Rencontre avec Léonora Miano prix Fémina 2013 pour “La saison de l’ombre”

Conversation littéraire avec l’auteure lundi 20 janvier 2014 à 18h30 Salle Frantz FANON de l’Atrium

leonora_mianoLe prix Femina 2013 a été décerné  à la Camerounaise Léonora Miano pour La saison de l’ombre (Grasset). Ce roman raconte l’esclavage, mais du point de vue de ceux qui ont dû vivre avec le traumatisme de voir les leurs arrachés à leur amour.

Le monde s’est effondré deux fois dans l’Afrique subsaharienne. Dans son récit pionnier Le Monde s’effondre, le grand romancier nigérian Chinua Achebe a raconté le délitement brutal de la société et de la pensée dans le pays ibo, à l’arrivée des colonisateurs britanniques au 19e siècle. Son roman donne à voir comment les doubles maux de la colonisation et la christianisation ont fait voler en éclats les équilibres des règles et des traditions millénaires, et ont bouleversé irrémédiablement l’existence des peuples. Marchant sur les pas de son illustre aîné, la Camerounaise francophone Léonora Miano remonte plus loin dans l’histoire de son continent pour raconter à son tour le premier grand bouleversement que fut l’esclavage transatlantique pour son peuple.

Une thématique obsessionnelle

Entre le XVe siècle et le XIXe siècle, la traite négrière a arraché au continent noir quelques onze à treize millions d’hommes et de femmes, vidant les pays et les tribus de leurs forces vives. Les Africains-Américains ont fait de cet arrachement primordial à leur terre ancestrale le sujet obsessionnel de leurs écrits et leurs chants. Quels échos subsiste-t-il de cette tragédie, en Afrique ? « Quelle mémoire avons-nous, en effet de la capture, s’interroge Miano ? Peut-on se souvenir de ces arrachements sans dire qui étaient ceux qui les ont vécus et comment ils voyaient le monde ? » Ces interrogations constituent le point de départ de La Saison de l’ombre, le nouveau roman sous la plume de la talentueuse romancière camerounaise.

Comme celle-ci le rappelle dans la postface de son roman, la question de la traite transatlantique l’obsède depuis longtemps. Léonora Miano avait déjà relaté ce drame dans son roman Les Aubes écarlates, abordant la question du point de vue des victimes du trafic négrier. « Le passé qui n’est pas expurgé se répète », disait-elle. A travers la tragédie de l’enfant-soldat, ce roman évoquait indirectement la violence de l’arrachement de l’esclave à sa terre natale et l’horreur de sa traversée de l’Atlantique enchaîné à fond de cale, le destin de l’un renvoyant grâce à une opération rhétorique (métonymie) au désespoir de l’autre. Avec La Saison de l’ombre, Miano entraîne son lecteur au cœur du passé précolonial, s’attachant cette fois à imaginer le drame de l’esclave à travers le désarroi de ses proches.

« Forfaiture » spirituelle

L’action de ce roman se déroule quelque part à l’intérieur des terres, dans l’Afrique centrale bantoue où les populations vivent repliées sur elles-mêmes, sur leurs mythologies, leurscroyances et leurs traditions. Nous sommes chez les Mulongo, un clan qui vient d’être frappé par un grand malheur. Leur village a été incendié, et, plus grave encore, dix jeunes initiés, avec leurs deux guides d’âge mûr, ont mystérieusement disparu !

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