📅Mardi 21 avril ⏰ 18h 📍 Salle Frantz Fanon Tropiques-Atrium
Sous les astres, la révolte des invisibles
— Par Hélène Lemoine—
Avec Soumsoum, la nuit des astres, Mahamat-Saleh Haroun poursuit le virage amorcé avec Lingui, les liens sacrés et signe une œuvre d’une grande tenue esthétique et morale, à la croisée du réalisme et d’un fantastique discret. Tourné dans les paysages grandioses du plateau de l’Ennedi, le film déploie un univers où la beauté minérale du désert dialogue avec les tensions sociales et spirituelles qui traversent les communautés tchadiennes.
Le récit s’attache à Kellou, adolescente marginalisée, marquée par une naissance entourée de croyances ambivalentes. Considérée comme porteuse de malheur, elle incarne la figure du bouc émissaire, rejetée par les siens dans un environnement dominé par la peur de la différence. Sa rencontre avec Aya, sage-femme elle aussi ostracisée, ouvre un espace de transmission et de résistance : entre ces deux femmes se tisse une solidarité profonde, fondée autant sur l’expérience de l’exclusion que sur une forme de savoir invisible.
En s’aventurant sur le terrain du merveilleux — non comme un effet spectaculaire, mais comme une extension du réel — Haroun enrichit son cinéma d’une dimension symbolique nouvelle. L’influence de Laurent Gaudé, coscénariste du film, se fait sentir dans cette manière d’entrelacer mythes, mémoire et présent. Les visions qui traversent Kellou, loin de relever d’un simple registre fantastique, deviennent un langage : celui des ancêtres, du deuil et de la mémoire collective.
Mais c’est avant tout dans sa portée féministe que le film s’impose avec force. En revisitant la figure de la « sorcière » — tour à tour stigmatisée et réappropriée —, Soumsoum, la nuit des astres interroge les mécanismes de domination patriarcale et les violences symboliques exercées sur les femmes. Il célèbre en creux leur capacité à se réinventer, à faire de ce qui les marginalise une source de puissance et d’émancipation. La « nuit des astres », rituel ancien évoqué dans le film, cristallise cette tension entre oppression et liberté : espace d’une sexualité affranchie des normes, elle devient le symbole d’un ordre ancien que le regard contemporain hésite à comprendre.
À travers cette fable lumineuse et mélancolique, Haroun propose une réflexion plus large sur l’exclusion, l’identité et la peur de l’autre. Le rejet de Kellou comme celui d’Aya révèle une société travaillée par l’entre-soi et la suspicion, où l’altérité — qu’elle soit sociale, géographique ou symbolique — devient une menace à conjurer.
D’une grande richesse visuelle et thématique, le film séduit par son atmosphère contemplative et son ambition. Si certaines inflexions de jeu ou de dialogue peuvent parfois atténuer son intensité émotionnelle, l’ensemble demeure une œuvre singulière, portée par une vision profondément humaniste. Entre enracinement culturel et ouverture au mythe, Soumsoum, la nuit des astres s’impose comme une étape marquante dans le parcours d’un cinéaste qui n’a jamais cessé d’explorer, avec exigence, les fractures et les espoirs de son pays.
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Dans un village isolé du Tchad, Kellou est traversée par des visions qu’elle ne comprend pas. Grâce à sa rencontre avec Aya, une exilée aux secrets douloureux, elle va découvrir une autre façon de regarder son passé, ses rêves et son village. Mais en prenant la défense d’Aya, que le chef du village tente de chasser, elle se heurte à la peur et à la colère des habitants, et devra se battre pour garder sa liberté.
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