Tag Archive for Simon Delétang

À Bussang, la nécessaire transgression de « Suzy Storck »

Théâtre du Peuple de Bussang jusqu’au 7 septembre 2019,

— par Janine Bailly —

De Magali Mougel : « Suzy Storck » et  «Lichen »

De tous les spectacles vus cet été, il me restera indélébile, comme un souvenir stupéfait, les images, la colère et les mots de « Suzy Storck », une pièce écrite par Magali Mougel, jeune dramaturge rentrée au bercail après diverses pérégrinations. Bien lui en prit puisque Simon Delétang a choisi de la mettre en lumière, aux côtés de Calderón de la Barca, renouant par-delà le temps avec la « tradition Pottecher », qui voulait voir chaque année en ce théâtre une production dramatique du cru. Mais non content d’assumer la mise en scène, le directeur du Théâtre du Peuple a décidé d’être présent sur le plateau, aux côtés de ses trois acteurs incarnant Suzy, sa mère et son mari, pour y tenir à lui seul le rôle du chœur. Grave et noir choryphée de lui-même, et sans émotion apparente mais adoptant le ton, la posture et le costume sombres de la tragédie, il commente les faits, guide notre appréhension et notre compréhension de l’histoire.

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Le Théâtre du Peuple, entre obéissance et transgression

« La vie est un rêve », de Pedro Calderón de la Barca

— par Janine Bailly —

Au bourg de Bussang, quand je sirote mon café matinal au seul petit bar du coin, qu’à l’heure de l’apéritif je me mêle incognito aux buveurs du soir pour un vin d’Alsace obligé, je m’émerveille d’entendre parler théâtre, de trouver là ornant le mur un portrait au fusain d’Antonin Artaud ; d’apprendre qu’il fut autrefois dessiné par cette jeune femme au comptoir : entre douceur et autorité, elle règne autant sur les « natifs » du lieu que sur les « étrangers », amateurs de théâtre venus de nombreux « ailleurs » rejoindre la population locale dans sa ferveur inchangée pour la scène. Car telle est la magie de Bussang, qui vit naître et croître et perdurer le Théâtre du Peuple, qui sur des gradins de bois assez peu confortables si l’on ne s’est pas muni du traditionnel coussin de l’année, réunit des publics issus d’horizons divers, réalisant cette belle utopie d’un « théâtre pour tous ».

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À Bussang « Les Molière de Vitez », version Gwenaël Morin

— par Janine Bailly —

En 1978, au Festival d’Avignon, Antoine Vitez créait l’événement en présentant, au Cloître des Carmes, quatre parmi les pièces majeures de Molière, quatre qui ont pour point commun de saisir les personnages à un moment crucial de leur vie, quand tout s’exacerbe et mène à un dénouement inévitable : L’École des Femmes, où se décide le destin de la jeune Agnès ; Tartuffe ou l’Imposteur, où se joue l’avenir de toute une famille ; Dom Juan ou le Festin de Pierre, à l’heure où le héros iconoclaste et libre doit faire le choix de rentrer ou non dans le rang, et Le Misanthrope ou l’Atrabilaire amoureux, qui pareillement est placé et place l’autre dans une cruelle alternative.

De cette expérience, qui consistait à faire jouer les quatre pièces par les mêmes jeunes acteurs, dans un décor unique mais en costumes d’époque, le metteur en scène Gwenaël Morin, directeur du Théâtre du Point du Jour, garde l’idée d’une seule troupe pétillante de jeunesse puisqu’il met sur scène, pour interpréter dans leur ordre chronologique d’écriture « Les Molière de Vitez », dix comédiennes et comédiens pris dans la même promotion du Conservatoire Régional d’Art Dramatique de Lyon.

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Les Impromptus de treize heures au théâtre de Bussang

— par Janine Bailly —

L’impromptu est un genre théâtral qui se doit d’être spontané et éphémère. L’impromptu est aussi quelque chose que l’on fait « sur le champ, sans préméditation ». Est-ce le hasard seul qui a voulu que se nomment « Impromptus » les manifestations courtes offertes à treize heures, au jour le jour, dont on ne connaît pas par avance le programme et qui se donnent sur le podium à l’ombre des arbres, ou dans la petite salle nommée Salle Camille (en souvenir de l’épouse de Maurice Pottecher créateur du lieu) ? Ou faut-il y voir une connivence avec la troupe de Gwenaël Morin venue de Lyon nous donner Les Molière de Vitez ? On sait aussi de Molière L’impromptu de Versailles, petite comédie qu’il écrivit à la demande pressante du roi, Molière qui dans Les Précieuses Ridicules fait dire à Cathos que « L’impromptu est justement la pierre de touche de l’esprit ». Des Impromptus proposés au début de ce mois d’août, je n’ai pu voir hélas qu’un seul film et assister à une seule rencontre.

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Au Théâtre du Peuple, les méandres de Wajdi Mouawad

— Par Janine Bailly —

Wajdi Mouawad, artiste libano-canadien aujourd’hui à la tête du Théâtre de la Colline à Paris, a donné à voir dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes, en 2009 au Festival d’Avignon, les trois premières pièces de sa tétralogie : Littoral (l’eau), Incendies (le feu), Forêts (l’air et la terre). Trois tragédies pour parler de la guerre et de l’exil, de la quête de soi et de ses racines. Du quatrième opus, représenté la même année au Parc des Expositions, le dramaturge dira qu’il vient contredire le propos, Ciels étant « une chose différente… quelque chose qui pourrait affirmer que le passé et les origines ne sont pas nécessaires pour avancer dans la vie ».

En cet été 2018, c’est Littoral que, metteur en scène et comédien, Simon Delétang a élu pour subir son baptême du feu en tant que nouveau directeur du Théâtre du Peuple de Bussang. Au cours de l’année, et pour respecter la tradition, des stages de formation ont permis à douze comédiens amateurs de se préparer à rejoindre six de leurs confrères professionnels, et bien malin qui saurait dire au vu du spectacle qui appartient à l’un ou l’autre groupe !

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Le bel et le vivace été, au Théâtre du Peuple de Bussang

— par Janine Bailly —

Bussang : un bourg paisible ancré tout au bout de la vallée de la Moselle, au cœur du Massif Vosgien. Bussang qui, comme la Belle au Bois Dormant, sommeille mais tout soudain se réveille quand revient avec l’été son beau Prince, charmant et fidèle, le Théâtre.

Le bâtiment lui-même où se donnent les spectacles, souvent comparé à une nef inversée, résiste depuis plus de cent vingt ans à toutes les intempéries, celles du temps, du froid et de la neige, celles des deux guerres mondiales qu’il a vaillamment traversées, celles aussi de controverses quant à sa destination et à ses programmations. Construite à la fin du dix-neuvième siècle par les gens du village, à l’instigation de Maurice Pottecher, enfant du pays revenu de Paris où il n’avait pu concrétiser ses rêves, la structure s’est érigée peu à peu, faite du bois de la forêt proche et selon le savoir-faire des artisans du lieu. À l’origine simple scène de plein air, ouverte après que les villageois eurent prouvé leur désir de théâtre en venant en foule assister à une représentation de Molière donnée sur la place, aujourd’hui véritable salle couverte, le Théâtre du Peuple racheté par l’État et classé Monument Historique depuis 1976 garde, il faut bien le dire, un petit air kitch et désuet, qui sans nul doute ajoute à son attrait.

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