— RS n° 449 lundi 1er juin 2026 —
Il est quand même dans notre histoire, des constructions longues échappant à la volonté toute puissante du colonisateur. Les liens tissés avec l’Afrique sont de ceux-là. Non pas, justement, les liens malsains nés du rôle que le pouvoir français a fait jouer à nos aînés comme supplétifs de la colonisation en Afrique, mais ceux solidement forgés par en bas, à l’initiative des dominés. La rencontre de Césaire et de Senghor, les conférences des écrivains et artistes noirs à Paris puis à Rome, les solidarités entre les organisations d’étudiants antillais, guyanais, réunionnais, et africains, ayant heureusement prolongé ces rencontres. La résurrection de la yole ronde, la transformation de la « course des yoles » en institution annuelle incontournable, la lutte victorieuse pour l’inscription de la yole dans le patrimoine culturel immatériel de l’Humanité, sont d’abord le fruit d’initiatives nées en marge des institutions, même locales.
Entre le coup d’envoi césairien et le voyage plein de symboles et d’émotion pour amener la yole au pays de Senghor, il y a Frantz Fanon ambassadeur du GPRA en Afrique noire ; le festival mondial des arts nègres en Afrique ; les troupes sénégalaises au festival du Sermac à Fort-de-France ; les débats passionnés autour de la pensée de Cheikh Anta Diop et d’Alain Anselin, son disciple et continuateur martiniquais ; il y a les voyages entre les deux rivages de l’océan ; les festivals de cinéma ; les concerts de Kassav en Afrique ou l’épopée des Rico Jazz au pays ; la redécouverte du séjour forcé foyalais de Béhanzin, le roi résistant du Dahomey ; le souvenir du monsieur Médouze dans le roman « La rue case nègre » de Joseph Zobel, incarné par le charismatique Douta Check dans le film d’Euzhan Palcy.

—RS n° 439 lundi 23 mars 2026 —