Le Clairvoyant
Un homme d’un certain âge de la commune de Gommier, non loin de Jérémie dans le département de la Grande Anse d’Haïti, était connu de tout le monde comme Antoine! Quoiqu’il soit admiré de tout le monde pour ses dons de clairvoyance, il était aussi redouté parce qu’on disait qu’il avait « Madichon » qui voulait dire « Mauvaise Augure ». La superstition jouait un rôle dans la malédiction de ses présages. Sa révérence n’avait pas de frontière, il était connu dans tout le pays, et était consulté par toutes les couches sociales. Parfois il envoyait un jeune garçon à dos d’âne chercher une personne qui voulait de ses services, mais ne savait pas comment la trouver. Un jour, un homme vint le voir qui s’inquiétait de la santé de son fils de dix ans qui était très souffrant depuis sa naissance. Cet homme était grand et d’un physique impressionant. Antoine le rassura que l’enfant aura une longue et prospère vie, mais le conseilla de retourner chez lui tout de suite. L’homme partit sur le champ. Une prêtresse vodou lui demanda pourquoi il l’a renvoyé si vite!
Catégorie : Écrits
Écrits
La dissection du capitalisme chez Émile Zola et Robert Lodimus
— Par Robert Lodimus —
On doit comparer Émile Zola et Robert Lodimus principalement pour leur rôle de témoins engagés de leur époque et leur dénonciation virulente des injustices sociales.
Présentation des auteurs
Au XIXe siècle, Émile Zola, chef de file du naturalisme, a consacré sa vie à disséquer les tares de la société industrielle française, culminant dans son célèbre engagement pour la justice avec « J’accuse ». À cette figure historique fait écho, à l’époque contemporaine, celle de Robert Lodimus. Écrivain et journaliste engagé, Lodimus s’inscrit dans cette même lignée d’intellectuels qui utilisent le verbe pour dénoncer les structures d’oppression, du capitalisme financier au néocolonialisme qui frappe Haïti.
Problématique :
Dans quelle mesure l’engagement littéraire de Robert Lodimus peut-il être considéré comme une forme de naturalisme moderne ? Comment ces deux auteurs, malgré des contextes séculaires différents, parviennent-ils à transformer le récit de la misère en un levier de transformation politique ?
Voici les points de rapprochement clés entre ces deux auteurs :
1. Littérature de Combat et Engagement Social
- Émile Zola :
Figure de proue du naturalisme, il a utilisé ses romans (comme Germinal) pour dépeindre la misère ouvrière et son célèbre « J’accuse » pour combattre l’injustice judiciaire de l’Affaire Dreyfus.
Écrits
L’inconnu de Mer frappée : Chapitre XVII

Chapitre XVII
LA LETTRE
« Les hommes de génie sont des météores destinés à brûler pour éclairer leur siècle. »
(Napoléon Bonaparte)
L’odeur parfumée qui provenait de la cuisine pénétrait ma gorge angoissée, et la sensation que je ressentais au cou s’apparentait au symptôme du globus pharyngé. C’est le stress qui avait involontairement contracté les muscles du haut de mon corps. Cela arrivait plutôt dans des situations d’anxiété et d’incertitude où les individus cherchaient à refouler des émotions fortes, après l’annonce d’une mauvaise nouvelle. Le craquement du parquet sous les sandales d’Elvira réveillait le silence oppressant, et mes yeux s’ouvraient sur les ombres projetées par les faibles lumières des bougies, qui formaient des formes étranges sur les murs du salon spacieux. Elvira, la cuisinière de Me Ludovic, une paysanne d’une posture assurée et d’une présence imposante et respectable, malgré son âge légèrement avancé, avait déjà dressé la table pour le souper. Me Ludovic se redressa lentement du fauteuil berçant qui, avec le temps, avait fini par épouser la forme de son seul et unique occupant. C’est dans cette position de détente optimale, le corps à demi-allongé, qu’il s’abandonnait aux caresses spirituelles du silence rempli de souvenirs, comme une cathédrale de nostalgie monumentale.
Écrits
Quand la mémoire fait feu : une journée pour sauver sept vies
Avec Salves de blues. Lundi 9 mars 1942 au Mont-Valérien, Daniel Maximin signe un roman d’une intensité rare, consacré à une journée tragique et longtemps restée dans l’ombre de l’Histoire. Publié chez Caraïbéditions (354 p., 21,30 €), le livre nous plonge dans le Paris de l’Occupation allemande, au cœur des dernières heures de sept très jeunes résistants condamnés à mort.
Le 6 mars 1942, un tribunal militaire allemand réuni à l’Assemblée nationale – dans une mise en scène voulue pour frapper les esprits – prononce la peine capitale contre sept membres des Bataillons de la Jeunesse. Parmi eux, Tony Bloncourt, étudiant haïtien né de parents guadeloupéens, à peine âgé de 19 ans. À ses côtés : Roger Hanlet, Fernand Zalnikov, Pierre Milau, Acher Semahya, Robert Peltier et Christian Rizo, tous âgés de 17 à 26 ans. Leurs noms, aux consonances étrangères pour certains, ne sont pas entrés dans la mémoire collective avec la force qu’ils méritaient. Le 9 mars 1942, au Mont-Valérien, leur exécution doit servir d’exemple.
C’est cette journée du lundi 9 mars que le roman choisit de suivre, heure après heure, du petit matin jusqu’à la nuit.
Écrits
Amour, Pouvoir, Monde à l’envers…
— Par Jean-Bernard Bayard —
Amour du Pouvoir
Ils doivent opprimer pour se sentir tout puissants
Il faut accaparer pour qu’ils s’établissent gérants
Il leur est nécessaire d’abrutir et bien avilissants
S’ils ne terrifient pas ils ne seront pas dominants
Le pouvoir est pour eux un besoin vital et sacré
L’absolutisme est une sale idéologie d’insécurité
Où la majorité est abrutie démunie et défavorisée
Aux mains d’institutions qui sont hégémonisées
Ces dirigeants magouilleurs se croient invincibles
Contrôlent le peuple sans pitié de façon horrible
Tout ce qu’ils disent et font sont alors incrédibles
Et les répercussions de leur corruption est terrible
Jean-Bernard Bayard
Pouvoir de L’Amour
C’est quand l’altruisme règne et la générosité puissante
Le partage est de seconde nature et la bonté est gérante
L’encouragement est constant et la honte est avilissante
La compassion est l’acte et le besoin toujours dominante
L’amour est pour ceux de bonne foi un bien vital et sacré
L’Altruisme est un idéal compassion offrant une sécurité
Où les participants sont bienveillant et sont tous favorisés
Aux Mains d’institutions qui représentent une collectivité
Écrits
Autour de « Jusqu’à mon dernier mot », de P.S. Hoggar
— Par André Claverie —–
« Le corps se défait, devient tyrannique; la conscience s’intensifie à mesure qu’elle s’atrophie; Héloïse ne veut pas mourir avant sa mort ».
Récit de fin de vie : une cérémonie des adieux
Confrontée à l’imminence de la mort à cause d’une maladie incurable, Héloïse, une jeune Antillaise, appréhende que ses derniers instants -paroles, regards, gestes, silences – ne lui soient volés à la suite du processus dégénératif qui colonise peu à peu son corps et sa pensée.
Cet effroi, lancinant, la conduit à entreprendre le récit des deux dernières années de son existence afin de maintenir sa présence auprès de ses proches, lorsqu’elle aura été arrachée à eux.
Sous la forme d’un journal, qu’elle appelle son « Commentaire » (« dialogue mental avec soi »), Héloïse transmet donc un testament spirituel, destiné en priorité à sa sœur jumelle, Sarah : une confession littéraire dévoilant le sens ultime des moments douloureux, des amours passionnées et des instants lyriques qu’elle aura vécus.
Bien plus, en se lançant dans l’aventure de l’écriture, la jeune narratrice réalise le projet de « parfaire sa destinée » en dénouant avec douceur les liens qui l’unissent à l’existence et aux êtres qu’elle aime, et en parvenant avec dignité jusqu’à l’extrême lucidité contenue dans le silence de son « dernier mot ».
Écrits
« Quelque chose s’est passé », de Nicolas Kurtovitch

À travers ses pas sur les chemins de la Grande Terre, Nicolas Kurtovitch interroge la mémoire, les paysages et la profondeur de l’expérience humaine.
Chaque marche devient rencontre : avec une ville, une tribu, un silence, une parole ancienne. Chaque souffle est dialogue : entre le visible et l’invisible, entre l’intime et l’universel.
Poète et passeur d’histoires, il inscrit dans ces pages une quête — celle du Do Kamo, de l’humanité en marche, qui cherche à se construire dans le lien, l’écoute et la vérité.
Mais ce livre n’est pas seulement une invitation à la contemplation : il exige vigilance et responsabilité. Reconnaître que « quelque chose s’est passé », c’est accepter de ne plus détourner le regard ; c’est accueillir la parole des anciens, la mémoire des lieux et l’épreuve du présent.
Un texte lyrique et sans concession, qui rappelle que vivre ici, c’est se tenir debout dans le temps et devant l’Histoire.
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J’ai pris un réel plaisir à lire Quelque chose s’est passé de Nicolas Kurtovitch, un récit à la hauteur de sa réputation. Pour J’apprécier pleinement, il faut entrer dans son univers, son style, sa poésie.
Écrits
« L’Écho d’avant » d’Emmanuel de Reynal

Et si le progrès nous avait volé l’essentiel ?
Dans un futur proche, le dataïsme a tout envahi. Chaque émotion, chaque geste est filtré, noté, archivé. La liberté a cédé la place à la conformité algorithmique.
Naomie, jeune journaliste calibrée pour produire des chroniques rapides, reçoit une mission anodine : écrire un papier nostalgique sur « le monde d’avant ». Trois minutes de lecture, pas plus. Mais lorsqu’elle rencontre Le Gardien, dernier témoin d’une époque sans écrans, tout bascule.
De carnet en carnet, elle découvre un univers disparu : la lenteur des repas partagés, l’attente sans smartphone, les lettres d’amour, les voisins que l’on connaît, les slows qu’on danse en tremblant… Chaque page fissure ses certitudes, éveille un manque qu’elle ne savait pas nommer.
Entre mémoire vive et mémoire effacée, L’Écho d’avant explore avec intensité la question qui nous guette tous : que restera-t-il de notre humanité quand tout sera optimisé ?
Un roman d’anticipation poétique et lucide, où le passé devient la dernière utopie possible.
Emmanuel de Reynal | Parution le 05/02/2026 | 284 pages – 23 € | Broché – Format : 135 x 215 mm | Collection : Rue des écoles | EAN13 : 9782336594576
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Emmanuel de Reynal, né à Fort-de-France le 10 septembre 1965, est un chef d’entreprise et un écrivain français engagé dans la vie économique et sociale de la Martinique.
Écrits
L’inconnu de Mer frappée : Chapitre XVI
Chapitre XVI
LA CHASSE AU COMMUNISME
« Pourquoi faut-il que ce qui fait la félicité de l’homme devient la source de son malheur », écrit Goethe dans « Les Souffrances du jeune Werther »? S’organiser pour vivre ensemble, accepter les idées progressistes qui exhortent à partager équitablement ce que la nature met gratuitement à notre disposition ne devrait pas causer tant de chagrins et soulever tant d’inimitiés et d’aversions parmi les créatures pensantes. La seule source de bien-être pour les êtres humains est de réapprendre à vivre ensemble. Si l’humanité se porte mal, si les rivières, les étangs, les fleuves, l’océan sont devenus rouges de violence et de sang, c’est bien parce que le monde se divise en deux : les forts et les faibles, les dominants et les dominés. Les forts, les dominants, déclarent la guerre, tuent, pillent, dépouillent et esclavagent. Les faibles, les dominés, abdiquent, se soumettent, abandonnent, fuient ou crèvent dans les mornes et les vallées. En clair, cela s’appelle l’injustice sociale, l’inégalité économique. Il s’agit d’un système de « vautourisation » globalisé érigé par les pays colonialistes, et qui continue de dérégler, de désarticuler le mode de vie originelle des terriens vulnérables.
Écrits
L’inconnu de Mer Frappée : Chapitre XV, dix-septième extrait
Chapitre XV
L’ADIEU
« Le combat n’a pas cessé, car il y a encore des combattants. Il ne pourra réellement prendre fin qu’avec la victoire du Bien sur le Mal. »
(Robert Lodimus)
Je me souviens toujours des paroles de Montaigne que j’ai déjà rapportées dans un chapitre précédent et que je paraphrase ici: « Dieu a donné aux humains accès aux connaissances pour les tourmenter. » La connaissance détient pour chacun de nous le fardeau de la preuve. Elle accuse. Elle culpabilise. Elle représente le ministère public au tribunal de l’histoire par devant lequel nous sommes appelés à répondre de tous nos actes : bravoure, héroïsme, grandeur d’âme, lâcheté, indignité, cruauté, cynisme… L’histoire nous acquittera, comme elle l’aura fait pour Fidel Castro; ou nous sanctionnera, comme Benito Mussolini, Adolphe Hitler et même, dans un certain sens, Joseph Staline… En situation de connaissance de cause, l’immobilisme, le résignationnisme, l’indifférence, l’insouciance… deviennent inexcusables. Punissables. La Cour a le pouvoir de condamner un individu pour « non assistance à une personne en danger », et cela, sans qu’il soit reconnu et déclaré l’auteur du crime.
Écrits
« Te Deum » & « M’Pa Kanmarad Ou! »
— Par Jean-Bernard Bayard —
Te Deum
Est-il trop tard pour l’Haïti Chérie de chanter une grande messe d’action de grâces
En 1794 pour fêter l’abolition de l’esclavage un Te Deum fut chanté au Cap Français
En 1797 le premier gouverneur nègre de Saint Domingue fit chanter un beau Te Deum
En 1801 pour célébrer la première et seule constitution coloniale il y eut un Te Deum
Le Latin est la langue de l’église catholique à l’époque de l’autonomie de l’Île entière
Du Premier des Noirs au Premier des Blancs mit fin à toutes grâces des Louvertures
Le petit insulaire européen mit le petit insulaire antillais en disgrâce mortelle au Jura
Et depuis cette île damnée fut condamnée à perpétuité d’avoir vaincu trois puissances
Renommée Ayiti cette île en deux-cent- vingt- deux ans a survécu toutes sortes de maux
Maux naturels, économiques, revanchards, politiques, sociaux, religieux, scolaires
De l’international elle reçut des coups mortels qui auraient pu l’envoyer à un crématoire
De ses propres dirigeants elle fut avilie prostituée dénaturée, déshumanisée sans relâche
Peut-on espérer la rédemption de la nation ayisyèn qui fut le phare de la liberté coloniale
Comment expier les châtiments inculqués par l’occident et les vices de ses propres rentiers
Verrons-nous avec ce troisième siècle une renaissance de la vision ancestrale de 1791-1801
Oserons-nous rêver un jour de chanter un Te Deum pour une belle messe d’action de grâces
Jean-Bernard Bayard
M’Pa Kanmarad Ou!
Écrits
L’inconnu de Mer Frappée : Suite du chapitre XIV
Suite du chapitre XIV
Le Maître et le disciple
J’ai senti les mains d’une colère rageuse sur la gorge du docte duquel, depuis un laps de temps, je suis devenu l’allocutaire enfiévré, dans cette zone pauvreteuse, tristement délabrée de Carénage et de Sans raison, qui porte le nom de Mer Frappée. C’est la première fois que je voyais le personnage, ordinairement calme, tout à fait confiant et sûr de lui-même, dans un état pareil. Ses nerfs semblaient se dilater à la frontière de l’éclatement. Ils étaient gonflés comme des ballons remplis d’hélium. Je ne lui ai pas demandé davantage d’explications. Des nuages d’épouvante assombrissaient encore le ciel de la république insultée et choquée, comme le père de Rodrigue Le Cid. Nous étions le 10 juin 1967. Deux jours après l’exécution spectaculaire et révoltante des « dix-neuf officiers duvaliéristes » à Fort Dimanche. Le « président à vie » venait de gifler pour la énième fois le peuple haïtien. Trois ans après l’assassinat en public de Marcel Numa (21 ans) et de Louis Drouin (32 ans), la perpétration du massacre des Jérémiens, le malade psychopathologique avait récidivé dans l’affaire macabre et scandaleuse des militaires fanatiques, accusés d’ourdir un complot, de tramer une conspiration pour l’évincer du pouvoir et l’assassiner avec sa famille.
Écrits
Un consortium d’artistes réunis à la Dominique imagine la Caraïbe de demain
Écrits
L’inconnu de Mer frappée : chapitre XIV
Chapitre XIV
Le Maître et le disciple
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« Mon champ, dit Goethe, c’est le temps » Voilà bien la parole absurde. Qu’est-ce en effet que l’homme absurde? Celui qui, sans le nier, ne fait rien pour l’éternel. Non que la nostalgie lui soit étrangère. Mais il lui préfère son courage et son raisonnement. Le premier lui apprend à vivre sans appel et à se suffire de ce qu’il a, le second l’instruit de ses limites. Assuré de sa liberté à terme, de sa révolte sans avenir et de sa conscience périssable, il poursuit son aventure dans le temps de sa vie… »
(Albert Camus, Le mythe de Sisyphe)
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J’ai poussé la petite barrière en bois rustique, recouverte de plaques de tôle métallique d’une épaisseur moyenne. En un rien de temps, pourrais-je dire, j’étais devenu un habitué de cet endroit calme et accueillant, qui stimulait ma plasticité cérébrale, ravivait la flamme de mon esprit perturbé, et ramonait les muscles de mon corps affaibli, déconforté, asthénisé. Le chien de garde, Nicky, avec sa queue en faucille légèrement recourbée sur son dos, est venu, comme à l’ordinaire, se frotter contre mes jambes légèrement pliées.
Écrits
Voyage féérique au Macoutistan, le « pays » du grand poète et romancier Gary Klang…
Le 27 février 2025, les parents, les collègues et les lecteurs de Jean-Pierre Basilic Dantor Franck Étienne d’Argent, alias Frankétienne, l’ont accompagné à sa dernière demeure avec une profonde tristesse. L’enfant de « Ravine-Sèche » allait célébrer sa quatre-vingt-neuvième année d’existence le 12 avril prochain, dans une capitale en lambeaux, méconnaissable, pariatisée, livrée pieds et mains liés, – comme le Fils de l’Homme à Hérode Antipas –, aux lycanthropes d’Hadès et de Perséphone, le dieu et la déesse des enfers. Franck Étienne a traversé, – pour reprendre le jargon utilisé dans le vaudouisme –, sans avoir accompli son rêve : obtenir le prix Nobel de littérature. Peut-être, entrera-t-il dans l’histoire à l’instar de l’écrivain suédois nobélisé à titre posthume en 1931, Erik Axel Karlfeldt, – quoique celui-ci l’eût refusé de son vivant en 1918 –, pour son ouvrage Cor d’Automne (Höstorn), paru pour la première fois en 1927. Car, dans bien des cas, la mort n’est pas arrivée à gommer l’opiniâtreté des « obsessions subjuguantes ». Et puis, « mieux vaut tard que trop tard !»Écrits
Bonne année, malgré tout!
— Par Robert Lodimus —
« Ne sais-tu pas que la source de toutes les misères de l’homme, ce n’est pas la mort, mais la crainte de la mort. »
(Épictète)
« Le bonheur parfait n’est pas de ce monde », disait la vieille chanson. Nous croyons entendre celui que, dans le quartier de notre enfance, nous appelions affectueusement « boss Léon », et qui ne ratait jamais une journée sans se l’offrir. Sa voix tremolo emportait les paroles geignardes, soutenues par une mélodie entraînante, qui voyageaient bien loin avec le vent du Nordé : « Le bonheur parfait n’est pas de ce monde. Chacun a ses peines, chacun a ses douleurs… » Des années plus tard, le regretté Joe Jack en avait composé la version instrumentale. « Boss Léon », probablement décédé, était un modeste mécanicien-réparateur de machine à coudre. Cette activité professionnelle lui assurait son unique gagne-pain. Il nous confiait souvent que la dernière fois qu’il avait travaillé, ce fut sous le gouvernement de Dumarsais Estimé. Le cinquantenaire possédait aussi l’intelligence de fabriquer les pièces qu’il n’arrivait pas à dénicher sur le marché local.
Écrits
L’inconnu de Mer frappée : chapitre XIII
Chapitre XIII
LA VILLE HÉRÉTIQUE
« Tant que l’État existe, pas de liberté; quand régnera la liberté, il n’y aura plus d’État. Le peuple n’a pas besoin de liberté, car la liberté est une des formes de la dictature bourgeoise. »
(Lénine)
Le mois de septembre n’épargnait pas la ville de son humeur habituellement revêche, grincheuse, acariâtre et ombrageuse. Il porte le fardeau d’une saison de tristesse, de désillusion et d’horreur dans un pays qui, portant, est construit avec le matériau de la bravoure, de l’héroïsme, du sang et de l’honneur. Il pleuvait presque tous les jours. Les nuages se liquéfiaient sous la chaleur et ils se déversaient avec rage sur le paysage ordinairement sec et poussiéreux. Des bourrasques de vent accompagnaient les averses. Les éclairs et les coups de tonnerre écorchaient les flancs du firmament torturé. Mer Frappée était devenue totalement impraticable pour les riverains et les visiteurs coutumiers. Les mottes de terre élevées autour des bassins de sel s’étaient transformées en une pâte de boue gluante. Le soleil refusait de répondre à « l’appel au secours » de la population qui craignait un débordement des rivières rassasiées.
Écrits
L’inconnu de Mer frappée : chapitre XII
Chapitre XII
LE MIRAGE
« L’homme est une prison où l’âme heureusement reste libre. »
(Victor Hugo)
Nyx avait achevé d’enlever le voile opaque qui recouvrait la terre, et les anges des ténèbres repartaient déjà vers leurs lieux de repos diurne, en attendant le moment de revenir, afin de perpétuer le cycle mystérieux de la séparation naturelle des deux astres opposés, selon la volonté du Créateur. Le jour, le contraire de la nuit, éclos de l’aube fraîche, commençait lui-même à dresser tranquillement sa tente. Le paysage à moitié engourdi, fondait déjà sous les rayons de la couronne d’Hélios qui s’apprêtait à traverser le ciel des Caraïbes, comme il le fait depuis 4,6 milliards d’années, sur son char de feu tiré par les quatre chevaux : Piroïs, Phlégon, Éoos et Aéthôn. Le jour arrivait dans la tristesse et la nuit se retirait dans l’angoisse. Derrière le soleil brûlant qui se pointait peureusement tous les matins, se dissimulaient les souffrances éreintées et révoltées d’une population à bout de souffle, captive d’une cruauté caligulienne. Pour avoir incendié la terre, Phaéton, le fils du Soleil, fut foudroyé par Zeus.
Écrits
« Conflit ou Confrontation! » & » Réalité et Vérité! »

— Par Jean-Bernard Bayard —
Conflit ou Confrontation!
Nous échangions nos points de vu sur le courriel, quand l’un des correspondants s’exprima de façon nocive, et cela causa tout un échange négatif sur un sujet qui ne méritait pas tant d’ambiguïté malsaine. Pour calmer la situation, je suggérai de faire marche arrière et trouver la cause de ce malentendu. Dans l »après midi, celui qui avait initié la mésentente, fit circuler l’énoncé qui provoqua son déconcertement. Petit à petit, les correspondants firent savoir ce qu’ils en pensaient, il y en a qui cherchaient la conciliation, d’autres exprimaient leur désaroi, certains voulaient en faire une blague disant qu’entre amis nous ne pouvons pas être si susceptible. Les échanges se mirent à s’amplifier, et dans la soirée, le groupe avait repris son calme et son harmonie. Le sujet en question fut traité et maltraité sans complication, et la solution à la fin était unanime. Etait-ce un conflit d’opinion, une confrontation émotionnelle, ou les deux à la fois? Je suis resté longtemps perplexe de l’épisode, essayant de comprendre comment un simple malentendu peut mener à une telle zizanie entre un groupe qui a l’habitude de se communiquer!
Écrits
« Société Humaine » & « Elites Haïtiennes! »
— Par Jean-Bernard Bayard —
Société Humaine
L’humanité doit toujours être au cœur même de notre agglomération
L’identité d’un peuple doit toujours représenter l’honneur de sa nation
La diversité doit toujours être la grande ressource de toutes populations
La mentalité doit toujours être la boussole irréfutable des institutions
La collectivité doit toujours être l’incontestable priorité de nos ambitions
L’impartialité doit toujours confronter toutes les importunes sollicitations
La générosité doit toujours être au centre de ces grandes manifestations
La congénialité doit toujours être au cœur de toutes nos préoccupations
La moralité doit toujours être le seul guide de toutes sincères aspirations
La vérité doit être la seule véritable poursuite de notre légitime inspiration
La lucidité doit toujours être cet infaillible engin qui guidera bien la raison
La perspicacité doit toujours être l’âme de nos inlassables conversations
Jean-Bernard Bayard
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Elites Haïtiennes!
S’il y a une mauvaise augure de bonne foi des élites haïtiennes, il faudrait analyser de près la guerre des couteaux de Saint-Domingue (1799-1800) et on verrait que la cassure de la collectivité et l’égoïsme intellectuel étaient déjà évidents.
Écrits
L’inconnu de Mer frappée : chapitre XI
Chapitre XI
L’ENGAGEMENT
« Qui n’est pas capable d’être pauvre n’est pas capable d’être libre… »
(Victor Hugo)
À cause de la canicule, j’ai eu l’impression que la route qui conduisait à Mer Frappée était devenue plus longue. C’est vrai qu’il fallait marcher beaucoup, traverser toute une partie de la ville pour s’engager finalement sur les sentiers poussiéreux ou boueux qui reliaient l’endroit à Carénage comme un cordon ombilical. Lorsque le soleil montait haut dans le ciel, lorsqu’aucun souffle ne sortait de la poitrine de la nature pour se transformer en une brise douce et caressante qui rafraîchit et libère le paysage de son état torpide, les piétons suaient de toute leur eau. La douche de sueur que j’étais en train de prendre en marchant hâtivement collait la chemise légère de couleur gris pâle sur mon corps stressé comme un bout de métal emprisonné par une force magnétique. De temps à autre, je sortais le mouchoir de tissu que j’enfonçais dans la poche arrière gauche de mon pantalon et je me tamponnais le visage. J’ai continué à longer le littoral, sans m’offrir quelques minutes de repos sous les rares arbres qui bordaient le trajet.
Écrits
« Ki Lès Ki Antò? », « Gran Manjè, Gwo Ponyèt, Kriminèl, Magouyè…
— Par Jean-Bernard Bayard —
Ki Lès Ki Antò?
« Yo » se mo ke Ayisyen itilize tout tan pou yo blame kèlke swa moun lan kap vòlè, sasinen, fè magouy, manti ou latriye. Depi mwen timoun, ma pe chèche konnen kilès « Yo » ye. Jodi-a mwen deside fè yon ti gade sou bagay sa-a. Ayisyen pa pale kon tout moun, « Blan » ak « Nèg » pa gen anyen pou wè ak koulè po moun lan. « Blan » se etranje, « Nèg » se moun lakay. Gade salopwi « Blan » sa-a ak figi « nwè »li ki konprann li ka roule-m! Fè atansyon ak « Nèg » sa-a, se tèt chaje li ye. Men kelke swa « Blan » ou « Nèg » ayisyen va di-w, se « Yo » ki la kòz peyi-a nan eta sa-a! Depi yon bagay bon, Ya di-w se « Mwen » ouswa se « Nou », men si yon bagay pa bon, Ya di-w se « Yo ». « Blan » Franse, « Blan » Meriken, « Blan » Alman kèlke swa, se « Yo » kape toufe-n.
Écrits
L’inconnu de Mer frappée : chapitre X

Chapitre X
L’ENDOCTRINEMENT
Le jeune homme que j’ai croisé tout à fait par hasard à Mer Frappée m’a complètement bouleversé avec les paroles tourmentantes qu’il a enfoncées dans ma tête comme les clous qui ont transpercé les mains du « Fils de l’Homme ». L’inconnu m’a permis de comprendre qu’il existe deux forces attractives qui retiennent ce pays dans les liens sauvages de la soumission aveugle, qui maintiennent encore ses habitants dans un état moutonnier : la religion et le carnaval. La prière et le tambour ont provoqué la glaciation des penchants, la congélation des velléités révolutionnaires des Haïtiens. Quelqu’un m’a déjà dit qu’Haïti serait assez confortable dans le rôle de « la cigale » de Jean de La Fontaine. J’ai rétorqué non, pour une raison majeure: la paresse, l’oisiveté, ce n’est pas la maladie virale dont souffre ce peuple. Au contraire… Que dirait-on du paysan, même avec son statut fragile de métayage, qui sarcle, arrose, ensemence, de l’aube du matin à l’Angélus du soir, sans en tirer une part importante de son travail ? La pauvre montagnarde qui transporte sur sa tête des paniers de légumes et de fruits et qui parcourt des dizaines de kilomètres à pied pour arriver au marché du village afin d’amasser tout juste quelques sous qui lui permettent d’acheter du savon de lessive, de l’huile, du pain, du sucre, du sel… ?
Écrits
« L’exil forcé des Béhanzin en Martinique Récit de Prince Ouanilo »
Aux Editions L’Harmattan.
Texte de présentation
Le roi du Dahomey, Ahidjéré Béhanzin, exilé par les autorités françaises avec une partie des siens en la colonie de Martinique, demande à son fils, le Prince Ouanilo, qui vient d’échapper à la terrible éruption du volcan de la Montagne Pelée, d’écrire l’histoire de la famille en cette terre étrangère. « L’important c’est la marque… la trace… »
Le jeune adolescent de 17 ans, formé à l’école française et à l’environnement créole, à la recherche de lui-même, aidé de son entourage et fort de la grande amitié nouée avec un jeune martiniquais, rédige en observateur avisé, un document ethnographique et historique, fruit de ses douze ans de présence dans son « île-calebasse », dans lequel la farouche volonté du Roi de revenir au pays natal est omniprésente.
Biographie
Daniel Maurice Berté, ex-professeur d’histoire et personnel de direction en collège, est l’auteur de La Catastrophe de la Montagne Pelée et la Presse, Le Saint-Esprit de la Martinique, Les lieux de mémoire de l’esclavage en Martinique, Ecrire au Saint-Esprit, Konba Matinitjé.
Conférencier, intervenant en milieu scolaire, chroniqueur de l’émission en langue créole « Yonndé ti-mo kréyol » sur Super Radio, il publie ses poèmes dans le journal France-Antilles, sur Madinin’Art et les réseaux sociaux.
Écrits
L’inconnu de Mer frappée : chapitre : IX
Chapitre IX
L’ACCIDENT
« S’il ne te faut, ma sœur chérie,
Qu’un baiser d’une lèvre amie
Et qu’une larme de mes yeux,
Je te les donnerai sans peine ;
De nos amours qu’il te souvienne,
Si tu remontes dans les cieux.
Je ne chante ni l’espérance,
Ni la gloire, ni le bonheur,
Hélas ! pas même la souffrance.
La bouche garde le silence
Pour écouter parler le cœur. »
(Alfred de Musset, La nuit de mai)
Ce vendredi matin, Gonaïves s’est réveillée avec la fièvre de la danse. Depuis 1 mois environ, des affiches publicitaires placardées aux endroits les plus passants annonçaient l’arrivée d’un orchestre de la capitale, le Jazz des Jeunes, un excellent groupe musical fondé en 1942 par trois adolescents du pays. Il s’agit des frères Ferdinand et René Dor, et Pierre Richer. Initialement nommé « Trio des Jeunes », le groupe est devenu par la suite la célèbre industrie de production de chansons populaires que l’on a connue durant les grands jours de gloire de la culture nationale. Le moment de l’alacrité avait enfin franchi le seuil auroral.

Dessiner le futur des imaginaires caribéens