Catégorie : Politiques

Jean Énal (1926–1965) : Le maire qui dirigea Sainte-Luce pendant 39 ans

  • par Rodolf Etienne

Pendant près de quatre décennies, un homme a présidé aux destinées de Sainte-Luce, dans le sud de la Martinique.

Son nom : Jean Énal, parfois identifié dans les sources sous les prénoms de Gilbert Jean Énal. Boulanger, il dirigea la commune du 4 août 1926 jusqu’en mars 1965.

Avec ses trente-neuf années à la tête de la municipalité, Jean Enal détient le record de longévité parmi les maires de Sainte-Luce.

De l’entre-deux-guerres à la départementalisation, de l’administration coloniale à la modernisation des communes martiniquaises, retour sur un maire dont la longévité politique mérite de retrouver sa place dans la mémoire collective. Pour autant, son parcours reste étonnamment peu documenté dans les ressources biographiques. 

Un maire au cœur des grandes transformations du XXe siècle

En août 1926, soit un tout petit peu plus d’une centaine d’années, lorsque Jean Énal accède à la mairie, la Martinique est encore une colonie française. Les communes rurales vivent largement de l’agriculture, tandis que les activités commerciales et les infrastructures se concentrent dans les bourgs et les principaux centres urbains. Trente-neuf ans plus tard, lorsque son mandat s’achève, la Martinique est devenue un département français depuis 1946.  Lire Plus

L’éphéméride du 15 octobre

Joseph Gallieni fait fusiller les princes malgaches, dans la colonie de Madagascar et ses dépendances le 15 octobre 1896.

Gallieni est envoyé en 1896 à Madagascar en tant que résident général. Il arrive à Tananarive le 15 septembre. À la méthode diplomatique de son prédécesseur, le général M. Laroche, il préfère la méthode forte pour endiguer la montée de la résistance anti-coloniale. Il instaure le travail forcé des indigènes en imposant 50 jours de corvée par adulte. La cour royale, foyer de résistance contre la France, est placée sous surveillance.
Le 11 octobre 1896, lendemain du départ de l’ancien résident général Laroche, Gallieni, qui jouit des pleins pouvoirs, fait arrêter le prince Ratsimamanga et Rainandriamampandry, ministre de l’Intérieur, et les traduit devant le Conseil de guerre pour rébellion et « fahavalisme ». Le 15 octobre, à l’issue d’une parodie de procèsNote 1,8, ils sont condamnés à mort et exécutés à titre d’exemple, souhaitant faire « forte impression sur les indigènes ». Un des membres du Conseil de guerre devait confirmer par la suite que les deux accusés avaient été « condamnés sur ordre » de Gallieni.  Lire Plus

Transport (1) : Sortir des logiques de boutiquiers

– par Ali Babar Kenjah

Parmi tant de dossiers douloureux affectant l’actualité martiniquaise, insidieusement, de grèves diverses en cessation de paiement, de pannes techniques en hausse du carburant, le dossier du transport s’est imposé en bonne place des préoccupations des uns et des autres.

Toujours traité comme une problématique technique parmi d’autres, la multiplication des avanies du secteur a toutefois permis d’en mesurer les très humaines spécificités.

Car, en matière de flux, faire circuler des individus est bien différent que de faire circuler de l’eau, de l’électricité ou des marchandises. C’est, précisément, cette trop évidente différence de nature qui devrait nous imposer une approche mieux adaptée des enjeux et du financement du transport public en Martinique. Dans ce premier volet, ma réflexion propose de souligner les caractères spécifiques qui nous imposent, dans ce cas précis, de sortir des strictes logiques comptables pour nous confronter aux véritables défis systémiques, dont la globalité mondialisée frappe déjà à notre porte (monnaie).

Un des principaux freins à la problématique récurrente du transport à la Martinique résulte, plus généralement, du mode de gestion technocratique et libéral dominant au sein des collectivités locales.  Lire Plus

Nyadol Nyuon : Une voix africaine au cœur du débat australien

— Par Rodolf Étienne

Elle est née dans un camp de réfugiés en Éthiopie. A grandi dans celui de Kakuma, au Kenya, puis a rejoint l’Australie en 2005, à la fin de son adolescence.

Quelques années plus tard, Nyadol Nyuon devenait avocate, écrivaine, conférencière et l’une des voix les plus visibles du débat australien sur le racisme, l’immigration, les réfugiés et la représentation des communautés africaines.

Son parcours pourrait être raconté comme une spectaculaire réussite individuelle. Il raconte aussi quelque chose de beaucoup plus concret : la guerre, l’exil, la puissance de l’éducation, et cette question qui traverse aujourd’hui de nombreuses sociétés occidentales : à quelles conditions peut-on réellement appartenir à un pays lorsque l’on reste continuellement renvoyé à sa différence ?

Née dans l’exil – d’Ethiopie, du Kénya à l’Australie

Nyadol Nyuon naît en 1987 dans le camp de réfugiés d’Itang, en Éthiopie, au sein d’une famille soudanaise déplacée par la guerre. Lorsque de nouveaux affrontements rendent la région dangereuse, sa famille entreprend un déplacement de plusieurs semaines vers le Soudan, avant qu’une partie de son enfance ne se déroule au Kenya, entre Nairobi, Lodwar et surtout Kakuma, l’un des plus importants camps de réfugiés d’Afrique de l’Est.  Lire Plus

Cheikh Anta Diop et le nucléaire : Le physicien derrière l’historien

— Par Rodolf Étienne

On connaît Cheikh Anta Diop comme historien, anthropologue, linguiste, penseur de l’unité africaine et figure majeure de la réécriture de l’histoire du continent.

On connaît beaucoup moins Cheikh Anta Diop le physicien, formé aux sciences exactes, enseignant de physique-chimie et utilisateur des techniques nucléaires pour dater le passé africain. Pourtant, cette dimension scientifique n’est pas secondaire : elle constitue l’un des piliers de sa méthode.

À son retour au Sénégal au début des années 1960, après sa formation en France, Cheikh Anta Diop rejoint l’Institut français d’Afrique noire, devenu par la suite l’IFAN Cheikh Anta Diop. Il y développe une ambition singulière : mettre les sciences expérimentales au service de l’histoire africaine. L’IFAN rappelle qu’il avait enseigné la physique-chimie dans des lycées parisiens avant son retour à Dakar et qu’il refusa de cloisonner histoire, archéologie, physique, chimie et biologie.

Physique et chimie nucléaires des basses énergies – le carbone 14

Parler de « nucléaire » à propos de Cheikh Anta Diop nécessite une précision essentielle. Il ne s’agit ni d’un programme militaire, ni de la construction d’un réacteur électronucléaire.  Lire Plus

L’éphéméride du 14 octobre

Création « officielle » de l’OJAM le 14 octobre 1962

Le Manifeste de l’OJAM (OJAM pour Organisation de la Jeunesse Anticolonialiste de la Martinique) ou « La Martinique aux martiniquais », est un manifeste rédigé en 1962 en Martinique par 18 auteurs. Il fut placardé en Martinique les 23 et 24 décembre 1962

Les 18 auteurs
Rodolphe Désiré, Renaud de Grandmaison, Henri Pied, Hervé Florent, Marc Pulvar, Joseph René-Corail, Léon Sainte-Rose, Charles Davidas, Roger Riam, Victor Lessort, Gesner Mencé, Henri Armougon, Manfred Lamotte, Guy Dufond, Guy Anglionin, Georges Aliker, Josiane Saint-Louis-Augustin et Roland Lordinot.

Conséquences et réactions
Les 18 jeunes auteurs de ce manifeste sont arrêtés, emprisonnés à Fresnes et accusés d’atteinte à la sûreté de l’État. Ils sont jugés, lors d’un procès politique en 1964 qui se soldera par un acquittement général.

En décembre 1959, 3 fils de la Martinique, BETZI, MARAJO, ROSILE, tombaient victimes des coups du colonialisme français. Ce sacrifice montra à la jeunesse de notre pays la voie de l’émancipation, de la fierté, de la dignité.
Depuis, notre peuple, si longtemps plongé dans les ténèbres de l’histoire, offre une résistance de plus en plus grande à l’oppression coloniale.  Lire Plus

Yoweri Kaguta Museveni : Panafricanisme et stabilité

— Par Rodolf Étienne

Il dirige l’Ouganda depuis 1986. Quarante ans après, Yoweri Kaguta Museveni demeure au coeur de la vie politique ougandaise. Il est l’un des plus anciens dirigeants du continent.

Son parcours résume à lui seul plusieurs grandes séquences de l’histoire politique récente de l’Afrique de l’Est : lutte armée, reconstruction de l’État, panafricanisme, guerres régionales, développement économique, militarisation du pouvoir, ouverture au multipartisme, pétrole, contestation démocratique.

En janvier 2026, la Commission électorale ougandaise le déclarait vainqueur d’un septième mandat présidentiel avec un peu plus de 70 % des suffrages.

Son principal adversaire, Robert Kyagulanyi, plus connu sous le nom de Bobi Wine, a rejeté les résultats. Yoweri Museveni débute une nouvelle étape présidentielle entamée tandis que Ronald Reagan dirigeait les États-Unis, François Mitterrand la France et Mikhaïl Gorbatchev l’Union soviétique.

De Dar es-Salaam à la guérilla

Yoweri Museveni naît en 1944, dans l’ouest de l’Ouganda. Étudiant à l’Université de Dar es-Salaam, en Tanzanie, il évolue dans l’un des grands foyers intellectuels africains de l’époque postcoloniale.

Sa biographie présidentielle officielle cite parmi ses lectures Frantz Fanon, Karl Marx, Lénine, Mao, Walter Rodney mais également des auteurs occidentaux comme John Kenneth Galbraith.  Lire Plus

L’éphéméride du 9 octobre

Promulgation de la loi abolissant la peine de mort le 9 octobre 1981

La peine de mort a été abolie en France en 1981, faisant ainsi de la France le seul pays à avoir procédé à des exécutions tout en étant membre de la Communauté économique européenne, ancêtre de l’Union européenne.

Contrairement à une idée répandue, ce n’est pas Christian Ranucci mais Hamida Djandoubi, guillotiné le 10 septembre 1977 à la prison des Baumettes de Marseille, qui est la dernière personne à avoir subi la peine de mort en France.

Dernière décapitation à Fort-de-France, celle de Landry-Lambert Gau, le 22 juin 1965.

Histoire
Époque gauloise
Certains condamnés étaient conduits au lieu du supplice qui était le bord d’une falaise d’où ils étaient précipités.

César rapporte que les criminels étaient exécutés à l’occasion de grandes fêtes propitiatoires au cours desquelles ils étaient enfermés dans de grands mannequins de paille auxquels on mettait le feu1.

Époque gallo-romaine et Bas-Empire
Sous le Bas-Empire, les Romains utilisaient le crucifiement pour les voleurs et les vagabonds ; ils les envoyaient parfois contre des gladiateurs, voire des bêtes sauvages ou encore leur coupaient la tête[réf.  Lire Plus

L’éphéméride du 8 octobre

Capture en Bolivie de Che Guevara le 8 octobre 1967. Il est assassiné le lendemain.

Ernesto Guevara, plus connu comme « Che Guevara » [ (t)ʃe ɡevara](en espagnol : [ t͡ʃe ɡeˈβaɾa]N 3) ou « le Che », né le 14 juin 1928 à Rosario en Argentine et mort exécuté le 9 octobre 1967 à La Higuera en Bolivie, à l’âge de 39 ans, est un révolutionnaire marxiste-léniniste et internationaliste argentin ainsi qu’un homme politique d’Amérique latine. Il a notamment été un dirigeant de la révolution cubaine, qu’il a théorisée et tenté d’exporter, sans succès, vers le Congo puis la Bolivie où il trouve la mort.

Alors qu’il est jeune étudiant en médecine, Guevara voyage à travers l’Amérique latine, ce qui le met en contact direct avec la pauvreté dans laquelle vit une grande partie de la population. Son expérience et ses observations l’amènent à la conclusion que les inégalités socioéconomiques ne peuvent être abolies que par la révolution. Il décide alors d’intensifier son étude du marxisme et de voyager au Guatemala afin d’apprendre des réformes entreprises par le président Jacobo Arbenz Guzmán, renversé quelques mois plus tard par un coup d’État appuyé par la CIA.  Lire Plus

Omukama Edward Rukidi Nyabongo I ou la renaissance de Tooro

– par Rodolf Etienne

À Fort Portal, dans l’ouest de l’Ouganda, l’histoire aurait pu s’achever le 29 septembre 2026 avec les tambours, les parures royales et l’intronisation d’Edward Rukidi Nyabongo I, treizième Omukama du royaume de Tooro. En fait, c’est ainsi que tout a commencé.

Cinq jours après son couronnement, la question qui agitait encore le royaume demeurait entière : le nouveau souverain allait-il réellement succédé à Oyo Nyimba Kabamba Iguru Rukidi IV ou la justice ougandaise pourrait-elle encore avoir à déterminer le titulaire légitime ?

La mort du « plus jeune monarque au monde »

Oyo Nyimba Kabamba Iguru Rukidi IV est mort le 27 août 2026 aux États-Unis, à seulement 34 ans, après avoir été soigné pour un cancer. Il régnait depuis 1995. Il n’avait alors que trois ans lorsqu’il succéda à son père et fut présenté comme le plus jeune monarque régnant au monde. Cette longévité paradoxale — trente et une années de règne pour une vie aussi courte — avait fait de lui l’incarnation contemporaine du Tooro.

Le royaume qu’Oyo Nyimba Kabamba Iguru Rukidi IV laisse derrière lui n’est pas un État dans l’État.

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Jounen pou nasyon Matinik

— RS n° 466 du lundi 28 septembre 2026 —

Construire la nation Martinique, ou mener la lutte de libération nationale? 

La « jounen pou nasyon matinik » (JPNM), organisée par la section martiniquaise du Front international de décolonisation et JPNM elle-même, a été, au beau milieu du grand marché de l’espace Laguerre de Petit-Bourg, l’occasion de deux débats (Regards pluriels sur la nation Martiniquaise et construire la nation Martinique). Le présent article vise à en prolonger certains aspects.

S’interroger sur la nation

Son titre, un peu provocant, met l’accent sur le problème posé, d’entrée de jeu, par la première et remarquable intervention de l’anthropologue (et militant !) Louis-Félix Ozier-Lafontaine : n’est-ce pas un piège de s’interroger encore aujourd’hui sur la nation, quand il s’agit en fait d’émanciper les hommes et les femmes du peuple qui la constituent ? Comment éviter qu’à la place de la nation en lutte pour sa libération, on se contente de faire « communauté insulaire » sans grand danger pour un colonialisme aussi retors et vicieux que le français ?   Lire Plus

L’éphéméride du 29 septembre

Massacre de Babi Yar les 29 et 30 septembre 1941

Le massacre de Babi Yar est le plus grand massacre de la Shoah ukrainienne par balles mené par les Einsatzgruppen en URSS : 33 771 Juifs furent assassinés par les nazis et leurs collaborateurs locaux, principalement le 201e bataillon Schutzmannschaft, les 29 et 30 septembre 1941 aux abords du ravin de Babi Yar.

D’autres massacres eurent lieu au ravin de Babi Yar dans les mois suivants, faisant entre 100 000 et 150 000 morts (Juifs, prisonniers de guerre soviétiques, communistes, Tziganes, Ukrainiens et otages civils) jusqu’à la mise en place en 1942 du camp de concentration de Syrets.

Babi Yar (« ravin des bonnes femmes  ; en russe : Бабий Яр ; en ukrainien : Бабин Яр, Babyn Yar ; en polonais : Babi Jar) est un lieu-dit de la ville de Kiev (Ukraine) entre les quartiers de Louk’ianivka (Лук’янівка) et de Syrets’ (Сирець).

Un contexte particulier : la conquête nazie de l’Union soviétique
Arrivée de la Wehrmacht en Ukraine

Le 22 juin 1941, plus de trois millions de soldats allemands envahissent le territoire soviétique.  Lire Plus

Santé – Urgences : Au CHUM, plus de 11 139 passages en trois mois

– par Rodolf Étienne 

Depuis plusieurs mois, la question des urgences hospitalières revient avec insistance en Martinique.

Fermeture nocturne des admissions à l’hôpital Louis-Domergue de Trinité, difficultés de recrutement des médecins urgentistes, tensions sur les effectifs, organisation exceptionnelle du CHU de Martinique : les signes de la fragilisation du dispositif sont désormais mesurables.

Pourtant, lorsqu’on cherche à mesurer précisément cette tension, notamment à travers le nombre de passages et les durées d’attente, les données disponibles restent étonnamment parcellaires.

Le chiffre le plus précis communiqué récemment par le CHU de Martinique concerne les urgences de Pierre-Zobda-Quitman. Entre le 20 avril et le 20 juillet 2026, l’établissement hospitalier indique avoir enregistré 11 139 passages, soit environ 121 passages par jour en moyenne. Ce chiffre a été rendu public à l’occasion du bilan du dispositif numérique FollowMe (https://followme-urgences.fr/), mis en place afin de permettre aux patients et aux accompagnants de suivre les différentes étapes de leur parcours aux urgences. Ce volume est loin d’être négligeable.

À titre de comparaison, Pierre-Zobda-Quitman avait enregistré 42 444 passages sur l’ensemble de l’année 2024, soit environ 116 passages par jour.

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De Camille Darsières à Serge Letchimy : d’une faute à l’autre, d’une crise à l’autre

— Les Contrechroniques d’Yves-LéopoldMonthieux —

En quarante ans de décentralisation – d’apprentissage de l’autonomie –, la gouvernance régionale a trop souvent substitué l’incantation idéologique au sens de l’anticipation. Du mythe du « dépeuplement » au naufrage de la collectivité, retour sur une trajectoire budgétaire où l’imprévoyance locale s’érige en provocateur de l’État régalien auprès duquel, néanmoins, il cherche systématiquement son salut. Le silence des médias et des intellectuels étant acquis, les perdants sont réputés avoir eu raison de toujours se tromper. Une façon de les inviter à persévérer.

LA FAUSSE PANNE DÉMOGRAPHIQUE : ANATOMIE D’UNE MYSTIFICATION

À en croire le récit convenu façonné par les sachants et les faiseurs d’opinion, le BUMIDOM aurait véritablement dépouillé la Martinique de ses « forces vives », portant la responsabilité exclusive du non-développement de la collectivité. Cette assertion constitue pourtant l’une des plus grandes escroqueries intellectuelles et politiques de notre histoire récente. Elle a permis aux gouvernants locaux de se couler dans une posture d’opposition systématique aux mesures gouvernementales des années 1960 et 1970, érigeant le BUMIDOM en videur de « forces vives » et le Service militaire adapté (SMA) en « armée d’occupation coloniale ».  Lire Plus

Mais où va le Festival entènasyonal literati kreyòl ?

—Par Robert Berrouët-Oriol (*) —

Résumé

Cet article propose une analyse critique des récentes mutations du Festival entènasyonal literati kreyòl (FEL) en l’inscrivant dans un cadre plus large, celui de l’aménagement constitutionnel des deux langues officielles d’Haïti, de la Créolophonie et de l’État de droit. La réflexion analytique sur les récentes mutations du FEL s’articule à la notion de citoyenneté linguistique et aux obligations constitutionnelles du bilinguisme de l’équité des droits linguistiques (articles 5 et 40 de la Constitution de 1987) et elle soutient la perspective selon laquelle la culture doit contribuer à la consolidation de l’État de droit. Le texte promeut également l’indépendance du champ culturel face aux tentatives d’instrumentalisation des pouvoirs politiques, en particulier celles du PHTK néo-duvaliériste dont l’« arme d’intervention stratégique », dans le champ culturel, est le Fonds national de l’éducation (FNE) connu comme une véritable « industrie » de la corruption et du détournement des finances de l’État. L’analyse reproduit et soumet à l’analyse critique un document clé : le message public d’Anivence Jean Baptiste daté du 17 septembre 2026 et dans lequel le FEL célèbre l’ancien ministre PHTKiste Nesmy Manigat, rédacteur de FELmagazine, au titre de modernisateur du système éducatif national.  Lire Plus

Réparations : Le nouveau chapitre vers la dignité globale

-— Par Rodolf Étienne —

Pendant une grande partie du XXe siècle, la revendication centrale des peuples colonisés fut l’indépendance.

Mais les indépendances ont-elles réglé les comptes de la colonisation ? 

Soixante ou soixante-dix ans plus tard, voilà qu’une autre question prend une place croissante : après avoir obtenu le droit d’être libres, que faire des conséquences économiques, humaines, culturelles et patrimoniales de plusieurs siècles d’esclavage et de domination coloniale ?

C’est sous cet angle que la 3ème Conférence régionale de la CARICOM sur les réparations, organisée à la Barbade du 17 au 19 septembre 2026, prend une dimension qui dépasse largement Bridgetown. 

Réunis autour du thème Reparatory Justice as the Coming Enlightenment, responsables politiques, chercheurs, juristes, militants et représentants du monde africain et de ses diasporas ont travaillé à la mise en œuvre du Plan en 10 points révisé de la CARICOM pour la justice réparatrice.

La rencontre intervenait après l’adoption, le 25 mars 2026, de la résolution A/RES/80/250 des Nations unies sur la traite et l’asservissement racial des Africains. La CARICOM présente donc explicitement cette conférence comme le passage de la résolution à l’action.  Lire Plus

L’éphéméride du 24 septembre

La Nouvelle-Calédonie est proclamée colonie française le 24 septembre 1853

Les premières sources écrites concernant l’histoire de la Nouvelle-Calédonie remontent à son exploration en 1774 par James Cook, l’archipel était alors déjà habité par une population mélanésienne : les Kanak. La Nouvelle-Calédonie est une collectivité sui generis de la France.
Le contexte géographique
D’une superficie totale de 18 575,5 km21, la Nouvelle-Calédonie est un territoire d’une surface comparable à celle d’un État comme la Slovénie. La population est estimée à 245 580 habitants (recensement 2009), dont 99 078 d’origine mélanésienne. La Nouvelle-Calédonie est un territoire notoirement sous-peuplé avec une densité de 13 hab./km2 (119 hab./km2 en France métropolitaine).

Lors de l’arrivée des premiers explorateurs la population mélanésienne était estimée entre 40 000 et 80 000 habitants2.

Peuplement et préhistoire (xiiie siècle av. J.-C. – xixe siècle)
Il y a 5 000 ans environ (v. 3 000 av. J.-C.), des habitants du littoral de la Chine du sud, cultivateurs de millet et de riz, appelés Austronésiens par les archéologues, commencent à traverser le détroit pour s’installer à Taïwan. Vers 2 000 av.  Lire Plus

L’éphéméride du 22 septembre

La République est proclamée en Martinique le 22 septembre 1870.

Dans le sud, l’annonce de ce régime qui avait permis l’émancipation des esclaves en 1848 donne le top départ pour un soulèvement organisé contre les blancs les plus racistes et la mise en place d’une république sur le modèle haïtien. À Rivière-Pilote d’où est originaire Léopold Lubin, la population incendie l’habitation de Codé, blanc esclavagiste, royaliste et surtout responsable de la condamnation qui a mis le feu aux poudres. L’état de siège est déclaré le 23 septembre si bien que le commandant Mourat assume le pouvoir civil et militaire. L’insurrection sétend à Saint-Esprit, à Rivière-Salée, à Sainte-Luce, à Sainte-Anne, à Ducos, au Lamentin, au Marin et au Vauclin. « La classe noire tout entière était dans le mouvement» d’àprès un rapport. Elle sèn prend aux biens et non aux personnes, exception faite pour Codé qui, ayant fui dans les mornes, est retrouvé le 24 septembre rôti comme un cochon. Les békés prennent peur. Les troupes militaires, avec des armes à feu contre des coutelas ou des bambous afffités, parviennent à étouffer le mouvement insurrectionnel dès le 26 septembre.  Lire Plus

Trump et la tentation impériale

Pourquoi il ne faut pas faire l’erreur de prendre les velléités impérialistes de Donald Trump sur les Antilles françaises à la légère ?

— Par Jean-Marie Nol —

La publication par Donald Trump d’une nouvelle carte des Etats Unis englobant les Antilles françaises s’inscrit directement dans une résurgence symbolique et agressive de la doctrine Monroe. Le lundi 7 septembre 2026, le président américain a partagé sur son réseau TruthSocial une image générée par intelligence artificielle montrant un drapeau américain recouvrant la quasi-totalité de l’Amérique du Nord, le Mexique, l’Islande, le Groenland et les Caraïbes, y compris la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Barthélemy et Saint-Martin. Ce n’est ni plus ni moins que la réactivation de la doctrine Mouroe. Qu’est-ce que la doctrine Monroe ?Proclamée en 1823 par le président James Monroe, cette doctrine repose à l’origine sur deux grands piliers. Les puissances européennes ne doivent plus chercher à coloniser ou à intervenir dans les affaires du continent américain (Nord et Sud), perçu comme la sphère d’influence exclusive des États-Unis.En contrepartie, les États-Unis s’engageaient à ne pas s’immiscer dans les affaires européennes ni dans leurs colonies existantes à l’époque.  Lire Plus

Le retour de la doctrine Monroe : La Martinique face au « corollaire Trump »

— Les Contrechroniques d’Yves-LéopoldMonthieux —

Alors que l’administration américaine réactive la logique d’exclusivité continentale de 1823 sous la forme d’un « corollaire Trump », la présence de la France et de l’union européenne dans la caraïbe redevient un enjeu géopolitique brûlant. Une résurgence qui rappelle que la départementalisation de 1946 fut avant tout un bouclier contre les velléités d’annexion américaines.

La « Donroe doctrine » : Le pré carré américain réaffirmé

En ajoutant explicitement un « Trump corollary » à la doctrine Monroe — ironiquement surnommé la Donroe doctrine en référence à Donald —, la stratégie de sécurité nationale des États-Unis franchit un cap décisif. L’objectif affiché par Washington est sans ambiguïté : réaffirmer la prééminence absolue des États-Unis sur l’hémisphère occidental, verrouiller le bassin des Caraïbes – la mare nostrum américaine – et stopper l’expansion de puissances rivales, en particulier la Chine. Cette orientation s’incarne désormais de manière très concrète par des démonstrations de force militaires et des pressions diplomatiques accrues autour du Venezuela et dans l’espace caraïbe. Le 11 août 2026, la diffusion par le département d’État d’une présentation officielle célébrant l’héritage de James Monroe a entériné ce retour au « pré carré ».  Lire Plus

Que produisons-nous vraiment de ce que nous mangeons ?

— Par Rodolf Étienne

Après la terre, les agriculteurs, viennent l’assiette et le consommateur.

C’est là que la question de la souveraineté alimentaire devient concrète.

La Martinique parle beaucoup d’autonomie, mais elle continue d’importer des volumes considérables de denrées qui pourraient, au moins pour partie, être produites localement.

L’enjeu, à ce stade, n’est pas de savoir si l’île peut devenir totalement autonome — elle ne le sera probablement jamais — mais de savoir sur quels produits elle peut réduire sensiblement sa dépendance dans les dix prochaines années.

Les chiffres donnent immédiatement la mesure du problème. En 2024, la Martinique a importé 17 341 tonnes de légumes et tubercules frais, soit 3 % de plus qu’en 2023. Parmi ces importations figuraient 4 369 tonnes de pommes de terre, 4 224 tonnes d’oignons, 2 185 tonnes de carottes et 1 562 tonnes de tomates. Les importations de fruits frais, secs et séchés atteignaient quant à elles 11 732 tonnes.

Ces volumes ne signifient pas que tous ces produits peuvent être remplacés intégralement par une production locale. Certaines cultures sont mal adaptées au climat, d’autres répondent à des habitudes de consommation ou à des calendriers saisonniers précis.  Lire Plus

CTM : De 39 à 11 jours de trésorerie

— Par Rodolf Étienne

11 jours. 

C’est probablement le chiffre le plus spectaculaire publié cette année sur les finances publiques en Martinique.

Mais il nous faut immédiatement préciser ce qu’il signifie.

Il ne s’agit pas de dire que la Collectivité territoriale de Martinique (CTM) n’aurait plus que onze jours pour fonctionner, ni que la Martinique serait « en faillite ».

Le chiffre provient du pré-rapport 2026 de l’Observatoire des finances et de la gestion publique locales (OFGL), présenté le 9 juin dernier. Il concerne les comptes consolidés des collectivités territoriales de Martinique figurant dans l’annexe consacrée aux collectivités ultramarines. Ces données sont principalement établies à partir des comptes de gestion de la Direction générale des Finances publiques (DGFiP).

Et ce chiffre dit déjà quelque chose de suffisamment préoccupant pour qu’il n’est pas nécessité à l’exagération : à la fin de 2025, la trésorerie nette consolidée représente seulement onze jours de dépenses de fonctionnement, tandis qu’un an auparavant, elle en représentait environ 39.

De 39 à 11 jours d’avance de trésorerie

Ici, le mouvement est clairement brutal. Selon l’OFGL, la trésorerie nette s’établit en 2025 à 72 euros par habitant, soit une diminution de 74,1 % en un an.   Lire Plus

Nous perdons les hommes… et les terres

— Par Rodolf Étienne

À l’orée d’octobre 2026, l’agriculture martiniquaise se trouve au cœur d’un paradoxe.

Rarement les mots de souveraineté alimentaire, de production locale, de circuits courts et de reconquête foncière auront été aussi présents dans le débat agricole.

Pourtant, la structure agricole reste fragilisée par la diminution du nombre d’exploitations, le vieillissement des responsables d’exploitation, le recul historique des surfaces cultivées et la difficulté à assurer la relève.

Le dernier recensement agricole exhaustif montre qu’en 2020 la Martinique comptait environ 2 679 exploitations agricoles, soit près de 19 % de moins qu’en 2010. La taille moyenne des exploitations, elle, augmentait légèrement, signe d’une concentration progressive de l’activité.

Surtout, plus de la moitié des exploitations étaient dirigées par au moins un exploitant âgé de 55 ans ou plus. Pour les exploitations dont le chef ou le plus âgé des exploitants dépassait 60 ans, la question de la succession se posait déjà avec acuité : sur 833 exploitations concernées, seules 235 déclaraient une reprise identifiée par un coexploitant, un membre de la famille ou un tiers.

Ce vieillissement n’est pas une donnée abstraite.  Lire Plus

MARTINIQUE 2026 : Les cinq hommes qui pèsent

– Par Rodolf Etienne

Qui détient aujourd’hui le pouvoir en Martinique ?

La question dérange presque autant qu’elle intrigue. Politique, économie, communes, intercommunalités : derrière les institutions, quelques hommes concentrent aujourd’hui une capacité particulière à orienter les décisions en Martinique. 

Serge Letchimy, Stéphane Hayot, Didier Laguerre, Bruno Nestor Azérot et Justin Pamphile sont les hommes qui apparaissent au centre du réseau de pouvoir.

Un classement nécessairement discutable et, précisément pour cela, révélateur. 

Il serait évidemment absurde de chercher un homme qui, seul, commanderait l’île. La Martinique est traversée par plusieurs pouvoirs : celui du suffrage universel, celui de l’argent, celui de l’administration, celui des communes, celui des réseaux professionnels, celui de la rue, celui des médias et, de plus en plus, celui de la capacité à mobiliser rapidement l’opinion publique. Mais tous les acteurs ne disposent pas du même nombre de leviers.

En septembre 2026, cinq hommes paraissent disposer d’une influence locale particulièrement importante.

Il ne s’agit ni d’un palmarès de popularité, ni d’un jugement sur leurs qualités personnelles, encore moins d’une mesure scientifique. L’influence dont il est question ici est la capacité concrète à faire entrer une question dans l’agenda public, à réunir des acteurs, à mobiliser des moyens ou à peser sur une décision concernant la Martinique.   Lire Plus

Quid de la douleur sociale ?

— Par Rodolf Étienne

En cette rentrée de septembre 2026, les foyers sociaux se multiplient.

Transports paralysés, hôpital sous tension, enseignants mobilisés, agents territoriaux en préavis, difficultés financières du Service d’Incendie et de Secours, tensions au Comité Martiniquais du Tourisme, conflit à La Poste et retour annoncé du RPPRAC : il ne se constitue pas encore un mouvement, mais commence à se dessiner un paysage familier.

On ne se demande déjà plus quel secteur connaîtra le prochain préavis, la panique semble générale. On se demande plutôt si toutes ces douleurs, toutes ces colères, pour l’instant parallèles, resteront séparées ou finiront par trouver un point de rencontre. Dans cette hypothèse, un dénominateur commun apparaît : la vie chère et une date, le 19 octobre prochain.

Transport — quand la crise devient institutionnelle

La crise du transport constitue le phénomène le plus visible. Dans le Nord, le Centre puis le Sud, l’arrêt des réseaux urbains a profondément perturbé les déplacements quotidiens. Le TCSP et les transports scolaires permettent encore d’assurer une partie de la mobilité, mais l’essentiel du transport collectif ordinaire est affecté.  Lire Plus