eux, parcours emblématique s’il en est puisque marqué par des positionnements et des destins différents, voire diamétralement opposés.<p>  Lire Plus

L’enlèvement du mardi gras, de Raphaël Confiant

— Par Térèz Léotin —

Julien Valmont, alias Gros Dégueulasse, alias DSKahnard, alias Ti-Coca, accessoirement docteur en économétrie de l’université de Paname, homme sans limite « n’est le fils de personne ». Il s’est fait tout seul en pays de Nadiland, où les chiens aboient par la queue, où les chevaux ont trois pattes, où les coqs ont des dents, où les serpents rampent sur le dos, où l’homme est sans tête, où la réalité dépasse la fiction.

Il fait partie d’une secte avec des frères à trois poings qui se tiennent la queue de devant, dans une danse qui possède le pouvoir de les maintenir au sommet du monde. L’homme n’est rien d’autre que le vénérable directeur de l’Institut Économique Régional (l’ISER) qu’il a su très adroitement transformer « en machine à cash ». Cette sommité, en effet, maçon sans réelle truelle, que celle qui lui permet de transbahuter les subsides européens, vers ses différents comptes « sait comment faire les poches habilement à la communauté européenne ». Il dirige aussi au sein de son institut un laboratoire dénommé le Filmaneg.<p>  Lire Plus

« Stéphanie St-Clair, reine de Harlem » d’après le roman de Raphaël Confiant, m.e.s.Nicole Dogué

Vendredi 18 janvier 2019 à 20h – Tropiques-Atrium

Ce spectacle se veut une interrogation sur la question de l’exil et de l’identité. C’est un récit à une voix, adapté pour la première fois au théâtre. Il s’inspire de l’histoire vraie de Stéphanie Saint-Clair, femme gangster antillaise immigrée aux états-Unis au début des années 1910. Partie de rien, on assiste à l’ascension de Stéphanie Saint-Clair, au combat qu’elle mène pour échapper à sa condition de femme noire, fluette, étrangère et pauvre. Des handicaps qu’elle va transformer en forces pour affronter, avec un courage « hors norme » la pègre noire, la mafia blanche et la police new-yorkaise. Elle fonde son propre gang et devient la reine de la loterie clandestine de Harlem. Stéphanie Saint-Clair, en dépit des moyens qu’elle utilise, incarne cet idéal créole de «  femme-debout».

Présentation  du livre de Raphaël Confiant:<p>  Lire Plus

« L’épopée mexicaine de Romulus Bonnaventure » de Raphaël Confiant

— Par Fernand Tiburce Fortuné —

Raphaël Confiant
L’épopée mexicaine de Romulus Bonnaventure
Mercure de France
Avril 2018

Raphaël Confiant nous livre, en ce début d’année, son dernier roman, «L’épopée mexicaine de Romulus Bonnaventure», dédié au grand combattant de notre langue créole, Jean Bernabé. Le titre lui-même est déjà toute une aventure, l’évocation apparente d’un long voyage vers une terre promise, magique et généreuse. Ce voyage n’est pas ordinaire, puisqu’il se développe en une épopée, c’est-à-dire que l’auteur veut nous plonger à la fois dans un monde merveilleux, picaresque, où tout peut arriver à des héros hors du commun, qui doivent aussi nous enchanter par leurs prouesses ou des exploits exceptionnels, et dans lesquels nous pourrions nous reconnaître.

Ce qui donne encore plus de piquant au titre, qui ne doit rien au hasard, quand on connaît Raphaël Confiant, c’est l’identité dont est affublé celui que nous pensons être le héros primordial.

D’abord le prénom, Romulus, le vainqueur de Remus son jumeau, interpelle, car il nous plonge en pleine latinité et rappelle la formule « ab urba condita », à un moment donc de création, de fondation, d’ensemencement dans une douleur assumée.<p>  Lire Plus

« L’insurrection de l’âme » de Raphaël Confiant

Autobiographie imaginée d’un Martiniquais dont l’oeuvre et la trajectoire marquèrent l’histoire non seulement de l’Algérie et du Tiers-monde, mais aussi du monde entier : Frantz Fanon, le «guerrier-silex» comme le définissait son compatriote Aimé Césaire.
Vie brève d’à peine trente-six années, assemblée à la manière d’un puzzle dont les pièces s’ajustent et se disjoignent, se recomposent pour mieux s’éloigner, entre l’île natale perdue-retrouvée, la France découverte dans sa vérité vraie, l’Algérie, sa patrie d’adoption, passionnément aimée et l’Afrique noire, terre longtemps rêvée.
Fulgurances d’une pensée qui brasse la psychiatrie, la psychanalyse, l’anthropologie, l’histoire, la sociologie et la littérature, qui sans cesse interroge, dissèque, dénonce, propose, exalte, avec comme souci primordial celui de l’Homme quelles que soient sa race, sa langue, sa religion, sa culture. Frantz Fanon a bâti une oeuvre d’une profondeur et d’une complexité redoutables dont le point d’orgue, Les Damnés de la terre (1961), demeure à ce jour une référence pour tous les peuples opprimés.
Derrière le théoricien et le militant révolutionnaire, l’éminent praticien hospitalier et le rédacteur du journal El Moudjahid, il y avait une personnalité hors du commun qui n’aimait pas se livrer, tout entièrement dévouée qu’elle était à la lutte contre l’oppression coloniale.<p>  Lire Plus

La panse du chacal de Raphaël CONFIANT

 ou la part indienne de la créolité antillaise en Martinique. Entre mer Caraïbe et Golfe du Bengale.

Lu par Jean-Yves CHANDAVOINE.

 

 

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Termine-t-on la lecture d’un livre comme on termine un voyage ?

Un peu, surtout que La panse du chacal de Raphaël CONFIANT, (Folio, Mercure de France, 2004) fait voyager son lecteur, entre l’Inde du Sud ou le Coromandel et la Martinique par la force de la mémoire, de la nostalgie voire de la mélancolie : ce qui vous fait partir, traverser les océans, vivre l’enracinement en Martinique des migrants indiens du Tamil Nadu dans l’univers impitoyable de l’Habitation et de la coupe de la canne à sucre…

Pas tout à fait, néanmoins, car le récit imaginaire et réel de la migration des «coolies» aux Antilles, histoire de la traite et de l’installation indienne au goût amer, n’a rien de commun avec nos voyages touristiques contemporains. <p>  Lire Plus

 » Chronique d’un empoisonnement annoncé. Le scandale du Chloredécone aux Antilles françaises. » de Louis Boutrin et Raphaël Confiant.

— Par Lucien Degras —

Article à paraître dans le numéro 15 de KAZ A SYANS, bulletin du Centre de culture scientifique, technique et industrielle de la Guadeloupe ARCHIPEL DES SCIENCES.

 L’Harmattan, 2007, 238 pages.

  L’ouvrage comporte six chapitres : Chronologie d’un empoisonement, Le lobby des latifundistes békés, Une catastrophe écologique sans précédent, Une grave menace pour la santé publique, Responsables et coupables ?, Propositions… pour sortir de l’impasse ! Sa bibliographie s’étend sur dix pages avec une section Ouvrages : de Mandela, à Hulot en passant par Glissant, le cancérologue Belpomme, le climatologue Denhez et bien des spécialistes de la pollution ; une section Documentation et contributions : nombreux articles de Boutrin, rapports de l’Association Martiniquaise pour la Recherche Epidémiologique en Carcinologie, de l’INSEE, l’article de Snegaroft… ; une section Rapports et textes administratifs, dont les rapports de Ballan et Mestres, Joël Beaugendre, Bonan et Prime, A. Kermarrec, entre autres ; une section de Références bibliographiques étrangères et enfin une section Presse écrite donnant les titres de nombreux périodiques. Cet ouvrage s’appuie, on le voit, sur une large base documentaire.

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Quelques réflexions à la suite des articles parus autour des propos de Mr Raphaël Confiant

 

D’UNE PROBLEMATIQUE IDENTITAIRE HAINEUSE


par Marie-José Corentin-Vigon et Lucie Descoueyte Psychanalystes, Membres du G.A.R.E.F.P (Groupe Antillais de recherche d’Etude et Formation Psychanalytique) —


En être ou ne pas en être de… ?

En tant que quoi ? En tant que qui ?…

Poser la problématique identitaire en ces termes nous évoque l’article 1 du code noir1 qui requiert l’expulsion des juifs, leur désignation comme ennemis ? ainsi que les autres articles qui font des nègres des objets.

Entre les hommes il n’y pas d’autre mesure que la parole. Parler est habiter son être.

Que devient chacun de nous quand cette parole nous est refusée au nom d’une appartenance à une identité, pas seulement imaginaire mais unique.

« Innommable » : terme hautement investi puisqu’il apparaît onze fois dans le texte de Mr Confiant et qui viendrait masquer au-delà de l’antisémitisme chez certains, bien réel hélas, le mythe de l’identité unique, celui-ci entraînant immédiatement l’exclusion de ceux qui n’en sont pas, de là… .

C’est une question qui doit être au travail chez chacun de nous à seule fin de pouvoir ouvrir à une identité plurielle, riche de nos différences.<p>  Lire Plus

Le citoyen Confiant tel qu’en lui-même, écrivain, indigné, excessif : intellectuel.

— Par Yves-Léopold Monthieux —
raphael_confiantIl n’existe pas d’hommes qui soient vertueux à tous les moments de leur existence. Plus une personnalité politique, intellectuelle ou humanitaire s’exprime dans la durée, plus il risque de dévier aux valeurs qui l’ont construite. Et, dans le cas contraire, plus elle a des chances de se rattraper. Je l’ai récemment relevé pour Gandhi qui s’était révélé un théoricien raciste avant de devenir l’humaniste qu’on a connu. J’ai ainsi comparé le jeune disparu Frantz Fanon, à l’image immaculée, et le vénérable Aimé Césaire, dont la dernière phrase n’avait pas franchement ravi tous ses fidèles : « Nous avons besoin de vous [la France] car c’est grâce à vous que nous survivons ». Reste que le buste de Gandhi continuera de siéger dans la ville de Césaire alors que, chargée par de faux historiens, Joséphine n’y a pas droit de citer. Mais les critiques qui visent l’écrivain Raphaël Confiant tiennent à ses sorties de route, pas à sa longévité politico-littéraire. De sorte que bien de ceux qui ne supportent pas les écarts de l’homme public restent amoureux de son œuvre.<p>  Lire Plus

Les poilus martiniquais

Le Bataillon créole, par Raphael Confiant, Mercure de France, 320 p, 19,80 euros
A l’approche du centenaire de la Grande Guerre, Raphaël Confiant rappelle, dans un beau roman, le prix payé par la jeunesse antillaise.
—par Jérôme Garcin —

poilu_martiniquaisPas une commune des Antilles françaises où ne se dresse un monument aux morts de la Grande Guerre. Brillant sous un soleil plus généreux qu’en métropole, la liste gravée des poilus martiniquais tombés au champ d’honneur compte près de 1900 noms. Si on y ajoute les victimes guadeloupéennes et guyanaises, on mesure le lourd tribut qu’ont payé, à la boucherie de 14-18, les îles lointaines. Si lointaines dans l’espace et le temps qu’elles ont disparu de l’abondante littérature déjà suscité par l’imminent centenaire.

Heureusement, il y a Raphaël Confiant. On peut en effet lui faire confiance pour réparer les outils et les ingratitudes. Né au Lorrain (ça ne s’invente pas), ce militant de la créolité donne enfin la parole, dans un roman puissant et terrifiant comme un orgue, à tous les jeunes Martiniquais passés de la plage volcanique de Saint-Pierre à la boue de Verdun, ainsi qu’aux mères, femmes, sœurs, qui les ont attendus dans le port de Fort-de-France où les bateaux ramenèrent, par vagues successives, des gueules cassées, des corps amputés et des cercueils.<p>  Lire Plus

Daniel Boukman , un héros martiniquais

par Raphaël Confiant,

 

J’ai rencontré l’écrivain martiniquais Daniel Boukman en Algérie, en 1974, lorsque, comme bon nombre de jeunes étudiants antillais de cette époque, j’avais décidé de tout larguer pour rejoindre le rêve de la Révolution algérienne alors dirigée par le président Houari Boumédienne. Avant moi, il avait accueilli, d’une année sur l’autre, des Martiniquais, des Guadeloupéens, des Guyanais, quelques Haïtiens même.

Une décennie venait de s’écouler après l’indépendance de ce pays (1962) au terme d’une guerre de libération sanglante de huit ans qui avait vu périr un million d’Algériens. Je me souviens de l’arrivée du ferry, à bord duquel j’avais embarqué à Marseille, dans la rade d’Alger la Blanche, et, dans le lointain de cette fin d’après-midi d’octobre, la Casbah et ses demeures mauresques qui surplombaient orgueilleusement la ville européenne. Au contrôle douanier, à la rudesse plutôt des douaniers envers les nombreux immigrés algériens qui rentraient au bled pour de courtes vacances, immigrés qui faute d’argent avait voyagé sur le pont, je compris que quelque chose clochait. Avec moi, les douaniers se montrèrent chaleureux, le souvenir de Frantz Fanon étant encore dans toutes les mémoires.

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Ils ont empoisonné notre terre, nos eaux, nos rivages… notre peuple

— Par Raphaël Confiant —


Je veux parler d’un crime commis à l’encontre d’un million de personnes censées être des citoyens français. Personnes qui n’ont qu’un seul tort : être nés, vivre et travailler dans leur terre natale, la Martinique et la Guadeloupe. Je veux parler du déversement de dizaines de milliers de tonnes de pesticides pendant près de trente années sur les terres plantées en banane de nos deux îles. Pesticides qui ont pour noms : DDT, HCH (Hexaclorocyclohexane), Mirex (ou Perchlordécone), Dieldrine et surtout Chlordécone. Tout particulièrement ce dernier puisque son taux de rémanence est évalué à 60 ans.

Aujourd’hui, malgré le tam-tam de la Star Académie, du carnaval, des élections présidentielles et législatives, sans compter les éternels matches de l’équipe de France, il nous faut regarder la vérité en face : nous avons été bel et bien empoisonnés. Pourquoi le nombre de cancers en Martinique est-il passé en 10 ans de 250 cas par an (19997) à plus de 1.000 en 2007 ? Quel est le pays du monde qui a le taux de cancer de la prostate le plus élevé après les Etats-Unis ?<p>  Lire Plus

A propos d’un propos pseudo-philosophique

 —Par Raphaël Confiant, Ecrivain et créoliste —

 creolesDepuis que la controverse autour du projet « Humanités créoles » mis en œuvre par Bernard Alaric et quelques-uns de ses collègues inspecteurs de l’Education Nationale, projet contesté par le Ministère et qualifié de « communautariste », a pris de l’ampleur (débats télévisés, articles de presse etc…), on voit fleurir ici et là des contributions pour le moins curieuses. La plus hilarante est celle d’un collègue de B. Alaric qui se fend d’un long texte ressemblant à la dissertation d’un élève besogneux, bourrée de citations ou de références à des auteurs/des ouvrages prestigieux. Ce texte est pompeusement intitulé « A propos des humanités créoles et d’un problème plus général » et l’auteur, d’entrée de jeu, se pose « en tant que philosophe ». Il signe d’ailleurs son propos : « docteur en philosophie ». S’agit-il d’une naïveté ou d’un désir d’en imposer au vulgum peccus ? Les deux sans doute car chacun sait qu’il y a un monde entre un « philosophe » et un « professeur ou docteur en philosophie ». De même qu’il y a un monde entre un docteur en littérature et un écrivain, entre un professeur de mathématiques et un mathématicien.<p>  Lire Plus

 1960 – 1980 : Voilà les réalisations des 20 Glorieuses

— Yan Monplaisir —

Il est dommage que les partisans de la majorité de l’époque se contentent de courber l’échine face aux accusations de ceux qui ont échoué partout. Cependant, un simple clic sur l’IA pourrait leur permettre d’avoir un comportement moins honteux face à ces fausses allégations.

Contrairement au récit nationaliste qui ne retient de cette période que la « répression coloniale », ces deux décennies ont transformé la vie quotidienne des Martiniquais bien plus que ne l’avait fait l’abolition de l’esclavage en son temps, ou l’avènement du département.

Ne revenons pas sur l’escroquerie de la prétendue baisse de la population pendant ces 20 ans. En réalité, celle-ci a augmenté de plus de 55 000 habitants de 1962 à 1982 : les activités dans les campagnes et à Fort-de-France étaient foisonnantes.

Voilà en 10 points un aperçu des progrès et réalisations répertoriés dans dix domaines clés pendant la période de 1960 à 2090 :

Éducation et formation :
Création du Lycée Frantz Fanon,
Réservation des lycées pour les élèves du secondaire (seconde, 1ère, Terminale),
Une dizaine de collèges supplémentaires,
Des lycées professionnels,
Université des Antilles et de la Guyane (UAG),
l’AFPA,
Le Service militaire adapté (SMA).<p>  Lire Plus

Qui Sommes-Nous Devenus ?

Si la victoire idéologique de l’assimilation s’avère désormais incontestable , mais alors quid de la pertinence du concept en gestation de créolisation qui devrait changer la donne pour la nouvelle génération des Antilles ?

— Par Jean-Marie Nol —

Longtemps, le combat identitaire aux Antilles françaises s’est présenté comme une résistance à l’assimilation. Il s’agissait de préserver une mémoire, une culture, une langue, une manière d’être au monde face à la puissance uniformisatrice du modèle républicain français. Depuis la départementalisation de 1946, la Guadeloupe et la Martinique ont été intégrées à la République dans une logique d’égalité juridique et sociale qui, pendant plusieurs décennies, a profondément transformé les sociétés antillaises. L’accès aux services publics, à l’éducation, à la consommation de masse et à la mobilité sociale a produit une élévation du niveau de vie, mais aussi une mutation silencieuse des imaginaires. Car derrière l’égalité promise, l’assimilation culturelle a progressivement imposé ses normes, ses références et ses modèles de réussite. Aujourd’hui, force est de constater que cette assimilation a largement gagné la bataille des modes de vie, même si elle n’a jamais totalement effacé le besoin de reconnaissance identitaire.<p>  Lire Plus

Le marché de la traduction créole en Haïti : repères historiques et méthodologiques

— Par Robert Berrouët-Oriol (*) —

Montréal, le 21 mars 2026

De toute évidence, il existe un rapport de complémentarité entre connaissances préexistantes et acquisition de connaissances nouvelles à partir de sources extérieures au texte : mieux le traducteur connaît le sujet, moins il a besoin de faire appel à des sources extérieures. Néanmoins, dès que la traduction devient un tant soit peu technique, le recours à des sources extérieures d’information complémentaire est extrêmement fréquent, même quand le traducteur travaille dans sa spécialité. C’est pourquoi on peut considérer l’acquisition de connaissances extérieures (« recherche documentaire » ou « recherche terminologique ») comme partie intégrante du processus de traduction. (« Les outils documentaires du traducteur », par Daniel Gile, Palimpseste, revue de traduction, numéro 8, 1994)

La traduction vers le créole haïtien s’apparente souventes fois au parcours du combattant traversant les yeux fermés le champ miné des bonnes intentions. L’idée selon laquelle un locuteur ne commet pas de « fautes » grammaticales ou orthographiques en créole est répandue chez nombre de sujets parlants bilingues créole-français. Il est tout aussi avéré que depuis nombre d’années des locuteurs dépourvus de la moindre formation académique en traduction s’improvisent « traducteurs » vers le créole : ils se déclarent « compétents » du seul fait qu’ils sont de langue maternelle créole… Une telle autoproclamation, verbalisée comme un indéboulonnable axiome, exprime et alimente l’amateurisme qui est l’une des caractéristiques du marché de la traduction créole en Haïti.<p>  Lire Plus

L’apport du traductologue Job Silvert…

… à la modélisation des concepts et du vocabulaire de la traduction en créole haïtien

— Par Robert Berrouët-Oriol —

Le 30 novembre 2025, la créolistique a enregistré un événement majeur : le linguiste-traductologue Job Silvert a soutenu en créole, en Haïti, sa thèse de doctorat intitulée « Tradiktoloji kreyòl ayisyen an kòm lang sib : etid sou fondman teyorik travay tradiktè yo pou yon didaktik tradiksyon kreyòl ayisyen an, soti 2015 rive 2025 ». Cette première thèse de doctorat en créole haïtien fournit aux champs liés de la linguistique appliquée, de la traductologie, de la traduction et de la didactique du créole des instruments théoriques, méthodologiques et opérationnels inédits. Le travail de recherche doctoral de Job Silvert paraîtra bientôt aux Éditions Zémès, à Port-au-Prince, et aux Éditions du Cidihca, à Montréal. Dans l’article que nous avons publié en Haïti peu de temps après la soutenance de la thèse de Job Silvert, nous avons identifié et présenté les différentes séquences de sa recherche doctorale (voir « Haïti / À propos de la thèse de doctorat de Job Silvert en traductologie créole : les 10 pièces au dossier », par Robert Berrouët-Oriol, AlterPresse, 10 décembre 2025).<p>  Lire Plus

« Habiter, Vivre, Exister », de Marie-Hélène Léotin

« La Martinique, entre identité et mémoire »

Pour une histoire du dedans

Un livre d’histoire de Marie-Hélène Léotin, Le Teneur, K.Editions, 2025, 264 pages.

Cet ouvrage est le fruit d’un travail de recherche présentant le monde de l’habitation en Martinique, de la naissance avec les débuts de la colonisation au XVIIe siècle, à l’effondrement au cours des années 1960. Trois siècles d’histoire de la Martinique marqués par son destin d’ « isle à sucre », par la domination d’une plantocratie blanche, les maîtres d’habitation, par le règne sans partage de l’Usine des années 1860 aux années 1960 (grandeur et misère du Siècle de l’Usine).

Une société, la société d’habitation, qui est née et a grandi dans une violence extrême régie par le Code Noir. Après l’abolition de l’esclavage, un autre combat s’ouvrait sur les habitations : celui des masses ouvrières et paysannes, des travailleurs immigrés, pour des salaires décents et des conditions de vie humaines.

Quels schémas, quelles représentations mentales, quelles représentations culturelles et idéologiques ont traversé la société martiniquaise ?

Il existe une corrélation entre l’effondrement du monde de l’habitation et la quête d’une identité chez le peuple martiniquais, à partir des années 1960.<p>  Lire Plus

L’éphéméride du 9 février

Répression anti-ouvrière sanglante le 9 février 1923

Le drame de Bassignac en 1923

— Par André-Marc Belvon —

En 1923, la Martinique venait d’entrer dans un nouveau cycle de la violence. La répression anti-ouvrière se faisait sanglante. C’est dans ce contexte que le vendredi 9 février 1923, une « grève marchante » d’ouvriers agricoles du Nord-Atlantique qui se rendaient à l’habitation Bassignac à Trinité, était brutalement réprimée par des gendarmes.

«La grève des meurt-defaim ». Le député-maire de Fort-de-France Victor Sévère, chef de file des radicaux, parti regroupant surtout la petite bourgeoisie foyalaise, résumait en quelques mots ce qui constituait le fond et la forme de la grève sanglante du NordAtlantique en 1923, marquée par la fusillade de Bassignac, à Trinité.

Les 10 morts tombés sous les balles des gendarmes lors de la grève de février 1900 au François sont encore dans tous les esprits. Mais la misère des populations rurales qui forment la masse des travailleurs agricoles et des usines est restée la même. Les principales revendications n’ont pas changé : la revalorisation des salaires face à un coût de la vie élevé, notamment des prix des denrées alimentaires de base, et l’amélioration des conditions de travail dans les usines et dans les champs.<p>  Lire Plus

Le système s’effondre, la Martinique est à terre

— Les Contrechroniques d’Yves-Léopold Monthieux —

Fort-de-France, le 22 novembre 2025 

En cette fin d’année noire (annus horribilis) : politique, économique, environnementale, sociétale, morale, insécure, et quasi existentielle d’une Martinique qui est devenue comme folle, avec un peuple qui semble tout autant avoir perdu la tête, la gravité du moment exige de ne pas s’arrêter aux personnes mais de se préoccuper de l’effondrement du système totalitaire qui les a emportés, et qui a mis à terre la Martinique. Dans aucun des domaines susvisés, la situation n’est circonstancielle. En tout, il s’agit d’un résultat. Le résultat d’un système tout-puissant et arrogant, d’abord municipal, qui fête de la plus mauvaise des manières son 80ème anniversaire de présence à la tête de la ville de Fort-de-France ; lequel système s’est étendu, en son cœur, à la collectivité territoriale de Martinique CTM et, par capillarité à toutes ses satellites. Toutes ! Le résultat d’une politique dont les prémisses sont contenues dans la chronique republiée ci-dessous, datée de 2012, mais qui pourrait avoir été écrite 20 ou 30 ans plus tôt.

La citadelle foyalaise ou le mythe césairien de la capitale assiégée

Fort-de-France, le 21 juillet 20121 .<p>  Lire Plus

Aimé Césaire, un homme qui crie -Poèmes sur sept décennies

Traduction et choix des poèmes par Klaus LAABS

(Editions 2025 chez Matthes et Seitz (Berlin, Allemagne) Spécialistes de l’Afrique et des Caraïbes

Par Fernand Tiburce Fortuné —

Ce n’est pas la première traduction des poèmes d’Aimé Césaire en langue allemande. On en trouve déjà une en 1962, éditée à FRANKFURT et dont le titre n’est guère éloigné du titre originel : « Zurück ins Land der Geburt ». Alors que M. LAABS préfère « Notes, mémos, mémoires sur un retour au Pays ».

Klaus LAABS, né en 1953 à Berlin, est un traducteur littéraire, en particulier des œuvres de la littérature hispanoaméricaine, française et francophone des Caraïbes et d’Afrique. Parmi les auteurs traduits par lui figurent notamment José Lezama Lima, Reinaldo Arenas, Zoé Valdes, Alejandra Pizarnik et Daniel Maximin (de la Guadeloupe)

La couverture représente Césaire par Pablo Picasso.

Voici ce que l’on peut lire dans la présentation allemande :

« Cette édition la plus complète en langue allemande de l’œuvre lyrique d’Aimé Césaire témoigne de son long combat contre le colonialisme et le racisme et doit son incomparable richesse d’images et de langage au retour culturel à l’identité « noire ».<p>  Lire Plus

Je klere sou leksikografi kreyòl 1958-2024 :

… istwa li, metòd li, leksik ak diksyonè li chapante, wòl yo lan amenajman lenguistik ann Ayiti

 — Par Robert Berrouët-Oriol (*) —

KEPKAA

Komite entènasyonal pou pwomosyon kreyòl ak alfabétisasyon

SELEBRASYON MWA LANG AK KILTI KREYÒL, OKTÒB 2025

Onè respè pou Pradel Pompilus,
pyonye leksikografi kreyòl ann Ayiti,
otè premye « Lexique créole-français » (Université de Paris, 1958).
Onè respè pou Pierre Vernet,

fondatè Fakilte Lengwistik Aplike nan Inivèsite Leta d Ayiti,
premye lengwis ki plede pou kreyòl ak fransè mache ansanm.
Onè respè pou André Vilaire Chery,
otè « Dictionnaire de l’évolution du vocabulaire français en Haïti »
(tòm 1 ak tòm 2, Edisyon Édutex, 2000 ak 2002).

Onè respè pou Albert Valdman, depi plis pase 50 lane li bay lang kreyòl la
plizyè diksyonè ki kanpe sou fondas natal metodoloji leksikografi pwofesyonèl la.

OKTÒB 2025, MWA LANG AK KILTI KREYÒL

Tit atik la : « Leksikografi kreyòl 1958-2024 : istwa li, metòd li, leksik ak diksyonè li chapante, wòl yo lan amenajman lenguistik ann Ayiti »

Ak atik sa a mwen pral fè nou voyaje andedan istwa leksikografi kreyòl la, sòti nan premye leksik Pradel Pompilus te pibliye an 1958 —« Lexique français-créole », Éditions de la Sorbonne, Paris, 1958–, jouk nou rive lan « Dictionnaire de droit du travail » avoka Philippe Volmar pibliye ann Ayiti (Éditions Charesso, Port-au-Prince, 2024) ».<p>  Lire Plus