— Par Maurice Ulrich —
L’Opéra Garnier de Paris propose, en les enchaînant l’un à l’autre, « le Château de Barbe-Bleue », de Bartok, et « la Voix humaine », de Cocteau
et Poulenc, sous la direction d’orchestre d’Esa-Pekka Salonen et dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski. Une réussite.
Bartok achève la composition du Château de Barbe-Bleue, son seul opéra sur le livret de son ami Béla Balazs, en 1911. Assez mal reçu, il ne sera joué pour la première fois qu’en 1918. Sans doute ce huis clos en enfer de deux personnages ne correspond pas vraiment à ce qu’on pense alors de l’opéra. Il y a ici beaucoup d’instruments de torture, beaucoup de sang sur les bijoux, sur les fleurs. Une dizaine d’années auparavant, Octave Mirbeau avait publié le Jardin des supplices, cette terrifiante promenade d’un couple amoureux dans le raffinement esthétique de l’horreur. Au moment où Bartok compose, la psychanalyse est encore balbutiante. Avec l’ouverture, l’une après l’autre, des portes du château, c’est pourtant dans l’inconscient de Barbe-Bleue que l’on semble entrer. À moins que ce ne soit dans celui de Judith, la femme amoureuse qui l’a rejoint dans sa demeure glacée où jamais le soleil ne pénètre.

C’est à la générosité de la Fondation d’Entreprise SPHERE, que l’on doit la présentation de l’Amant anonyme le seul opéra du Chevalier de Saint-George qui nous soit parvenu complet. L’argument est d’une grande minceur. Qu’on en juge : Alain Guédé, apôtre zélé de la cause de Joseph Boullongne de Saint-George, rapporte ainsi les circonstances de la création de L’Amant anonyme : « Valcour, un riche aristocrate, est secrètement amoureux de la belle Léontine dont il est devenu le confident depuis que son mari l’a quitté. Mais, n’osant lui déclarer son amour, il lui adresse anonymement fleurs, présents et lettres enflammées. Le cœur de la prude Léontine finit bien vite par balancer entre la présence douce et rassurante d’un Valcour et la passion qui éclate dans les lettres de son amant anonyme. Le dilemme est tranché lorsqu’elle découvre que les deux ne forment qu’une seule et même personne. ».
Valcour, riche aristocrate, aime en secret Léontine dont il est le meilleur ami. Il se confie à Ophémon, son ami. De peur d’être rejeté, il n’ose se déclarer et lui envoie d’une manière anonyme des cadeaux et des lettres enflammées, ce qui intrigue fortement Léontine qui se confie à son amie Jeannette et à Valcour pour chercher à savoir qui est cet homme.
— Par Roland Sabra —
Les 16 & 17 juillet 2014 à 19h 30 Théâtre A. Césaire
Pelléas et Mélisande de Claude Debussy rentre au bercail dans une production fastueuse, un orchestre fougueux et transparent. Créée le 30 avril 1902 dans cette même salle de l’Opéra Comique, l’unique pièce lyrique de Claude Debussy (1862-1918) y revient, jouée par l’orchestre des Champs-Elysées sous la direction du talentueux chef Louis Langrée.
En 1976, à l’occasion du centenaire du Festival de Bayreuth, Patrice Chéreau mit en scène le Ring des Nibelungen, dirigé par Pierre Boulez. Aujourd’hui, ce Ring du centenaire est entré dans la légende. Toutefois, l’année de sa création, cette production provoqua un scandale retentissant, chose que l’on a facilement tendance à oublier.
A l’occasion de la conférence du réseau Opera Europa qui s’est tenue à Vienne (Autriche) du 3 au 6 avril, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, s’est adressé aux directeurs d’opéra européens : non seulement l’opéra a servi de ciment à l’identité européenne au cours des siècles, nous a-t-il dit, mais aujourd’hui l’Europe a besoin des artistes et des intellectuels pour l’aider à écrire une nouvelle page de son «histoire». Comment parvenir à dégager les grandes lignes d’un projet commun pour les décennies à venir ? Quelle peut être la contribution du monde de l’art, et de l’opéra en particulier ?
—Nicolas Joel, actuel directeur de l’Opéra de Paris, souhaite que l’institution devienne un lieu de «formation cohérente» pour toutes les professions qui composent l’univers du lyrique et du ballet.





Edito du 20/10/2007