Martinique : Entre mythes fondateurs et « interdits de dire »

— Contrechroniques d’Yves-Léopold Monthieux — 

Dans une société martiniquaise où le « contrôle social » impose souvent d’entonner la même mélodie que les autres, il devient impérieux de briser l’omerta sur les réalités qui dérangent la doxa dominante. Nous vivons sous un véritable « totalitarisme d’atmosphère » où certains mots sont bannis et où l’histoire est méticuleusement réécrite pour servir un récit national de rupture.

L’escroquerie du traumatisme du BUMIDOM

L’un des exemples les plus frappants de cette manipulation est le sort réservé aux ressortissants du BUMIDOM. Pour l’auteur, sa diabolisation constitue « la manœuvre politique la plus hypocrite qu’ait connue la Martinique ». Présentée par l’élite intellectuelle comme une « déportation » ou un « génocide par substitution », cette migration volontaire a surtout été combattue car elle réduisait la « chair à révolution ». Aujourd’hui, sans se remettre en cause, certains critiques d’hier reconnaissent paradoxalement que les ressortissants étaient les “migrants” les plus aidés de la planète. Sauf qu’il s’agit de démontrer qu’ils n’auraient pas été à la hauteur des privilèges reçus. !

Le vrai traumatisme ne vient pas de l’exil, mais du regard méprisant porté pour une raison ou son contraire par ceux restés au pays sur ces migrants, qualifiés de « traîtres » ou occupant des emplois dits « subalternes ». Ce « racisme de domiens contre d’autres domiens » a condamné des milliers de parents à un silence de culpabilité devant leurs propres enfants.

Le paradoxe du Service Militaire Adapté (SMA)

À l’opposé, le SMA illustre la victoire de la réalité sur l’idéologie. Initialement dénoncé par les nationalistes comme une « armée d’occupation coloniale », il a fini par être plébiscité par la population et même par ses anciens détracteurs. Pourquoi ? Parce que ses résultats sont tangibles : grands travaux, logements construits et jeunes formés avec un emploi à la clé. Contrairement au BUMIDOM, le SMA ne pouvait pas être effacé par les slogans. Alors que disparaissait l’AFPA, victime de la décentralisation, et que des structures locales peinent à fonctionner, le SMA est seul face aux immenses besoins de la collectivité qui se voit contrainte de faire appel à la main d’œuvre étrangère.

La dictature des mots et le déni du réel

Nous assistons aujourd’hui à une « déconstruction du citoyen martiniquais » par une élite qui pratique l’inversion sémantique permanente. On fustige la « métropole » tout en exigeant avec gourmandise les bénéfices de la « continuité territoriale ». On déplore l’assimilation tout en la dévorant à pleine dent. On célèbre le 22 mai 1848 comme un acte de libération autonome, occultant sciemment le décret juridique du 27 avril pour s’enfermer dans un fétichisme mémoriel. Ces inversions sont présentées comme autant de preuves de progrès dans une Martinique où l’on a peine à trouver un secteur économique, social ou institutionnel qui donne satisfaction.

Ce refus du débat, manifeste au sein de la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM), a transformé notre démocratie en une forme de « démocrature » où l’opposition est réduite au silence et où le clientélisme électoral est érigé en système.

Quand sortira-t-on de l’hypocrisie ?

Il est temps que les Martiniquais s’interrogent sur ce « culte de la parole » qui dit l’inverse de la réalité. Entre un indépendantisme de bouche et un assimilationnisme de fait, la Martinique agonise sous une opulence apparente financée par l’État qu’elle prétend combattre. Pour préparer l’avenir, il faudra bien un jour préférer la vérité des faits au confort des mythes