— Par Selim Lander —
Les histoires se répètent. La crise de l’Aquarius, ce bateau chargé de migrants vers l’Europe qui ne parvenait pas à débarquer les passagers qu’il avait secourus en Méditerranée fait bien sûr écho à celle de l’Exodus rempli de 4500 juifs rescapés de la Shoah qui voulaient rallier la Palestine après la deuxième guerre mondiale, refoulé par les Anglais et qui finit par aborder … en Allemagne. En 2018 l’Aquarius, affrété par l’ONG SOS-Méditerranée, emportait plus de 600 migrants lorsqu’il s’est vu interdire par l’Italie, sa destination logique suivant le droit de la mer, d’entrer dans ses ports. Après une longue partie diplomatique où chacun se renvoyait la balle, l’Espagne puis la France ont fini par accepter de recueillir respectivement 230 et 180 migrants, l’Italie se chargeant du reste.
La pièce écrite et mise en scène par Lucie Nicolas raconte cette odyssée depuis le départ du bateau et les préparatifs de l’expédition jusqu’à la fin de son voyage en passant par le sauvetage des migrants en mer et les péripéties diplomatiques. C’est du bon théâtre documentaire qui ne saurait laisser personne indifférent, même s’il peut laisser certains spectateurs sur leur faim comme un peu trop manichéen.

Entre le 8 et le 17 juin 2018, avec 629 migrants a bord, par une mer agitée, l
Il faut avant tout saluer le travail d’adaptation du texte de Tania de Montaigne qui, non destiné à priori à la mise en scène comporte peu de dialogues. Si Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin, dans sa version originale a été couronné par le Prix Simone Veil en 2015 le texte de sa transposition théâtrale par Lucie Nicolas est lui lauréat de l’Aide à la Création d’ARTCENA, en catégorie dramaturgies plurielles. Et cela commence très fort. La comédienne lors de son entrée en scène salue le public, habituellement européen mais martiniquais ce soir là, et prend langue immédiatement avec lui en lui demandant de partager une traversée, celle d’une altérité stigmatisée. « Prenez une profonde inspiration, soufflez et suivez ma voix, rien que ma voix, désormais, vous êtes noir, un noir de l’Alabama dans les années 50. Désormais, vous êtes noir. Être noir, c’est être une zone d’infiltration, c’est comprendre minute après minute, heure après heure, que pour l’autre, vous n’êtes pas forcément un être humain mais vous n’êtes pas un animal non plus. Non, vous êtes autre chose, une chose indéfinissable et embarrassante, une question ouverte, un problème.
Noire