— Par Rodolf Etienne —
Il y a quatre-vingt-cinq ans, le 31 août 1941, Marina Tsvetaïeva mourait à Yelabuga, emportée à quarante-huit ans par la guerre, la pauvreté, l’isolement et la terreur stalinienne. Sa vie fut fracassée par le siècle ; sa langue, elle, ne se soumit jamais. Relire aujourd’hui cette immense poète russe, c’est entendre une voix qui transforma l’exil, l’amour, la faim et la perte en une énergie littéraire sans équivalent.
Marina Tsvetaïeva à sa table de travail, entre Moscou et Paris.
Elle semble appartenir à plusieurs mondes sans avoir pu demeurer pleinement dans aucun. La Russie impériale de son enfance disparaît dans la révolution. L’émigration russe de Paris la tient à distance. L’Union soviétique où elle revient devient un piège. Même la littérature, qui constitue sa seule patrie durable, ne lui offre ni sécurité matérielle ni protection.
Pourtant, de cette vie continuellement déplacée, Marina Tsvetaïeva tire une œuvre d’une intensité presque physique.
Chez elle, le poème ne raconte pas simplement une émotion : il la précipite. Les mots s’élancent, butent, se coupent, repartent. Les tirets ouvrent des abîmes ; les ruptures de rythme deviennent des battements de cœur.<p> Lire Plus

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