PMA pour toutes : homophobie ou sexisme ?

— Par Jean Gabard —
Les sociétés évoluent et les lois doivent aussi évoluer pour en tenir compte. L’évolution peut cependant être positive ou négative. Changer de direction et même prendre la direction inverse, quand on croit s’être trompé, ne certifie pas aller forcément dans le bon sens. C’est ainsi que dans les débats sur l’ouverture de la PMA à toutes les femmes on peut parfois se demander où sont les réactionnaires, les conservateurs et les progressistes ?
Pendant des millénaires, la société patriarcale a imposé son idéologie autoritaire et sexiste. Comme toute différence, la différence des sexes gêne, en nous interrogeant sur notre identité. Qualifier la femme « d’homme incomplet » était la manière d’affirmer que l’homme représentait la norme et que le « défaut » de la femme constituait une différence qui ne devait pas exister. C’était ne pas reconnaître la différence du sexe féminin et tenir cette position est aujourd’hui insupportable et condamnée à juste titre pour sexisme.
Aujourd’hui, parce que la différence des sexes a été très mal gérée et a servi à inférioriser les femmes, on ne cherche toujours pas à la gérer autrement mais encore à la dénier. Seuls changent les motifs de la dénégation : Une réaction féministe ne cherche pas à faire de l’autre sexe une infériorité, ce serait trop incorrect aujourd’hui, mais trouve anormale la différence elle-même.
Alors que les Etudes de Genre ont permis et permettent encore de lutter efficacement contre les discriminations et les stéréotypes sexistes, elles ne veulent plus aujourd’hui montrer tout ce qui, dans les inégalités, relève de la construction sociale, mais que toute différence dans les comportements entre les hommes et les femmes, relève de la construction sociale et de la domination masculine. Ce postulat est même souvent pris pour une théorie scientifique alors que rien ne prouve qu’il est juste. Certes, même s’il n’y a aucune preuve scientifique, il faudrait être de mauvaise foi pour dénier que l’éducation contribue à façonner les identités d’homme et de femme. On sait cependant, et on en a aujourd’hui la preuve, que des différences biologiques influencent aussi nos comportements, nos motivations et donc aussi nos performances. De même, il faudrait être aussi de mauvaise foi pour dénier les différences de structuration du psychisme (indépendante de la culture) qui,
comme la construction sociale, ne peuvent être prouvées. En effet, si le fait de donner en cadeau à un enfant un camion ou une poupée peut avoir de l’influence sur ses comportements futurs, le fait de naître avec un corps de fille d’une personne du même sexe ou avec un corps d’homme d’une personne de l’autre sexe, n’en a-t-il pas au moins autant ?
Les différences femmes-hommes ne sont donc pas dues uniquement à une construction sociale sexiste et ne sont donc pas toutes injustes. Dire qu’il y a égalité (au lieu d’égalité en droits) femmes-hommes, petites filles-petits garçons, signifie ignorer, ne pas respecter la différence de l’autre sexe et l’on sait que le non-respect de la différence de l’autre est à l’origine du racisme, de la xénophobie, du sexisme, de l’homophobie et de la violence … Cette dénégation de la différence des sexes est grave. Elle nuit considérablement aux relations hommes-femmes et à l’éducation des enfants…
Aujourd’hui, parce qu’on dénie la différence entre un homme et une femme, entre un père et une mère, certains trouvent normal d’inscrire dans la loi l’inutilité du père, de l’homme, dans l’éducation d’un enfant. Cette institutionnalisation n’est pourtant rien d’autre qu’une mesure SEXISTE !
Lutter contre les inégalités créées injustement par la construction sociale et les stéréotypes sexistes sera toujours nécessaire, mais si nous voulons sortir de la crise d’adolescence et devenir adultes, il nous faut ne pas dénier les différences qui ont toujours existé et qui existeront toujours entre un petit garçon et une petite fille, entre l’homme et la femme. Contrairement à ce que font les sociétés patriarcales traditionnelles (en qualifiant d’inférieure la différence de la femme) et les Etudes de genre (en déniant la différence), il nous faut apprendre à bien connaître ces différences pour pouvoir mieux les gérer dans une société démocratique où l’égalité en droits doit être absolument respectée.

Jean GABARD
Auteur de : – « Materner ou éduquer – Refonder l’école », Les Editions de Paris.
– « Le féminisme et ses dérives – Rendre un père à l’enfant-roi » Les Editions de Paris.