Aux Antilles : Le problème criant du fret aérien

France-Antilles, journal web du 20 avril, informe sur le problème criant du coût du fret aérien, lié à la pandémie actuelle.

Jean-Claude Florentiny, le président du Syndicat des Commissionnaires en Douane et Transitaires de Martinique (SCDTM) tire la sonnette d’alarme sur les hausses brutales pratiquées par Air France, seule compagnie, depuis le 30 mars dernier, à relier l’Hexagone à la Martinique. Une augmentation qui impacte les prix à la consommation.

France-Antilles :

En tant que président du SCDTM, vous avez constaté une hausse des coûts du fret aérien qui peut atteindre jusqu’à 120%, y compris sur du matériel médical. Comment est-ce possible ?

Jean-Claude Florentiny :

C’est en effet une vraie problématique. Depuis le 30 mars, il n’y a plus de concurrence sur les Antilles mais également dans l’Océan Indien. Tous les parcs des compagnies aériennes sont cloués sur les tarmacs. En Martinique, seule la compagnie Air France assure deux liaisons hebdomadaires, entre Paris et l’aéroport du Lamentin. Le problème qui se pose pour notre syndicat, qui représente 80 % des chargeurs et assure 90 % de la collecte de l’octroi de mer, c’est la politique tarifaire appliquée par Air France. Certes, nous comprenons parfaitement la situation liée à la pandémie de Covid-19 mais la réalité, c’est que le coût du fret aérien a été multiplié par trois. On a parfois des hausses de 100 à 120 %, y compris sur du matériel médical ou para-médical. Ce n’est pas tolérable, surtout lorsque des vies humaines se retrouvent, en bout de chaîne, mises en cause. 

FA : Quelles sont les conséquences d’une telle augmentation ? 

J.-.C. F. : Le fret acheminé généralement à la Martinique se répartit en temps normal entre l’aérien (environ 15%) et le maritime (85%). Compte-tenu de la crise, le fret privilégié aujourd’hui est principalement alimentaire ou sanitaire. On a aussi une petite partie de trafics dits « tiers ». Cette hausse du coût du fret aérien a une conséquence directe sur les prix. À la fois pour les consommateurs, concernant l’alimentaire, puisqu’elle impacte directement le panier de la ménagère. Mais aussi pour les chargeurs et distributeurs. À titre d’exemple, j’ai été récemment interpellé par un importateur de matériel médical (des réactifs pour laboratoires). L’augmentation des prix du fret aérien n’est plus viable économiquement pour lui : dans son secteur, les prix sont réglementés, ce qui l’empêche de répercuter cette hausse sur sa clientèle. Au final, l’impact de la hausse du fret aérien est double : soit directement pour le consommateur en magasin, soit pour l’importateur qui supporte seul les surcoûts d’Air France. 

« Si l’Etat n’assure pas une continuité territoriale, on restera impuissants »

FA : Au-delà des prix, cette liaison aérienne pose un vrai problème de continuité territoriale ?

J.-.C. F. : Deux vols par semaine, c’est clairement insuffisant. Outre l’impact sur les prix, il y a clairement une sous-capacité de mise à disposition des marchandises par rapport à la demande. Et le peu mis à disposition est, du coup, prohibitif. Si on veut continuer à lutter contre la vie chère, il faut s’attaquer à ça. On subit déjà un confinement, or nous sommes sur des économies insulaires et dépendantes de l’extérieur. À partir du moment où l’Etat n’assure pas une continuité territoriale, on reste impuissants. Et, faute de concurrence, Air France est libre d’appliquer les prix qu’il veut. Ce qu’il faudrait, c’est une réquisition, une subvention de l’État afin de pallier cette hausse. 

FA : Cette hausse du fret aérien vous paraît d’autant plus problématique que, jusqu’ici, elle ne se pose pas de la même façon pour le maritime ?

J.-.C. F. : Oui, et il faut le souligner. À ce jour, les compagnies maritimes continuent à jouer le jeu, avec des taux de remplissage pourtant relativement bas (quasiment 50%) et qui s’abaissent de semaine en semaine. Heureusement, la banane résiste à l’export, ce qui permet un équilibre. Pour le moment, il ne m’a pas été signalé de hausse tarifaire sur le fret maritime et il n’y a pas eu de suppressions d’escales sur la zone Antilles-Guyane, même si les bateaux sont à moitié vides. 

FA : Vous avez alerté le préfet et votre Fédération nationale sur le sujet, y a-t-il eu des avancées ?

J.-.C. F. : Suite à l’initiative de notre fédération, une réunion a eu lieu vendredi dernier (17 avril) au cabinet du ministre de l’Outre-Mer avec la grande distribution, plusieurs opérateurs, les compagnies aériennes… Plus de 80% des flux aériens ne sont plus assurés sur la destination, c’est énorme. Air France a expliqué sa politique tarifaire par ces difficultés. Ce mercredi, Air Caraïbes affrétera un A350, son plus gros avion, vers la Martinique pour mettre un peu de concurrence. Il fera de même dans l’Océan Indien vers la Réunion. Mais, à ce stade, il s’agit d’un vol sec. Et, contrairement à Air France, qui transporte quelques dizaines de passagers à chaque vol, Air Caraïbes aura uniquement du fret. Le coût sera donc forcément supérieur à celui d’avant la crise. Nous avons aussi un problème d’acheminement de courrier. La Poste s’est engagée, de son côté, à affréter un avion pour le courrier. 

Pour nous, c’est une vraie crise du fret aérien et de la continuité territoriale.

Source : https://www.martinique.franceantilles.fr/actualite/economie/le-cout-du-fret-aerien-a-ete-multiplie-par-trois-depuis-la-crise-du-covid-19

France-Antilles, le 20 avril 2020