Étiquette : Rodolf Etienne

Georgy de Lamare Lamvohee, militant de la créolité internationale

— Propos recueillis par Rodolf Etienne —

Installé en Australie, originaire de l’île Rodrigues, Mauricien, Georgy de Lamare Lamvohee est aussi un militant pan-créole de la première heure. Au sein de Bannzil Kréyol[1] déjà (1981), mais également au sein d’autres groupes créés depuis, au fil des années d’engagement, des relations. Rencontre avec l’un de ceux qui, depuis l’Australie, via l’Océan indien et jusqu’à l’Océan Atlantique, fait vivre la créolité moderne…

Rodolf Etienne : En termes d’avancée, d’évolution, vous qui avez fait partie du premier groupe international créole (Bannzil Kréyol) comment définiriez-vous la pan-créolité aujourd’hui ?

Georgy de Lamare Lamvohee : C’est un peu triste de constater que depuis la disparition sur la scène internationale créole de l’organisation Bannzil Kréyol, le nombre de rencontres académiques ou militants entre créoles a grandement diminué. Ces rencontres annuelles, comme aux Seychelles par exemple, et la couverture médiatique qu’il y avait autour faisaient que les pays, îles et diasporas créoles se sentaient plus proches l’un de l’autre. Les Seychelles poursuivent avec leur festival annuel qui a débuté en 1982. Mais il n’y a plus de ces grandes rencontres entre créolistes venant du monde créole.

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« Asou latolérans »

traite_sur_la_toleranceVoltaire Traité sur l’intolérance
ASOU LATOLERANS
Texte bilingue en français et en créole
Traduction de Rodolf Etienne
Publié en 1763, le “Traité sur la Tolérance” de Voltaire, inscrit invariablement au coeur de son époque mouvementée, ressurgit infailliblement dans l’universalité du temps et de l’espace de la modernité, nous rappelant sans cesse les atavismes, les errances et les faiblesses de la condition humaine.

Lire aussi l’entretien accordé à Madinin’Art par  Rodolf Etienne

A l’heure où les humanités, multiples, se rencontrent, se croisent et s’entrecroisent, se chevauchent parfois, s’entrechoquent et se conjuguent dans un mouvement inaliénable, incessant, irréversible – créolisation du monde1 ? -, le “Traité sur la Tolérance” de Voltaire répond indubitablement, comme un écho clair et distinct, à nos pires peurs d’un monde dominé toujours par le fanatisme, le dogmatisme.
Premier adepte du “despotisme éclairé”2 aux côtés de son grand ami Frédéric II de Prusse, Franc-maçon tardif – il fut initié le 7 avril 1778, à l’âge de 84 ans -, Voltaire fut incontestablement l’un des plus brillants esprits de son époque, dévoué qu’il fut aux causes humaines les plus progressistes de son temps.

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Rodolf Étienne : « Aujourd’hui encore, nous avons affaire à un lectorat créole quasi analphabète… »

traite_sur_la_tolerance

A l’occasion de la publication du Traité sur la tolérance » de Voltaire qu’il a traduit en créole Rodol Étienne nous a accordé un entretien.

Madinin’Art : Le Traité sur la tolérance connaît un succès de librairie non démenti à ce-jour, suites aux attaques terroristes qui ont bouleversé la France en 2015. Vous publiez aujourd’hui une traduction en créole. La première question qui vient est : quelle nécessité avez-vous éprouvée pour ce faire?

Rodolf Étienne : Ce texte est une commande de l’éditeur Idem Editions. Son directeur, qui est un ami personnel et pour qui j’ai un grand respect pour son engagement littéraire et éditorial, m’a présenté le texte en me demandant si cela m’intéresserait. Et c’est à partir de là que tout semble provenir de la magie. Parce que ce texte, après ma première lecture, répondait parfaitement aux questionnements liés à la langue, sur plusieurs aspects essentiels, que je me posais justement. J’étais justement en pleine réflexion et écriture d’un colossal exposé sur les problématiques de traduction créole que je devais présenter à l’Université Birmingham en Angleterre. Le projet n’a pas abouti, je me suis consacré à la traduction du Traité sur la Tolérance.

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Katherine Dunham (1909 – 2006). Entre élite noire et créole

— Par Rodolf Etienne —

katherine_dunham1Qui se souvient de Katherine Dunham interprétant la diablesse dans le ballet La Guiablesse, inspiré du folklore martiniquais et sous la direction de Ruth Page ? Qui se souvient aujourd’hui du Ballet Nègre, l’une des premières compagnies noires des Etats-Unis ? Et qui se remémore encore les apparitions fulgurantes de la chorégraphe à l’écran, comme par exemple dans Stormy Weather ?
Qui s’intéresse encore à ses études sur les danses et arts nègres de la Caraïbe, sur la culture haïtienne et, singulièrement, sur le vodou haïtien ?
Pourtant, Katherine Dunham est une de ces icones du XXème siècle qui semble ne pas devoir cesser d’inspirer les générations, tant par son immense talent, la rigueur de ses études ou, plus naturellement, en tant qu’afro-américaine ou, plus simplement, femme du Tout-Monde…
D’autant qu’elle-même, créole par la variété de ses origines, revendiquait tout autant sa créolité – sa mixité – que sa culture afro-américaine, sans parler qu’elle était partout chez elle dans la Caraïbe tandis que son cœur était indéfectiblement attaché à l’East Saint-Louis, dans l’Illinois.
Katherine Dunham nait le 22 juin 1909, à Glen Ellyn, dans l’Illinois.

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Tous Créoles ! En avant pour une créolité dynamique

— Par Rodolf Etienne, Journaliste – Auteur, Traducteur —
tous_creoles_caEn 2007, en Martinique, une nouvelle association créole voyait le jour. Depuis, à travers une multitude de manifestations, en Martinique comme à Paris, la structure a trouvé sa juste place dans le paysage local et national autour de l’identité créole antillaise.
Rodolf Etienne, Journaliste – Auteur, Traducteur

L’association Tous Créoles ! n’a jamais dévié de son premier objectif : intégrer toutes les composantes de la société civile martiniquaise autour d’un concept commun, la créolité. Ils étaient une soixantaine, issus de toutes les composantes de la communauté créole antillaise, Noirs, Mulâtres, Indiens, Chinois, Békés, Syro-libanais, mais aussi Métropolitains et Africains a adopté la créolité comme démarche de vie et de pensée. Ils se réunirent donc pour donner du sens à leur crédo: “Mieux Vivre ensemble!”. Le but était dès lors clair: contribuer à l’édification d’une communauté créole apaisée, solidaire et affranchie de tout sectarisme. Autre aspect non négligeable de la philosophie prônée par les membres fondateurs de l’association Tous Créoles!: contribuer de façon vigilante et par tous les moyens à la défense des droits de l’Homme, à la lutte contre toute expression ou manifestation de racisme, de xénophobie ou de discrimination de tous ordres.

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« 63 % des habitants de l’Outre-mer nous sont favorables »

— Propos recueillis par Rodolf Etienne —
louis_georges_tinEn novembre 2005, le paysage associatif des noirs en France voyait la création du CRAN (le Conseil Représentatif des Associations Noires de France).
Depuis lors, l’association n’a cessé de bousculer les habitudes et les routines, en posant à la France des questions nouvelles concernant les Noirs de France, les statistiques ethniques, les attestations de contrôle pour lutter contre le délit de faciès, le vote obligatoire, les réparations liées à l’esclavage et à la colonisation, les actions de groupe contre les discriminations etc…
Retour sur dix ans d’actions concrètes avec le président Louis-Georges Tin.
R.E : Le CRAN fêtera en novembre prochain ses dix ans d’activité. Pouvez-vous revenir, dans les grandes lignes, sur quelques-unes des actions menées par l’association ?
L.-G.T : Depuis 2005, nous avons mené plusieurs grandes campagnes. Sur la question noire, évidemment, sur les statistiques ethniques, sur les actions de groupe contre les discriminations, et sur les réparations relatives à l’esclavage et à la colonisation. Par ailleurs, nous avons développé notre action à l’international, et nous avons désormais des antennes aux Etats-Unis, au Brésil, au Maroc, au Sénégal, au Bénin, au Gabon, au Congo, etc.

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Quid de la Charte européenne des langues régionales ?

— Par Rodolf Etienne —

Adoptée en 1992 sous l’égide du Conseil de l’Europe, la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires prévoit la protection et la promotion des langues régionales et minoritaires historiques.

La Charte européenne des langues régionales et minoritaires a toujours été claire sur ces objectifs. D’emblée, elle s’est affirmée par son souci de maintenir et de développer les traditions et le patrimoine culturels européens et par son respect du droit imprescriptible, universellement reconnu de pratiquer une langue régionale ou minoritaire dans la vie privée et publique : enseignement, justice, autorités administratives et services publics, médias, activités et équipements culturels, vie économique et sociale, échanges transfrontaliers. Une Charte donc qui a une résonnance toute particulière pour nos cultures composites, régionales et minoritaires. Entrée en vigueur le 1er mars 1998, cette Charte fut ratifiée par 25 États, dont la France qui la signa en 1999. Seulement, depuis, rien, ou si peu. Tant et si bien, qu’en France, la dite Charte n’a toujours pas été ratifié. La France qui, pour le coup, se retrouve confuse derrière sa propre Constitution et amalgamée dans un vibrant dilemme d’interprétation.

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Misyé Tousen : an transbòdaj « Monsieur Toussaint » Edwa Glisan

monsieur_toussaintMiss Baylavwa, militant culturel de Guadeloupe et qui s’intéresse à la culture créole a consacré une interview à la récente publication de Rodolf Etienne « Monsieur Toussaint – Misyé Tousen », traduction créole (Martinique) de « Monsieur Toussaint » d’Edouard Glissant. Une interview menée en créole dont Madininart retranscrit la substance. La version française figure en bas de page.

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M. B : Ki jan ou touvé’w ka woulé épi kréyòl ?

R.E. : Sé an bel listwa. Mwen toujou enmen li dépi jenn ti manmay. An jou, oliwon dizuit lanné mwen, an kanmarad fè mwen kado « Kod yanm » Rafael Konfyan ek i di mwen konsa « Wou ki toujou ka li liv gran blan (Chal Bodlè, Jan-Jak Wouso), mi an liv pou enstwui kò’w ti bren. I di mwen sa pou pitjé mwen. Ki di ki fet, mwen tonbé jaja liv tala. Apré sa mwen koumansé konprann ki kréyol sé té an lang poutoulbon ki té mérité yo ékri’y.

M. B : Ou sé on makè mé pasé kréyé sa ou pi plis chwazi sé chalviré tèks ant fransé é kréyòl. 

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Zayid Muhammad : un militant sauvé des eaux…

Propos recueillis par Rodolf Etienne/France-Antilles Martinique

 zayid_muhammadINTERVIEW – Dans les années 70, la jeunesse afro-américaine subit de plain-pied l’engagement de ses leaders : Malcolm X et Martin Luther King pour citer les plus fameux. Un héritage vite dénaturé par le système blanc américain. Zayid Muhammad, alors dealer, va chiper un livre chez une de ses clientes. Il s’agit de l’Autobiographie de Malcolm X. Ce livre va changer son destin et celui de beaucoup d’autres de sa génération.

1/En tant que jeune afro-américain, les choses n’ont pas toujours été simples pour vous. Vous avez découvert Malcolm X dans des conditions un peu particulières. Pouvez-vous nous en dire plus ? C’était le début des années 70 ?
La découverte de Malcolm X ? Je dis toujours qu’en tant qu’Afro-américain, l’influence de Malcolm a toujours été primordiale pour nous. Il continue de nous guider aujourd’hui encore. Prenons mon propre exemple. Je n’ai pas appris l’enseignement de Malcolm en salle de classe avec un bon professeur. Je l’ai connu lors d’un deal de drogue. Et beaucoup d’entre nous l’ont connu en prison. Dans mon cas, je suivais la pente qui m’aurait certainement emmené directement à la case prison.

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Mumia Abu Jamal : « Les couloirs de la mort doivent disparaître ! »

— Propos recueillis par Rodolf Etienne —

mumia_abu_jamal-325Mumia Abu Jamal est né le 24 avril 1954 à Philadelphie (Pennsylvanie), journaliste, écrivain et militant afro-américain. Il a été condamné en 1982 à la peine de mort pour le meurtre de Daniel Faulkner, un policier de Philadelphie. Une mobilisation internationale a eu lieu en faveur de sa libération. Il est devenu un symbole pour beaucoup d’opposants à la peine de mort.
Le 9 décembre dernier, pour marquer l’anniversaire de l’emprisonnement de Mumia Abu Jamal, une série de manifestations étaient réalisées dans le cadre d’une campagne intitulée « Bring Mumia Home – Ramenez Mumia à la maison » , lancé par plusieurs organisations de soutien à Mumia Abu Jamal. Dans leurs discours ces organisations déclarent : « Demandons au Ministre de la Justice, Eric Holder, de reconsidérer le dossier de Mumia Abu-Jamal et au Gouverneur Tom Corbett de procéder à sa libération immédiate en raison du fait que sa condamnation à mort a été jugée contraire à la loi en 2011 et qu’il est malgré tout condamné à la prison à vie pour le meurtre présumé du policier Daniel Faulkner en 1981 à Philadelphie ».

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La pan-créolité ou la dynamique d’une identité créole internationale. Le rôle des grandes capitales

par Rodolf Etienne

 

Introduction

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L’exposé qui suit s’inscrit en droite prolongation des arguments énoncés en préface de l’ouvrage Les Indes/Lézenn, traduction créole de Les Indes d’Edouard Glissant, publié en version bilingue français/créole, aux Editions « Le Serpent à Plumes » en septembre 2005.

Il s’attache à démontrer le rôle des grandes capitales dans la pleine valorisation de l’identité pan-créole.

Un peu d’histoire

En soi, l’affirmation d’une volonté pan-créole n’a rien de nouveau. En 1950 déjà, pour parler de la Martinique, le créoliste Gilbert Gratiant auteur de Fab Compè Zicaq (Désormeaux. 1976) affirmait sa volonté (son rêve !) de voir un jour « tous les créoles du Monde réunis ». Plus tard, à la suite de Gilbert Gratiant (qui n’a d’ailleurs jamais cessé d’être un militant pan-créole), la pan-créolité et les réflexions qu’elle soutient ont mobilisé de nombreux créolistes, engagés dans des études avisées en matière d’identité créole.

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Aimé Césaire Précurseur d’une métamorphose. Tracé d’une aliénation par Rodolf Etienne

 

Aimé Césaire

 

Précurseur d’une métamorphose
Tracé d’une aliénation

 

 par Rodolf Etienne

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 I. Tracé d’une aliénation

 Eléments de définition

 

Puisqu’il en faut une pour ouvrir le débat, considérons la définition suivante du terme créole, tirée du dictionnaire Larousse,

 

n. et adj. d’abord attesté sous les formes hispanisantes crollo (1598), criollo (1643), puis francisé en créole, en 1670. Il est emprunté à l’espagnol criollo (1590), lui-même emprunté au portugais crioulo, seulement attesté en 1632 au sens de « métis noir né au Brésil ». Ce mot est dérivé, avec un suffixe mal éclairci, de cria, dérivé régressif de criar « élever » (espagnol criar), issu du latin creare, signifiant « créer ».

 (…)

L’expression  langue créole, attestée en 1688 et reprise au XIXème siècle, est probablement un emprunt direct au portugais, à en juger par la localisation de la première attestation relative au créole portugais parlé au Sénégal1. Et jusqu’à la fin du XIXème siècle, les créoles étaient considérées comme une simple altération du français, de l’anglais, du néerlandais, du portugais ou de l’espagnol.

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