L’éco- cannibalisation mondiale est bien un scénario plausible en lieu et place de la mondialisation.
— Par Jean-Marie Nol —
Une dictature mondiale n’est plus une hypothèse d’école, mais s’avère désormais possible avec des déclinaisons autoritaires dans chaque pays du monde.
Depuis plusieurs années, un nombre croissant d’analystes, de chercheurs et d’observateurs de la vie internationale s’interrogent sur la solidité des démocraties contemporaines. Longtemps considérée comme une hypothèse marginale relevant davantage de la science-fiction politique que de l’analyse sérieuse, l’idée d’une progression mondiale des régimes autoritaires apparaît aujourd’hui comme une possibilité que beaucoup jugent de moins en moins improbable. Sans qu’il soit possible d’affirmer qu’une dictature mondiale fomentée par les grandes puissances du G7 + la Chine et la Russie, soit appelée à s’imposer de manière inéluctable, les évolutions observées dans de nombreuses régions du monde nourrissent un débat de fond sur l’avenir des libertés publiques, de la souveraineté populaire et des institutions démocratiques.
Avec la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et l’URSS définissent des sphères d’influence sur le monde. Au sein de ces sphères, ils promeuvent tous deux des modèles socio-économiques alignés sur eux et leurs intérêts, ce qui amène à constater dès 1946 que le monde est divisé par les grandes puissances de l’époque. L’histoire montre que les grandes transformations politiques surviennent rarement de manière brutale. Elles sont souvent précédées de longues périodes de fragilisation économique, de tensions sociales, de crises identitaires et d’incertitudes géopolitiques. Les démocraties modernes ne font pas exception à cette règle. Dans de nombreux pays, les citoyens expriment une défiance croissante envers les institutions, les partis politiques traditionnels, les médias et les corps intermédiaires qui structuraient autrefois la vie publique. Cette érosion progressive de la confiance collective constitue l’un des phénomènes les plus marquants du début du XXIe siècle.
Certains observateurs établissent un parallèle entre la période actuelle et d’autres moments charnières de l’histoire mondiale. Le traité de Tordesillas de 1494, qui partageait symboliquement le monde entre les couronnes espagnole et portugaise, puis les accords de Yalta à la fin de la Seconde Guerre mondiale, illustrent la manière dont les grandes puissances ont parfois cherché à organiser la planète selon leurs intérêts stratégiques. Aujourd’hui, la compétition entre les États-Unis, la Chine, la Russie et d’autres puissances émergentes alimente l’idée qu’un nouveau partage des sphères d’influence pourrait être en cours, non plus seulement sur les territoires physiques mais également dans les domaines technologiques, numériques et informationnels.
La révolution de l’intelligence artificielle constitue à cet égard un facteur inédit de la probabilité d’une dictature. Il y a sans conteste ce paramètre qu’on évite de prendre en compte de façon sérieuse. Au contraire, les dirigeants font tout pour qu’il progresse à coup de centaines de milliards d’investissements , il s’agit de l’intelligence artificielle qui d’ici quelques décennies devraient remplacer l’humain de façon drastique dans les usines et bureaux. Un beau jour cette IA deviendra plus puissante que l’humain et se décidera a l’éliminer pour prendre sa place.Déjà le robot bat l’humain au marathon et au jeu d’échecs.
Attention à ce que l’homme ne soit pas réduit en esclave de la machine.Jamais dans l’histoire moderne une technologie n’avait progressé aussi rapidement tout en pénétrant simultanément l’ensemble des activités humaines. L’automatisation des tâches intellectuelles, la transformation du marché du travail, la concentration des capacités de calcul et la maîtrise des données stratégiques modifient profondément les rapports de force économiques et politiques. Pour certains experts, l’intelligence artificielle pourrait devenir au XXIe siècle ce que l’énergie nucléaire fut au XXe siècle : un instrument majeur de puissance et de domination.
Cette mutation technologique suscite également des inquiétudes sociales considérables. Dans de nombreux pays industrialisés, les études évoquent la possibilité d’une transformation profonde de millions d’emplois. Les études d’économistes ont d’ores et déjà prouvé que L’ IA menace 5 millions d’emplois en France d’ici à 2030 , lance, un post du journal économique Les Échos en mars dernier. Le quotidien y cite « une étude » qui « chiffre à 16 % les emplois en danger en France avec le décollage de l’intelligence artificielle ». L’article expose que ladite étude réalisée par deux économistes provient d’une « base de données qui décompose les métiers en tâches », avec la méthodologie suivante : « Quand 30 % des tâches d’un métier peuvent être automatisées par une IA, alors les chercheurs considèrent qu’il est en danger. » Le chiffre-choc avait été révélé par le Monde, et relayé par de nombreux médias français. Même si l’histoire économique montre que les révolutions technologiques créent également de nouvelles activités, la période de transition pourrait s’avérer particulièrement déstabilisatrice. L’angoisse du déclassement social, la précarisation de certaines catégories de travailleurs et la montée des inégalités alimentent déjà un sentiment d’insécurité économique qui fragilise les équilibres démocratiques.
Parallèlement, de nombreuses sociétés connaissent une fragmentation culturelle et identitaire croissante. Les débats autour de l’immigration, de la mémoire historique, des appartenances religieuses, des identités nationales ou encore des héritages coloniaux occupent une place de plus en plus centrale dans l’espace public. Les réseaux sociaux amplifient ces tensions en favorisant souvent la polarisation des opinions et la constitution de communautés idéologiques de plus en plus étanches les unes aux autres. Le consensus qui permettait autrefois aux démocraties de fonctionner malgré les divergences semble parfois s’effriter.
Cette évolution nourrit une interrogation fondamentale : comment réagissent les sociétés lorsque les crises économiques, sociales, culturelles et technologiques se combinent simultanément ? L’histoire enseigne que dans les périodes de forte incertitude, une partie de la population peut être tentée de privilégier la stabilité, l’ordre et la sécurité au détriment de certaines libertés. Les régimes autoritaires ont souvent prospéré en se présentant comme des réponses efficaces à des situations jugées ingérables par les mécanismes traditionnels de la démocratie.Les régimes autoritaires auront bientôt une action coordonnée. Et chacun contribue au même résultat : délégitimer la presse libre, affaiblir les contre-pouvoirs, normaliser la brutalité d’État.
La question ne concerne plus seulement un pays ou une région du monde. Des tendances comparables apparaissent sous des formes diverses sur plusieurs continents. Renforcement des appareils sécuritaires, surveillance numérique accrue, concentration du pouvoir exécutif, affaiblissement des contre-pouvoirs, contrôle de l’information ou restriction progressive de certaines libertés publiques constituent autant de phénomènes observés dans différents contextes nationaux. Pris isolément, chacun de ces éléments peut sembler limité. Ensemble, ils dessinent cependant une évolution qui interroge la capacité des démocraties à préserver leurs principes fondateurs. En effet, la réalité d’une disparition massive des emplois par l’IA va forcément créer un désordre sociétal qui devrait entraîner des révoltes et émeutes au niveau mondial, d’où la nécessité d’une mise en perspective de la dictature…Les études d’économistes ont d’ores et déjà prouvé que L’IA menace 5 millions d’emplois en France d’ici à 2030″, lance, un post du journal économique Les Échos en mars dernier. Le quotidien y cite « une étude » qui « chiffre à 16 % les emplois en danger en France avec le décollage de l’intelligence artificielle ». L’article expose que ladite étude réalisée par deux économistes provient d’une « base de données qui décompose les métiers en tâches », avec la méthodologie suivante : « Quand 30 % des tâches d’un métier peuvent être automatisées par une IA, alors les chercheurs considèrent qu’il est en danger. » Le chiffre-choc avait été révélé par le Monde, et relayé par de nombreux médias français.
Dans ce contexte délétère, les territoires ultramarins français, notamment les Antilles et la Guyane, pourraient être confrontés à des défis particuliers. Depuis plusieurs décennies, ces sociétés sont traversées par une montée des questionnements identitaires, mémoriels et institutionnels. Les revendications liées à l’histoire de l’esclavage, de la colonisation et des relations avec la « métropole » occupent une place croissante dans les débats publics. Dans le même temps, les difficultés économiques, la dépendance aux transferts publics et les interrogations sur l’avenir de l’État providence et de l’existence en l’état du modèle social français alimentent de nouvelles réflexions sur les trajectoires de développement.
Le scénario qui préoccupe certains analystes n’est donc pas seulement celui d’une éventuelle dérive autoritaire de certains États . Il réside également dans la rencontre entre cette évolution politique et des dynamiques identitaires locales de plus en plus affirmées. Lorsqu’un pouvoir central cherche à renforcer l’uniformité politique tandis que des territoires revendiquent davantage de reconnaissance de leurs singularités historiques et culturelles, les risques de tensions , de répression féroce et de guerre civile peuvent s’accroître considérablement.
Cependant, l’avenir n’est jamais écrit d’avance. Les démocraties ont démontré à plusieurs reprises leur capacité à se réformer, à absorber les crises et à inventer de nouveaux compromis. Les défis actuels sont réels : transformation technologique, vieillissement démographique, violence sociétale, endettement public, tensions géopolitiques, fragmentation sociale et bouleversements culturels. Mais l’histoire rappelle également que les périodes de grande incertitude peuvent déboucher aussi bien sur un renforcement des libertés que sur leur restriction.
La véritable question qui se pose aujourd’hui à l’échelle mondiale n’est donc peut-être pas de savoir si une dictature mondiale est inévitable, elle l’est virtuellement si l’on considère les signes avant coureurs. Elle consiste plutôt à déterminer si les sociétés démocratiques sauront adapter à temps leurs institutions, leurs modèles économiques et leurs mécanismes de cohésion sociale à des mutations d’une ampleur exceptionnelle. En réalité , certains observateurs estiment que le véritable bouleversement du XXIe siècle pourrait ne pas être seulement la montée des régimes autoritaires, mais la transformation profonde de la mondialisation elle-même. Après plusieurs décennies marquées par l’ouverture des marchés, l’interdépendance économique et la circulation croissante des capitaux, des biens et des informations, un nouveau modèle semble émerger. Celui-ci ne reposerait plus sur une logique de coopération mondiale, mais sur une compétition permanente entre grandes puissances cherchant à capter les ressources stratégiques, les technologies, les données numériques, les talents et les marchés. Dans cette perspective, la mondialisation laisserait progressivement place à ce que certains pourraient qualifier de « cannibalisation mondiale », c’est-à-dire un système où les États les plus puissants, appuyés par de grands groupes économiques et technologiques, chercheraient moins à construire un ordre international partagé qu’à absorber les richesses, les capacités d’innovation et les leviers de puissance des acteurs les plus fragiles avec un processus d’économie de prédation pouvant aller jusqu’à la recolonisation des pays du Sud. La rivalité technologique, la guerre économique, la bataille pour le contrôle de l’intelligence artificielle, des matières premières critiques et des infrastructures numériques pourraient ainsi devenir les principaux moteurs d’un nouvel ordre mondial caractérisé par la prédation stratégique plutôt que par l’intégration. Dans un tel contexte, le recul des libertés publiques et la progression des pratiques autoritaires ne constitueraient plus des phénomènes isolés, mais les manifestations d’une recomposition globale du rapport de force entre les nations, où la quête de puissance tendrait progressivement à supplanter les idéaux de coopération qui avaient fondé la mondialisation de la fin du XXe siècle. Le XXIe siècle pourrait ainsi devenir soit celui du renouveau démocratique face aux défis de la violence qui gangrène la cohésion sociale et à l’ère de la mondialisation technologique, soit celui d’une progression durable des formes d’autorité renforcée jusqu’à imposer un régime dictatorial . Entre ces deux trajectoires, l’issue dépendra moins d’un destin prédéterminé que des choix politiques et idéologiques collectifs effectués par les peuples et leurs dirigeants au cours des prochaines décennies.
