Rencontre entre la littérature et la peinture : un expérience singulière

Par Patricia Lollia, artiste peintre

« De Saba au crépuscule d’O’maha  » est un polar écrit par Patricia Lépine et Errol Nuissier. Il est publié par les éditions « Jets d’encre »

En fait, il s’agit de la suite d’« Irma mon amour ».

Pour rappel du Tome 1, l’histoire se déroulait sur le fond du cataclysme cyclonique baptisé « Irma » qui avait ravagé l’île de Saint-Martin en 2017. Amélia, l’héroïne de cette histoire s’était retrouvée mêlée à un vol. Prise dans un tourbillon incontrôlable où tout l’accusait, la question était de savoir si elle allait pouvoir se disculper et repartir de l’île ?

Les auteurs m’avaient proposé de réaliser la première de couverture du premier tome. A l’époque, j’avais bien sûr accepté le projet sans trop savoir comment j’allais le mener à bien.

Il faut savoir que je n’avais pas lu le livre. J’ai dû travailler à partir des éléments donnés et donc choisis par les auteurs.

Tout le problème fût de traduire en peinture les quelques idées émises par Patricia et Errol.

Pour la petite histoire, pour le Tome 1 « Irma mon amour »,. j’avais réalisé deux œuvres. Spontanément, la sensibilité de Patricia l’orienta vers le tableau réalisé sur toile plastique. Mais elle précisa tout de suite que le deuxième tableau serait pour le Tome 2 .

Et voilà la belle affaire ! L’œuvre a précédé l’histoire. Peut-être l’a-t-elle inspirée ?

« AMELIA », c’est cette œuvre que j’ai réalisée à l’acrylique sur de l’OSB, un bois de récupération.

En arrière fond, j’ai représenté le déchaînement cyclonique avec le vent monstrueux, la mer démontée, les arbres arrachés, les maisons éventrées et les bateaux broyés C’est le déchaînement cyclonique mais c’est aussi la représentation de l’histoire tumultueuse d’Amélia partagée entre sa culture antillaise et européenne. Il s’agit d’une véritable autopsie du métissage caribéen.

Amélia est de nouveau transportée dans une affaire mêlant espionnage, corruption et en même temps histoire familiale compliquée.

La réalisation de la première de couverture n’est pas un acte anodin : c’est le premier acte de la narration.

Le déchaînement cyclonique n’est pas qu’une simple toile de fond météorologique. C’est la métaphore visuelle d’un mouvement chaotique qui se joue dans le cœur d’Amélia.
J’ai choisi de représenter ce tourbillon par un paysage en mouvement, des éclats de couleurs qui s’entrechoquent comme des éléments d’un monde qui se heurtent.

En arrière-plan, le souffle du cyclone évoque les larmes d’une vie intérieure fragmentée.

Le cyclone, c’est aussi le remue-ménage intérieur que l’on retrouve dans les sociétés caribéennes : un tumulte permanent où le passé et le présent s’entrechoquent, où le local et le global se superposent, se recomposent. En capturant ce chaos, il s’agit de montrer que l’intérieur d’Amélia reflète l’extérieur de nos îles : un paysage où le vent, la mer et le feu cohabitent, où chaque éclair de lumière révèle une fissure, où chaque mouvement porte la promesse d’une reconstruction. Amélia, femme forte et courageuse, saura trouver le chemin de la réconciliation intérieure.

La réalisation de la première de couverture est donc un élément crucial dans la présentation d’un ouvrage : c’est le premier regard que les lecteurs potentiels portent sur l’oeuvre. Elle peut donc influencer leur décision de lire ou non un livre. Elle doit donc attirer l’œil et donner envie au lecteur de s’intéresser à l’ouvrage. Sa composition doit être soigneusement pensée pour éveiller la curiosité et inciter à imaginer l’histoire.

L’œuvre de la première de couverture est maintenant achevée. Mais elle n’est pas nécessairement définitive. Elle va vivre sa propre vie. Elle vit déjà sa propre vie. Il me plaît d’ailleurs à dire que l’œuvre échappe à son créateur dès lors qu’elle est offerte au regard de l’autre : une œuvre s’en va et trouve vie dans un ailleurs…

Les polars de Patricia et Errol ne se contentent pas d’illustrer une intrigue. Elles proposent une lecture de la culture caribéenne où nos sociétés ne sont pas une simple addition d’individus mais une véritable alchimie, un processus constant de création, de destruction et de reconstruction.

Je tiens à remercier Patricia et Errol pour la confiance qui m’est faite à chaque fois et c’est toujours une collaboration des plus fructueuses.

Patricia Lollia, artiste peintre

Janvier 2026