Selim Lander

« Moun Bakannal » une pièce de Chantal Loïal

— Par Selim Lander —

On attendait beaucoup de cette pièce – présentée dans le cadre du festival « Mois Kréyol » – inspirée des carnavals à la mode de Guadeloupe (terre d’origine de la chorégraphe), Martinique, Guyane mais encore de Venise, du pays basque et même de Dunkerque ! On était curieux de découvrir un spectacle qui mêle paroles et chants à une danse faisant elle-même appel à diverses musiques. On sait bien à la Martinique que le carnaval n’est pas partout le divertissement folklorique qu’il est devenu ailleurs, qu’il peut demeurer un moment de transgression en rupture avec le reste de l’année.

Moun bakannal restitue ce côté transgressif des carnavals antillais avec des gestes obscènes et des tenues provocantes. Un danseur est habillé de sous-vêtements féminins et même, pendant l’une des séquences de la pièce, chaussé de belles chaussures rouges à talon haut. Ce danseur, Stéphane Mackowiak, est par ailleurs le plus affûté, le plus bondissant et celui qui cultive encore plus que les autres des attitudes provocatrices.

La pièce commence par une projection de séquences du monde du carnaval (moun bakannal), puis on entre dans le vif du sujet avec une danse avec bâtons venue du Pays basque interprétée par trois danseurs vêtus de sortes de pyjamas blancs (ce qui donnera lieu à une chanson).

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Patrimoine en péril

— par Michel Herland —

Ce n’est pas la première fois qu’il convient d’alerter sur l’état d’abandon dans lequel se trouve toute une part du patrimoine martiniquais, souvent pas la plus prestigieuse mais qui fait partie de notre histoire. Or chaque fois que l’on voit se dégrader puis disparaître un élément de ce patrimoine, c’est une perte irréversible au détriment des générations futures. On ne reviendra pas ici sur les destructions volontaires qui ont fait récemment l’objet d’une procédure judiciaire. Une lecture particulière des péripéties historiques peut conduire certains Martiniquais à vouloir éradiquer toute trace du passé colonial. On aurait simplement souhaité à ce propos qu’ils ne fussent pas seuls à décider les monuments qu’il convenait de faire disparaître ; on aurait préféré que l’ensemble des Martiniquais, dûment consulté, ait été appelé à se prononcer et que, en outre, si la décision d’écarter certains monuments était finalement actée, qu’ils soient mis en lieu sûr plutôt que détruits, car on ne saurait préjuger de l’avenir. Mais ce n’est pas le propos d’aujourd’hui.

Le patrimoine matériel ne se limite pas en effet aux statues des « grands hommes » (ou femmes) qui ont façonné avec plus ou moins de bonheur l’histoire du pays !

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« Toussaint Louverture, le souffle de la liberté » de Nadège Perrier

— Par Selim Lander —

Toussaint Louverture (vers 1743- 7 avril 1803) demeure à juste titre dans les mémoires comme un héros de la liberté des Noirs et de l’indépendance d’Haïti. Lamartine lui avait déjà consacré une pièce qui fut créée en 1850 et Césaire un livre publié en 1960 chez Présence Africaine et toujours disponible.

Ce qui fascine chez Toussaint c’est son intelligence stratégique. Il sut en effet s’allier d’abord aux Espagnols contre les Français, puis, après l’abolition de l’esclavage par la Convention le 4 février 1794, aux Français contre les Espagnols et contre les Anglais. Il est nommé par la France général de brigade en 1795, lieutenant gouverneur en 1796, gouverneur l’année suivante. En 1799, il sortit vainqueur de la guerre des Noirs du nord d’Haïti (qu’il dirigeait) contre les Mulâtres au sud. En 1801, Bonaparte le fit capitaine général de Saint-Domingue, soit le deuxième personnage de l’île. La même année, il s’est proclamé « gouverneur à vie » et a promulgué une constitution autonomiste confirmant la suppression de l’esclavage… tout en le remplaçant par une forme de servage qui attache le travailleur à la terre, et prévoyant la possibilité du travail forcé.

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Le PABE fait hurler les failles

— Par Selim Lander —

Le Plastik Art Band Expérimental n’en est pas à sa première exposition à Tropiques-Atrium Scène Nationale, à Fort-de-France. On se souvient, parmi d’autres, de « Féminins du sac » en 2014. Le PABE, actif depuis 2009 sous la houlette de Michèle Arretche, n’est pourtant pas une « École de peinture » au sens de l’histoire de l’art ; il ne réunit pas des artistes reconnaissables par leur esthétique commune. Si le PABE est quand même une école, c’est avec un « é » minuscule, puisque des sessions de formations sont organisées périodiquement à l’intention de ses membres sous la direction de tel ou tel plasticien. En dehors de cette volonté de se perfectionner, les artistes toutes féminines du PABE ont en commun leur passion pour l’art, le besoin de s’exprimer en art, chacune bien sûr avec ses moyens, son imaginaire propres mais une sensibilité toujours féminine, si tant est que cela ait un sens.

L’artiste est le plus souvent solitaire. Seul devant sa toile ou les matériaux qu’il compte utiliser, il doit puiser en lui-même les forces qui lui permettront d’avancer.

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« Danton-Robespierre » de Hugues Leforestier

— par Selim Lander —

Hugues Leforestier, l’auteur et interprète de Danton, est lui-même un personnage haut en couleur passé par d’improbables métiers pour un comédien (professeur de sport, banquier…) avant de se tourner vers le théâtre. En scène, avec son allure à la Portos (comme un critique l’a déjà fait remarquer) il impose la figure d’un Danton amoureux de la vie, de l’humanité et des femmes (à mettre dans l’ordre qu’on voudra). En face de lui c’est une comédienne, Nathalie Mann, qui a été choisie pour interpréter Robespierre. Mince, costume austère et visage que le maquillage a rendu blafard, elle campe un « Incorruptible » obstiné dans son rêve d’un bonheur égalitaire qu’il faudra imposer aux hommes par la terreur : « le despotisme c’est la liberté », un fanatisme contre lequel le bon sens de Danton ne peut que se briser. Mirabeau (le fils) aurait dit de Robespierre : « il ira loin car il croit ce qu’il dit » !

Dans un bord de scène à l’issue de la représentation, l’auteur explique qu’il a voulu coller le plus près possible à la réalité en situant dans une réunion qui a bien eu lieu entre les deux révolutionnaires, le 22 mars 1794, soit moins d’un mois avant la décapitation de Danton (le 5 avril), des propos tirés pour l’essentiel de leurs discours.

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Hurler les failles : Conférence autour de DO-KRE-I-S et d’une exposition

Mardi 13 janvier 2026, 18h30, Tropiques-Atrium

Dans le cadre de l’exposition collective du PABE, « Hurler les failles » (13 janvier-14 février 2026)

« Sans aucun doute, nous traversons une période durant laquelle susurrer nos douleurs importe peu. Il nous faut les hurler et ceci avec une rage foudroyante, pour enfin sortir de profondes somnolences toutes les failles vives du monde. »*. Ce constat initial a été établi en 2024 dans le cadre d’un échange éditorial entre Yara Ligiéro, artiste plasticienne brésilienne, et Jean Erian Samson, poète haïtien. Une correspondance qui a pour titre « Hurler les failles » et qui offre une série de réflexions sur le rôle de l’art et de la littérature dans les mouvements culturels politiques et artistiques contemporains dont la revue DO-KRE-I-S demeure un foyer dynamique.

La pertinence des revues culturelles dans les luttes d’émancipation mérite donc d’être éclairée. Il apparaît ainsi que de nombreuses études consacrées à ces objets démontrent que la revue comme support éditorial collectif transcende sa fonction de simple vitrine – surtout quand celle-ci émerge des « périphéries ». Elle dépasse donc son rôle de catalogue de « nouvelles voix à promouvoir » pour former des communautés engagées.

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L’état de droit à la Martinique

— Par Michel Herland —

Cet article qui fait suivre à celui portant sur le verdict du procès des « déboulonnages » des statues à la Martinique (*) se propose d’étudier plus largement la situation de l’état de droit. Compte tenu des similitudes structurelles existantes entre la Martinique et les autres collectivités françaises d’Outre-mer cette analyse pourra s’appliquer, mutatis mutandis, à ces dernières.

Deux définitions pour commencer.

L’état de droit. A priori, l’état (sans majuscule) de droit règne dans un pays lorsque les lois sont globalement respectées. Mais dans les démocraties libérales la définition est différente, l’état de droit suppose en outre que les lois ne contredisent pas les droits de l’homme – les droits humains – tels que définis par diverses chartes, avec toutes les ambiguïtés que cela suppose (1). Ainsi considère-t-on chez nous que l’état de droit ne prévaut pas en Chine, même si les lois y sont respectées bien plus que dans bien des démocraties occidentales.

Légitimité de l’État. Ce n’est pas une question de droit mais de sentiment. Un État (avec majuscule) est ou non perçu (globalement) par les citoyens comme légitime – et donc plus ou moins en mesure de faire régner la loi.

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Les arrière-petits-fils d’esclaves martiniquais sont-ils les plus heureux de la terre ?

Par Yves-Léopold Monthieux —

La Martinique et les Martiniquais d’origine africaine ont connu la déportation, l’esclavage, les insurrections dont celles de 1848 et 1870, l’expédition du Mexique en 1861, la grève de février 1900, l’éruption de la montagne Pelée en 1902, les départs vers le Panama et le Vénézuéla vers 2010, la guerre 1914 – 1918, la marche de la faim de 1936, la guerre 1939 – 1945, l’Amiral Robert, 1939-1945, (la dépendance au ” biscuit américain” et la menace d’envahissement de Fort-de-France par les USA), la départementalisation – assimilation de 1946, les évènements du Carbet, de Bassignac et de Basse-Pointe entre 1948 et 1950, les morts de décembre 1959, l’ordonnance d’octobre 1960, les morts du Lamentin en 1961, l’OJAM en 1962, le BUMIDOM en 1963, la grève de février 1974, le traumatisme du chlordécone, la grève de février 2009, les incidents de 2021 liés au covid, la revendication en cours contre la vie chère, déclenchée par le RPPRAC en 2024.

Que de chemin de croix parcouru par les Martiniquais et la Martinique depuis la déportation d’Afrique, de la guerre pour la liberté et contre la faim jusqu’aux batailles pour la consommation !

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Taïnos et Kalinagos : une exposition et un livre

— par Selim Lander —

La Fondation Clément à la Martinique organise à côté des expositions mettant en valeur les artistes caribéens contemporains des événements prestigieux en relation avec d’autres institutions. Après Télémaque et Le Geste et la Matière avec le Musée Pompidou (2016 et 2017), Afrique (2108 avec la Fondation Dapper), Révélation ! (2025 avec la République du Bénin) c’est cette fois d’un retour aux sources les plus lointaines de la création dans l’archipel caribéen qu’il est question, en collaboration avec le Musée du Quai Branly. Plus de 300 pièces sont rassemblées en provenance des collections européennes mais aussi bien américaines, dominicaines, portoricaines, guadeloupéennes et bien sûr martiniquaises, sous le commissariat d’un ancien directeur du Musée de l’Homme, André Delpuech qui signe plusieurs articles du catalogue.

Les catalogues sont souvent comme ces beaux livres qu’on range dans un coin pour ne plus les consulter. Celui de cette exposition devrait connaître un sort différent et devenir un ouvrage de référence concernant une ou plutôt des civilisations à propos desquelles on manquait jusqu’ici cruellement d’informations aisément accessibles, sachant que ni le livre ni l’exposition ne pourront lever tous les secrets de sociétés sans écriture et dont les seuls témoignages dont nous disposions par les récits des premiers colonisateurs (soldats ou plus souvent membres du clergé) ne portent que sur la période la plus récente de leur histoire, comme celui du Père Breton (1665), lequel a laissé de précieuses informations et même un dictionnaire callinago-français.

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« La légende de Zadou » racontée par José Alpha

— par Selim Lander —

En prévision de ces nouvelles représentations de La Légende de Zadou (après celle du mois de juillet dernier dans le cadre du festival de Fort-de-France), les lecteurs de Madinin’Art ont eu le privilège de lire sous la plume de Jean Samblé une analyse fouillée de la saga de René-Louis-Gaétan Beauregard, « parabole sombre sur les rapports de force qui régissaient alors la Martinique » (1). Alors, c’est-à-dire dans les années 1940, plus précisément de 1942 à 1949, où se situent la fuite et la traque de Beauregard, contremaître d’habitation dans la localité du Marin, après qu’il ait tenté d’assassiner sa femme et mis le feu à sa maison. Dans la version de l’histoire retenue par José Alpha, Beauregard est convaincu que sa femme le trompait avec un béké. Son sentiment de trahison est exacerbé par le ressentiment envers la classe dominante, blanche de surcroît. Comme chez Jean Samblé, sa révolte participerait donc d’une lutte des races et des classes que l’on dirait aujourd’hui « décoloniale ».

Ce Beauregard-là est un beau sujet pour le roman ou le théâtre et l’on comprend que José Alpha ait voulu le raconter dans un texte où le créole domine le français, choix judicieux pour restituer une histoire se déroulant dans la campagne martiniquaise à une époque où le créole était la langue vernaculaire, même si cela réduit le public potentiel au-delà des Antilles et au risque de décevoir, à la Martinique même, les spectateurs non créolophones.

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« Hansel et Gretel », de l’ombre à la lumière

— Par Selim Lander —

Depuis que le conte des frères Grimm a été mis au programme du cycle 2 de l’enseignement élémentaire, plusieurs projets de mise en scène ont fleuri, dont celui de Bérangère Gallot présenté à Fort-de-France un peu avant les fêtes de fin d’année. La salle Fanon de Tropiques Atrium était remplie pour la circonstance par une ribambelle d’enfants dont les réactions spontanées indiquaient suffisamment qu’ils trouvaient le spectacle à leur goût. Mais les adultes avaient aussi de quoi être satisfaits en observant le jeu des comédiens (en particulier les deux jeunes qui interprétaient les héros éponymes), les costumes, les décors.

L’histoire, semblable à celle du Petit Poucet, est un grand classique : des parents trop pauvres pour nourrir leurs enfants décident de les abandonner dans la forêt. La fin, bien sûr, s’avérera heureuse, un conte, pour être efficace, devant faire peur mais pas trop. Ce thème a une certaine résonance aujourd’hui, non parce que les abandons d’enfants se seraient multipliés mais puisque qu’il est avéré que nombre de géniteurs potentiels renoncent désormais à avoir des enfants, en vertu d’un certain égoïsme qui n’est pas sans ressembler à celui des parents des contes qui sacrifiaient leur progéniture dans l’espoir de se sauver eux-mêmes.

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« Déboulonnages » : un jugement hors norme

— Par Michel Herland —

Par euphémisme, on a appelé dans la presse le procès qui s’est tenu à Fort-de-France du 5 au 7 novembre 2025 contre les casseurs (cinq femmes et six hommes de 24 à 54 ans) de plusieurs monuments publics martiniquais le « procès du déboulonnage ». C’était d’emblée minimiser les faits. Déboulonner c’est un acte respectueux, sinon de la personne en effigie du moins du travail de l’artiste qui l’a façonnée. Déboulonner c’est avoir conscience que les perspectives historiques changent et qu’un jugement concernant le passé ne saurait être définitif. Casser au nom de l’indignation d’un moment c’est un réflexe de voyou qui démontre l’absence de toute réflexion véritable. Or c’est bien de casse qu’il s’est agi, les œuvres en question n’existent plus. Le jugement, rendu le 17 novembre, a fait preuve d’une grande clémence puisque seuls deux accusés ont été reconnus coupables mais dispensés de peine, les autres innocentés alors qu’ils avaient reconnu les faits.

Rappel des faits

Empruntons à la revue Esprit ce rappel des faits.

« Le 22 mai 2020, journée de commémoration de l’insurrection d’esclaves de 1848, l’année de l’abolition de l’esclavage, démarrait une vague de destructions de statues sur l’île de la Martinique.

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« Mama Wanakéra » d’Olivier Ernest Jean-Marie

— Par Selim Lander —

Poursuivant sa série des pièces produites localement, le Théâtre municipal présente jusqu’à samedi une création issue de l’atelier du Sermac animé par Élie Pennon, Mama Wanakaéra d’Olivier Ernest Jean-Marie qui intervient lui-même dans les rôles d’Aimé Césaire et de Patrick Chamoiseau. La pièce commence dans une salle d’hôpital où repose la matriarche d’une nombreuse famille. Elle récupère d’une blessure infligée involontairement par l’une de ses petites filles, un coup de revolver parti intempestivement. Cet événement improbable est à l’origine d’une réunion familiale et d’une discussion animée en créole. On retrouve ensuite la famille sur le chemin du retour, dans un minibus, ce qui est l’occasion de solder quelques comptes, avant une halte à l’église pour remercier le Seigneur, laquelle halte ne va pas sans susciter quelques propos critiques à l’égard d’une religion importée par des Blancs.

La suite de la pièce, lors d’une nouvelle visite de la famille cette fois plus nombreuse, accentue le côté critique de la pièce avec l’énoncé des griefs contre la Métropole si souvent entendus dans le théâtre antillais (de l’esclavage au chlordécone).

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« Ubu président » : engagé et déjanté

— par Selim Lander —

Ubu président et non plus Ubu roi, les spectateurs sont avertis d’emblée qu’il ne vont pas assister à la pièce d’Alfred Jarry mais à quelque chose d’autre, que les références ne seront pas les mêmes. Et de fait le texte de Mohamed Kacimi – bien connu à la Martinique – est bien plus qu’une adaptation, une véritable réécriture où surnagent malgré tout quelques termes emblématiques de la pièce initiale comme « la chandelle verte », « merdre » ou « cornegidouille » et où domine comme chez Jarry un esprit farcesque. Pour le reste la viande de cheval distribuée au peuple est remplacée par des pizzas et tout est à l’avenant. La distribution de l’or de la cassette royale demeure néanmoins (car l’Ubu président de M. Kacimi se fera finalement proclamer roi).

Ce qui n’empêche pas l’auteur de nous délivrer son message  : les Français (« de souche ») sont racistes (ils veulent se débarrasser des immigrés), idiots (puisque ayant élu un président aussi nul et prétentieux qu’Ubu) et bigots. Chacun en jugera et après tout pourquoi pas ?

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Procès

Non ce n’est pas à Gibraltar
Il y a des gens vraiment bizarres
Qui détruisent les oeuvres d’art
Sous prétexte qu’ils en ont marre

 

Michel Herland
Série Quatrains

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La Promesse du korosol

— par Selim Lander —

Après sa mise en lecture en 2021 du récit d’Ina Césaire lors du festival des Petites Formes, Yna Boulangé présente cette fois son adaptation pour le théâtre de Moi Cyrilia gouvernante de Lafacadio Hearn. Rappelons qu’ Ina Césaire s’inspirait très directement des Contes des tropiques de Hearn et plus particulièrement de la dernière partie, « Ma bonne ». Ainsi s’établit une filiation qui à partir de Hearn (1850-1904) – dont on pourra néanmoins considérer les considérations sur les races comme passablement démodées – conduit jusqu’à notre Yna (avec Y) Boulangé en passant par Ina (avec I) Césaire (1942-2025).

Les Contes de Hearn qui font revivre Saint-Pierre avant la catastrophe sont un témoignage irremplaçable sur le peuple martiniquais d’antan qui vivait sur une île essentiellement rurale, où l’on se nourrissait principalement de ses propres ressources (1) et où, entre autres, les femmes pouvaient porter leurs bijoux sans crainte de se faire agresser (aujourd’hui seuls les malfrats arborent leur or !). Il y avait certes des pauvres, plus minces que ceux d’aujourd’hui mais il ne paraît pas qu’ils fussent plus malheureux pour autant, peut-être l’étaient-ils moins, avec moins de frustrations, moins de dérivatifs nocifs…

On l’aura compris, si les Contes de Hearn étaient au départ un simple témoignage insistant sur le pittoresque à destination des lecteurs anglophones, ceux des deux I/Yna jouent à fond sur la nostalgie d’un temps révolu.

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In pace

C’est la fête des trépassés
Personnes chères ou moins chères
Qui animaient les jours passés
Et maintenant trois pieds sous terre

Michel Herland – 1er novembre 2025

(Série Quatrains)

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Reportage

par Michel Herland

Cette vesprée mignons pigeons
roucoulent dans la cathédrale 
psaumes cantiques et chansons
joie sur les visages noirs ou pâles

Les Petits Chanteurs de France
Cathédrale Saint-Louis
Fort-de-France
30 octobre 2025

(Série Quatrains)

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De la danse à Fort-de-France

— par Selim Lander

Les amateurs de danse martiniquais se sont vu proposer deux spectacles de danse, les vendredi 17 et samedi 18 octobre, au Théâtre municipal et à la Scène nationale, deux spectacles très différents, une production locale de la compagnie Christiane Emmanuel et un récital de danse classique indienne « Kathak » orchestré par Sharmila Sharma.

Signes particuliers

Audience un peu clairsemée le 17 octobre, non que cette pièce manquât d’intérêt mais il s’agissait d’une reprise de l’année dernière, sans doute trop tôt pour que les amateurs aient envie de la revoir à un intervalle aussi rapproché. Il y a peu de chance qu’elle ait fait davantage le plein le 18 alors qu’elle se trouvait en concurrence directe avec la danse indienne. Ce n’est pas la première fois que Madinin’art a l’occasion de déplorer l’absence de coordination entre les programmes des deux institutions culturelles martiniquaises, aussi nuisible pour les spectateurs (qu’elle prive de certains spectacles) que pour les artistes (qui perdent du public) et les institutions elles-mêmes (qui perdent des recettes). C’est d’autant plus dommage que leurs programmes étant loin – budget oblige – d’être surchargés, on s’explique mal cette concurrence des calendriers.

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Cézanne au Jas de Bouffan

Je vous dois la vérité en peinture
Cézanne

— par Selim Lander —

La dernière exposition consacrée au peintre Paul Cézanne par sa ville natale remonte à 2006, à l’occasion du centième anniversaire de la mort du peintre (1839-1906). Cette nouvelle exposition accompagne l’ouverture au public de la propriété familiale du Jas de Bouffan, devenue propriété de la ville en 2002, après de lourds travaux de rénovation. C’est là où Cézanne a commencé à peindre et où il a travaillé par intermittences jusqu’en 1899, lorsque la famille a vendu le bien.

Les œuvres sont exposées au musée Granet (nommé en mémoire du peintre aixois François Marius Granet, 1775-1849), qui fut auparavant commanderie de l’ordre de Malte (il jouxte l’église Saint-Jean de Malte) et déjà, du temps de Cézanne, le musée des beaux-arts de la ville. L’exposition qui regroupe 135 tableaux – huiles, gouaches, aquarelles, dessins –, bien que centrée sur Cézanne au Jas, ne se limite pas uniquement aux œuvres qui y furent réalisées. On remarque en particulier une « Montagne Sainte-Victoire » datée de 1897 appartenant au Kunstmuseum de Berne et une « Carrière de Bibemus » (vers 1895) venue du Volkwang Museum d’Essen.

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« Helikopter / Licht » par le Ballet Preljocaj

— par Selim Lander — Comme l’année dernière (1), Angelin Preljocaj et sa compagnie se sont produits devant le public aixois en cette fin du mois de juillet dans le cadre prestigieux de la cour de l’archevêché, lieu emblématique du festival d’opéra qui se déroule plus tôt dans le mois.

Ces deux soirées associaient une pièce ancienne pour six danseurs – Helikopter (2001) – et une nouvelle création pour douze danseurs – Licht (2025) sur une musique de Stockhausen pour la première et Laurent Garnier pour la seconde. Stockhausen (1928-2007) fut « sérialiste » en musique non seulement parce qu’il pratiquait la musique sérielle mais parce qu’il aimait composer des cycles « d’opéras ». La musique d’Helikopter a ainsi pour origine la troisième scène de Mittwoch (mercredi) qui se rattache au cycle Licht (1977-2003) des sept jours de la semaine. De même, à la fin de sa vie, travaillait-il sur un autre cycle, Klang, qui devait rassembler vingt-quatre pièces comme les vingt-quatre heures d’une journée (vingt-et-une ont été réalisées). Mais alors que la musique originale d’Helikopter était purement instrumentale, la version retenue par Preljocaj est celle de 1995 dans laquelle interviennent effectivement quatre hélicoptères en vol contenant chacun un instrumentiste, le mixage final restituant à la fois le son des instruments et celui produit par les hélicoptères.

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Le ballet Yang Liping au Festival de Fort-de-France

— Par Selim Lander —

Les soirées festivalières ne se ressemblent pas ; après les résurrections d’Opéra poussière c’est le sacrifice d’une jeune vierge dans le Sacre du printemps. Après le théâtre, place à la danse. Si Yang Liping (née en 1958) est de longue date une star en Chine, elle ne s’est fait connaître que depuis quelques années en Occident ; c’est vraiment une chance pour les spectateurs du Festival de Fort-de-France de pouvoir assister à l’une de ses créations et de faire connaissance par la même occasion avec la danse contemporaine chinoise. Les artistes chinois sont plus que d’autres, peut-être, des maniaques de la perfection. On en a eu la confirmation dès l’entrée dans la grande salle de l’Atrium : douze danseuses assises en tailleur nous attendaient dans une immobilité absolue qu’elles tiendront pendant une demi-heure jusqu’au début du spectacle, pas davantage dérangées par le brouhaha des spectateurs cherchant leur place que par le moine bouddhiste qui installe sur le plateau le cercle formé autour d’elles à l’aide d’idéogrammes géants reproduits dans une mousse ocre, agencement minutieux qui sera détruit joyeusement par les danseuses à la fin.

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« Opéra Poussière » au Festival de Fort-de-France

—Par Selim Lander —

Création du 54e Festival de Fort-de-France, cette pièce haïtienne pour l’écriture (Jean d’Amérique (1)) et la mise en scène (Jean-Erns Marie-Louise) mais avec une distribution africaine et en partie martiniquaise est une vraie réussite formelle. Certes, l’argument est mince : Sanite Bélair, une héroïne de la guerre d’indépendance haïtienne demande à un hougan (« prêtre » vaudou) de la ressusciter car elle a des choses à dire à ses compatriotes d’aujourd’hui, et pour commencer qu’ils ont tort d’oublier la part des femmes dans la guerre contre les Français, à commencer par sa part à elle qui fut sergente dans l’armée de Toussaint Louverture. On ne sait pas si elle ressuscitera vraiment, même s’il semble que ce soit le cas à la fin de la pièce mais elle fera parler d’elle, et d’une manière ou d’une autre parviendra à se manifester auprès des Haïtiens d’aujourd’hui, la télévision s’étant saisie de ce fait divers peu ordinaire. Il n’y a pas vraiment d’intrigue, plutôt une suite de tableaux qui font progresser l’action vers la réapparition réelle ou rêvée de l’héroïne.

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Manuel Mendive à la Fondation Clément

— Par Selim Lander —

La Fondation Clément offre aux Martiniquais le plaisir d’une belle redécouverte avec cette grande exposition rétrospective consacrée à un plasticien cubain, né en 1944, auteur d’une œuvre considérable couronnée de nombreuses récompenses et que les Cubains comparent par son importance à un Wifredo Lam. Plaisir de contempler des formes inédites dans le paysage de l’art caribéen contemporain. Certes, on avait déjà beaucoup vu de figures anthropo- ou anthropozoo-morphes mais celles-ci sont différentes, des êtres composites, difformes qui ne nuisent pas à l’équilibre, à l’harmonie du tableau ou de la sculpture.

Mendive a expérimenté de nombreux supports, carton, tissu, bois, métal pour ses peintures. Quant à ses sculptures elles ont souvent une structure souple en chiffon, pour d’autres une sculpture en ciment recouverte de toile, d’autres enfin sont en bronze.

Au premier abord, on peut se demander quelle est la signification cachée de ces œuvres étranges. Des titres qui évoquent les divinités de la santeria nous mettent sur le chemin. Dayneris Brito qui signe le texte de présentation dans le catalogue précise que Mendive est porteur d’« une éthique de résistance fondée sur la spiritualité, un programme poéticio-politique qui ne nie pas la dévastation du présent mais la confronte par une autre logique […], d’« une esthétique vitaliste et guérisseuse ».

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De Césaire à Senghor, 27-28 juin 2025

— par Selim Lander —

Deux soirées consécutives à Tropiques-Atrium placées sous l’égide de Césaire pour l’une, Césaire et Senghor pour l’autre (1).

Un homme debout avec David Valère

David Valère est un comédien installé en Suisse, « martiniquais non par terre natale mais maternelle » comme il le dit lui-même, ajoutant que depuis qu’il renoue avec la Martinique, il se sent « martiniquais à 50 % comme un bon rhum agricole ». Il a quoi qu’il en soit une forte personnalité, un besoin de brûler les planches que les spectateurs, vendredi 27 juin, n’ont pu que constater. À ce propos, il avoue : « Je porte le jeu et le besoin de transformation comme une maladie incurable […] Cette fantaisie débordante m’a longtemps desservi, je ne l’ai pas toujours canalisée. Cela m’a valu de rater plusieurs auditions et castings » (in comedien.ch).

De fait, David Valère en fait des tonnes. On peut s’étonner de le voir, dans « une adaptation du Cahier d’un retour au pays natal », imiter (de manière fort convaincante de surcroît) torse nu un gorille, de le voir lécher ses doigts préalablement passés dans les poils de ses aisselles ou cracher sur la scène (et je passe un geste carrément obscène).

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