Catégorie : Politiques

Jean Énal face au pouvoir colonial (2/3)

  • par Rodolf Etienne

De son élection en 1926 à la départementalisation de 1946, Gilbert Jean Énal accompagne la transformation de Sainte-Luce. Les recherches de la généalogiste Enry Lony révèlent notamment comment cet élu de la Troisième République fut maintenu à son poste sous le régime de Vichy.

L’histoire d’une commune ne se résume pas à la succession de ses édiles. Elle se construit aussi dans les décisions quotidiennes, les transformations du territoire et les rapports, parfois complexes, qu’entretiennent les élus avec les pouvoirs qui les gouvernent.

À Sainte-Luce, Gilbert Jean Énal, maire du 4 août 1926 au 14 mars 1965, offre un exemple particulièrement révélateur de cette continuité politique au milieu des bouleversements du XXe siècle.

Notre premier volet rappelait la durée exceptionnelle de son mandat. Ce deuxième article s’attache à ses premières décennies, depuis son accession à la mairie jusqu’à la départementalisation. Il s’appuie principalement sur les recherches de la généalogiste Enry Lony, réunies dans son ouvrage La commune de Sainte-Luce à travers ses élus, 1848 à 1998 — 150 ans d’histoire. Les pages consacrées à Jean Énal éclairent non seulement son itinéraire personnel, mais aussi les conditions dans lesquelles Sainte-Luce entra progressivement dans la modernité, avant de traverser les années particulièrement difficiles de la Seconde Guerre mondiale.  Lire Plus

Jeudi 5 novembre : Nou an lari-a !

— RS n° 471 du lundi 2 novembre 2026 —

Le 5 novembre, la majorité des organisations syndicales de Martinique ont décidé de s’inscrire dans ce nouveau rendez-vous lancé par celles de France, les mouvements de la jeunesse scolarisée, les gilets jaunes. Dans divers pays européens, on observe un réveil social, politique, antifasciste. Un peu partout dans le monde, l’opposition se durcit entre les racistes, suprémacistes, fachos, ultra-riches d’un côté, et mouvements populaires de l’autre. Nous appelons sans ambiguïté à participer à cette journée. Nous-nous réjouissons que ALERTE 2027, SOUTIEN AUTONOME À MÉLENCHON, ait pris la décision de descendre dans la rue, aux côtés de celles et ceux qui se mobilisent.

Nous sommes bien conscients des faiblesses du moment. Un mot les résume : paradoxe. Paradoxe entre l’urgence du moment, la colère populaire, les luttes multiples, et d’autre part les balbutiements, les divisions, les difficultés des fractions les plus déterminées à entraîner l’ensemble des forces nécessaires. Face à cela, on peut attiser les divergences, chacun.e jalousement campé sur sa supériorité supposée. On peut aussi saisir toutes les occasions de kolé têt, kolé zépol, pour ouvrir un chemin vers le front uni des masses pour arrêter la marche à l’abîme avec l’objectif de se dresser pour le « bien vivre », dans la justice, la dignité, la solidarité.  Lire Plus

La communauté haïtienne menacée d’expulsion

SOLIDARITE

Depuis la suppression du statut de protection temporaire accordé aux ressortissants haïtiens, des milliers de familles installées aux États-Unis vivent dans l’incertitude. À Miami et dans le sud de la Floride, la crainte des arrestations affecte désormais les commerces, l’emploi, l’école et la vie culturelle. Dans le quartier de Little Haiti, les conséquences dépassent la seule question migratoire : c’est une partie de la vie collective qui se fragilise.

La fin d’une protection

Le 27 juillet 2026 constitue une date charnière pour une partie de la diaspora haïtienne aux États-Unis. Ce jour-là est devenue effective la suppression du Temporary Protected Status (TPS), un dispositif fédéral permettant aux ressortissants de pays confrontés à des situations exceptionnelles de résider temporairement sur le territoire américain et, sous certaines conditions, d’y travailler légalement.

Accordée initialement aux Haïtiens à la suite du séisme dévastateur de janvier 2010, cette protection avait été prolongée à plusieurs reprises en raison de la situation sécuritaire et humanitaire du pays.

L’administration du président Donald Trump a décidé d’y mettre fin, estimant que les conditions justifiant cette désignation n’étaient plus réunies.  Lire Plus

85,5 % des adultes contaminés

SANTÉ PUBLIQUE / ENVIRONNEMENT

Les premiers résultats de l’étude Kannari 2 révèlent une diminution des concentrations de chlordécone dans le sang des populations antillaises.

Mais derrière cette amélioration statistique, la contamination demeure massive, particulièrement en Martinique.

Réunis le 27 octobre 2026, les responsables de la santé publique et les représentants de l’État ont annoncé de nouvelles mesures.

Une question persiste cependant : comment transformer les progrès de la connaissance scientifique en protection réelle des populations ?

Une amélioration qui ne doit pas masquer l’essentiel

En Martinique, 85,5 % des adultes présentent encore des traces détectables de chlordécone dans le sang. En Guadeloupe, cette proportion atteint 81,3 %. Ces chiffres, issus des premiers résultats de l’étude Kannari 2, publiés le 24 juin 2026 par Santé publique France, confirment l’ampleur d’une contamination environnementale qui continue de marquer durablement les deux territoires. L’enquête, réalisée en 2024 auprès d’environ 1 150 adultes en Martinique et 1 170 en Guadeloupe, succède à Kannari 1, menée en 2013. Elle permet pour la première fois depuis une décennie de mesurer l’évolution de l’imprégnation de la population par ce pesticide organochloré, utilisé dans les bananeraies antillaises entre 1972 et 1993.  Lire Plus

L’éphéméride du 3 novembre

Indépendance de La Dominique le 3 novembre 1978

La Dominique (en anglais : Dominica), en forme longue le Commonwealth de Dominique, est un pays et une île de l’archipel des Caraïbes, située entre les îles françaises des Saintes et de Marie-Galante (deux dépendances de la Guadeloupe) au nord, et de la Martinique, au sud. Son nom kalinago est « Wai’tu kubuli », qui signifie « Son corps est grand ».

Le premier Européen à l’avoir abordée est Christophe Colomb, lors de son deuxième voyage, en 1493. Avant son indépendance en 1978, la Dominique est un État associé de la couronne britannique (West Indies Associated States (en)) et, avant 1967, une colonie britannique membre de l’éphémère fédération des Indes occidentales (1958-1962). L’île a auparavant connu une présence française jusqu’au traité de Paris de 1763. Toutefois, la France occupe de nouveau brièvement l’île à deux reprises par la suite (1778 et 1814).

Histoire

L’île avait été initialement peuplée par des Indiens arawaks, puis par des Kalinago.

Le dimanche 3 novembre 1493, lors de son deuxième voyage aux Amériques, Christophe Colomb longe les rivages de l’île qu’il appelle ainsi « Domingo » — dimanche en espagnol —, d’où proviennent ses noms actuels, Dominique, en français et « Dominica », en anglais.  Lire Plus

Alerte 2027 : soutien autonome au candidat Mélenchon

— Communiqué de Alerte 2027 —

Vendredi 23 octobre 2026, attentat terroriste raciste dans les Yvelines, en France. Un mort, cinq blessés dont une fillette de 12 ans. Le meurtrier présumé est un homme blanc. Son objectif : venger les commerçants vandalisés lors de la manifestation du 17 octobre 2026, en tuant « des Noirs et des Arabes ». L’homme décédé s’appelait Pengo Bossio Wangi, il avait 26 ans. Il est mort parce qu’il était Noir. L’enfant grièvement blessée s’appelle Ramatou. Elle a reçu huit balles dans le corps parce qu’elle est Noire.

POURQUOI ALERTONS-NOUS LA POPULATION ?

« Les Noirs et les Arabes ». Quand le tueur présumé dit cela, il affirme qu’il existe une « bonne » couleur de peau (les Blancs) et une « mauvaise » couleur de peau (les Noirs et les Arabes). Mais ce n’est pas tout. Il affirme aussi que la « bonne » couleur est supérieure à la « mauvaise » couleur ; par conséquent la « bonne » couleur a tous les droits sur l’autre. Elle peut la mépriser et l’insulter à voix haute et à visage découvert, publiquement, officiellement, partout.  Lire Plus

Pour une Guadeloupe indépendante

– par Rodolf Etienne

L’appel du 24 octobre 2026 à la constitution d’un Conseil national de la Guadeloupe marque une nouvelle étape dans l’histoire du nationalisme guadeloupéen.

Parmi ses promoteurs figurent Luc Reinette, ancien dirigeant de la mouvance indépendantiste clandestine des années 1980, Jean-Jacob Bicep, ancien député européen, et Raymond Gauthierot, figure du syndicalisme nationaliste.

Derrière cette proposition d’un gouvernement de transition vers une République indépendante se dessine une interrogation plus ancienne : comment transformer la revendication de souveraineté en projet politique partagé par la population guadeloupéenne ?

Le 24 octobre 2026, une déclaration qui convoque l’histoire

Le 24 octobre dernier, vingt-quatre personnalités annonçaient leur volonté de constituer un Conseil national de la Guadeloupe, conçu comme un gouvernement de transition chargé de préparer l’accession de l’archipel à la pleine souveraineté. Le choix du 24 octobre renvoie à l’année 1801. Ce jour-là, dans la Guadeloupe révolutionnaire, des officiers et militaires guadeloupéens, parmi lesquels Joseph Ignace, participent au renversement de l’autorité du contre-amiral Raymond de Lacrosse. Un Conseil provisoire de gouvernement est ensuite constitué, avant que l’expédition française de 1802 ne rétablisse l’autorité consulaire et l’esclavage dans la colonie.  Lire Plus

L’éphéméride du 2 novembre

Décret des biens du clergé mis à la disposition de la Nation le 2 novembre 1789

Le décret des biens du clergé mis à la disposition de la Nation est un décret pris le 2 novembre 17891, au cours de la Révolution française, par l’Assemblée constituante. Adopté par 568 voix contre 346 sur la proposition de Talleyrand, évêque d’Autun, il disposait que les biens du clergé de l’Église catholique devaient être mis à la disposition de la Nation pour rembourser les dettes de l’État. En contrepartie, celui-ci prenait à sa charge les frais de culte, payait un salaire à ses ministres (les prêtres, qui reçurent 1 200 livres par an, alors que ceux — la majorité — qui étaient réduits à la « portion congrue » n’en touchaient que 750), et pourvoyait à l’entretien des hôpitaux et au soulagement des pauvres. Cette décision fut à l’origine de multiples difficultés que rencontra la France révolutionnaire.

Le texte
« L’Assemblée nationale décrète :

1° Que tous les biens ecclésiastiques sont à la disposition de la nation, à la charge de pourvoir, d’une manière convenable, aux frais du culte, à l’entretien de ses ministres, et au soulagement des pauvres, sous la surveillance et d’après les instructions des provinces ;

2° Que dans les dispositions à faire pour subvenir à l’entretien des ministres de la religion, il ne pourra être assuré à la dotation d’aucune cure moins de 1 200 livres par an, non compris le logement et les jardins en dépendant.  Lire Plus

L’Afrique et les Rothschild

ÉCONOMIE | HISTOIRE 

De Cecil Rhodes aux restructurations de dettes souveraines, comment une dynastie bancaire européenne a traversé près de cent cinquante ans d’histoire économique africaine.

Les Rothschild ne possèdent pas l’Afrique. Mais leur histoire est intimement liée à celle de plusieurs de ses grandes transformations économiques.

Depuis les mines de diamants d’Afrique australe à la fin du XIXe siècle jusqu’aux opérations financières qui engagent aujourd’hui plusieurs milliards de dollars, cette famille européenne a participé, directement ou par l’intermédiaire de ses établissements bancaires, à des décisions majeures concernant les ressources, les entreprises et les finances publiques du continent. Derrière un nom devenu presque mythique se dessine une réalité plus intéressante que les légendes : celle d’une influence financière ancienne, progressivement transformée, et d’une interrogation toujours actuelle sur la souveraineté économique africaine.

Une dynastie européenne à la conquête des marchés mondiaux

L’histoire commence à Francfort, dans l’actuelle Allemagne, avec Mayer Amschel Rothschild (1744-1812), fondateur d’une maison financière dont les cinq fils développent les activités dans plusieurs capitales européennes, notamment Londres, Paris, Vienne et Naples. Au XIXe siècle, cette organisation familiale internationale permet de financer des États, des infrastructures et de grandes entreprises.

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Ellen Johnson Sirleaf : Voix de femmes, voie de paix

HISTOIRE | POLITIQUE 

À 88 ans, Ellen Johnson Sirleaf demeure l’une des grandes figures politiques de l’Afrique contemporaine.

Première femme élue démocratiquement à la tête d’un État africain, présidente du Libéria de 2006 à 2018 et prix Nobel de la paix en 2011, elle a conduit la reconstruction d’un pays dévasté par quatorze années de guerres civiles.

Mais son héritage, immense sur le plan symbolique, ne saurait être détaché des controverses sur la justice, la corruption et les promesses sociales inachevées. Son combat se poursuit désormais à travers la formation d’une nouvelle génération de dirigeantes africaines.

Le 29 octobre 2026, Ellen Johnson Sirleaf a célébré son 88ᵉ anniversaire. Quelques jours auparavant, le 12 octobre, elle rencontrait à Rome le directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Qu Dongyu, pour évoquer la sécurité alimentaire et l’émancipation économique des agricultrices africaines.

Une rencontre qui rappelle combien l’ancienne présidente du Libéria demeure engagée dans les grands débats du continent.

Une enfant de Monrovia dans un pays traversé par l’histoire

Ellen Johnson Sirleaf naît le 29 octobre 1938 à Monrovia, capitale du Libéria, sur la côte atlantique de l’Afrique de l’Ouest.

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Octobre de nos malheurs!

—Par Robert Lodimus —

« Ce qui est terrible, ce n’est pas de souffrir ni de mourir, mais de mourir en vain. »

(Jean-Paul Sartre)

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Pour les combattants de la Liberté, octobre, outre le symbolisme de la Révolution des bolcheviks qu’il renferme, demeure un mois de martyrologie. Le 9 octobre 2026, les masses populaires anti-impérialistes ont salué la mémoire de l’illustrissime Ernesto Che Guevara. Depuis 59 ans, elles ne se sont jamais lassées d’accomplir cet acte majestueux de commémoration honorable à l’endroit de ce Héros légendaire qui caressait un « Rêve de Justice sociale » incomparable, qui avait élaboré un « Projet politique » d’une audace rationnelle, au moyen duquel – très certainement – les pauvres de l’humanité seraient parvenus à refaire leur visage entaillé et amoché par le « mal vivre » systématisé. Le capitalisme n’a-t-il pas institutionnalisé la « pauvreté » à l’Ouest et la « misère » à l’Est ? À l’instar du Charpentier de Nazareth, Ernesto Guevara est mort pour la Rédemption sociale, économique et politique des peuples dépouillés de leurs droits, des êtres humains bestialisés, enfermés çà et là dans les enclos des puissances dominatrices : de pauvres hères qui regardent leur avenir à travers des prismes de désillusions et d’abattements.  Lire Plus

L’éphéméride du 1er novembre

La « Toussaint rouge » marque le début de la guerre de libération algérienne dite « Guerre d’Algérie» le 1er novembre 1954.

La Toussaint rouge, parfois appelée Toussaint sanglante, est le nom donné en France à la journée du 1er novembre 1954, durant laquelle le Front de libération nationale (FLN) manifeste pour la première fois son existence en commettant une série d’attentats en plusieurs endroits du territoire algérien, à l’époque sous administration française. Cette journée est rétrospectivement considérée comme le début de la guerre d’Algérie (1954-1962) et elle est devenue une fête nationale en Algérie.

La formule se réfère à la Toussaint (littéralement : fête de tous les saints), dont la date est le 1er novembre, à laquelle une signification funèbre est souvent attribuée par confusion avec le jour des morts (2 novembre).

L’Algérie du statut de 1947
En 1954, le territoire de l’Algérie est considéré comme partie intégrante de la République française (et non pas une partie de l’Union française). La population de l’Algérie est divisée en deux catégories principales : les citoyens appartenant au premier collège électoral (dits « Français d’Algérie », « Européens », « pieds-noirs ») ; les citoyens appartenant au deuxième collège (dits « musulmans » ; « indigènes » jusqu’en 1947), les deux collèges d’un million d’Européens d’une part et de huit millions d’Algériens d’autre part élisent le même nombre de représentants.  Lire Plus

Les vraies urgences martiniquaises

— Par Jean-Pierre Maurice —
À l’heure où les élus martiniquais préparent avec l’État une étrange autonomie, un nombre croissant de Martiniquais constatent de graves difficultés dans leur vie quotidienne : prix des denrées alimentaires hors de contrôle, transports défaillants, accès aux soins compliqué, chômage élevé et services publics sous tension…

Les vraies urgences sont oubliées
Pire : alors que la population subit de plein fouet la vie chère, l’incertitude économique et les difficultés de toutes sortes, l’énergie politique se concentre sur un projet d’autonomie dont les contours restent flous et les bénéfices incertains. Beaucoup de Martiniquais se sentent obligés de « se débrouiller » face à des problèmes concrets que les responsables peinent à résoudre.
On dénombre ainsi de multiples alertes sociales et économiques non traitées avec l’urgence nécessaire. En cause, un sentiment de déconnexion entre les préoccupations des habitants et les priorités de certains décideurs.

Lautonomie vraiment ?
Avant de s’engager dans une autonomie risquée, ne serait-il pas plus juste et plus opportun que les élus et l’État assurent déjà le règlement des problèmes concrets qui handicapent quotidiennement la population martiniquaise, et que les solutions proposées répondent vraiment aux besoins des habitants ?  Lire Plus

L’éphéméride du 30 octobre

Nat Turner, esclave noir insurgé à l’origine de la plus importante rébellion d’esclaves de l’Histoire des États-Unis, est capturé et arrêté dans le comté de Southampton le 30 octobre 1831.

Nathaniel dit Nat Turner, né probablement le 2 octobre 1800 et mort pendu le 11 novembre 1831, est un esclave et un prédicateur afro-américain. En 1831, il conduit une révolte dans le comté de Southampton en Virginie. Cette insurrection sanglante d’esclaves entraîne une répression, légale et illégale, encore plus sanglante, et déclenche dans les États du Sud, la promulgation de nouvelles dispositions durcissant encore plus les Codes de l’esclavage (Slave codes (en)). Dans les années 1960, Nat Turner devient une icône du mouvement du Black Power.

Biographie
Jeunesse et formation
Nat Turner naît dans le comté de Southampton dans l’État de Virginie où il restera toute sa vie. Il doit son nom au propriétaire de sa mère, Benjamin Turner qui est probablement son père. Benjamin Turner ou l’un de ses fils légitimes lui apprendra à lire, écrire et compter, tandis que sa mère Nancy lui transmet la fierté de ses origines africaines et la haine de l’esclavage.  Lire Plus

Rodolphe Solbiac : La CARICOM et la bataille des savoirs

  • par Rodolf Etienne

À l’heure où la Martinique vient d’intégrer officiellement la Communauté des Caraïbes (CARICOM), les travaux de l’universitaire martiniquais Rodolphe Solbiac prennent une résonance particulière.

Depuis plusieurs années, ce spécialiste des littératures anglophones et des études postcoloniales explore une question fondamentale : comment les sociétés issues de l’esclavage et de la colonisation peuvent-elles transformer leur présent en reconstruisant les savoirs qui permettent de comprendre leur histoire ? Une réflexion qui rejoint directement les orientations de la CARICOM en matière de justice réparatrice.

Un universitaire martiniquais au cœur de la pensée caribéenne

Rodolphe Solbiac est maître de conférences habilité à diriger des recherches à l’Université des Antilles, sur le campus de Schœlcher. Ses travaux s’inscrivent dans le domaine des études postcoloniales, des Cultural Studies et des littératures de la Caraïbe anglophone. Ils interrogent notamment la mémoire historique, les constructions identitaires, les formes de domination héritées de la colonisation et les possibilités de transformation des sociétés contemporaines. Son parcours scientifique présente une particularité importante. Plutôt que d’étudier séparément les œuvres littéraires, les évolutions politiques et les transformations sociales, il cherche à comprendre les relations qui les unissent.  Lire Plus

L’éphéméride du 24 octobre

Lettre de démission du PCF d’Aimé Césaire à Maurice Thorez le 24 octobre 1956

Quelques mois après le percutant rapport Khrouchtchev qui révéla les crimes de Staline, Aimé Césaire a adressé cette lettre de démission à Maurice Thorez alors secrétaire général du Parti communiste Français. « Je crois en avoir assez dit pour faire comprendre que ce n’est ni le marxisme ni le communisme que je renie, que c’est l’usage que certains ont fait du marxisme et du communisme que je réprouve. »
{{Aimé Césaire, Député de la Martinique, à Maurice Thorez, Secrétaire Général du Parti Communiste Français.}}

Maurice Thorez,

Il me serait facile d’articuler tant à l’égard du Parti Communiste Français qu’à l’égard du Communisme International tel qu’il est patronné par l’Union Soviétique, une longue liste de griefs ou de désaccords. _ La moisson a été particulièrement riche ces derniers temps et les révélations de Khrouchtchev sur Staline sont telles qu’elles ont plongé, ou du moins, je l’espère, tous ceux qui ont, à quelque degré que ce soit, participé à l’action communiste dans un abîme de stupeur, de douleur et de honte.  Lire Plus

L’éphéméride du 19 octobre

À Grenade, Maurice Bishop, chef du Gouvernement révolutionnaire populaire, est tué par la faction radicale de son parti. Un conseil militaire prend le pouvoir le 19 octobre 1983.

Maurice Rupert Bishop, né le 29 mai 1944 à Aruba et mort le 19 octobre 1983 à la Grenade, est un homme politique et révolutionnaire grenadin, Premier ministre de l’île entre 1979 et 1983.

Jeunesse et formation en Angleterre
Maurice Rupert Bishop est né le 29 mai 1944 à Aruba, alors colonie néerlandaise. Ses parents, Rupert et Elment Bishop, venaient de Grenade, où son père ne gagnait que 5 pence britanniques par jour. À la fin de 1930, pour améliorer sa situation financière, il déménage à Aruba pour travailler dans l’industrie du pétrole. En 1950, la famille revient à Grenade où son père ouvre un petit commerce à Saint-Georges. Il suit des études dans des écoles méthodistes puis catholiques de Grenade. Il obtient ensuite une bourse du gouvernement pour étudier dans un des établissements catholique les plus prestigieux de l’île où il devient président du club des élèves et rédacteur du journal de l’école.  Lire Plus

L’éphéméride du 17 octobre

Révolte noire aux JO de Mexico le 17 octobre 1968

Tommie Smith et John Carlos aux JO de Mexico le 17 octobre 1968 (DR)Le 17 octobre 1968, pendant les Jeux Olympiques de Mexico (12-27 octobre), les athlètes américains Tommie Smith et John Carlos, champions du 200 mètres, montent sur le podium à la 1ère et à la 3ème place.

Au moment où retentit l’hymne américain et s’élève la bannière étoilée, ils baissent ostensiblement la tête et lèvent leur poing ganté de noir.

Par ce geste qui signera la fin de leur carrière, ils affichent leur soutien au mouvement antiségrégationniste américain des Black Panthers.

L’Australien Peter Norman, sur la deuxième marche du podium, manifeste son soutien avec un badge du mouvement de protestation des droits civiques. Exclu des Jeux suivants, il sera porté en terre par ses deux amis afro-américains à sa mort en 2006.  Lire Plus

De l’entre deux guerres à la départementalisation, une traversée paradoxale du siècle – Gilbert Jean Énal

  • Par Rodolf Etienne

Pendant près de quatre décennies, un maire a présidé la destinée de Sainte-Luce, dans le sud de la Martinique.

Jean Énal (1926–1965), parfois identifié dans les sources sous les prénoms de Gilbert Jean Énal dirigea la commune du 4 août 1926 jusqu’en mars 1965.

Avec ses trente-neuf années à la tête de la municipalité, Gilbert Jean Enal détient le record de longévité parmi les maires de Sainte-Luce.

De l’entre-deux-guerres à la départementalisation, de l’administration coloniale à la modernisation des communes martiniquaises, retour sur un édilité dont la longévité politique mérite de retrouver sa place dans la mémoire collective. 

Un maire au cœur des grandes transformations du XXe siècle

En août 1926, soit un tout petit peu plus d’une centaine d’années, lorsque Gilbert Jean Énal accède à la mairie, la Martinique est encore une colonie française. Les communes rurales vivent largement de l’agriculture, tandis que les activités commerciales et les infrastructures se concentrent dans les bourgs et les principaux centres urbains. Trente-neuf ans plus tard, lorsque son mandat s’achève, la Martinique est devenue un département français depuis 1946. L’administration, les institutions publiques et les attentes des populations ont profondément évolué.  Lire Plus

L’éphéméride du 15 octobre

Joseph Gallieni fait fusiller les princes malgaches, dans la colonie de Madagascar et ses dépendances le 15 octobre 1896.

Gallieni est envoyé en 1896 à Madagascar en tant que résident général. Il arrive à Tananarive le 15 septembre. À la méthode diplomatique de son prédécesseur, le général M. Laroche, il préfère la méthode forte pour endiguer la montée de la résistance anti-coloniale. Il instaure le travail forcé des indigènes en imposant 50 jours de corvée par adulte. La cour royale, foyer de résistance contre la France, est placée sous surveillance.
Le 11 octobre 1896, lendemain du départ de l’ancien résident général Laroche, Gallieni, qui jouit des pleins pouvoirs, fait arrêter le prince Ratsimamanga et Rainandriamampandry, ministre de l’Intérieur, et les traduit devant le Conseil de guerre pour rébellion et « fahavalisme ». Le 15 octobre, à l’issue d’une parodie de procèsNote 1,8, ils sont condamnés à mort et exécutés à titre d’exemple, souhaitant faire « forte impression sur les indigènes ». Un des membres du Conseil de guerre devait confirmer par la suite que les deux accusés avaient été « condamnés sur ordre » de Gallieni.  Lire Plus

Transport (1) : Sortir des logiques de boutiquiers

– par Ali Babar Kenjah

Parmi tant de dossiers douloureux affectant l’actualité martiniquaise, insidieusement, de grèves diverses en cessation de paiement, de pannes techniques en hausse du carburant, le dossier du transport s’est imposé en bonne place des préoccupations des uns et des autres.

Toujours traité comme une problématique technique parmi d’autres, la multiplication des avanies du secteur a toutefois permis d’en mesurer les très humaines spécificités.

Car, en matière de flux, faire circuler des individus est bien différent que de faire circuler de l’eau, de l’électricité ou des marchandises. C’est, précisément, cette trop évidente différence de nature qui devrait nous imposer une approche mieux adaptée des enjeux et du financement du transport public en Martinique. Dans ce premier volet, ma réflexion propose de souligner les caractères spécifiques qui nous imposent, dans ce cas précis, de sortir des strictes logiques comptables pour nous confronter aux véritables défis systémiques, dont la globalité mondialisée frappe déjà à notre porte (monnaie).

Un des principaux freins à la problématique récurrente du transport à la Martinique résulte, plus généralement, du mode de gestion technocratique et libéral dominant au sein des collectivités locales.  Lire Plus

Nyadol Nyuon : Une voix au cœur du débat australien

— Par Rodolf Étienne

Elle est née dans un camp de réfugiés en Éthiopie. A grandi dans celui de Kakuma, au Kenya, puis a rejoint l’Australie en 2005, à la fin de son adolescence.

Quelques années plus tard, Nyadol Nyuon devenait avocate, écrivaine, conférencière et l’une des voix les plus visibles du débat australien sur le racisme, l’immigration, les réfugiés et la représentation des communautés africaines.

Son parcours pourrait être raconté comme une spectaculaire réussite individuelle. Il raconte aussi quelque chose de beaucoup plus concret : la guerre, l’exil, la puissance de l’éducation, et cette question qui traverse aujourd’hui de nombreuses sociétés occidentales : à quelles conditions peut-on réellement appartenir à un pays lorsque l’on reste continuellement renvoyé à sa différence ?

Née dans l’exil – d’Ethiopie, du Kénya à l’Australie

Nyadol Nyuon naît en 1987 dans le camp de réfugiés d’Itang, en Éthiopie, au sein d’une famille soudanaise déplacée par la guerre. Lorsque de nouveaux affrontements rendent la région dangereuse, sa famille entreprend un déplacement de plusieurs semaines vers le Soudan, avant qu’une partie de son enfance ne se déroule au Kenya, entre Nairobi, Lodwar et surtout Kakuma, l’un des plus importants camps de réfugiés d’Afrique de l’Est.  Lire Plus

Cheikh Anta Diop et le nucléaire africain

— Par Rodolf Étienne

On connaît Cheikh Anta Diop comme historien, anthropologue, linguiste, penseur de l’unité africaine et figure majeure de la réécriture de l’histoire du continent.

On connaît beaucoup moins Cheikh Anta Diop le physicien, formé aux sciences exactes, enseignant de physique-chimie et utilisateur des techniques nucléaires pour dater le passé africain.

Pourtant, cette dimension scientifique n’est pas secondaire : elle constitue l’un des piliers de sa méthode.

À son retour au Sénégal au début des années 1960, après sa formation en France, Cheikh Anta Diop rejoint l’Institut français d’Afrique noire, devenu par la suite l’IFAN Cheikh Anta Diop. Il y développe une ambition singulière : mettre les sciences expérimentales au service de l’histoire africaine. L’IFAN rappelle qu’il avait enseigné la physique-chimie dans des lycées parisiens avant son retour à Dakar et qu’il refusa de cloisonner histoire, archéologie, physique, chimie et biologie.

Physique et chimie nucléaires des basses énergies – le carbone 14

Parler de « nucléaire » à propos de Cheikh Anta Diop nécessite une précision essentielle. Il ne s’agit ni d’un programme militaire, ni de la construction d’un réacteur électronucléaire.  Lire Plus

L’éphéméride du 14 octobre

Création « officielle » de l’OJAM le 14 octobre 1962

Le Manifeste de l’OJAM (OJAM pour Organisation de la Jeunesse Anticolonialiste de la Martinique) ou « La Martinique aux martiniquais », est un manifeste rédigé en 1962 en Martinique par 18 auteurs. Il fut placardé en Martinique les 23 et 24 décembre 1962

Les 18 auteurs
Rodolphe Désiré, Renaud de Grandmaison, Henri Pied, Hervé Florent, Marc Pulvar, Joseph René-Corail, Léon Sainte-Rose, Charles Davidas, Roger Riam, Victor Lessort, Gesner Mencé, Henri Armougon, Manfred Lamotte, Guy Dufond, Guy Anglionin, Georges Aliker, Josiane Saint-Louis-Augustin et Roland Lordinot.

Conséquences et réactions
Les 18 jeunes auteurs de ce manifeste sont arrêtés, emprisonnés à Fresnes et accusés d’atteinte à la sûreté de l’État. Ils sont jugés, lors d’un procès politique en 1964 qui se soldera par un acquittement général.

En décembre 1959, 3 fils de la Martinique, BETZI, MARAJO, ROSILE, tombaient victimes des coups du colonialisme français. Ce sacrifice montra à la jeunesse de notre pays la voie de l’émancipation, de la fierté, de la dignité.
Depuis, notre peuple, si longtemps plongé dans les ténèbres de l’histoire, offre une résistance de plus en plus grande à l’oppression coloniale.  Lire Plus

Yoweri Kaguta Museveni : Du panafricanisme à la croissance économique

— Par Rodolf Étienne

Yoweri Kaguta Museveni dirige l’Ouganda depuis 1986.

Quarante ans après, le président demeure au coeur de la vie politique ougandaise.

En janvier 2026, la Commission électorale ougandaise le déclarait vainqueur d’un septième mandat avec un peu plus de 70 % des suffrages.

Il est l’un des plus anciens dirigeants du continent et son parcours résume à lui seul plusieurs grandes séquences de l’histoire politique récente de l’Afrique de l’Est : lutte armée, reconstruction de l’État, panafricanisme, guerres régionales, développement économique, militarisation du pouvoir, ouverture au multipartisme, pétrole, contestation démocratique.

Yoweri Museveni débute une nouvelle étape présidentielle entamée tandis que Ronald Reagan dirigeait les États-Unis, François Mitterrand la France et Mikhaïl Gorbatchev l’Union soviétique.

De Dar es-Salaam à la guérilla

Yoweri Museveni naît en 1944, dans l’ouest de l’Ouganda. Étudiant à l’Université de Dar es-Salaam, en Tanzanie, il évolue dans l’un des grands foyers intellectuels africains de l’époque postcoloniale.

Sa biographie présidentielle cite parmi ses lectures Frantz Fanon, Karl Marx, Lénine, Mao, Walter Rodney mais également des auteurs occidentaux comme John Kenneth Galbraith. Une formation qui nourrit une pensée mêlant nationalisme africain, critique de la dépendance, transformation économique et unité continentale.   Lire Plus