— par Jean Gabard —
Au nom de la nécessaire émancipation de la femme et de la juste lutte contre l’oppression qui prévaut dans de nombreux pays, le féminisme, dans nos sociétés en est parfois venu à nier la différenciation des sexes et à diaboliser l’homme perçu comme inutile. L’auteur s’attaque aux dérives féministes et invite les hommes et les femmes à ne pas s’enliser dans un manichéisme stérile.
En 2006, à la parution de l’essai de Jean Gabard, beaucoup l’ont rejeté à la seule lecture du titre : comment oser parler de dérives du féminisme alors que les femmes dans les pays occidentaux, viennent tout juste d’obtenir l’égalité en droits, que les lois sont souvent non respectées et les injustices encore si nombreuses ? Ce livre était catalogué comme un nouveau pamphlet contre les féministes, symptomatique de cette période de « backlasch » et l’auteur classé comme un nouveau réactionnaire fut empêché de s’exprimer davantage. C’est ainsi que plusieurs projets de conférences-débats sur un thème majeur de l’essai – l’éducation des enfants – ont été annulés, suite à des pressions sur les organisateurs Pourtant des associations ont pris le risque et lui ont donné la parole.

Apparues dans les années 70 aux États-Unis, les gender studies ont profondément renouvelé l’étude des rapports homme/femme en posant que la différence de sexe est une construction sociale. Si ce courant n’a guère d’équivalent en France, en revanche la notion de genre a fini par s’imposer dans les études féministes et de nombreux enjeux de société.
Notre monde est sexué et nous n’en sommes pas encore revenus! La sexuation est sans doute la régularité la plus constante qu’ait pu observer notre espèce depuis les débuts de l’hominisation. Cette reproduction sexuée, l’existence d’un principe mâle et d’un principe femelle, concerne l’essentiel des espèces animales. Pour autant cette différence n’induit pas d’elle-même une inégalité, pour cela il faut passer par une symbolisation, par un marquage langagier, pour qu’elle se traduise en rapport de domination. La symbolisation est une mise à distance du réel, une transformation sur laquelle va s’étayer un rapport de pouvoir. La nomination permet d’évoquer la chose sans avoir à la convoquer. Le nom tue la chose, comme l’écrivent les linguistes. Il va s’agir de montrer comment à partir d’une position vécue comme inférieure vis à vis des femmes, les hommes vont produire un agencement social et politique qui va masquer ce réel pour asseoir une tentative plus ou moins réussie de maîtrise du corps des femmes. Mais le réel est impossible à symboliser totalement, totalitairement. Il échappe, il fait retour, avec violence, et ce d’autant plus que les sujets de la langue éprouvent des difficultés dans leur rapports avec le registre du symbolique, ce qui semble être un fait de structure pour les hommes martiniquais.