— Par le Comité de Grève des salariés grévistes de Transaglo soutenu par la CGTM —
Aux
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Usagers des communes du Lamentin, de Schoelcher, Saint-Joseph, Fort-de-France ;
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Travailleuses, Travailleurs ;
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Présidents des communautés d’agglomération (Cap Nord, CACEM, Espace Sud) ;
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Conseillers municipaux des villes de Schoelcher, Lamentin, Saint-Joseph, Fort-de-France ;
« L’engagement est ce qui transforme une promesse en réalité ». (Abraham Lincoln)
Depuis le mardi 17 mars 2026, la grande majorité des employés de Transaglo, entreprise de transport de passagers dans la zone centre (Cacem) pour le compte de Martinique Transport sont en grève.
Ce mouvement arrive après le dépôt d’un préavis et le blocage des négociations annuelles obligatoires (NAO) sur le point portant sur les salaires.
Depuis le début de la grève, plusieurs déclarations venant d’horizons divers ont été publiées sur le mouvement initié par les salariés et ses répercussions. Extraits :
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« Depuis 9 jours, la population est prise en otage ; Usagers abandonnés chaque jour ; les usagers subissent » Association des Usagers des Transports en Martinique (AUTM).
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« Disproportion entre un conflit social lié à un sous-traitant et la paralysie totale d’un réseau de transport d’un bassin de 170 000 habitants », (La Martinique ensemble, 30 mars 2026).
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« Un territoire entier pris en otage, sans solution de substitution, sans information fiable, et sans respect des usagers » (Béatrice Bellay, députée, 31 mars 2026)
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« Depuis plusieurs jours, la population est prise en otage par une situation qui ne peut plus durer » (Les maires de la CACEM, 2 avril 2026).
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Daniel Chomet « à l’instar des maires de la CACEM, exige le rétablissement immédiat d’un service minimum effectif et fiable » (2 avril 2026)
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« Le PALIMA insiste enfin sur la nécessité (…) de faire respecter les droits des usagers, en instituant, par exemple, un service minimum en cas de grève » (PALIMA, 7 avril 2026).
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« 4 semaines que la population du centre souvent la plus défavorisée se trouve ainsi prise à la gorge. (…) L’UNION DES FEMMES DE MARTINIQUE soutient les associations de défense des usagers … » (UFM, 13 avril 2026)
Parmi toutes ces prises de position, peu sont celles ou ceux qui se sont rapprochés des grévistes pour connaitre les motifs de leur mouvement.
Pourquoi ce mouvement de grève
Du 11 avril au 13 mai 2025, un mouvement de grève a été mené par le personnel de Transaglo. Pour acter la fin de conflit et la reprise du travail, un protocole d’accord a été signé entre Transaglo, la CGTM, Martinique Transport sous l’égide de la DEETS. Ce protocole n’a été dénoncé par aucune des parties signataires.
Son article 4 est ainsi rédigé et nous invitons les uns et les autres à bien lire son troisième alinéa qui n’a pas été exécuté dans son intégralité, puisque seule la prime de 13ème mois a été versée.
Dans le cadre des NAO 2026, le gérant de Transaglo a communiqué à Martinique Transport la liste des revendications des salariés par courrier en date du 31 janvier 2026. Dans sa réponse datée du 12 mars 2026, le président de Martinique Transport a écrit :

Lors de la dernière réunion de négociation qui s’est tenue lundi 16 mars 2025, les parties, employeur et délégation salariale, ne sont pas parvenues à un accord, Transaglo se conformant aux instructions données par Martinique Transport. Les salariés ont donc cessé le travail à partir du 17 mars 2026.
La DEETS a pris l’initiative d’inviter grévistes et employeur à se retrouver pour entamer les négociations et tenter de trouver un accord. Deux rencontres ont eu lieu dans ses locaux et lors de la seconde, il est apparu évident que Martinique Transport, donneur d’ordre et autorité organisatrice devait être présente. Contactée par la DEETS le 1er avril 2026, Martinique Transport a refusé de rejoindre la discussion. Motifs : Martinique Transport « n’interviendra pas dans ce dossier », « il s’agit d’un conflit interne entre un sous-traitant et son personnel et se contente d’attendre un déblocage de la situation ». Ce n’est pourtant pas ce que montre sa réponse au gérant de Transaglo « l’invitant à surseoir sur tous les points des NAO relatifs à de nouvelles dispositions salariales ». En agissant ainsi, Martinique Transport s’érige en dirigeant de fait de cette entreprise dont, à notre connaissance, elle ne figure, ni dans ses statuts, ni ses organes de direction. En réalité, Martinique Transport se sert de Transaglo pour échapper à ses obligations vis-à-vis des salariés et ne pas respecter ses engagements pris le 13 mai 2025.
Martinique Transport et la Régie des Transports à la manœuvre.
Martinique Transport et la Régie des Transports de Martinique ont finalement fixé un rendez-vous aux grévistes vendredi 10 avril 2026 à 9 heures au siège de l’ex Conseil Général pour enfin entamer des négociations. Mais la veille, à leur demande, un huissier avait déposé au siège de la CGTM une assignation convoquant cette dernière et des grévistes devant le juge des référés … vendredi 10 avril 2026 à … 10 heures.
Face à cette situation, leurs représentants ont proposé un nouveau rendez-vous après l’audience. Arrivés sur place à 11H15, les grévistes ont constaté que le président de MT quittait l’ex CG et ne restait que le président de RTM. Les deux ont proposé une nouvelle rencontre le 13 avril 2026 à … 11 heures. Or, à la demande de la CGTM, la juge avait accepté de renvoyer l’audience au lundi 13 avril 2026 à 8 heures, renvoi également accepté par l’avocat de MT. Finalement, une rencontre a bien eu lieu entre MT et les grévistes, sans résultat
Une nouvelle rencontre, initialement envisagée pour le lendemain mardi 14 avril avec le gérant de Transaglo, a eu lieu finalement le mercredi 15 avril, avec en outre la participation de deux représentants de la DEETS.
Au cours de cette rencontre, Martinique Transport a continué à nier deux évidences : sa responsabilité venant du non-respect de l’accord du 13 mai 2025 et le fait d’avoir agi en véritable donneur d’ordre, en s’immisçant dans les affaires internes de Transaglo en demandant d’écarter le point portant sur les salaires des NAO. Par contre, elle s’est abritée derrière le Code des marchés qui ne permettrait pas de modifier celui devant prendre fin en août 2025, mais toujours en cours et sur le risque d’être mise cause sur le plan pénal.
Au cours d’une intervention mesurée, un des représentant de la DEETS a fait observer que « qu’un protocole de fin de conflit a une valeur contraignante pour les parties signataires, il doit être exécuté de bonne foi … ».
Face à une situation bloquée, la délégation salariale a invité Martinique Transport à revoir sa copie et à lui faire une proposition de sortie de conflit, rappelant sa totale disponibilité, qu’importent le jour et l’heure. Le président de MT a déclaré qu’il se rapprocherait d’autres élus pour en discuter. Depuis, pas de nouvelle.
Ne nous trompons pas d’adversaires.
Le mouvement des grévistes de Transaglo a un impact sur la vie économique et sociale. Mais c’est aussi vrai lorsque les éboueurs, les personnels de santé, les salariés des établissements bancaires, de la filière pétrolière, de la production et de la distribution de l’eau, des services municipaux, bref, dans tous les secteurs, lorsque ces travailleurs se mobilisent pour exiger que leurs droits soient respectés. L’explication est simple : Le fonctionnement de toute la société reposant sur la présence des travailleurs dans tous les secteurs, il est évident que lorsque ces derniers arrêtent de travailler, des perturbations apparaissent.
La faute n’incombe donc pas à celles et ceux qui se battent pour faire respecter leurs droits.
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Elle est du côté de ceux qui sont à l’origine de cette situation en ne respectant pas leurs engagements. (Cette situation rappelle celle de SAUR Martinique qui refusait également de respecter son engagement dans le cadre du marché pour la distribution de l’eau dans les communes du Nord.)
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Elle est du côté de ceux qui, en leur qualité de donneur d’ordre, s’immiscent dans la gestion interne du personnel d’une entreprise délégataire et créent le désordre.
Conscients des effets que provoquerait ce mouvement sur les déplacements de la population, des contacts ont été établis avec les 4 maires de la zone Centre. Objet : être reçu par le Conseil municipal et avoir la possibilité de s’exprimer devant lui. Avec trois maires (Lamentin, Fort-de-France, Schoelcher), un échange verbal a pu avoir lieu. Mais pas avec celui de Saint-Joseph malgré le recours à un membre de sa famille proche.
De toutes parts, des appels fusent pour défendre les personnes âgées, isolées, malades, etc. Certains veulent limiter le droit de grève, appellent le préfet à recourir à la force pour contraindre les salariés à se taire et à tout accepter. Mais il ne se trouve aucun pour clairement dire que les grévistes sont dans leurs bons droits, que c’est à Martinique Transport qu’incombe la responsabilité de faire le nécessaire pour sortir de cette situation. Car ce n’est pas son courrier du 31 mars 2026, tentative maladroite et désespérée pour se dédouaner, qui l’en exonérera.
Ce n’est pas en judiciarisant ce dossier pour transférer la prise de décision aux juges que nous en sortirons.
Ce n’est pas en cherchant à désigner les grévistes à la vindicte populaire que nous ferons revenir la sérénité et créerons les conditions pour que nous salariés de Transaglo soyons rétablis dans notre bon droit, pour trouver des solutions pérennes et rétablir un service public de transport digne de ce nom.
Nous sommes mobilisés depuis 4 semaines et en grève pour des augmentations de salaires face à la cherté de la vie et pour le respect de nos droits et de notre dignité.
Notre combat, c’est aussi le combat des salariés, des usagers, de la population ! Avec la solidarité de tous, nous atteindrons cet objectif.
C’est en étant solidaires de celles et ceux qui se battent que ceux qui sont aux responsabilités se trouveront dans l’obligation de les assumer dans l’intérêt de la grande majorité de la population.
Respé ek Dignité ba travayè ka lité ! Respé ek dignité pou lézusajé !
Nou pa pran pèsonn an otaj ! Sa ki ka pran mounn en otaj, cé Martinique Transport ki pa ka respecté pawol i!
Le 19 avril 2026
