Catégorie : Politiques

A quand une autorité morale martiniquaise ?

— Contrechroniques d’Yves-Léopold Monthieux —

Après “Ile aux esclaves”, “Ile empoisonnée”, devrait-on terminer la trilogie par le label “Ile du Shatta” ? Alors que la société martiniquaise se délite à vive allure, son élite politique ne se retrouvant que sur les lieux et durant les jours de barnums populistes, il me vient en mémoire cet article publié par votre serviteur le 10 mai 2005, repris dans son ouvrage En finir avec les blessures de la peau (2023) et reproduit ci-dessous : “A quand une autorité morale martiniquaise ?” La future autonomie pourra-t-elle se passer d’une telle autorité ?

En effet, 20 ans plus tard, la question est plus que jamais d’actualité. Pire, elle s’est considérablement aggravée. On ne cesse toujours pas de constater l’absence de l’autorité aux endroits et à des moments où celle-ci est attendue. En revanche, sa présence inquiète en des lieux improbables, de profanations ou même au dehors du territoire martiniquais. Il se pourrait que la grâce d’une vierge négrifiée ou le bonheur d’une pythonisse du cru suffisent au redressement moral et spirituel dont la Martinique a besoin.  Lire Plus

La République des corrupteurs, des corrompus, des délateurs, des menteurs, des traîtres et des assassins!

Par Robert Lodimus

« Il a fallu des siècles pour rendre justice à l’humanité, pour sentir qu’il est horrible que le grand nombre semât et que le petit nombre recueillît. »

(Voltaire)

Il n’y a pas un seul gouvernement haïtien qui ait été épargné par les étiquettes qui font l’objet de cette réflexion plantureuse! D’ailleurs, L’État de 1804, au lendemain même de sa naissance s’est retrouvé coincé, prisonnier d’un  cul-de-sac sociopolitique et économique, qui annonçait l’échouage de la nouvelle cité. Une société construite sur des arpents d’insécurité publique, sur des acres d’injustice sociale ne peut  déboucher que sur l’anarchie politique. Pas dans le sens développé par le théoricien socialiste Pierre Joseph Proudhon qui vécut de 1809 à 1865.

Étymologiquement, le substantif « anarchie » vient du grec « anarkhia ». On y retrouve le terme « arkhê » qui signifie « pouvoir », « principe », « commandement »… En y ajoutant le préfixe « a », on obtient « absence de principe », « absence de chef ou d’autorité », « absence de gouvernement », etc. [1]

Dans son ouvrage « Qu’est-ce que la propriété privée?  Lire Plus

« Ou ka mandé an malad si i lé bouyon ? »

— Par Karl Paolo —

La grande majorité des commentateurs de l’actualité de notre pays, que ce soit dans les médias ayant pignons sur rue (Martinique la 1ère, RCI, …etc.) et dans la presse écrite, ici même, ont applaudi la tenue du Congrès des Elus du pays qui s’est déroulé le 8 octobre dernier. Au terme d’un ladja de paroles durant une journée, nos dirigeants actuels et futurs ont accouché d’une résolution en faveur de l’autonomie, assortie de la possibilité de faire des lois adaptées à notre situation de petit pays insulaire, situé dans les tropiques et non en Europe et bien entendu, et à ce que nous sommes.

Qui peut être contre le fait que les règles appliquées chez nous correspondent à nos réalités ? Personne, d’autant que cette demande n’a rien de nouveau : le 18 aout 1971, il y a donc 54 ans, se clôturait la convention du Morne-Rouge dont la déclaration finale portait sur le statut d’autonomie ainsi que les programmes à mener sur les plans économique, social et culturel.

Lors de la tenue du Congrès des Elus du 8 octobre dernier, un seul élu, Yan Monplaisir, maire de Saint-Joseph et conseiller à la collectivité territoriale de Martinique a eu le courage de faire connaitre publiquement son désaccord avec cette grand-messe, en présentant un argument d’une simplicité biblique : comment peut-on exiger plus de pouvoir local quand les compétences qui relèvent de nos collectivités sont si mal assumées que tout le monde s’en plaint (eau, transport, déchet, formation professionnelle, aménagement du territoire …etc.)  Lire Plus

La Grande Question, les Haïtiens sont-ils des idiots pour avoir maltraité leur élite intellectuelle?

Le cas de Jacques Roumain

Né parmi les rideaux de soie et les meubles lourds de Port-au-Prince, Jacques Roumain choisit la poussière, choisit le feu, choisit la lutte.
Fils d’une lignée fière — petit-fils de Tancrède Auguste, président d’Haïti pour un souffle d’histoire — Roumain refusa d’être un prince parmi les ruines.
Il devint l’annonciateur, le semeur d’orages. Poète, homme politique, marxiste avant que le mot ne trouve refuge sur les lèvres haïtiennes. Il écrivit avec une main noircie par le charbon de l’injustice : Gouverneurs de la Rosée, où la terre assoiffée rêve de sources cachées, traduit par le bluesman Langston Hughes, et La Montagne Ensorcelée, où les forêts parlent en langues de douleur.
Frankétienne l’a dit, et nous le savons : “la poésie de Roumain brûle d’un feu révolutionnaire ; l’éclat de ses images déchire le ciel.”
Il étudia à Saint-Louis de Gonzague — puis traversa les océans, but la lie amère de l’Europe — Belgique, France, Espagne — témoinl aux yeux vifs des sagas d’hommes broyés sous les empires.
Et quand sa tête fut faite — une tête bien faite — il revint en Haïti, revenant tel un ouragan sur les tropiques.  Lire Plus

L’éphéméride du 24 octobre

Lettre de démission du PCF d’Aimé Césaire à Maurice Thorez le 24 octobre 1956

Quelques mois après le percutant rapport Khrouchtchev qui révéla les crimes de Staline, Aimé Césaire a adressé cette lettre de démission à Maurice Thorez alors secrétaire général du Parti communiste Français. « Je crois en avoir assez dit pour faire comprendre que ce n’est ni le marxisme ni le communisme que je renie, que c’est l’usage que certains ont fait du marxisme et du communisme que je réprouve. »
{{Aimé Césaire, Député de la Martinique, à Maurice Thorez, Secrétaire Général du Parti Communiste Français.}}

Maurice Thorez,

Il me serait facile d’articuler tant à l’égard du Parti Communiste Français qu’à l’égard du Communisme International tel qu’il est patronné par l’Union Soviétique, une longue liste de griefs ou de désaccords. _ La moisson a été particulièrement riche ces derniers temps et les révélations de Khrouchtchev sur Staline sont telles qu’elles ont plongé, ou du moins, je l’espère, tous ceux qui ont, à quelque degré que ce soit, participé à l’action communiste dans un abîme de stupeur, de douleur et de honte.  Lire Plus

« Les territoires ultramarins ne sont pas un fardeau, mais une richesse pour l’Europe »

— Collectif —

Dans une tribune au « Monde », des parlementaires socialistes et Place publique alertent sur les conséquences du projet de la Commission européenne pour le futur budget 2028-2034, qui ferait disparaître les lignes budgétaires spécifiques aux régions ultrapériphériques. Ils déplorent un bouleversement « des fondements mêmes de la solidarité européenne », et appellent au retrait de ces propositions.

Le 16 juillet, la Commission européenne a présenté ses propositions pour le prochain cadre financier pluriannuel 2028 – 2034. Sous couvert de simplification, ce texte bouleverse les fondements mêmes de la solidarité européenne. Pour les régions ultrapériphériques (RUP) françaises – Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte et Saint-Martin –, les conséquences seraient dramatiques.

La Commission propose de fusionner la politique de cohésion, la politique agricole commune et la politique de la pêche dans un seul instrument national : les « plans de partenariat ». Ce virage technocratique marque une renationalisation inédite des politiques européennes et fait disparaître les lignes budgétaires spécifiques qui garantissaient depuis vingt-cinq ans un traitement différencié pour les RUP.

L’article 349 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), qui consacre la reconnaissance de leurs contraintes structurelles – insularité, éloignement, vulnérabilité économique – serait ainsi vidé de sa substance.  Lire Plus

Congrès des élu·e·s : historique ? Inutile ? Dernière chance ?

— RS n° 417 lundi 20 octobre 2025 —

Avant même sa tenue, le « congrès des élu-e-s » de la Martinique se voyait attribuer ces qualificatifs contradictoires.   

L’ironie de l’histoire, c’est qu’il s’est ouvert sur un incident saugrenu. La grande assemblée vote à l’unanimité un ordre du jour excluant les « représentants des maires absents », puis vote tout juste après, avec la même unanimité leur intégration ! Plus insolite encore, le Congrès s’est achevé au bout d’une journée au lieu des deux prévues, signe d’une unanimité que certain·e·s verront comme preuve de son caractère historique, d’autres de son inutilité tout aussi historique.

Notre avis est qu’il ne mérite sans doute ni « cet excès d’honneur, ni cette indignité ». Il sera aussi et surtout, ce que les forces agissantes du mouvement d’émancipation seront disposées à en faire, et son sot dépendra de l’énergie qu’elles mettront pour peser sur la suite des évènements. Ces forces ne décident pas des conditions de la lutte, celles-ci découlant du rapport des forces entre les classes, et de leurs expressions politiques. L’action, elle, dépend de nos choix et de notre détermination.  Lire Plus

C’est maintenant

Sé jodi-a ! It’s now ! Es ahora !

 —Par Marie-Laurence Delor —

Et si c’était le modèle politico-administratif qui régit la relation CTM/Collectivité municipale qu’il fallait d’abord faire évoluer ?

« Alors que la France traverse une période politique inédite et que les débats budgétaires se crispent, une étude menée par l’Ifop pour Intercommunalités de France met en lumière un paradoxe révélateur : malgré une défiance croissante envers les institutions nationales, les Français réaffirment leur attachement aux élus locaux et à l’échelon intercommunal. » (Jean Sanblé, Madinin’art 10/10/25)

Les conclusions de l’étude de L’ifop ne sont pas étonnantes. On voit comment des Maires résolus à répondre aux attentes de leurs administrés se démènent. Il n’empêche qu’il faut nuancer le constat de la confiance, notamment en Martinique. Le recul continu du taux de participation aux municipales – 73,1% en 1989 contre 44,34% en 2020, témoigne d’un effritement significatif de la confiance. L’attente pourtant demeure vis à vis des édiles et l’idée que c’est à l’échelon municipal que se joue le quotidien persiste, voire même se renforce. Ce qui nous amène naturellement à la question suivante : le premier chantier institutionnel du territoire ne devrait-il pas être la réforme du modèle politico-administratif qui régit la relation CTM/Collectivités municipales ?  Lire Plus

17 octobre 1961, souviens-toi !

— Par Abdelaziz Boumediene pour le Collectif pour la Mémoire et pour la Citoyenneté —

ici_on_noie_les_algeriensIl y a [64] ans, le 17 octobre 1961, une manifestation est organisée à Paris pour condamner le couvre feu et la politique discriminatoire mis en Place par le Préfet de police Maurice Papon. Cette initiative pacifique de contestation organisée par le FLN (front de libration nationale) est réprimée dans le sang. Des milliers d’Algériens sont arrêtés, torturés et parqués dans des camps de détention et des dizaines d’entre eux sont tout simplement exécutés. La police française  n’a pas hésité dans sa folie meurtrière également à jeter des dizaines d’Algériens dans la Seine.

On dénombrera entre le 17 et le 18 octobre 1961 des centaines de victimes, hommes, femmes et enfants dont le seul tort est d’être sortis manifester leur droit à plus de liberté.

Les Algériens n’oublieront pas, l’Humanité n’oubliera pas tous les massacres commis par la France au nom du colonialisme. Guelma, Sétif, kherrata n’oublieront pas aussi les massacres du 8 mai 1945. Ils se souviennent des 45 000 victimes de l’armée coloniale, de la tyrannie, qui a écrasa la joie des Algériens voulant célébrer la libération de l’Europe, de la France, osant rêver de leur propre libération, la libération de l’Algérie .Nous  Lire Plus

Lettre ouverte à Maria Corina Machado, Prix Nobel de la PAix 2025

 Par Adolfo Pérez Esquivel, Prix Nobel de la Paix 1980 

Je vous envoie le salut de la paix et du bien dont l’humanité et les peuples qui vivent dans la pauvreté, les conflits, les guerres et la faim ont tant besoin. Cette lettre ouverte est pour vous exprimer et partager quelques réflexions.

J’ai été surpris par votre nomination au prix Nobel de la paix qui vous a été décernée par le Comité Nobel. Je me suis souvenu des luttes contre les dictatures sur le continent et dans mon pays sous des dictatures militaires que nous avons endurées de 1976 à 1983 et nous avons résisté aux prisons, à la torture et à l’exil avec des milliers de disparus, des enfants enlevés et disparus et les vols de la mort dont je suis un survivant.

En 1980, le Comité Nobel m’a décerné le prix Nobel de la paix, 45 ans se sont écoulés et nous continuons à travailler au service des plus pauvres et aux côtés des peuples latino-américains. Au nom de tous, j’ai assumé cette haute distinction, non pas pour le prix lui-même, c’est pour l’engagement avec les peuples partageant les luttes et les espoirs pour construire une nouvelle aube.  Lire Plus

Cinq députés d’Outre-mer socialistes voteront la censure contre le gouvernement Lecornu

— Par Sabrina Solar —

À la veille d’un vote décisif à l’Assemblée nationale, une fracture nette s’est dessinée au sein du groupe socialiste. Mercredi 15 octobre, cinq députés d’Outre-mer — Christian Baptiste (Guadeloupe), Béatrice Bellay (Martinique), Élie Califer (Guadeloupe), Philippe Naillet (La Réunion) et Jiovanny William (Martinique) — ont annoncé qu’ils voteraient en faveur de la motion de censure déposée contre le gouvernement de Sébastien Lecornu, rompant ainsi avec la ligne fixée par leur direction nationale.

Dans un communiqué adressé à l’AFP, les élus expliquent leur décision par un profond désaccord politique et symbolique :

« Ce jeudi, notre vote sera sans ambiguïté : en faveur de la censure d’un gouvernement qui réaffirme de manière ostensible son désamour à l’égard des territoires d’Outre-mer et de leurs populations. Cette censure se veut être une alerte pour un gouvernement qui doit mériter la confiance de nos territoires. »

Les parlementaires ultramarins dénoncent la politique budgétaire du gouvernement, estimant que les Outre-mer sont injustement mis à contribution dans les projets de loi de finances et de financement de la sécurité sociale pour 2026.  Lire Plus

Reprendre le contrôle de notre vie

Pour notre propre épanouissement et pour l’émancipation de l’Humanité

Dans la première partie de cet article, nous affirmions qu’il était possible de mettre fin aux souffrances qui nous détruisent. Aujourd’hui, nous montrerons que l’une des conditions essentielles pour sortir de l’impasse est d’identifier les racines profondes du mal-être et des violences que nous subissons. Comme le disait fort justement le sociologue Alain ACCARDO : «Il n’y a pas d’émancipation possible sans la prise de conscience explicite de ce par quoi on est asservi et, plus fondamentalement, sans la conscience même de l’asservissement jusque là étouffée, anesthésiée par les habitudes et le poids des conformismes.»

Basiquement, tout être humain normal est animé du désir de vivre dignement, en bonne santé, de pouvoir accèder à des activités culturelles et à des loisirs épanouissants, de jouir de la considération de ses semblables, dans une société sécure et permettant des relations harmonieuses entre tous. Dans le précédent article, nous avons déjà montré que cela est rendu impossible pour la majorité, parce que des minorités dominantes l’interdisent en s’accaparant des richesses, en établissant des barrières de classe sociales et en propageant une idéologie nuisible.  Lire Plus

Remaniement ministériel, le retour de l’Outre-Mer à l’Élysée

— Contrechroniques d’Yves-Léopold Monthieux —

Fort-de-France, le 14 octobre 2025

Par leur nature, les territoires d’Outre-Mer relèvent du domaine régalien. Malgré leur intégration dans l’organisation administrative del’Etat, leurs spécificités qui varient d’un territoire à l’autre appellent une administration différenciée. Leur diversité géographique, ethnique et culturelle ainsi que leur éloignement de la métropole interrogent sur leur mode d’ancrage à la France et à l’Europe.

Ouverts aux vents du grand large, ils sont perméables à toutes les idées qui traversent le monde. Il y a lieu de distinguer ces territoires entre eux et de les regrouper dans le concept dit “Outre-Mer”, dénomination qui tombe sous le sens, vu de la métropole, mais qui est aujourd’hui controversé par un chatouilleux rappel du passé colonial. On en est aux balbutiements d’une nouvelle expression, “France des océans”, qui voudrait faire disparaître la tonalité coloniale du vocable “Outre-Mer”, tout en en renforçant de manière paradoxale le sentiment d’appartenance.

Éparpillés sur autant d’océans que de continents, ils occupent des lieux stratégiques qui constituent des éléments majeurs de géopolitique, à la lisière de la politique étrangère. Depuis le renforcement des revendications statutaires, dans les années 1980, le caractère régalien de la politique de l’Outre-Mer s’est renforcé.  Lire Plus

IXe Encuentro Continental Latinoamericano y Caribeño de Solidaridad con Cuba

— Communiqué de presse —

Participation du Secrétaire Général de l’UPLG au IXe Encuentro Continental Latinoamericano y Caribeño de Solidaridad con Cuba L’Union Populaire pour la Libération de la Guadeloupe (UPLG) a le plaisir d’informer ses militants, ses sympathisants et l’opinion publique de la participation de son Secrétaire Général, le camarade, Jean-Jacob BICEP, au IXe Encuentro Continental Latinoamericano y Caribeño de Solidaridad con Cuba, qui s’est tenu à Mexico du 9 au 12 octobre 2025.

La présence de l’UPLG à ce rendez-vous majeur, qui a rassemblé 556 délégués de 35 pays d’Amérique Latine et des Caraïbes, ainsi que des amis d’autres régions du monde, est d’une importance capitale et multiforme pour notre mouvement et pour la cause du peuple guadeloupéen :

Réaffirmation de la Solidarité Continental et Caribéenne :

La participation du Secrétaire Général à cet événement réaffirme l’engagement indéfectible de l’UPLG envers la Révolution Cubaine, dont l’exemple de résistance et de dignité face à l’impérialisme est une source d’inspiration pour tous les peuples en lutte pour leur souveraineté. Elle marque notre pleine adhésion à la Déclaration Finale, notamment dans l’exigence de la levée immédiate et sans condition du blocus économique, commercial et financier imposé par les États-Unis à Cuba, ainsi que son retrait de la liste des « États Parrains du Terrorisme ».  Lire Plus

Le piège, la démagogie, la parade

— RS n° 416 lundi 13 octobre 2025 —
Dès que le thème du changement de statut refait surface, on entend une petite musique insistante : «Ils veulent l’autonomie et l’indépendance, mais ils ne savent pas même pas gérer les problèmes qui relèvent déjà de leurs compétences». Et l’on passe en revue toutes les tracasseries quotidiennes : l’eau, les transports, la gestion des déchets, etc. Et alors, le berger de répondre à la bergère : «impossible de résoudre les problèmes sans pouvoirs supplémentaires». Le piège réside dans ce cercle vicieux argumentatif.

La démagogie est du côté des personnes hostiles à tout changement de statut. D’abord, parce qu’elles se gardent bien de dire exactement comment résoudre les problèmes en question, sans changer les institutions, ensuite parce que nier les obstacles du système colonial, permet sans effort de discréditer les dirigeants actuels du pays, toutes tendances confondues. Enfin parce que cette posture flatte la mode populiste du rejet global de la politique et de tout ce qui s’y rapporte.

En face, on répond le plus souvent par la promesse sans garantie qu’avec plus de pouvoir on pourra tout régler.  Lire Plus

María Corina Machado, Prix Nobel de la paix 2025

La reconnaissance d’un combat, la cristallisation des tensions

Oslo, 10 octobre 2025 – L’annonce du Prix Nobel de la paix 2025, attribué à l’opposante vénézuélienne María Corina Machado, a résonné bien au-delà de la Norvège. Récompensée pour ses efforts en faveur d’une « transition juste et pacifique de la dictature à la démocratie » au Venezuela, cette figure controversée et déterminée devient ainsi un symbole mondial de résistance civique – mais aussi un point de crispation géopolitique.

Une militante devenue icône

Âgée de 56 ans, María Corina Machado n’est pas une nouvelle venue sur la scène politique vénézuélienne. Issue d’une famille d’industriels dont les entreprises ont été nationalisées sous Hugo Chávez, cette farouche anticommuniste est devenue l’un des visages les plus visibles de l’opposition au régime de Nicolás Maduro. Surnommée la « libératrice » par ses partisans – un clin d’œil à Simón Bolívar – elle a su fédérer une opposition longtemps divisée, notamment lors des primaires d’octobre 2023, où elle avait obtenu plus de 90 % des suffrages. Inéligible à la présidentielle de 2024, elle a continué le combat en soutenant le diplomate Edmundo Gonzalez Urrutia, contraint à l’exil peu après l’élection controversée de Maduro.  Lire Plus

Crépuscule de la Ve République

La chute du régime n’a pas commencé avec Macron, mais son départ ne serait pas un geste gaullien.

— Contrechroniques d’Yves-Léopold Monthieux —

En ce pic de la crise politique actuelle qui est sans précédent en France par temps de paix, je prends connaissance des réflexions à ce propos de trois personnalités honorables de la classe politique nationale. J’y découvre quelques idées exprimées dans mes écrits, notamment en janvier et février 2017 dont les extraits ci-dessous.

Première idée, le fait de “s’accrocher à la ligne de partage gauche-droite relève d’une forme de conservatisme voire de paresse intellectuelle. Le repli identitaire remplit le vide de la pensée politique avec ses relents d’ostracisme et de xénophobie. Ce recul est classé à l’extrême-droite en métropole, à gauche en Martinique”. Deuxième idée, “la 5ème république s’essouffle : les modifications qui lui ont été apportées ainsi que le retour de la prépondérance des partis politiques en ont altéré l’esprit et l’efficacité”. Troisième idée, “au moment où des phénomènes politiques bousculent l’Europe, la France ne pouvait pas demeurer quasiment le seul pays occidental où il ne se passerait rien d’important sur le plan de son organisation politique.  Lire Plus

Confiance locale et fractures territoriales : les collectivités au cœur des attentes citoyennes

— Par Jean Samblé —

Alors que la France traverse une période politique inédite et que les débats budgétaires se crispent, une étude menée par l’Ifop pour Intercommunalités de France met en lumière un paradoxe révélateur : malgré une défiance croissante envers les institutions nationales, les Français réaffirment leur attachement aux élus locaux et à l’échelon intercommunal.

Les élus locaux, figures de confiance en temps d’incertitude

Dans un contexte de fragmentation politique et sociale, les maires et les présidents d’intercommunalité apparaissent comme des repères stables et rassurants. 68 % des citoyens déclarent avoir confiance en leur maire pour développer des services publics adaptés à leurs besoins — un score en progression de 6 points depuis 2017. Le président d’intercommunalité enregistre quant à lui la plus forte hausse de confiance (+10 points), atteignant 57 %. Chez les jeunes de 18 à 25 ans, ce chiffre grimpe même à 67 %, signe d’un regain d’intérêt pour l’action locale.

Les collectivités locales sont perçues comme plus aptes que l’État à répondre aux défis concrets : 67 % des Français leur font davantage confiance pour assurer les services du quotidien, contre seulement 8 % en faveur du gouvernement.  Lire Plus

Aux vertus qu’on exige d’une femme politique…(1)

— Huguette et Méliné Bellemare, de Culture Égalité —

Pendant des siècles, (voire des millénaires), dans le monde occidental, les femmes ont été écartées du pouvoir comme elles l’ont été du savoir, de certaines profession, de certains sports ou loisirs… lesquels étaient le monopole des hommes.

Aussi, aujourd’hui, la parité en politique, imposée par l’action des associations féministes, n’est toujours pas acceptée par un certain public et les femmes politiques sont étroitement surveillées.

Elles le sont pour leur tenue : telle est sifflée pour sa robe, une autre, épinglée pour sa chevelure bouclée… À tel point que certaines en sont réduites à tenter de se dissimuler sous de quasi uniformes !

Elles sont critiquées aussi pour leur ton : on attend d’elles qu’elles soient tout miel et tout sourire, sinon elles sont vite qualifiées d’hystériques (là où l’on admirerait, chez les hommes, le « franc-parler », une « saine et virile colère » !)

Du coup, dans les assemblées, elles hésitent à intervenir…. D’ailleurs, quand elles le font, leurs collègues masculins s’empressent souvent de profiter de ce « temps mort » pour bavarder entre eux, consulter leur téléphone, et même les interrompre !  Lire Plus

La Martinique à l’heure de la responsabilité partagée

— Par Sandra Casanova —

Hier, 8 octobre 2025, la Martinique a franchi une étape majeure.
Le Congrès des élu.e.s a adopté à l’unanimité la résolution pour un pouvoir normatif autonome.
Un moment historique, non pas de rupture, mais d’affirmation sereine.

Au-delà des mots, c’est une émotion partagée qui a traversé la salle : celle d’un peuple représenté dans sa pluralité, capable de dépasser ses différences pour se retrouver autour d’un projet commun.
Je tiens à souligner la force collective qui a permis de façonner le consensus, malgré nos sensibilités politiques diverses.
Ce choix d’unité honore la Martinique et redonne à l’action publique son sens premier : servir le bien commun.

Nous voulons résolument un État partenaire, qui reconnaît notre capacité à agir, à innover, à adapter les lois et règlements à nos réalités.
C’est ainsi que la Martinique pourra décider pour elle-même, dans la République française, mais à partir d’elle-même.

Je veux saluer la vision et la persévérance de Serge Letchimy,
président du Conseil exécutif de la Collectivité Territoriale de Martinique,
qui a su porter, année après année, l’idée d’une Martinique maîtresse de son développement,
et rappeler que la relation France–Martinique, doit être repensée sur la base du respect mutuel et de la responsabilité partagée.  Lire Plus

Haïti : Une génération d’enfants en danger face à une crise humanitaire sans précédent

Port-au-Prince, 9 octobre 2025 – L’UNICEF tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme sur la situation dramatique des enfants en Haïti. Dans un rapport publié ce jour, intitulé SOS Enfants, l’organisation révèle que le nombre d’enfants déplacés par la violence a presque doublé en un an, atteignant désormais 680 000 enfants déracinés dans tout le pays.

La montée en flèche des violences armées, l’effondrement des services publics essentiels et la paralysie de l’accès humanitaire plongent Haïti dans une crise multidimensionnelle sans précédent, affectant plus d’1,3 million de personnes déplacées. Les enfants en sont les premières victimes.

« Les enfants en Haïti sont victimes de violences et forcés au déplacement à un niveau alarmant », alerte Catherine Russell, directrice générale de l’UNICEF.
« Chaque fois qu’ils sont contraints de fuir, ils perdent non seulement leur maison, mais aussi la possibilité d’aller à l’école et d’être simplement des enfants. »

Des conditions de vie alarmantes dans les camps

Le rapport souligne la précarité des conditions de vie dans les 246 sites d’accueil identifiés, où plus d’un tiers ne disposent d’aucune infrastructure de protection de base.  Lire Plus

Le Sucre, pour la douceur et pour le pire

Un documentaire en deux volets, réalisé par Mathilde Damoisel
Disponible sur Arte jusqu’au 5 novembre 2025
Partie 1 – Aux origines d’un empire sucré : esclavage, colonialisme et capitalisme naissant

La première partie de ce documentaire éclairant retrace les origines sombres et sanglantes de l’industrie sucrière, née dans les plantations coloniales et consolidée au prix d’une violence inouïe. Dès le XVIIe siècle, le sucre devient une denrée de luxe en Europe, dont la consommation explose au XVIIIe siècle. Cette ruée vers le sucre transforme la canne à sucre en moteur économique global, ancré dans les pratiques les plus brutales de l’histoire humaine.

Voltaire en faisait déjà le constat dans Candide en 1759 : la douceur du sucre européen repose sur le sang et les mutilations des esclaves africains. Pour répondre à une demande croissante, les grandes puissances coloniales rasent des forêts entières, détruisent des écosystèmes et déportent des millions de captifs africains dans le cadre du commerce triangulaire. Plus de la moitié des 12,5 millions d’esclaves déportés sont employés dans les plantations de canne à sucre, principalement dans les Caraïbes.

Le film de Mathilde Damoisel, nourri d’archives saisissantes, de publicités d’époque et de témoignages poignants de travailleurs agricoles, met en lumière l’importance cruciale de l’industrie sucrière dans l’émergence du capitalisme industriel occidental.  Lire Plus

« Les guetteuses du 7 octobre » : silence d’État, voix brisées

Visible sur la plateforme france.tv jusqu’au 14/03/2028

Elles étaient jeunes, elles étaient invisibles. Une trentaine de jeunes femmes, âgées de 18 à 20 ans, effectuaient leur service militaire obligatoire au camp de Nahal Oz, à quelques centaines de mètres à peine de la bande de Gaza. Leur rôle ? Observer. Alerter. Surveiller en continu une frontière toujours sous tension, depuis la salle de contrôle de l’unité 414, spécialisée dans la vidéo-surveillance. En Israël, on les appelle les tatzpitaniyot — les guetteuses. À travers leurs caméras, elles ont vu venir l’horreur. Mais personne n’a voulu les écouter.

Durant les semaines précédant l’attaque du 7 octobre 2023, ces jeunes soldates remarquent un changement de rythme. Des groupes d’hommes armés patrouillent le long de la clôture. Ils s’arrêtent à chaque poste d’observation, escaladent les talus pour scruter les bases militaires israéliennes, parfois même ouvrent le feu ou déposent des explosifs. La tension est palpable, les incidents s’accumulent. Maya Desiatnik, alors âgée de 21 ans, et d’autres guetteuses, transmettent à plusieurs reprises des signalements aux services de renseignement. « On a tout vu, tout écrit.  Lire Plus

Congrès des élu·e·s : nouvel espoir ou vieilles illusions

— RS n° 415 lundi 6 octobre 2025 —

La coalition du Gran sanblé a tenu à annoncer dans un récent meeting, sa participation au Congrès des élu·e·s de Martinique, qui finalement se tiendra les 8 et 9 octobre courant. L’accent est mis, de part et d’autre, sur la question des institutions, même si dans les rencontres préalables du président de la CTM avec des représentants des forces politiques, syndicales, associatives, les échanges ont pu porter sur des questions économiques, sociales, culturelles, donc politiques au sens large du terme.

Dans ce cadre, le GRS a pu rappeler une conviction profonde : le changement institutionnel n’a un réel intérêt que s’il permet d’avancer vers la transformation sociale permettant de résoudre les problèmes des masses populaires. C’est bien pour cela que nous avons publié dans le précédent RS, une présentation des axes programmatiques à soumettre au débat public.

Les élu·e·s sont dans leur rôle lorsqu’ils s’attachent à définir leurs orientations face à l’État. Il est heureux qu’ils recueillent les avis des mouvements populaires, eu égard à leur démarche. Mais consulter, ce n’est pas définir ensemble des objectifs et des stratégies.  Lire Plus

“Faut qu’on parle” Saison 2

La Martinique entre dans la conversation nationale du 1er octobre au 22 novembre 2025

Une grande initiative citoyenne pour retisser le lien social, du 1er octobre au 22 novembre 2025

Après le succès de sa première édition en 2024, l’opération « Faut qu’on parle », portée par le Fonds Bayard–Agir pour une société du lien, revient cette année avec une ambition renforcée : inviter les citoyens à se parler vraiment. Et pour la première fois, la Martinique rejoint pleinement cette initiative nationale, grâce à la mobilisation d’associations locales.

Parler pour mieux s’écouter

Le principe est simple : deux personnes aux opinions opposées sont mises en relation pour une conversation de deux heures, en face à face ou en ligne, autour de sujets qui divisent souvent. Objectif : apprendre à s’écouter sans chercher à convaincre, redécouvrir le plaisir du dialogue et lutter contre la polarisation qui fragilise la société.

L’expérience repose sur une plateforme en ligne, www.fautquonparle.org. Après inscription, chaque participant remplit un questionnaire sur des sujets de société, et un algorithme se charge de trouver le binôme idéal : quelqu’un qui pense différemment, mais avec qui la discussion peut être constructive.  Lire Plus