Lettre à un raciste

— Par Gary Klang —
Salut raciste,
Tu me détestes parce que j’ai la peau noire, mais bizarrement, pour les grands jours, tu revêts un smoking noir. Va comprendre. Tu te crois supérieur aux autres parce que t’as la peau blanche, comme ce cinglé d’Hitler qui, soit dit en passant, était plus proche du méditerranéen que du Danois. Plus cinglé que ça tu meurs et il l’était tellement que dans sa haine il décida un jour sans crier gare d’éliminer tous les juifs de la terre. Et le pire dans cette affaire est qu’il n’a trouvé personne pour lui dire qu’il divaguait. A quoi pensaient donc les Germains ? Reprends-toi, Adolf. Reviens sur terre. Est-ce parce que les juifs se disent le peuple élu, et que tu penses que cet honneur te revient de droit ? Tu vois bien que nous nageons dans l’absurde, car il n’y a personne d’élu. Qui les aurait élus ? Sache qu’on se sent tellement mieux en accueillant l’autre, en lui ouvrant les bras, au lieu de le repousser. Tellement heureux en choisissant le bien au lieu du mal. Jamais ne comprendrai ton sale désir de nuire, méchant raciste, et à ce sujet j’ai écrit un poème que j’aimerais te faire lire :
AMI NE M’APPELLE PAS ÉTRANGER
Ni d’une île
Ni de la mer
Ni des fleuves
Comme toi
Poussière d’étoiles
Et nos ancêtres
Venus des terres d’ébène
Tu t’enfermes
Et me parles de frontières
D’immigrés
D’immigrants
D’étrangers
De sans-papiers
Que sais-je
Qui t’a légué la terre
Je vais
Je viens
Je passe
Arrachés du néant
Nous allons au pays de nulle part
Sans contour et sans nom
Ami
Approche
Tends-moi la main
Ne m’appelle plus étranger
Ce poème, dont je suis fier, a eu l’honneur d’être traduit en Russie, ce grand pays qui écrasa les troupes d’Adolf.
ГЭРИ КЛАНГ
НЕ НАЗЫВАЙ МЕНЯ ИНОСТРАНЦЕМ
Друг
Не называй меня иностранцем
Ни с острова
Ни из-за моря
Или реки
Так как и ты
Пыль звезд
И наши предки
Пришли с эбеновых земель
Ты закрываешься
И говоришь мне о границах
Иммигрантах
Переселенцах
Иностранцах
О нелегалах
Которых знаю я
Кто завещал эту землю тебе
Я иду
Я прихожу
Я прохожу
Вырываясь из ничто
Давай пойдём в страну никуда
Без очертаний и без имени
Друг
Подойди
Протяни мне руку
Не называй меня больше иностранцем
Versions in Russian of Evgenii M’Art – перевёл на русский Евгений М’Арт
Published in Literary Almanac « ИСТОКИ », №10, 2017-2018, Moscow
Pour conclure, je te citerai Paul Valéry qui a écrit cette phrase superbe :
La peau est ce qu’il y a de plus profond.
On ne saurait mieux dire.
Bien à toi, raciste de mes deux.
GARY KLANG, écrivain