Catégorie : Politiques

Élections municipales et intercommunales

Analyse inédite des candidatures du 1er tour

À trois jours du premier tour des élections municipales et intercommunales ce dimanche 15 mars, Intercommunalités de France publie une analyse inédite des candidatures déposées. Nombre de listes par commune, absence ou non de second tour, décision des sortants, féminisation…, les premiers enseignements sont nombreux, à la veille du scrutin à l’échelle communale et intercommunale.

L’analyse réalisée par Intercommunalités de France fait ressortir un premier constat : la généralisation du scrutin de liste paritaire dans les communes de moins de 1 000 habitants n’a pas entraîné de recul des candidatures, contrairement à certaines déclarations faites dans les médias ces dernières semaines.

Chiffres clés :

Nombre de candidats : 904 000 candidats aux élections municipales en 2026, contre environ 903 000 au 1er tour de 2020 ;

Féminisation dans les petites communes : 432 000 femmes candidates, dont plus de 175 000 dans les communes de moins de 1 000 habitants, contre 135 400 en 2020 ;

Maires sortants candidats : 63 % des maires sortants repartent comme têtes de liste ;

Présidents d’intercommunalité sortants : 78 % des présidents d’intercommunalité sortants sont candidats aux municipales dans leur territoire ;

Absence de second tour : un premier tour potentiellement décisif dans 93,3 % des communes, contre 86,2 % en 2020 ;

3e tour intercommunal : 427 intercommunalités au moins compteraient toutes leurs communes pourvues dès le premier tour, contre 152 en 2020.

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On serre les coudes, on serre les dents, on serre les rangs !

8 mars, journée internationale de lutte des droits des femmes

— Par RS n° 437 lundi 9 mars 2026 —

Ce 8 mars 2026, la journée internationale de lutte des femmes a une coloration particulière. Tandis que les fourbes tentent de brouiller les pistes en évoquant une prétendue « théorie du genre » issue de leurs cervelles perverties, nous voyons bien que leur ennemi, c’est l’égalité des droits entre les hommes et les femmes. Chaque fois que le fascisme progresse, l’égalité est en danger. Égalité entre les genres, égalité entre les prétendues « races », égalité entre nationaux et étrangers, entre originaires et immigréEs, entre les religions, entre les civilisations, entre les valides et les personnes souffrant de handicap. Pour perpétuer les inégalités de classes, les oligarchies attisent, fomentent, inventent des inégalités pour diviser les classes d’en bas.

En 2026, les masculinistes sentant le sol se dérober sous leurs gros sabots, effrayés par la lutte des femmes qui tiennent le haut du pavé, redoublent d’agressivité. Ils tournent la tête quand on met sous leurs yeux, les statistiques des violences sexuelles ou sexistes, ils montrent leurs crocs contre le droit aux IVG, ils s’agacent quand on s’indigne des inégalités de salaires, ils jubilent ou ricanent quand les grossièretés prennent comme cibles les femmes ou les orientations sexuelles, ils ne trouvent rien à redire aux stéréotypes de genre.

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Tout goudron, tout béton et l’on s’en fout du rhum Neisson

— Par Térèz Léotin —

Il existe au Carbet, à la Martinique, un rhum très apprécié des amateurs du monde entier. Il est hélas en danger de mort cependant. Ce rhum n’est autre que le Rhum Neisson avec notamment son « zépol karé » légendaire largement prisé, ainsi dénommé en raison de la forme très originale de la bouteille. Ce rhum agricole nécessite, comme tous les autres, un environnement approprié qui favorise la qualité de la production. Les concepteurs martiniquais, en effet, ont été les premiers et les seuls à obtenir le label rhum agricole de la Martinique, d’Appellation d’Origine Contrôlée (AOC). Le « Rhum de la Martinique » l’est devenu par décret du 05 novembre 1996, publié dans le Journal officiel de la République française du 08 novembre de la même année. L’AOC a été délivrée par l’Institut national des appellations d’origine, « après plus de vingt années de démarches de la part des acteurs de la filière. » L’appellation d’origine contrôlée (AOC) concerne notamment les spiritueux. Elle garantit au consommateur « un lien étroit entre le produit et son terroir qui tous les deux doivent être de qualité ».

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Solidarité avec Cuba, contre l’impérialisme, le fascisme, pour l’autodéteriation des peuples !

— RS n° 436 du lundi 2 mars 2026 —

De la salle Victor Lamon, vendredi 20 février, les solidaires de Cuba sont passés à la cour de la maison des syndicats, vendredi 27 où 200 personnes environ ont pu entendre, entre les magnifiques prestations
musicales de Bèlèrumba, de Bwamabi, de Victor Sanon, les explications sur la situation à Cuba, sur l’initiative du mouvement unitaire de solidarité, sur les enjeux humanitaires, sur la signification politique du combat.

Des messages émanant de Cuba, de Guadeloupe ont émaillé la soirée. Sur une table à l’entrée, 4000 euros ont pu être récoltés qui seront fort utiles pour organiser les collectes de denrées alimentaires, pharmaceutiques, etc… qu’il s’agira d’acheminer à Cuba en fonction des demandes reçues des autorités.

Cuba n’est pas, pour l’heure, victime d’un cyclone, mais bien de l’aggravation d’un blocus criminel imposé par l’impérialisme US. La version actuelle de cet impérialisme est la plus brutale, la plus scélérate de toutes, puisque le sieur Trump a décidé d’étrangler Cuba, d’en « prendre le contrôle pacifiquement » (sic). Le « King » fasciste qui trône à Washington veut mettre en coupe réglée « sa » propre population et soumettre la planète à sa prédation, à sa férocité de bête blessée.

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Fort-de-France : une campagne municipale sous le poids des affaires

— Par Jean Samblé —

À l’approche des élections municipales prévues le 15 mars, la vie politique de Fort-de-France, chef-lieu de la Martinique, traverse une période de fortes tensions. Le scrutin s’annonce décisif pour l’avenir du Parti progressiste martiniquais (PPM), formation historique fondée en 1958 par Aimé Césaire et longtemps dominante dans la capitale martiniquaise. Le maire sortant, Didier Laguerre, candidat à un troisième mandat, mène campagne dans un contexte politique inédit, marqué par des affaires judiciaires, une recomposition des alliances et l’émergence de nouvelles forces issues du mouvement social.

Une affaire judiciaire au cœur de la campagne

Pendant plusieurs semaines, l’hypothèse d’une condamnation judiciaire a pesé sur l’avenir politique de Didier Laguerre. Le maire de Fort-de-France était poursuivi devant le tribunal judiciaire de Paris pour recel de détournement de fonds publics aux côtés de son premier adjoint, Yvon Pacquit, et de l’ancien maire de la ville, Serge Letchimy.

L’affaire trouve son origine dans un rapport de la chambre régionale des comptes publié en 2021. Celui-ci pointait un montage administratif ayant permis à Serge Letchimy de faire valoir ses droits à une retraite anticipée d’ingénieur territorial de la ville de Fort-de-France en 2016, alors qu’il occupait toujours un mandat parlementaire à l’Assemblée nationale.

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Haïti : Pour comprendre le phénomène des gangs armés…

— Par Robert Lodimus —

« Dans une société fondée sur le pouvoir de l’argent, tandis que quelques poignées de riches ne savent être que des parasites, il ne peut y avoir de « liberté », réelle et véritable. »

  (Lénine)

Tout va de travers dans ce pays que l’on appelait autrefois – et non par ironie – la Perle des Antilles. À cette époque-là – qui était aussi celle du Bicentenaire du président Dumarsais Estimé – les touristes venus des quatre coins de la planète déambulaient par dizaines dans les rues des villes accueillantes et longeaient sans inquiétude les sentiers des campagnes verdoyantes, noyées dans l’exubérance des forêts vierges. Ce temps béni et enchanteur n’existe plus dans cette presqu’île mourante de la Caraïbe. Aujourd’hui, la République d’Haïti incarne, symbolise aux yeux des étrangers une clocharde lépreuse qui attend sa dernière heure dans la honte grisailleuse, une pestiférée malchanceuse que même sa diaspora cherche volontairement à éviter par tous les moyens. 

En 2025, la population haïtienne était évaluée à 12 037 506 habitants. 75% du nombre se retranchaient dans les bas-fonds d’une misère au goût de fiel.

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Meurtre de Quentin Deranque : quels mécanismes conduisent à la violence politique ?

La mort de Quentin Deranque à Lyon et l’interpellation de militants antifascistes relancent un débat brûlant sur la responsabilité politique, mais surtout sur les mécanismes qui mènent au passage à l’acte. Dans cette analyse, Antoine Marie (CEVIPOF) montre que, loin d’être le produit d’une folie individuelle, la violence politique s’inscrit souvent dans une progression lente. L’un des concepts clés est celui de « l’escalier de la radicalisation » : progressif et insensible, mais pouvant aboutir à l’irréparable.

Comment des gens a priori ordinaires en viennent-ils à commettre des violences en réunion politiquement motivées ? Le psychologue Fathali Moghaddam a proposé un modèle devenu classique, « l’escalier vers le terrorisme », qui s’applique assez bien à la violence politique en général. Selon son analyse, l’action politique violente est l’étape finale d’un long escalier qui s’élève et se rétrécit très progressivement.

Première marche : l’exposition sélective. On ne consulte plus que des sources d’information politiques qui renforcent ses perceptions négatives et des analyses partisanes d’enjeux politiques complexes. On cesse progressivement le contact avec des interlocuteurs nuancés, capables de défendre le point de vue adverse.

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Haïti : La mort du soleil au pays des aïeux…

— Par Robert Lodimus —

«  Le moyen ne peut être justifié que par la fin. Mais la fin a besoin aussi de justification. Du point de vue du marxisme, qui exprime les intérêts historiques du prolétariat, la fin est justifiée si elle mène à l’augmentation du pouvoir de l’homme sur la nature et à l’abolition du pouvoir de l’homme sur l’homme.»
(Léon Trotsky)

Nous avons abondamment expliqué, au cours de cette série, – dans laquelle nous utilisons le mot Carthage, qui représente une cité prospère de l’antiquité, comme métaphore –, que les puissances esclavagistes ne sont pas disposées à soutenir véritablement les efforts de développement et d’autodétermination des pays qu’elles maintiennent elles-mêmes sous la dépendance et la domination du « Capital ». Yalta, cette ville historique de Crimée où se rencontrèrent en février 1945 Franklin D. Roosevelt des États-Unis, Winston Churchill du Royaume uni, Joseph Staline de l’Union soviétique, symbolisent le lieu de la manifestation du cynisme des puissances impérialistes.

Les futurs vainqueurs de la seconde guerre mondiale séparèrent entre eux la terre, l’océan et l’espace, avant même la défaite officielle de l’Allemagne et la capitulation outrageante du Japon.

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Le mouvement de solidarité avec Cuba s’impose, comme un urgence absolue !

— RS n° 435 lundi 23 février 2026 —

La réunion pour la solidarité avec Cuba qui s’est tenue vendredi 20 février, répondait à un besoin évident reconnu par plusieurs organisations. Près de 150 personnes, attentives et motivées, ont débattu de la situation et du que faire.

Difficile de nier que la Caraïbe fait partie des zones dans le viseur du fascistoïde de Washington. Aux grossières menaces contre Sainte-Lucie, la Jamaïque, le Mexique ; aux flottes qui séjournent devant Haïti ou le Venezuela, s’ajoutent maintenant les propos violents contre Cuba avec la volonté clairement exprimée d’asphyxier le pays.

Tout cela s’apparente au crime contre l’humanité. Cette situation réactive les sentiments de sympathie pour Cuba, des contacts sont repris.

 Les artistes répondent positivement. Il est important de transformer l’indignation en mobilisation concrète à la fois urgente et durable. 

Un gros coup d’envoi sera donné  

VENDREDI 27 FÉVRIER, à 18h

Cour de la maison des syndicats.

Explications, Musique, Quête solidaire.

BAS LES PATTES DEVANT CUBA !

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Chalvet 1974 : du bon usage du Secret-Défense

— Les Contrechroniques d’Yves-Léopold Monthieux —

Ce 14 février 2026, la conjonction de trois événements marquants – le carnaval, la St Valentin et février 1974 – a été préjudiciable au dernier nommé. En effet, dans l’ambiance d’omerta des gens du cru, sous les auspices d’une presse acquise, inaudible sous les tambours de Vaval, hermétique aux émois de la St Valentin, la commémoration de Chalvet, version 2026, fut expédiée. Réduit à la resucée des récits de chasseurs et à la messe annuelle des fonctionnaires « anciens combattants », les ouvriers agricoles ne furent guère présents à cet anniversaire qui semble bien avoir été confisqué.

Pour satisfaire la doxa intellectuelle bien plus que la mémoire ouvrière, le mythe de Chalvet a besoin que le jeune Georges Placide Marie-Louise, ouvrier maçon de son état, qui n’avait jamais été vu au cours des manifestations des ouvriers agricoles, ait été assassiné par les gendarmes et abandonné, le corps sans vie, sur une plage du Lorrain. Peu importe que trois médecins ayant pratiqué l’autopsie du corps, dont l’autonomiste Pierre Aliker, figure tutélaire du PPM et de la gauche, ainsi que l’ancien de l’OJAM Guy Sobesky, le très respecté médecin hospitalier récemment décédé, aient conclu à une mort naturelle.

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L’Épée de Damoclès judiciaire dans le ciel des Tropiques : la probité comme arme de gouvernance

Ce que la condamnation de Serge Letchimy dit de la République

 Par Yves Untel Pastel —

Ce texte met en débat une justice à deux vitesses qui frappe les élus antillais avec une rapidité et une sévérité que l’on ne retrouve pas au sommet de l’État. Là où les dossiers parisiens traînent souvent pendant des décennies, les procédures en Outre-mer sont utilisées comme de véritables outils de mise hors-jeu politique immédiate. Cette inégalité de traitement transforme les condamnés en victimes aux yeux de la population, renforçant le sentiment d’une discipline coloniale plutôt que d’une véritable justice pour tous. Que cette composition ne soit pas interprétée comme une porte ouverte au laisser-faire ou un sauf-conduit pour la corruption, mais plutôt comme un rappel : la moralité en politique doit suivre ce principe du ruissellement — des sommets vers les plaines — réputé si cher aux chantres de la gestion rigoureuse de la chose publique.

La condamnation de Serge Letchimy, s’inscrivant dans une suite de procédures visant les figures de l’échiquier antillais, dépasse le simple cadre du purisme judiciaire. Elle agit comme le révélateur d’une tension historique profonde : celle d’une République qui exige de ses périphéries une vertu qu’elle peine, aux sommets de l’État, à s’appliquer à elle-même.

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Carnaval : le Danmyé de la discorde

— Les ContreChroniques d’Yves-Léopold Monthieux —

Fort-de-France le 18 février 2026

Ce n’était pas du jeu. C’était le danmyé « lévé-fessé », le vrai, celui du « la ou lé, lè ou lé » celui où les majors se donnaient rendez-vous, se lançaient parfois leur dernier défi. Le joyeux carnavalier de ce dimanche gras ne s’y serait pas aventuré car, d’instinct, il aurait compris que pour pénétrer dans la ronde, il fallait les avoir bene pendantes, comme pour les jeux de cirque romains.

Ce dimanche, donc, un incident a défrayé la chronique et les réseaux sociaux. Au cours d’une exhibition de danmyé, un carnavalier hexagonal a voulu entrer dans la ronde pour s’essayer à cette pratique culturelle. Peut-être que rendu audacieux par l’alcool, a-t-il succombé à cette ambiance de liberté du « fais ce qu’il te plaît » qui est la caractéristique du carnaval martiniquais ? Il aurait été écarté sans ménagement de la piste, sous les yeux de spectateurs qui ont diversement apprécié le tableau. De la part des officiants, il s’agirait d’une commémoration spirituelle davantage qu’une manifestation ludique, un temps mémoriel fort dont la couleur de peau de l’intéressé en aurait fait un intrus.

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Serge Letchimy condamné pour concussion : 18 mois avec sursis et cinq ans d’inéligibilité, appel annoncé

Le tribunal correctionnel de Paris a rendu, jeudi 19 février, sa décision dans l’affaire portant sur les conditions de départ à la retraite de Serge Letchimy, actuel président du conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM).

Initialement poursuivi pour détournement et recel de détournement de fonds publics, l’élu martiniquais a finalement été relaxé de ces chefs. Les juges ont toutefois requalifié les faits en concussion,  c’est-à-dire « le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, de recevoir, exiger ou ordonner de percevoir à titre de droits ou contributions, impôts ou taxes publics, une somme qu’elle sait ne pas être due, ou excéder ce qui est dû« , estimant qu’il avait perçu des sommes indues en raison de sa position et de sa parfaite connaissance des règles applicables aux agents publics.

Une condamnation assortie d’un appel

Serge Letchimy a été condamné à 18 mois de prison avec sursis, 150 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité. Le tribunal n’a pas prononcé l’exécution provisoire de cette peine d’inéligibilité.

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Jesse Jackson (1941-2026), pionnier de la justice raciale et conscience critique du Parti démocrate

Le 20 août 2024, dans l’arène démocrate réunie à Chicago, la foule se leva d’un même mouvement. Une standing ovation, longue, presque recueillie, saluait l’entrée de Jesse Jackson. Affaibli, la voix éteinte par la maladie de Parkinson diagnostiquée en 2017 puis par une paralysie supranucléaire progressive qui l’avait contraint à de longues hospitalisations, il ne pouvait plus haranguer les délégués comme autrefois. Assis dans son fauteuil roulant, il souriait, levait la main, recevait l’hommage. L’homme qui avait fait trembler les conventions démocrates de ses anaphores et de ses slogans flamboyants appartenait déjà à l’histoire vivante du parti.

Le révérend est mort le 17 février 2026, à 84 ans, « en paix, entouré par sa famille », selon un communiqué des siens et de la Rainbow PUSH Coalition. « Son engagement indéfectible en faveur de la justice, de l’égalité et des droits humains a contribué à façonner un mouvement mondial pour la liberté et la dignité », ont-ils souligné. Avec lui disparaît l’une des dernières grandes figures du mouvement des droits civiques, un homme qui aura traversé plus d’un demi-siècle de convulsions américaines, des lois de déségrégation à l’ère Obama, puis aux fractures ravivées du trumpisme.

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Notre américanité, de Placoly à Bad Bunny

— RS n° 434 lundi 16 février 2026 —

« J’ai sauvé mon pays, j’ai vengé l’Amérique ! ».

Jean-Jacques Dessalines.

Vincent Placoly s’était fait surnommer « l’Américain », tant il soulignait et revendiquait avec opiniâtreté notre « américanité ». Il y avait, dans ce souci de singularisation, un double clin d’œil, à la fois ironique et interpellateur.

D’abord à l’égard de l’arrogance du vorace géant étasunien, désireux de s’approprier non seulement les terres, mais jusqu’au nom dont avait été affublée l’immensité continentale, par des conquistadors égarés, dans des mers inconnues de leur civilisation. Une façon assurément d’exclure les autres du partage des richesses espérées du Nord canadien jusqu’au détroit de Magellan au sud.

En revanche, même souci toutefois fraternel, à l’égard de congénères militants africanistes, pouvant minorer la part « américaine » de notre identité composite, pourtant chargée d’une richesse dont le champ clairsemé est toujours en cours de défrichage. Mais, au fond, de quelle Amérique parlons-nous, au-delà de la donnée géographique, situant le Mexique « latin » au nord du continent ?

Et voici que la star d’origine portoricaine, Benito Antonio Martinez Ocasio, dit Bad Bunny, vient de façon magistrale, aux yeux de centaines de millions de téléspectateurs·trices, d’infliger un cinglant camouflet au fasciste de MAGA, avec un spectacle dont le message central était une limpide réplique : « l’Amérique c’est nous, pas seulement vous ».

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Démocratie sans boussole : quand les partis ne rassemblent plus

— Par Vincent Tiberj (*) —

D’un côté, des partis toujours présents dans les institutions ; de l’autre, une part croissante de citoyens qui ne s’en sentent plus proches : l’écart se creuse entre représentation politique et société. 

Jamais les partis politiques français n’ont semblé aussi fragiles. Entre montée des “sans-parti”, vote par défaut et rejet massif des formations existantes, le lien entre citoyens et organisations partisanes s’effrite – au risque de déstabiliser durablement notre modèle démocratique.

Nous vivons une étrange période politique. La coalition qui gouverne n’est pas celle qui est sortie victorieuse des élections de 2024. Les débats continuent à s’organiser autour des figures et partis politiques comme si de rien n’était. La perspective de la présidentielle est dans les têtes et elle est préparée activement dans les cercles partisans. Pourtant, les niveaux de défiance n’ont jamais été aussi forts en France et la classe politique est devenue un des sujets majeurs de préoccupations des répondants aux sondages. La “grande démission civique” aboutit à ce que de plus en plus de citoyens se détournent des urnes et des partis pour faire politique autrement.

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Rôle des élus politiques et souveraineté Populaire

—Tribune du CNCP —
L’échéance des élections municipales de mars 2026 approche. Des candidats de tout acabit appellent à se faire élire, affirmant leur ferme intention de résoudre tous les problèmes quotidiens rencontrés par la population. Dans tous les cas, les prétendant aux mandats assurent être les seuls capables de porter les meilleures réponses à tous les graves problèmes du pays.

Le soubassement idéologique de cette propagande est que les élus politiques seraient les seuls capables d’assumer le Pouvoir d’agir sur la société, son économie, sa sécurité et même sur son futur. Bien entendu, cela relève de la forfaiture. Suffrage après suffrage, les électeurs s’en rendent bien compte. C’est l’une des explications du caractère structurel de l’augmentation du taux d’abstention. Mais, malgré tout, la conviction, très largement exprimée par les «citoyens», selon laquelle «Les élus ne font rien pour nous» manifeste la croyance, profondément ancrée dans l’opinion générale, que c’est exclusivement à ceux-ci d’exercer le Pouvoir.

Dans cet article, nous examinerons la question suivante : la démocratie dite représentative, garantit-elle l’expression de la souveraineté du Peuple ?

Un rapide rappel de l’histoire de la démocratie représentative nous semble nécessaire à la compréhension de la problématique.

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Des chiffres occultés qui nous concernent

— RS n° 433 lundi 9 février 2026 —

L’attention se concentre souvent sur le « budget de l’outremer ». Et lorsque les baisses de celui-ci sont modérées par l’intervention des parlementaires coloniaux, beaucoup s’imaginent que le problème des moyens est plus ou moins résolu. Mais devant l’aggravation des difficultés du quotidien, on cherche les responsables. En réalité, on les trouve derrière des chiffres trop souvent ignorés parce qu’on ne les entend nulle part dans les grands médias.

Les municipalités voient leurs dotations diminuées. L’agriculture est sacrifiée. Pour les sargasses, l’argent manque et l’État organise la énième « concertation ». La culture est en souffrance. Le sport, si utile à l’épanouissement et la cohésion, est à la portion congrue.

Tout cela, nous dit-on, parce que la France n’a pas d’argent, est endettée, etc. C’est le prétexte donné par le pouvoir pour « justifier » que le budget des sports a diminué en deux ans de 31%, l’agriculture, dans la même période, de 14%, l’aide au développement, cette maigre compensation au pillage de l’Afrique, a diminué de 40% en deux ans.

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Nous, médecins et scientifiques, alertons sur le décalage croissant entre l’état de la science et la fabrique de la loi

— Collectif —

Alors que le gouvernement prépare une loi d’urgence agricole, plus de 650 experts dénoncent une politique qui privilégie le court terme au détriment de la remise en cause d’un modèle dont les limites sont établies de longue date par la recherche.

Au moment où une nouvelle loi d’urgence pour l’agriculture est annoncée, la France semble rejouer un scénario désormais bien connu. Face à une colère agricole profonde et légitime, la réponse politique privilégie des mesures de court terme, repoussant, une fois encore, l’examen de fond d’un modèle agricole dont les limites sont établies de longue date par la recherche.

Nous, médecins et scientifiques issus de disciplines allant de l’économie à la toxicologie en passant par l’agronomie, prenons aujourd’hui la parole collectivement pour alerter sur le décalage croissant entre l’état des connaissances scientifiques et la fabrique de la loi. Non pour opposer agriculture et environnement, mais pour rappeler la nécessité de les reconnecter, au moment où les orientations politiques adoptées ces dernières années s’éloignent dangereusement de ce que recommande la science.

Destruction de la biodiversité

Le diagnostic est clair.

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Les Français se détournent-ils vraiment de la démocratie ? Ce que disent les données

— Par Frédéric Gonthier (*) —

Abstention, défiance, vote populiste… le récit d’une France lassée de la démocratie s’est imposé. Mais derrière cette lecture anxiogène, les enquêtes dessinent une réalité plus complexe : un attachement profond au régime démocratique, doublé d’une insatisfaction croissante sur la manière dont il fonctionne.

Les Françaises et les Français seraient-ils en train de se lasser de la démocratie ? À écouter certains commentateurs, la réponse semble évidente. Montée de la défiance, abstention élevée, succès des partis de droite radicale populiste… Tout indiquerait un pays gagné par la tentation illibérale et autoritaire. Pourtant, les données disponibles livrent une image plus nuancée et, d’une certaine manière, plus rassurante.

Selon l’Enquête sociale européenne (ESS) de 2020, les citoyens restent en effet massivement attachés au régime démocratique. Une écrasante majorité juge important voire très important le fait de vivre en démocratie. Là où le bât blesse, c’est sur la pratique : près de la moitié des enquêtés appartiennent à la catégorie des démocrates insatisfaits, celles et ceux qui soutiennent la démocratie mais se disent mécontents de la façon dont elle fonctionne en France (figure 1).

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Droit de vote pour les résidentes et les résidents non communautaires

— Réseau féministe « Ruptures » membre du Collectif « J’Y suis J’y Vote » —

Dans le cadre de son action pour la reconnaissance d’un droit de vote pour les résidentes et les résidents non communautaires, notre association le Réseau féministe « Ruptures » en la personne de Monique dental a été auditionnée par la commission des lois, le jeudi 29 janvier, afin de finaliser une proposition de loi qui étendrait le droit de vote aux résidentes et résidents non-communautaires.

Depuis plusieurs décennies, nous militons avec le collectif J’y suis, J’y vote afin qu’une telle loi soit introduite dans notre législation.

Nous soutenons, entre autres, la conviction que l’apport de nouvelles électrices et nouveaux électeurs, vivant en France et y travaillant, relevant des lois françaises, payant des impôts sur notre territoire et participant à la vie associative en tant qu’actrices et acteurs ou usagères et usagers, apporteraient davantage de démocratie et d’inclusion dans les séquences électorales françaises. Elle permettrait également aux femmes présentes sur notre territoire par les lois de regroupement familial d’avoir une existence propre et de ne plus dépendre de celle de leur mari.

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1986-2026 : 40 années de crise politique et de déchéance socioéconomique en Haïti

— Par Robert Lodimus —

7 février 1986. Les États-Unis embarquent Jean-Claude Duvalier et sa famille dans un avion qui atterrit en France. Mettant ainsi fin à 29 ans de gouverne politique infernale, marquée par un lourd bilan en termes d’assassinats ciblés, de massacres et de disparitions forcées.

Le soleil se levait timidement sur un pays moribond, impotent, qui commençait, enfin, à gazouiller le mot « LIBERTÉ ». François Duvalier avait réussi à enlever aux Haïtiens tous leurs droits citoyens. Il rédigea et appliqua lui-même une constitution qui bannissait le mécanisme de l’alternance de la présidence. La constitution de 1964 qu’il imposa à la population craintive faisait de lui le nouvel empereur d’Haïti, avec le droit de nommer son successeur. Lorsque le dictateur, miné par la maladie, est décédé en 1971, c’était pour ainsi dire: « Le roi est mort…Vive le roi! »

Jean-Claude Duvalier, à l’âge de 19 ans, s’est retrouvé sans expérience politique, à moitié débile, à la tête du pays de Dessalines. Aidé de quelques criminels (Luc Désir, Albert Pierre alias Ti Boule, Luckner Cambronne…) qui étaient déjà à la solde de son père, il a dirigé les Haïtiens lui aussi d’une main de fer.

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Le système éducatif haïtien entre « réformes » et « refondation ?

Le système éducatif haïtien entre ses 1804 « réformes » et l’affabulation illusionniste de sa « refondation »

Par Robert Berrouët-Oriol (*)

Illusionnisme – Phénomène qui porte à susciter des illusions ou à se faire des illusions, à voir ou à faire voir la réalité de manière erronée. (ORTOlang, outils et ressources pour un traitement optimisé de la langue, Université de Nancy)

Les 21, 22 et 23 janvier 2026, le ministère de l’Éducation nationale d’Haïti a organisé à l’hôtel Karibe, à Pétion-Ville, les Assises nationales de la refondation du système éducatif. Entre propos soudé au récitatif d’une énième « réforme » et sermon écholalique annonçant la « refondation » du système éducatif national, ces « Assises » entendaient ratisser large, très large… En effet le 13 janvier 2026 le responsable des communications au ministère de l’Éducation nationale, Idson Saint-Fleur, a indiqué que le ministère s’apprêtait à « engager des actions concrètes en vue d’une refondation du système éducatif au regard des résultats d’un diagnostic ayant mis en évidence de nombreux problèmes structurels qui entravent la performance de l’école haïtienne.

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« Nous, journalistes de l’Agence France-Presse, pensons que le projet de la direction conduirait à notre disparition pure et simple »

 — Tribune Collectif —

Pour faire des économies, la direction de l’AFP veut diviser par trois le nombre de postes expatriés. Signant la mort de la mobilité, cette réforme va causer la perte du réseau de l’agence, alerte, dans une tribune au « Monde », la Société des journalistes de l’Agence France-Presse.

Nous, journalistes de l’Agence France-Presse (AFP), avons décidé de sortir de l’ombre pour faire part de notre grande inquiétude face au projet de réforme actuellement présenté par la direction, qui, en ciblant les règles régissant la mobilité des journalistes et leurs conditions d’expatriation, aura pour conséquence funeste de détruire in fine le réseau historique de l’agence.

L’AFP a vu le jour le 20 août 1944, cinq jours avant la libération de Paris, quand un petit groupe de résistants a pris le contrôle de l’Office français d’information, organe de propagande du régime de Vichy.

Leur ambition était forte : bâtir un réseau d’information indépendant et fiable, partout dans le monde. Peu à peu, le réseau s’est étoffé et l’AFP, au fil de ses quatre-vingts ans d’histoire, s’est imposée en tant qu’agence internationale aux côtés de ses deux concurrentes anglo-saxonnes, Associated Press et Reuters.

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Les sargasses en Martinique : vivre avec l’invivable

Quand les sargasses deviennent une expérience vécue
Par Rodolf Étienne

Après le temps de l’analyse scientifique et celui des réponses politiques, reste la réalité vécue par les habitants. Odeurs persistantes, santé fragilisée, habitat dégradé, activités perturbées : la crise des sargasses s’invite dans le quotidien et marque durablement les territoires. Ce troisième volet donne voix aux riverains et aux travailleurs exposés, pour comprendre ce que signifie réellement vivre avec un phénomène devenu permanent.

La crise dans nos foyers

Ce troisième volet interroge la parole, parole du territoire, parole des habitants, parole des travailleurs exposés. Non pas pour opposer émotion et raison, mais, plus simplement, pour nous rappeler à une évidence trop souvent oubliée : celle que la politique publique ne vaut que par ses effets sur les vies réelles, sur le quotidien des uns et des autres.

Après la science, après les politiques publiques, il nous reste à considérer ce que les chiffres ne disent pas. Ce que les cartes satellites ne montrent pas. Ce que même les plans nationaux peinent à mesurer : la vie quotidienne, altérée, déformée, parfois brisée par les sargasses.

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