René Maran : le travail du déchirement et de la rectitude

Poster-Tabou

par Roland Sabra

Éditorial du 20 décembre 2007 

 Comme les nègres héroïques, dépenaillés, mains nues qui montaient à l’assaut des troupes pas encore impériales mais déjà impérialistes de Bonaparte à Vertières en chantant La Marseillaise ou La Carmagnole, René Maran était intimement persuadé que les valeurs de Liberté et d’Egalité appartenaient à  l’humanité entière et que ce n’était que hasard de l’histoire si celles-ci s’étaient manifestées avec force dans l’espace français. C’est à ces valeurs, qu’il posait comme universelles qu’il était attaché, bien plus qu’à la France, comme on se plait à le dire comme pour mieux marginaliser cet écrivain immense et dérangeant, inspirateur et précurseur de la Négritude comme le reconnait Senghor. Dérangeant et inclassable, c’est le moins que l’on puisse dire, fonctionnaire colonial il dénoncera dans la préface de Batouala, “le pays qui lui a tout donné” et dont la civilisation repose  ” sur des cadavres” ( cf ci_contre). Il n’aura de cesse de condamner l’écart entre les idéaux républicains et la pratique gouvernementale.  Et c’est ce que Senghor appelle “L’humanisme noir de René Maran” qui lui fait  dénoncer  “l‘anthroponégrisme” d’enfermement de certains écrivains et penseurs noirs américains. Il faudrait avoir la mémoire courte et bien sélective pour ne pas voir l’actualité vivante de René Maran. Qu’on songe à certains propos “innommables”. Un dossier de cinq articles espère rafraîchir la mémoire des plus anciens et faire découvrir aux plus jeunes un immense écrivain et un grand poète.

On trouvera aussi un hommage au grand Oscar Niemeyer à l’occasion de ses cent ans, architecte atypique qui après avoir construit Brasilia et une multitude d’immeubles de par le monde, déclare sans ambages “la lutte des classes est plus importante que l’architecture”. Ce n’est pas une crise d’ego qui l’emportera et c’est bien rafraichissant que de le savoir.

Les arts vivants du spectacles n’en finissent pas de traverser une des plus graves crises de ces vingt dernières années. Les restrictions budgétaires menacent la survie de beaucoup de compagnies. Le déblocage de fonds auquel la Ministre de la Culture ( au fait comment s’appelle-telle?) est une “mesurette”, bienvenue mais insuffisante pour faire face à une situation dont les causes ne relèvent pas seulement de la sphère financière. Il s’agit ni plus ni moins que la place de la culture dans nos sociétés. L’article sur le “Off” d’Avignon illustre une des dimensions de ce questionnement. Et si la culture n’avait pour but que de lever toujours les mêmes interrogations dans les termes de l’époque où elles se formulent? Anouilh serait alors le contemporain de Molière! C’est ce que semble affirmer Michel Bouquet.

Iconoclaste pour iconoclaste serait-il injurieux ou simplement déplacé que d’évoquer les lettres de noblesse que semble avoir acquis ces vingt dernières années le rapp? Parents si vous n’avez pas d’idées de cadeaux, allez écouter de ce côté là ce qui se dit. Vos oreilles n’en reviendront pas.

Madinin’Art accueille Jean Durosier Desrivières qui a proposé sa collaboration sur des thèmes de sa prédilection. Il y est question de Baron Dimanche, guédés et autres loas. Que tous soient les bienvenus!

Je vous souhaite de Bonnes fêtes et une Bonne Année 2008. La prochaine Lettre est programmée pour le 03 janvier 2008.

R.S.