Étiquette : production locale

Que produisons-nous vraiment de ce que nous mangeons ?

— Par Rodolf Étienne

Après la terre, les agriculteurs, viennent l’assiette et le consommateur.

C’est là que la question de la souveraineté alimentaire devient concrète.

La Martinique parle beaucoup d’autonomie, mais elle continue d’importer des volumes considérables de denrées qui pourraient, au moins pour partie, être produites localement.

L’enjeu, à ce stade, n’est pas de savoir si l’île peut devenir totalement autonome — elle ne le sera probablement jamais — mais de savoir sur quels produits elle peut réduire sensiblement sa dépendance dans les dix prochaines années.

Les chiffres donnent immédiatement la mesure du problème. En 2024, la Martinique a importé 17 341 tonnes de légumes et tubercules frais, soit 3 % de plus qu’en 2023. Parmi ces importations figuraient 4 369 tonnes de pommes de terre, 4 224 tonnes d’oignons, 2 185 tonnes de carottes et 1 562 tonnes de tomates. Les importations de fruits frais, secs et séchés atteignaient quant à elles 11 732 tonnes.

Ces volumes ne signifient pas que tous ces produits peuvent être remplacés intégralement par une production locale. Certaines cultures sont mal adaptées au climat, d’autres répondent à des habitudes de consommation ou à des calendriers saisonniers précis.  Lire Plus

Nous perdons les hommes… et les terres

— Par Rodolf Étienne

À l’orée d’octobre 2026, l’agriculture martiniquaise se trouve au cœur d’un paradoxe.

Rarement les mots de souveraineté alimentaire, de production locale, de circuits courts et de reconquête foncière auront été aussi présents dans le débat agricole.

Pourtant, la structure agricole reste fragilisée par la diminution du nombre d’exploitations, le vieillissement des responsables d’exploitation, le recul historique des surfaces cultivées et la difficulté à assurer la relève.

Le dernier recensement agricole exhaustif montre qu’en 2020 la Martinique comptait environ 2 679 exploitations agricoles, soit près de 19 % de moins qu’en 2010. La taille moyenne des exploitations, elle, augmentait légèrement, signe d’une concentration progressive de l’activité.

Surtout, plus de la moitié des exploitations étaient dirigées par au moins un exploitant âgé de 55 ans ou plus. Pour les exploitations dont le chef ou le plus âgé des exploitants dépassait 60 ans, la question de la succession se posait déjà avec acuité : sur 833 exploitations concernées, seules 235 déclaraient une reprise identifiée par un coexploitant, un membre de la famille ou un tiers.

Ce vieillissement n’est pas une donnée abstraite.  Lire Plus

Le paradoxe martiniquais ou l’île qui gaspillait ses deniers publics

– Par Rodolf Etienne

Certaines régions attirent les habitants, produisent, innovent, exportent et maintiennent un chômage relativement faible. D’autres accumulent vieillissement, pauvreté, dépendance, perte de population et faiblesse de l’investissement. 

La Martinique n’est pas, chiffres en main, le « dernier de la classe » républicaine. Mais son cas est peut-être plus dérangeant encore. Possédant davantage d’atouts que plusieurs autres régions ou territoires, elle se voit tout de même largement dépassé.

La France, dans son large ensemble, n’avance pas à la même vitesse.

Il faut tout d’abord faire taire une idée simple. Non, la région française économiquement la plus mal en point n’est pas systématiquement la Martinique. La Guyane affiche un chômage de 19,3 % au premier trimestre 2026. La Réunion est à 19 %, la Guadeloupe à 15,2 %, contre 13,5 % en Martinique. Sur la pauvreté, les dernières données régionales comparables placent également la Guyane, La Réunion et la Guadeloupe derrière la Martinique. Mais cette lecture brute aurait le désavantage de masquer quelque chose de bien plus grave. La Martinique n’est peut-être pas le territoire français le plus pauvre. Mais, elle pourrait être l’un de ceux qui gaspillent le plus spectaculairement son potentiel.  Lire Plus