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Sainte-Luce : Les visages de pierre de Montravail

  • par Rodolf Etienne

Sur les hauteurs de Sainte-Luce, dans le sud de la Martinique, des visages gravés dans la roche volcanique témoignent d’une histoire antérieure de plusieurs siècles à la colonisation européenne.

Étudié depuis 1970, le site précolombien de Montravail demeure aussi précieux que mystérieux.

Entre découvertes archéologiques, interrogations sur les croyances amérindiennes et nouveau projet d’aménagement engagé en 2026, ce patrimoine exceptionnel revient au centre de l’attention.

Des visages surgis de la pierre

À quelques kilomètres des plages de Sainte-Luce, sur les hauteurs verdoyantes de la commune, la forêt de Montravail abrite l’un des témoignages les plus remarquables de la présence amérindienne en Martinique. Ici, bien avant l’arrivée des Européens dans l’archipel antillais, des hommes ont choisi de laisser sur la pierre la trace de représentations dont le sens nous échappe encore largement. Des yeux ronds, des bouches schématiques, des silhouettes de visages, quelques signes difficiles à interpréter : autant de marques inscrites dans la roche volcanique et parvenues jusqu’à nous à travers les siècles. Ces gravures, appelées pétroglyphes, appartiennent à une forme d’expression artistique et symbolique attestée dans de nombreuses régions du monde.  Lire Plus

De l’entre deux guerres à la départementalisation, une traversée paradoxale du siècle – Gilbert Jean Énal

  • Par Rodolf Etienne

Pendant près de quatre décennies, un maire a présidé la destinée de Sainte-Luce, dans le sud de la Martinique.

Jean Énal (1926–1965), parfois identifié dans les sources sous les prénoms de Gilbert Jean Énal dirigea la commune du 4 août 1926 jusqu’en mars 1965.

Avec ses trente-neuf années à la tête de la municipalité, Gilbert Jean Enal détient le record de longévité parmi les maires de Sainte-Luce.

De l’entre-deux-guerres à la départementalisation, de l’administration coloniale à la modernisation des communes martiniquaises, retour sur un édilité dont la longévité politique mérite de retrouver sa place dans la mémoire collective. 

Un maire au cœur des grandes transformations du XXe siècle

En août 1926, soit un tout petit peu plus d’une centaine d’années, lorsque Gilbert Jean Énal accède à la mairie, la Martinique est encore une colonie française. Les communes rurales vivent largement de l’agriculture, tandis que les activités commerciales et les infrastructures se concentrent dans les bourgs et les principaux centres urbains. Trente-neuf ans plus tard, lorsque son mandat s’achève, la Martinique est devenue un département français depuis 1946. L’administration, les institutions publiques et les attentes des populations ont profondément évolué.  Lire Plus

Rosanie Soleil et les femmes de l’insurrection du Sud

-Par Rodolf Etienne

Le 7 octobre 2026, à 19h30, la salle Frantz Fanon à Tropiques Atrium, à Fort-de-France, remet sur la scène martiniquaise Rosanie Soleil, texte d’Ina Césaire mise en scène par Arielle Bloesch, consacré à l’une des femmes de l’Insurrection du Sud de 1870.

Mais ici, plutôt que de reconstituer la révolte, la dramaturge choisit la maison, les femmes, leurs silences, leurs paroles et leurs gestes. Une autre façon d’écrire l’Histoire.

Il y a l’histoire que l’on raconte depuis la place publique, celle des affrontements, des chefs, des proclamations, des condamnations. Et puis il y a celle qui entre dans les maisons, circule entre les femmes, se murmure, se dissimule et parfois se transmet sans jamais prendre la forme officielle d’une archive. C’est cet espace qu’Ina Césaire choisit pour installer Rosanie Soleil et nous raconter une des pages les plus brillantes de notre histoire.

Rita Ravier, Laura Grandfils, Suzy Singa et Caroline Savard en interprètent les quatre personnages féminins. La création est portée par la Compagnie Les Berlick, coproduite par Tropiques Atrium et soutenue par ETC Caraïbe.  Lire Plus

Patrimoine : Trois façons de transmettre la Martinique

– par Rodolf Etienne

Edouard Glissant, Eugène Mona, Valérie Kristofic. 

Le 21 septembre 1928 naît Édouard Glissant. Le 21 septembre 1991 disparaît Eugène Mona. Et le 21 septembre 2024 Fabienne Valérie Kristofic, autrice martiniquaise de littérature jeunesse s’éteint.

Il est des dates qui, sans l’avoir cherché, finissent par dessiner une géographie de la mémoire. Trois générations, trois univers, trois engagements, trois manières de dire le pays. 

Le 21 septembre en est une pour la Martinique. 

Chez Édouard Glissant, la Martinique devient pensée du monde. Né le 21 septembre 1928, l’écrivain, poète et philosophe élargit l’expérience antillaise jusqu’à en faire une réflexion sur la Relation, les langues, les mémoires, l’archipel et les identités qui ne se ferment pas sur elles-mêmes. L’œuvre d’Edouard Glissant interroge la façon dont nous entrons en relation avec les autres.

Chez Eugène Mona, cette même interrogation passe par le corps, la voix, le tambour et la flûte. Le chanteur martiniquais meurt le 21 septembre 1991, à 48 ans. Son œuvre plonge dans la langue créole, l’oralité, les mornes, les héritages africains, européens et indiens. Mona n’écrit pas un traité de l’identité martiniquaise : il la fait entendre.  Lire Plus