Dangote Petroleum Refinery & Petrochemicals (Nigéria) : Entrée en bourse de tous les records

— Par Rodolf Étienne

Derrière l’introduction en Bourse la plus importante jamais réalisée en Afrique, l’enjeu réel est le financement de l’industrialisation du continent.

Nigeria. Derrière l’opération financière historique engagée par la raffinerie Dangote se joue une question autrement plus importante.

L’Afrique peut-elle transformer ses ressources, financer ses industries et devenir progressivement le propriétaire de son propre appareil productif ?

L’Afrique s’apprête à vivre une opération boursière sans précédent !

Le 4 septembre 2026, la Securities and Exchange Commission du Nigeria a approuvé l’introduction en Bourse de Dangote Petroleum Refinery & Petrochemicals, immense complexe industriel installé à Lekki, près de Lagos. L’opération prévoit la mise sur le marché de 4,1 milliards d’actions ordinaires au prix de 525 nairas chacune. Si l’offre est entièrement souscrite, elle permettrait de lever environ 2 150 milliards de nairas, soit quelque 1,63 milliard de dollars. Ce qui représente la plus importante vente d’actions jamais réalisée sur le continent africain.

Le livre d’ordres ouvre ce jour, 14 septembre 2026, et une option de surallocation pouvant atteindre 15 % est prévue si la demande le justifie. Mais le record financier n’est probablement pas ce qui importe le plus. Derrière les actions, les milliards et la Bourse se trouve une question beaucoup plus fondamentales : après avoir longtemps exporté ses matières premières, l’Afrique peut-elle désormais les transformer, financer cette transformation et devenir propriétaire des entreprises qui la réalisent ?

Une raffinerie de 20 milliards de dollars

Pour comprendre l’importance de l’opération, il faut mesurer l’actif qui arrive sur le marché.

La raffinerie Dangote a coûté environ 20 milliards de dollars. Sa capacité nominale atteint 650 000 barils de pétrole par jour. Elle a atteint cette capacité en février 2026 et Aliko Dangote annonce déjà son intention de la porter à 1,4 million de barils par jour. Nous ne parlons donc plus simplement d’une grande entreprise nigériane. Nous parlons bien d’une infrastructure industrielle capable de modifier une partie des flux énergétiques de tout le continent.

Le Nigeria a longtemps incarné l’un des paradoxes économiques les plus saisissants d’Afrique : produire d’immenses quantités de pétrole brut tout en important une part substantielle des carburants raffinés consommés par sa population. Le pétrole sortait. La valeur ajoutée se créait ailleurs. Puis le produit transformé revenait. C’est précisément cette mécanique que la raffinerie Dangote entend briser.

Extraire ne suffit plus – ressource → transformation → capital → souveraineté

Le schéma africain est connu – archi-connu : pétrole, cobalt, cuivre, bauxite, cacao, café, bois, minerais, produits agricoles, le continent possède une partie considérable des matières premières indispensables à l’économie mondiale. Mais, trop souvent, les étapes les plus rémunératrices de la chaîne de valeur se passent ailleurs. Transformer la fève de cacao vaut davantage que l’exporter, comme transformer le lithium vaut davantage que l’extraire ou que raffiner le pétrole vaut davantage que vendre exclusivement du brut. La bataille économique africaine du XXIe siècle consiste bel et bien à passer progressivement de l’extraction à la transformation. Dangote Petroleum Refinery & Petrochemical oblige ici à cette troisième étape, cruciale, celle de la propriété, de la souveraineté.

La souveraineté économique permet de détenir une part des entreprises africaine qui créent cette valeur

Un pays ou un autre peut posséder une partie de la ressource sans développer, voire carrément sans maîtriser sa transformation.

Ce même pays peut aussi construire une usine de transformation, sans que les citoyens, les fonds de pension ou les institutions du pays n’en possèdent nécessairement une part importante.

La souveraineté économique comporte donc plusieurs étages : primo, posséder la ressource ; secondo, savoir la transformer ; tertio, contrôler les technologies ; quatro, financer les infrastructures ; quinto, détenir une part significative du capital qui organise toute cette transformation.

Et c’est précisément ce qui rend l’introduction en Bourse de l’entreprise Dangote intéressante et dignement ambitieuse. L’entreprise ne propose pas seulement un gigantesque projet industriel, elle propose une partie de son capital. Avant l’introduction en Bourse, un programme de financement d’un milliard de dollars a été structuré autour de la raffinerie. Il comprend notamment 600 millions de dollars de placement privé et 400 millions de dollars d’engagement destiné à soutenir l’opération.

Les promoteurs du montage ont indiqué vouloir « mobiliser des fonds souverains, des gouvernements, des investisseurs institutionnels africains mais également des capitaux appartenant à », ce qu’ils appellent « Global Africa », intégrant les diasporas, et notamment les Caraïbes. L’idée est brillante, pour être suffisamment audacieuse. Elle ne désigne plus une institution, mais traduit clairement une ambition plus large.

Et sur les places boursières concernées, Johannesburg, Accra, Addis-Abeba, Abidjan ou Nairobi, certaines personnes se demandent quels sont ceux et celles qui achèteront ?

Les capitaux africains existent – Dangote – le premier à entrer dans l’autre dimension 

L’Afrique est régulièrement décrite comme un continent en manque de capitaux.

La réalité est, bien sûr, plus complexe. Le continent dispose de banques, d’assureurs, de fonds de pension, de fonds souverains, de grandes fortunes privées, de marchés boursiers et d’une diaspora capable de mobiliser des dizaines de milliards de dollars. Le problème tient surtout à la difficulté de transformer toute cette épargne en financement massif d’infrastructures productives… de long terme. Le paradoxe suivant est, d’ailleurs, très symptomatique : tandis que de coutume, les gouvernements africains recherchent à Londres, New York, Paris, Pékin ou dans le Golfe les capitaux nécessaires à leurs infrastructures, une partie de l’épargne africaine cherche elle-même aussi à Londres, New York ou ailleurs les placements sûrs et liquides.  Entre l’épargne africaine et l’industrie africaine manque encore souvent ce pont essentiel. L’IPO d’Aliko Dangote pourrait figurer la première voie vers  cette ouverture.

L’opération envisagée à environ 1,63 milliard de dollars dépasserait très largement plusieurs introductions en Bourse devenues historiques sur le continent.

Parmi les grandes opérations africaines figurent notamment Safaricom au Kenya en 2008, qui avait levé environ 800 millions de dollars ; Airtel Africa en 2019, autour de 750 millions de dollars ; Vodacom Tanzania avait levé environ 213 millions de dollars en 2017 ; Jumia avait, pour sa part, levé environ 200 millions de dollars lors de son introduction à New York en 2019, même si cette opération ne s’était précisément pas déroulée sur une place financière africaine.

MTN Nigeria constitue l’autre cas spectaculaire. Son arrivée sur la Bourse nigériane en 2019 représentait une capitalisation considérable, mais il s’agissait d’une cotation par introduction et non d’une IPO classique destinée à lever de nouveaux capitaux.

Avec 1,63 milliard de dollars, Dangote Petroleum Refinery & Petrochemicals change toute l’échelle.

Mais le vrai intérêt de ce record réside moins dans sa taille gigantesque que dans ce qu’il permet d’ores et déjà d’annoncer, de projeter : la faculté aujourd’hui acquises par les marchés financiers africains de pouvoir absorber de très grosses opérations industrielles.

Global Africa – le continent et sa diaspora comme espace d’investissement

Il faut considérer l’Afrique et ses diasporas non plus seulement comme communautés historiques ou culturelles, mais comme vaste espace économique et financier à haut potentiel. La diaspora africaine envoie chaque année des sommes considérables vers le continent. Mais ces transferts familiaux ne sont que la première étape d’un plus long processus. Une diaspora capable de détenir actions, obligations, infrastructures ou fonds d’investissement africains devient une puissante force de capitalisation. C’est ainsi que se résume le verbatim de Global Africa : Afrique + diaspora + capital + production.

A ce sujet, l’une des dimensions les plus intéressantes de l’opération Dangote s’est dessinée un peu avant son lancement. En avril 2026, le Nigerian Exchange Group réunissait autour, d’Aliko Dangote, plusieurs dirigeants ou représentants de grandes places financières africaines. Le but : réfléchir ensemble aux cotations transfrontalières. Johannesburg, Accra, Addis-Abeba, la BRVM d’Abidjan, Nairobi, le projet Dangote devient le plus grand et le plus dynamique laboratoire de l’intégration financière africaine.

Johannesburg : la Johannesburg Stock Exchange constitue de très loin la principale place financière du continent par sa taille et par sa profondeur. L’Afrique du Sud dispose surtout de puissants fonds de pension, assureurs et gestionnaires d’actifs. Leur capacité à investir partout ailleurs sur le continent pourrait faire de Johannesburg l’un des grands réservoirs du financement industriel africain. 

Accra : la Ghana Stock Exchange est beaucoup plus petite. Mais Accra possède une valeur symbolique particulière : la ville accueille le secrétariat de l’AfCFTA ( ). Faire correspondre intégration commerciale et intégration financière deviendrait alors particulièrement cohérent.

Addis-Abeba : l’Ethiopian Securities Exchange n’a été lancée qu’en 2025. Sa présence autour de Dangote est donc remarquable. L’Éthiopie ouvre progressivement son économie et construit pratiquement de zéro une place financière moderne. Addis-Abeba est également la capitale politique de l’Union africaine.

Abidjan : la BRVM ( ) possède une particularité extraordinaire. Elle n’appartient pas à un seul État. Elle dessert huit pays de l’UEMOA ( ): Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo. Elle constitue déjà une expérience concrète de marché financier supranational africain.

Nairobi : La Nairobi Securities Exchange est l’une des grandes portes financières de l’Afrique de l’Est. Relier Nairobi à Lagos et Johannesburg reviendrait progressivement à faire communiquer trois des principaux pôles économiques du continent.

Et demain…

Demain… Un investisseur de Dakar pourrait financer une usine nigériane ; un fonds de pension sud-africain, investir dans une infrastructure kenyane ; Des capitaux nigérians, financer une entreprise ougandaise ; une société ivoirienne, lever du capital simultanément à Abidjan et Lagos.

Les plus grandes fortunes – ce qu’elles nous disent du capital africain 

Le classement Forbes 2026 est particulièrement instructif. Les 23 milliardaires africains recensés par le magazine représentaient, en mars 2026, une fortune cumulée estimée à 126,7 milliards de dollars. Et le premier d’entre eux domine largement le classement.

1 — ALIKO DANGOTE — NIGERIA

Dubaï a offert à Aliko Dangote ce que peu de places africaines peuvent aujourd’hui proposer à la même échelle

Fortune Forbes 2026 : 28,5 milliards de dollars. Estimation en temps réel début septembre 2026 : environ 31,5 milliards. Activités : ciment, raffinage pétrolier, engrais, industrie. Dangote possède environ 85 % de Dangote Cement via sa holding. Son cas est particulièrement intéressant, car sa fortune repose largement sur des infrastructures productives africaines : ciment, engrais, raffinage. C’est précisément ce modèle industriel qui distingue Dangote d’une fortune essentiellement financière ou rentière.

2 — JOHANN RUPERT ET SA FAMILLE — AFRIQUE DU SUD

Fortune Forbes en temps réel début septembre : environ 17,2 milliards de dollars. Origine principale : luxe et investissements. Johann Rupert dirige le groupe suisse Richemont, propriétaire notamment de Cartier et Montblanc. Sa fortune illustre une autre trajectoire du capital africain : celle d’un capital sud-africain profondément internationalisé et intégré aux marchés mondiaux du luxe et de la finance.

3 — ABDULSAMAD RABIU — NIGERIA

Fortune en temps réel début septembre : environ 12,8 milliards de dollars. Activités : ciment, sucre, industrie, immobilier. Fondateur du groupe BUA, Rabiu est peut-être le rival industriel africain le plus intéressant de Dangote. Il détient notamment 98,2 % de BUA Cement et 95 % de BUA Foods.

La présence de deux Nigérians parmi les trois premières fortunes africaines montre à quel point l’immense marché nigérian peut produire des champions industriels de dimension continentale.

4 — NICKY OPPENHEIMER ET SA FAMILLE — AFRIQUE DU SUD

Fortune en temps réel début septembre : environ 10,7 milliards de dollars. Origine : diamants et investissements. La famille Oppenheimer a contrôlé pendant plusieurs générations une partie essentielle de De Beers avant de vendre sa participation de 40 % à Anglo American en 2012 pour 5,1 milliards de dollars. Sa fortune illustre historiquement le lien entre richesse africaine, ressources naturelles et contrôle des chaînes mondiales de valeur.

5 — NASSEF SAWIRIS — ÉGYPTE

Fortune en temps réel début septembre : environ 9,7 milliards de dollars. Activités : construction, engrais, investissements internationaux. Il dirige OCI, grand producteur international d’engrais azotés, possède des intérêts dans Orascom Construction, Adidas et le club de football Aston Villa. Avec Dangote et Rabiu, Sawiris représente une catégorie particulièrement importante : l’entrepreneur africain qui transforme une base industrielle nationale en réseau international.

Ce que ce classement nous dit aussi 

Les cinq premières fortunes africaines viennent seulement de trois pays : Nigeria, Afrique du Sud, Égypte.

L’Afrique possède 54 États. Mais une fraction considérable de son grand capital privé reste concentrée dans quelques économies disposant d’un marché intérieur important, d’un appareil financier relativement développé et d’une histoire industrielle plus ancienne. Le problème africain n’est donc pas uniquement de produire davantage de milliardaires. Il consiste à transformer davantage de fortunes en capital productif continental.

Une fortune placée à Londres ou New York enrichit son propriétaire. Une fortune qui finance une centrale, une usine, un réseau numérique, une infrastructure logistique ou une entreprise technologique africaine peut aussi participer à transformer un territoire.

Dans ce contexte, la question prend encore la valeur : combien de milliardaires l’Afrique possède-t-elle qui finance le capital africain ?

Infos Plus

Les faiblesses de l’IPO ?

L’enthousiasme ne doit pas nous empêcher l’examen critique – « Méfiez-vous de l’enthousiasme… », dixit Fanon.

De fait, le premier argument, celui des analystes : la valorisation du capital. Au prix proposé, l’enregistrement des quelque 120 milliards d’actions existantes conduit à une valorisation proche de 47 milliards de dollars. Certains analystes estiment cette valorisation « ambitieuse » en comparaison avec plusieurs autres raffineurs internationaux.

Deuxième argument, plus général : l’ouverture du capital Dangote ne signifie pas nécessairement la démocratisation de sa propriété. Entendez : une grande partie de l’entreprise restera contrôlée par la famille Dangote.

Troisièmement, toujours de la part des analystes : le raffinage est une activité fortement dépendante des marges internationales, des cours du pétrole et de l’accès régulier au brut.

Quatrièmement, des analystes critiques : le « gigantisme » même de l’entreprise Dangote. Une entreprise africaine dominante qui peut être un instrument de souveraineté, mais qui peut également devenir une puissance économique suffisamment grande pour fragiliser la concurrence. Pour ceux-là, la souveraineté économique ne devra pas vouloir dire remplacer un oligopole étranger par un monopole national.

Enfin, l’augmentation de capacité jusqu’à 1,4 million de barils par jour demandera encore des investissements massifs et constants. C’est à ce niveau qu’investisseurs et marchés, eux, devront décider s’il croient, tout autant, en la valeur de la raffinerie actuelle, qu’en celle de son programme d’expansion industriel.

France, Chine – derrière Dangote, une chaîne industrielle mondiale

La raffinerie est nigériane, et beaucoup des technologies utilisées pour la construire racontent une histoire plus internationale. Des entreprises françaises ont participé aux systèmes industriels, à l’automatisation et aux équipements du complexe. Schneider Electric a obtenu des contrats liés aux systèmes de contrôle et d’automatisation. La Chine joue un rôle capital. Des entreprises chinoises ont participé aux travaux d’ingénierie et de construction et, plus récemment, en 2026, Aliko Dangote a signé un contrat de 400 millions de dollars avec le constructeur chinois XCMG pour fournir des équipements lourds, notamment destinés à accompagner l’expansion de la raffinerie. D’autres contrats chinois concernent des structures métalliques et autres équipements industriels.

Est-ce qu’une industrie peut être souveraine lorsqu’une partie importante de ses machines vient de l’étranger ? La réponse n’est, en tout cas, pas oui ou non. Aucun grand pays industriel ne fabrique seul la totalité des technologies qu’il utilise. La question est plutôt celle du transfert de compétences : combien d’ingénieurs africains sont formés ? Combien de technologies sont maîtrisées localement ? Combien de fournisseurs africains entrent dans la chaîne industrielle ? Quelle proportion des équipements sera fabriquée demain au Nigeria ou ailleurs sur le continent ? Comprenons que l’industrialisation n’est pas l’autarcie, mais qu’elle est la capacité à maîtriser progressivement de plus en plus d’étapes de la chaîne.

Ce que disent les marchés 

L’IPO de l’entreprise Dangote est déjà entourée de deux récits. Le premier est celui de la puissance du groupe. Ici, c’est son gigantisme qui effraie ! Un actif industriel africain de 650 000 barils par jour, une ambition de 1,4 million, une raffinerie de quelque 20 milliards de dollars, une entreprise appelée à être l’une des plus importantes cotations du continent. Le second récit est ainsi, tout naturellement, celui de la prudence. Prudence, parce que valorisation élevée, besoins de financement considérables, dépendance aux marchés énergétiques internationaux, gouvernance encore très concentrée.

La Bourse, elle, va précisément faire ce qu’elle est censée devoir faire : tout simplement, transformer tout ce récit industriel en prix, en valeurs bruts et en cotations. Le patriotisme économique ne suffira pas, bien sûr. Les investisseurs voudront des comptes : quels bénéfices ? Quelle dette ? Quels dividendes ? Quels risques ? Quelle gouvernance ? Quelle rentabilité à long terme ? Ici, la demande, légitime, est saine. Justement, parce que la souveraineté économique africaine a besoin d’entreprises comme celle-là, des entreprises capables de subir le jugement de marchés africains exigeants.

Investisseurs étrangers – Partenaires ou futurs propriétaires ?

Les capitaux internationaux sont naturellement intéressés. Une infrastructure de cette dimension constitue un actif rare. La présence d’investisseurs étrangers n’est d’ailleurs pas du tout contradictoire avec la souveraineté.

La souveraineté n’est pas l’isolement, elle garantie, justement, le pouvoir de négocier. Un fonds international qui apporte du capital à une entreprise africaine contrôlée depuis l’Afrique peut renforcer sa capacité de développement, comme celle de ses partenaires. Le rapport change seulement lorsque l’investissement étranger devient indispensable. L’objectif stratégique, à plus long terme, doit donc être l’équilibre entre capital africain majoritairement présent, capital international complémentaire, technologies mondiales, direction africaine, création de valeur prioritairement conservée et réinvestie sur le continent.

Investisseurs africains – Le véritable test

La proportion des actions détenue par des Africains. Usant d’ironie, c’est le seul chiffre que nous devrions d’abord observer. Et si la plus grande IPO africaine est massivement financée par du capital africain, alors l’événement prend une nouvelle dimension historique. Il démontre clairement ce que le continent cherche encore à prouver ou à se convaincre : est-ce que l’Afrique peut durablement financer l’Afrique ?

Aliko Dangote – Une ambition assumée

Aliko Dangote lui-même ne présente plus l’opération comme une simple levée de fonds. Il souhaite faire de l’introduction de sa raffinerie un événement pour l’ensemble des marchés de capitaux africains. Son groupe parle de « démocratiser la participation à la prospérité industrielle africaine ». L’ambition industrielle est tout aussi considérable : porter la raffinerie à 1,4 million de barils par jour, développer massivement ses activités d’engrais et de pétrochimie, étendre ses implantations au-delà du Nigeria, construire une nouvelle raffinerie au Kenya, destinée à desservir l’Afrique de l’Est.

Alors, nous pourrions encore contester les chiffres, interroger la valorisation, examiner la concentration du pouvoir, questionner le modèle énergétique, mais une chose est certaine et reste difficile à nier : Dangote pense – et passe désormais – à l’échelle continentale.

Et si le plus grand investisseur de l’Afrique était l’Afrique-même ?

Depuis les indépendances, une grande partie des débats économiques africains commencent par la même interrogation : comment attirer les capitaux étrangers ? La Chine, les États-Unis, l’Europe, les pays du Golfe, l’Inde continuerons à investir. Mais combien l’Afrique elle-même investira ?

Le continent dispose de ressources. Il dispose désormais de grandes entreprises, de banques, de fonds de pension, de Bourses, de fonds souverains, d’une diaspora, d’investisseurs privés et de plusieurs grosses fortunes dépassant les dizaines de milliards de dollars. Ce qui manque encore, c’est leur intégration, pour voir l’émergence d’une grande Afrique économique dans laquelle Johannesburg finance Lagos ; Lagos, Kampala ; Nairobi, Abidjan ; Casablanca, Dakar ; et la diaspora qui participe aux mêmes véhicules financiers que les autres investisseurs du continent.

C’est pour cela que cette introduction en Bourse est plus intéressante qu’un simple record africain. Pendant longtemps, l’Afrique exportait ses matières premières. Puis elle a voulu les transformer. La prochaine bataille est, sans aucun doute, celle de la propriété. Car posséder le pétrole est une chose, le raffiner en Afrique en est une autre, posséder collectivement une part de l’entreprise qui le raffine, encore une autre.

Dangote à Dubaï – Quand le capital africain cherche son hub hors d’Afrique

La famille Dangote a récemment installé à Dubaï un family office dirigé par Halima Aliko-Dangote, chargée de la gestion du patrimoine familial, des investissements, de la gouvernance, de la philanthropie et de la préparation de la transmission sur plusieurs générations. Dubaï offre ainsi à Aliko Dangote ce que peu de places africaines peuvent encore proposer à la même échelle : proximité immédiate des fonds souverains du Golfe, grands investisseurs institutionnels, family offices internationaux, banques mondiales et plateformes de co-investissement.

En juin 2026, Aliko Dangote rencontrait, à Dubaï, le cheikh Mohammed ben Rachid Al Maktoum afin d’évoquer des possibilités de co-investissement et de diversification internationale. De plus, la raffinerie Dangote a commencé à acheter du pétrole brut provenant des Émirats arabes unis afin de diversifier son approvisionnement.

Sauf, qu’au moment où l’Afrique commence seulement à produire ses propres champions industriels, elle doit aussi construire ses places financières, ses infrastructures juridiques, sa stabilité réglementaire et ses écosystèmes d’investissement capables de retenir leur capital.

Les bourses africaines

Sources et références

Reuters, « Nigeria’s SEC approves about $1.6bn Dangote Refinery IPO », 4 septembre 2026. Données sur l’approbation de l’IPO, les 4,1 milliards d’actions proposées à 525 nairas, la levée potentielle d’environ 1,63 milliard de dollars, la valorisation implicite proche de 47 milliards, la capacité actuelle de 650 000 barils/jour, l’objectif de 1,4 million et les réserves de certains analystes sur la valorisation.

Reuters, « Nigeria’s Dangote says refinery IPO to open within days », 3 septembre 2026. Informations sur le calendrier de l’opération, l’augmentation de capacité projetée, la cotation envisagée de Dangote Cement à Londres et le projet de raffinerie sur la côte kényane.

Dangote Industries Limited, « Dangote Refinery Secures $1 Billion Backing Ahead of Planned IPO », 18 août 2026. Source primaire sur le programme d’un milliard de dollars préparatoire à l’IPO : 600 millions de dollars de placement privé financé et 400 millions de dollars d’engagement de souscription ; définition opérationnelle de « Global Africa » et volonté de mobiliser fonds souverains, gouvernements et investisseurs institutionnels africains et caribéens.

Nigerian Exchange Group, « NGX Group Convenes African Exchange Chiefs in Lagos for Strategic Session with Dangote to Drive Cross-Border Listings », 2 avril 2026. Source primaire sur la réunion entre NGX, Dangote et les représentants de la Johannesburg Stock Exchange, Ghana Stock Exchange, Ethiopian Securities Exchange, BRVM et Nairobi Securities Exchange ; Dangote Refinery y est explicitement présenté comme un cas-test pour la formation transfrontalière de capital africain.

Dangote Industries Limited, rubrique IPO, juin-août 2026. Informations sur le soutien de Standard Bank Group à la future cotation de la raffinerie et sur l’ambition du groupe de mobiliser des capitaux africains pour ses futurs projets industriels.

Forbes, « Africa’s Richest People 2026 », 9 mars 2026. Classement des grandes fortunes africaines : Aliko Dangote, 28,5 milliards de dollars ; Johann Rupert et famille, 16,1 milliards ; Abdulsamad Rabiu, 11,2 milliards ; Nicky Oppenheimer et famille, 10,6 milliards ; Nassef Sawiris, 9,6 milliards. Forbes recensait alors 23 milliardaires africains représentant ensemble 126,7 milliards de dollars.

Oil & Gas Journal, « Dangote lets contract for Nigerian refining complex », 8 septembre 2017. Source sur le contrat confié à une division française de Schneider Electric Industries SAS pour les systèmes d’automatisation des procédés, les solutions technologiques et les services associés à la raffinerie de Lekki.

Dangote Industries Limited, publications institutionnelles 2026. Présentation du groupe, de son ambition industrielle, de la raffinerie, de ses activités dans le ciment, les engrais, la pétrochimie, les infrastructures et de son discours sur l’industrialisation africaine.