— Tribune —
La proposition de loi sur l’exploration et l’exploitation pétrolière défendue par les députés guyanais ne contredit pas les accords internationaux sur le climat, c’est pourquoi nous appelons à la soutenir.
Le rejet en commission des affaires économiques de l’assemblée nationale de la proposition de loi sur l’exploitation du pétrole en Guyane a provoqué la colère des députés de la Guyane. Ce rejet a été ressenti comme une position dogmatique et méprisante, en dehors des réalités que vit la population guyanaise, avec 53 % de la population sous le seuil de pauvreté et un taux de chômage supérieur de 10 points à celui de la métropole.
L’accusation portée à leur encontre d’oublier les enjeux climatiques ne fait qu’aggraver ce ressentiment. Prétendre que l’exploitation pétrolière en Guyane serait contraire aux accords internationaux sur le climat et aux engagements de la France est faux. D’abord parce que les émissions de pétrole sont comptabilisées là où il est consommé, d’où qu’il vienne et que rien n’interdit la production de pétrole dans ces accords.
Ensuite, parce que la convention de Rio sur le climat a établi le principe de « responsabilités communes mais différenciées » entre les pays développés et les autres, le Nord et le Sud comme on dit, et donc de politiques différenciées. Cela signifie que les pays développés qui sont largement responsables de la situation actuelle doivent fournir les plus gros efforts afin de permettre aux autres de se développer, l’idée étant d’effectuer un maximum de transferts technologiques pour que ce développement soit le plus vertueux possible pour le climat. Or, la situation de la Guyane s’apparente par de nombreux côtés à un territoire du Sud, bien que celle-ci fasse partie de la France.
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Comment les Guyanais pourraient-ils accepter qu’on continue à leur interdire toute exploitation pétrolière, et même toute exploration de leur sous-sol, alors que les États-Unis sont devenus le premier pays pour nos importations de pétrole, et qu’on importe massivement du gaz de Norvège, des États-Unis, de Russie et d’Algérie, gaz de schiste pour ce qui concerne les États-Unis alors que cette technologie est interdite, à juste titre en France ? N’y a-t-il pas une certaine hypocrisie ?
Toute alternative aurait exigé une compensation égale à la perte de revenus correspondant.
Les scénarios du GIEC prévoient la réduction drastique de cette production, ce qui est déjà un défi, mais non son arrêt. Dans ces conditions, il est légitime que des peuples aspirent à bénéficier des ressources disponibles dans leur territoire. Par contre, il est inacceptable que les États-Unis, un des principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre, en émission cumulée par habitant, soient aussi devenus le premier producteur et exportateur d’hydrocarbures, tout en foulant aux pieds les accords internationaux. Il est là le véritable obstacle au progrès de la lutte pour l’atténuation du changement climatique.
Si la France doit donner encore davantage l’exemple, c’est en progressant vers une économie décarbonée sans régression sociale, grâce à un mix énergétique nucléaire/renouvelable et non en entamant un bras de fer honteux contre la population guyanaise. Ceux qui refusent cette politique s’achètent à bon compte une bonne conscience sur le dos de la Guyane.
La proposition de loi défendue par les députés guyanais va revenir en débat le 11 juin. Nous appelons à les soutenir, pour respecter le droit de la Guyane à la maîtrise de son développement.
Les signataires :
Marie-Claire Cailletaud, conseillère honoraire du CESE
Jean-Christophe Le Duigou, économiste et syndicaliste
Eric Le Lann, militant pour le climat
Tribune publiée initialement dans le journa l « L’Humanité » le 10/06/26
