Étiquette : patrimoine martiniquais

Cyparis ou comment survivre à la montagne Pelée ?

— Par Rodolf Étienne

Le 8 mai 1902, Saint-Pierre disparaît sous une nuée ardente.
Parmi les rares habitants qui échappent à la catastrophe figure un homme enfermé dans un cachot : Louis-Auguste Cyparis.
Sauvé par les murs de sa prison, il devient bientôt une célébrité internationale. Son histoire, pourtant, ne se résume ni à un miracle ni à une curiosité volcanologique.
Elle raconte aussi la condition d’un Martiniquais noir dans la société coloniale, le commerce des corps meurtris et la fabrication d’une légende dont l’homme véritable finit par s’effacer.

Saint-Pierre, 8 mai 1902 – la ville qui disparaît

Au matin du 8 mai 1902, jour de l’Ascension, Saint-Pierre est encore l’une des principales villes de la Martinique. Ancienne capitale économique de l’île, la cité possède ses maisons de commerce, ses établissements religieux, son théâtre, ses quartiers populaires et un port actif. Depuis plusieurs semaines, la montagne Pelée manifeste une activité inquiétante. Des émissions de cendres, des explosions et des phénomènes volcaniques préoccupent une partie de la population. Le 5 mai, une coulée de boue a déjà provoqué une catastrophe à l’usine Guérin, près de Saint-Pierre.

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Maryvonne Joseph : Sable-Peinture et Mémoire-Transmission

par Rodolf Etienne

À 82 ans, Maryvonne Joseph poursuit une aventure artistique entamée de manière singulière. L’artiste transforme les sables de Martinique en paysages, scènes de vie et fragments de mémoire.

Près de 200 nuances naturelles composent aujourd’hui une palette qui ne ressemble à aucune autre. Du 6 au 13 octobre 2026, une exposition lui est consacrée au Centre culturel de Rivière-Salée. L’occasion de regarder autrement une œuvre située à la frontière de la peinture, de l’artisanat d’art et du patrimoine.

Il faudrait imaginer que tout commence par un simple geste : prendre une poignée de sable en main et y voir autre chose qu’une matière déposée par la mer, le vent ou l’érosion. Y voir une couleur, puis une autre, puis encore une autre et ainsi de suite, jusqu’à constituer une palette de près de 200 nuances naturelles. Depuis plus de cinquante ans, Maryvonne Joseph fait précisément cela. Elle recueille, choisit, ordonne et travaille les sables de Martinique pour les faire entrer dans l’espace, le cadre du tableau. La Ville de Rivière-Salée, sa ville, la présente aujourd’hui comme une « figure emblématique de l’artisanat d’art martiniquais ».  Lire Plus

Marie-Paule Désert : Kalinaga, de la tortue au palmier royal

— par Rodolf Étienne

Il y a déjà plus de treize ans, nous avions découvert Marie-Paule Désert, dite Kalinaga à l’occasion de son exposition Les Chemins de tresses, présentée en 2013 au Musée départemental d’Archéologie de Fort-de-France.

La palme y occupait une place centrale. Non pas simplement comme support, mais comme matière vivante, comme fragment de territoire, comme élément susceptible de porter une mémoire.

Treize ans plus tard, cette intuition demeure au cœur de son travail. Elle s’est même élargie, ramifiée, enrichie de nouvelles pratiques où se croisent création plastique, environnement, transmission, musique et patrimoine.

Chez Marie-Paule Désert, les frontières sont en effet peu étanches. La peinture rencontre le tressage ; le végétal devient support artistique ; la flûte des mornes rejoint le ti-bwa ; la calebasse et le chacha entrent dans un univers où l’objet n’est jamais complètement dissocié du geste qui permet de le produire.

Sa pratique semble ainsi partir d’un principe simple : créer avec ce que le territoire offre, mais aussi avec ce qu’il risque de perdre. La tortue marine occupe dans cette démarche une place singulière.  Lire Plus

Honoré Gaston Chosrova : La Martinique populaire

  • par Rodolf Etienne

Une toile dans une maison, un visage reconnu dans une exposition, une scène de rivière, une femme portant des poissons, une yole, un joueur de dominos. Honoré Gaston Chosrova appartient à cette catégorie de peintre restitueur de mémoire.

Originaire de Rivière-Pilote, Honoré Chosrova a consacré son œuvre à représenter la Martinique populaire, quotidienne, vécue. Pas celle des cartes postale, – quoique ! Une Martinique partout habitée, de gestes, d’habitudes, de femmes, de conversations, de loisirs, de métiers, de paysages et de mémoires ordinaires.

Chez Honoré Chosrova, le « peuple » n’est pas un décor, mais sujet même de la peinture.

Une œuvre comme Détente à la rivière, datée de 1993, montre combien son travail s’inscrit dans une volonté de mémoire de la vie martiniquaise. Le tableau plonge dans un univers de rivière, de femmes, de chemins, de conversations et de gestes familiers. Il y a là quelque chose de précieux qui nous est rendue. La peinture de Chosrova ne cherche pas d’abord à expliquer la Martinique. Elle cherche d’abord à la reconnaître, pour donner une dignité picturale à chacune des scènes que l’on pourrait croire trop ordinaires – trop ci ou trop ça – pour entrer dans l’histoire de l’art.  Lire Plus