Coups de force permanents

Par Philippe Thureau-Dangin, ancien directeur de “Courrier international”, chercheur associé à l’Institut des relations internationales et stratégiques

 

Dans l’affaire Copé-Fillon, ce qui est fascinant va bien au-delà d’un combat des chefs où la haine est à nu. Cette lutte de pouvoir illustre surtout à merveille les nouvelles moeurs “démocratiques” que l’on voit à l’oeuvre un peu partout dans le monde. Expliquons-nous.

L’UMP, parti issu d’une longue tradition bonapartiste, a voulu, dit-on, organiser un moment démocratique : l’élection de son président au suffrage universel (militants et sympathisants).

UTILISATION DE L’APPAREIL ET DES FONDS DU PARTI

Et le résultat n’a pas déçu : mauvaise organisation, irrégularités, bourrage de quelques urnes, intimidations dans les fédérations, utilisation de l’appareil et des fonds du parti par l’un des candidats, etc.

Mieux, dans les jours qui ont suivi le vote, d’autres travers sont apparus : autoproclamation à répétition d’un candidat, omniprésence médiatique, manipulation des instances de régulation, etc.

Tout cela n’est pas très différent de ce que l’on voit à l’oeuvre, par exemple, en Egypte avec Mohamed Morsi (mise au pas de l’autorité judiciaire), avec Viktor Orban en Hongrie (refonte de la loi électorale à son profit), ou à gauche avec un Rafael Correa en Equateur (utilisation de la justice contre les médias), etc.

Tous ces dirigeants sont bien issus de scrutins “démocratiques” et disent accepter pleinement la démocratie, mais ils font tout pour la vider de son sens ou la détourner (ne parlons pas ici de Vladimir Poutine, l’exemple type).

Ces dévoiements ne touchent pas seulement des démocraties “nouvelles”, qu’elles soient issues des décolonisations, des dictatures latines ou de l’effondrement du bloc soviétique.

LE FEUILLETON DE L’UMP

Ils touchent aussi des pays comme l’Italie de Silvio Berlusconi, et nul doute que de semblables tentations s’exerçaient en France dans un passé tout récent…

Le passionnant feuilleton de l’UMP nous montre aussi cela, sans fard, car tout y est quasiment public. C’est un microcosme qui reflète, en petit, le macrocosme international.

LE MONDE | 29.11.2012
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