Intégration régionale : la Martinique accède à la CARICOM

— Par Jean Samblé —

La Communauté des Caraïbes (CARICOM) est une organisation internationale régionale créée le 4 juillet 1973 par le traité de Chaguaramas, signé initialement par la Barbade, le Guyana, la Jamaïque et Trinité-et-Tobago. Elle regroupe aujourd’hui quinze États membres ainsi que plusieurs membres associés, parmi lesquels figurent des territoires non indépendants de la région. Cet ensemble, majoritairement anglophone, inclut également le Suriname, de langue néerlandaise, et Haïti, à la fois francophone et créolophone. Si plusieurs langues y sont reconnues, l’anglais demeure la langue de travail de l’organisation.

La CARICOM a pour ambition de renforcer les liens politiques, économiques et sociaux entre les pays de la Caraïbe. Elle s’appuie notamment sur la mise en œuvre d’un marché et d’une économie uniques, connus sous le nom de CSME (Caribbean Single Market and Economy), visant à faciliter la libre circulation des biens, des services, des capitaux et, dans une certaine mesure, des personnes. À travers ses principales instances décisionnelles — la Conférence des chefs de gouvernement et le Conseil des ministres — l’organisation élabore et coordonne des politiques communes dans des domaines aussi variés que le commerce, l’éducation, la santé, la sécurité ou encore la gestion des ressources naturelles.

C’est dans ce cadre régional structuré que la Martinique vient désormais prendre toute sa place. En effet, l’île est officiellement en mesure de siéger au sein de la CARICOM en tant que membre associé, à la suite de l’adoption, le 16 avril, par le Parlement français, du projet de loi approuvant l’accord relatif aux privilèges et immunités de l’organisation. Cet accord, signé le 20 février 2025 à la Barbade par Serge Letchimy, président du Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Martinique, et Mia Mottley, Première ministre de la Barbade, constitue le socle juridique indispensable à la participation effective du territoire aux activités de la Communauté.

L’approbation parlementaire vient clore un processus institutionnel rigoureux, engagé depuis plusieurs années et marqué par différentes étapes : validation par le Conseil d’État, adoption en Conseil des ministres, vote du Sénat puis examen par la commission compétente de l’Assemblée nationale. Elle consacre ainsi l’aboutissement d’une stratégie d’ouverture régionale amorcée depuis plus de soixante ans par les responsables martiniquais, soucieux d’inscrire durablement le territoire dans son environnement caribéen.

Cette adhésion permet désormais à la Martinique de participer aux travaux de la CARICOM, d’accéder à ses mécanismes de coopération et de prendre part, dans une certaine mesure, à ses instances de gouvernance. Elle ouvre des perspectives concrètes en matière de développement, en facilitant notamment les échanges économiques, les partenariats éducatifs et universitaires, les projets culturels ou encore les initiatives en faveur de la protection de l’environnement et de la gestion des risques naturels.

Au-delà des aspects institutionnels, cette avancée revêt également une forte portée symbolique. Elle traduit la reconnaissance de la Martinique comme un acteur à part entière de son espace régional et concrétise une aspiration ancienne portée par plusieurs générations de responsables politiques et d’intellectuels martiniquais. En accédant à ce statut, le territoire affirme sa volonté de dialoguer d’égal à égal avec ses voisins caribéens et de contribuer activement aux dynamiques collectives de la région.

Ainsi, l’entrée effective de la Martinique au sein de la CARICOM marque une étape décisive dans son histoire contemporaine. Elle ouvre un nouveau chapitre fondé sur la coopération, l’intégration régionale et la valorisation de son identité caribéenne, à l’heure où les enjeux communs — économiques, climatiques et sociaux — appellent plus que jamais des réponses concertées à l’échelle de la Caraïbe.