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L’inconnu de Mer Frappée : Chapitre XV, dix-septième extrait

— Par Robert Lodimus —

Chapitre XV

L’ADIEU

« Le combat n’a pas cessé, car il y a encore des combattants. Il ne pourra réellement prendre fin qu’avec la victoire du Bien sur le Mal. »

(Robert Lodimus)

Je me souviens toujours des paroles de Montaigne que j’ai déjà rapportées dans un chapitre précédent et que je paraphrase ici: « Dieu a donné aux humains accès aux connaissances pour les tourmenter. » La connaissance détient pour chacun de nous le fardeau de la preuve. Elle accuse. Elle culpabilise. Elle représente le ministère public au tribunal de l’histoire par devant lequel nous sommes appelés à répondre de tous nos actes : bravoure, héroïsme, grandeur d’âme, lâcheté, indignité, cruauté, cynisme… L’histoire nous acquittera, comme elle l’aura fait pour Fidel Castro; ou nous sanctionnera, comme Benito Mussolini, Adolphe Hitler et même, dans un certain sens, Joseph Staline… En situation de connaissance de cause, l’immobilisme, le résignationnisme, l’indifférence, l’insouciance… deviennent inexcusables. Punissables. La Cour a le pouvoir de condamner un individu pour « non assistance à une personne en danger », et cela, sans qu’il soit reconnu et déclaré l’auteur du crime.

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Davos : La source des malheurs de l’humanité

— Par Robert Lodimus —-

Pour baisser les flots d’angoisse qui montent dans notre coeur comme les vagues de l’océan, nous avons repris l’habitude de revisiter les grands philosophes des courants de l’épicurisme et du stoïcisme. Les chrétiens, en des moments de sombreur  spirituelle, lisent la Bible. Les musulmans, le Coran. Les judaïstes, la Torah. Les bouddhistes, le Dhammapada : quand ils ne se retrempent pas dans les citations fortifiantes du confucianisme. Lorsque l’âme humaine est plongée dans la tourmente, il lui faut une cure de « Sagesse » pour ne pas basculer dans l’opacité de la démence mortifère. 

Toutes ces mauvaises nouvelles qui arrivent des quatre coins de la planète engloutissent notre capacité de résilience et détruisent petit à petit nos cellules de résistance. Tous les matins, nous nous réveillons avec des pensées pessimistes, sceptiques, qui sont devenues de plus en plus difficiles à chasser de notre mémoire torturée. Nous souffrons de figurer parmi les témoins impuissants de si grandes « injustices ». Que l’auteur anonyme de ces vers qui lui furent inspirés par le comportement répréhensible du « ministre plénipotentiaire » de Louis XIII nous absolve de  l’usage décontextualisé que nous faisons de l’esprit de son œuvre !

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La France doit restituer les 30 milliards volés à Haïti

Les Français doivent restituer les 30 milliards d’euros qu’ils ont volés au peuple haïtien…!

— Par Robert Lodimus —

« Il y a deux manières de conquérir et d’asservir une Nation : l’une est par l’épée; l’autre par la dette. »

(John Quincy Adams, 6e président des Etats-Unis)

Tout ce que les populations du Sud ont hérité de l’Occident, c’est la religion et son illusionnisme. La prédication de l’Évangile a permis aux colons européens de commettre des crimes abominables en Amérique et en Afrique au nom de leur « Dieu ». Les Indiens, les Noirs et les Arabes ont grandement pâti de la cruauté de l’esclavage. Le 15e siècle, avec la fameuse expédition colombienne, a ouvert davantage la voie à la « déshumanisation de l’être » par des activités de travail dévalorisantes qui ont fait l’objet d’études et de dénonciation dans les travaux et les essais de plusieurs sociologues et philosophes progressistes, notamment Karl Marx, Friedrich Nietzsche…

L’individu, parvenu au stade de l’état déshumanisant dans lequel les systèmes féodal, capitaliste, impérialiste, néolibéral l’ont précipité et maintenu contre son gré, n’est presque plus capable de réfléchir lucidement et d’organiser son avenir.

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L’inconnu de Mer Frappée : Suite du chapitre XIV

— Par Robert Lodimus —

Suite du chapitre XIV

Le Maître et le disciple

J’ai senti les mains d’une colère rageuse sur la gorge du docte duquel, depuis un laps de temps, je suis devenu l’allocutaire enfiévré, dans cette zone pauvreteuse, tristement délabrée de Carénage et de Sans raison, qui porte le nom de Mer Frappée. C’est la première fois que je voyais le personnage, ordinairement calme, tout à fait confiant et sûr de lui-même, dans un état pareil. Ses nerfs semblaient se dilater à la frontière de l’éclatement. Ils étaient gonflés comme des ballons remplis d’hélium. Je ne lui ai pas demandé davantage d’explications. Des nuages d’épouvante assombrissaient encore le ciel de la république insultée et choquée, comme le père de Rodrigue Le Cid. Nous étions le 10 juin 1967. Deux jours après l’exécution spectaculaire et révoltante des « dix-neuf officiers duvaliéristes » à Fort Dimanche. Le « président à vie » venait de gifler pour la énième fois le peuple haïtien. Trois ans après l’assassinat en public de Marcel Numa (21 ans) et de Louis Drouin (32 ans), la perpétration du massacre des Jérémiens, le malade psychopathologique avait récidivé dans l’affaire macabre et scandaleuse des militaires fanatiques, accusés d’ourdir un complot, de tramer une conspiration pour l’évincer du pouvoir et l’assassiner avec sa famille.

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L’inconnu de Mer frappée : chapitre XIV

— Par Robert Lodimus —

Chapitre XIV

Le Maître et le disciple

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« Mon champ, dit Goethe, c’est le temps » Voilà bien la parole absurde. Qu’est-ce en effet que l’homme absurde? Celui qui, sans le nier, ne fait rien pour l’éternel. Non que la nostalgie lui soit étrangère. Mais il lui préfère son courage et son raisonnement. Le premier lui apprend à vivre sans appel et à se suffire de ce qu’il a, le second l’instruit de ses limites. Assuré de sa liberté à terme, de sa révolte sans avenir et de sa conscience périssable, il poursuit son aventure dans le temps de sa vie… »

(Albert Camus, Le mythe de Sisyphe)

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J’ai poussé la petite barrière en bois rustique, recouverte de plaques de tôle métallique d’une épaisseur moyenne. En un rien de temps, pourrais-je dire, j’étais devenu un habitué de cet endroit calme et accueillant, qui stimulait ma plasticité cérébrale, ravivait la flamme de mon esprit perturbé, et ramonait les muscles de mon corps affaibli, déconforté, asthénisé. Le chien de garde, Nicky, avec sa queue en faucille légèrement recourbée sur son dos, est venu, comme à l’ordinaire, se frotter contre mes jambes légèrement pliées.

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Voyage féérique au Macoutistan, le « pays » du grand poète et romancier Gary Klang…

—  Par Robert Lodimus —
     Le 27 février 2025, les parents, les collègues et les lecteurs de Jean-Pierre Basilic Dantor Franck Étienne d’Argent, alias Frankétienne, l’ont accompagné à sa dernière demeure avec une profonde tristesse. L’enfant de « Ravine-Sèche » allait célébrer sa quatre-vingt-neuvième année d’existence le 12 avril prochain, dans une capitale en lambeaux, méconnaissable, pariatisée, livrée pieds et mains liés, – comme le Fils de l’Homme à Hérode Antipas –, aux lycanthropes d’Hadès et de Perséphone, le dieu et la déesse des enfers. Franck Étienne a traversé, – pour reprendre le jargon utilisé dans le vaudouisme –, sans avoir accompli son rêve : obtenir le prix Nobel de littérature. Peut-être, entrera-t-il dans l’histoire à l’instar de l’écrivain suédois nobélisé à titre posthume en 1931, Erik Axel Karlfeldt, – quoique celui-ci l’eût refusé de son vivant en 1918 –,  pour son ouvrage Cor d’Automne (Höstorn), paru pour la première fois en 1927. Car, dans bien des cas, la mort n’est pas arrivée à gommer l’opiniâtreté des « obsessions subjuguantes ». Et puis, « mieux vaut tard que trop tard !»

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Bonne année, malgré tout!

— Par Robert Lodimus —

« Ne sais-tu pas que la source de toutes les misères de l’homme, ce n’est pas la mort, mais la crainte de la mort. »

(Épictète)

« Le bonheur parfait n’est pas de ce monde », disait la vieille chanson. Nous croyons entendre celui que, dans le quartier de notre enfance, nous appelions affectueusement « boss Léon », et qui ne ratait jamais une journée sans se l’offrir. Sa voix tremolo emportait les paroles geignardes, soutenues par une mélodie entraînante, qui voyageaient bien loin avec le vent du Nordé : « Le bonheur parfait n’est pas de ce monde. Chacun a ses peines, chacun a ses douleurs… » Des années plus tard, le regretté Joe Jack en avait composé la version instrumentale. « Boss Léon », probablement décédé, était un modeste mécanicien-réparateur de machine à coudre. Cette activité professionnelle lui assurait son unique gagne-pain. Il nous confiait souvent que la dernière fois qu’il avait travaillé, ce fut sous le gouvernement de Dumarsais Estimé. Le cinquantenaire possédait aussi l’intelligence de fabriquer les pièces qu’il n’arrivait pas à dénicher sur le marché local.

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Élections en Haïti en 2026

« Il y a peu à choisir entre des pommes pourries. »  (William Shakespeare)

— Par Robert Lodimus —

« Les vices de l’esprit peuvent se corriger; mais quand le cœur est mauvais, rien ne peut le changer. »

(Voltaire) 

Le docteur Jean Price Mars, de son époque, parlait déjà de crise de pensée dans la société haïtienne. Nos « intellectuels », en ces instants tristes et sombres, ne devraient-ils pas prendre le temps, ou se redonner le plaisir de revisiter le « Discours sur la méthode » de René Descartes ? On ne construit pas l’avenir d’une Nation sans disposer d’une boussole d’idées rationnelles et d’un laboratoire de réflexions méthodiques. Haïti dérive à tous les niveaux. Socio-économiquement misérable, elle l’est tout aussi – si ce n’est davantage – sur le plan de l’ « intelligence créative ». Le 7 février 1986, le pays s’est libéré des Molochs duvaliéristes, mais pour se replonger bien vite dans la mare d’une incompétence anarchisante et d’une irresponsabilité détruisante. 

Nous sommes de plus en plus loin des époques mémorables qui ont donné le mouvement insurrectionnel baptisé « Les Cinq Glorieuses de Janvier 1946 », qui a renversé le lescotisme proétatsunien.

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L’inconnu de Mer frappée : chapitre XIII

— Par Robert Lodimus —

Chapitre XIII

LA VILLE HÉRÉTIQUE

« Tant que l’État existe, pas de liberté; quand régnera la liberté, il n’y aura plus d’État. Le peuple n’a pas besoin de liberté, car la liberté est une des formes de la dictature bourgeoise. »

(Lénine)

Le mois de septembre n’épargnait pas la ville de son humeur habituellement revêche, grincheuse, acariâtre et ombrageuse. Il porte le fardeau d’une saison de tristesse, de désillusion et d’horreur dans un pays qui, portant, est construit avec le matériau de la bravoure, de l’héroïsme, du sang et de l’honneur. Il pleuvait presque tous les jours. Les nuages se liquéfiaient sous la chaleur et ils se déversaient avec rage sur le paysage ordinairement sec et poussiéreux. Des bourrasques de vent accompagnaient les averses. Les éclairs et les coups de tonnerre écorchaient les flancs du firmament torturé. Mer Frappée était devenue totalement impraticable pour les riverains et les visiteurs coutumiers. Les mottes de terre élevées autour des bassins de sel s’étaient transformées en une pâte de boue gluante. Le soleil refusait de répondre à « l’appel au secours » de la population qui craignait un débordement des rivières rassasiées.

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L’inconnu de Mer frappée : chapitre XII

— Par Robert Lodimus —

Chapitre XII

LE MIRAGE

« L’homme est une prison où l’âme heureusement reste libre. »

(Victor Hugo)

Nyx avait achevé d’enlever le voile opaque qui recouvrait la terre, et les anges des ténèbres repartaient déjà vers leurs lieux de repos diurne, en attendant le moment de revenir, afin de perpétuer le cycle mystérieux de la séparation naturelle des deux astres opposés, selon la volonté du Créateur. Le jour, le contraire de la nuit, éclos de l’aube fraîche, commençait lui-même à dresser tranquillement sa tente. Le paysage à moitié engourdi, fondait déjà sous les rayons de la couronne d’Hélios qui s’apprêtait à traverser le ciel des Caraïbes, comme il le fait depuis 4,6 milliards d’années, sur son char de feu tiré par les quatre chevaux : Piroïs, Phlégon, Éoos et Aéthôn. Le jour arrivait dans la tristesse et la nuit se retirait dans l’angoisse. Derrière le soleil brûlant qui se pointait peureusement tous les matins, se dissimulaient les souffrances éreintées et révoltées d’une population à bout de souffle, captive d’une cruauté caligulienne. Pour avoir incendié la terre, Phaéton, le fils du Soleil, fut foudroyé par Zeus.

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La valse des escrocs

— Par Robert Lodimus —

«  La souffrance chagrine a entrepris de ramoner les cheminées de ma colère. J’ai toujours pensé que les flammes de ma révolte s’élèveront une nuit jusqu’au faîtage du monde. Et que La fumée du combat des « oppressés » contre les « oppresseurs » finira par grisailler tous les « palais » qui brillent d’or et de blancheur dans la rudesse vespérale de l’injustice sociale. La « tunique de Nessus » a causé trop de malheurs au milieu de mon peuple. »

(Robert Lodimus, extrait de L’inconnu de Mer Frappée)

Le vendredi 3 mars 2017, les Haïtiens apprenaient avec surprise la mort de l’ex-président René Préval des suites d’un accident cardiovasculaire. Il avait dirigé la République durant dix ans. Sans interruption de ses deux  mandats obtenus dans l’intervalle de cinq ans. C’est sous le deuxième gouvernement de René Préval que l’État vénézuélien incluait Haïti sur la liste des pays bénéficiaires du programme PetroCaribe. L’accord a été signé en 2008, avant la catastrophe sismique qui a détruit la ville de Port-au-Prince et ses banlieues le 12 janvier 2010.

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L’inconnu de Mer frappée : chapitre XI

— Par Robert Lodimus —

Chapitre XI

L’ENGAGEMENT

« Qui n’est pas capable d’être pauvre n’est pas capable d’être libre… »

(Victor Hugo)

À cause de la canicule, j’ai eu l’impression que la route qui conduisait à Mer Frappée était devenue plus longue. C’est vrai qu’il fallait marcher beaucoup, traverser toute une partie de la ville pour s’engager finalement sur les sentiers poussiéreux ou boueux qui reliaient l’endroit à Carénage comme un cordon ombilical. Lorsque le soleil montait haut dans le ciel, lorsqu’aucun souffle ne sortait de la poitrine de la nature pour se transformer en une brise douce et caressante qui rafraîchit et libère le paysage de son état torpide, les piétons suaient de toute leur eau. La douche de sueur que j’étais en train de prendre en marchant hâtivement collait la chemise légère de couleur gris pâle sur mon corps stressé comme un bout de métal emprisonné par une force magnétique. De temps à autre, je sortais le mouchoir de tissu que j’enfonçais dans la poche arrière gauche de mon pantalon et je me tamponnais le visage. J’ai continué à longer le littoral, sans m’offrir quelques minutes de repos sous les rares arbres qui bordaient le trajet.

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L’inconnu de Mer frappée : chapitre X

— Par Robert Lodimus —

Chapitre X

L’ENDOCTRINEMENT

Le jeune homme que j’ai croisé tout à fait par hasard à Mer Frappée m’a complètement bouleversé avec les paroles tourmentantes qu’il a enfoncées dans ma tête comme les clous qui ont transpercé les mains du « Fils de l’Homme ». L’inconnu m’a permis de comprendre qu’il existe deux forces attractives qui retiennent ce pays dans les liens sauvages de la soumission aveugle, qui maintiennent encore ses habitants dans un état moutonnier : la religion et le carnaval. La prière et le tambour ont provoqué la glaciation des penchants, la congélation des velléités révolutionnaires des Haïtiens. Quelqu’un m’a déjà dit qu’Haïti serait assez confortable dans le rôle de « la cigale » de Jean de La Fontaine. J’ai rétorqué non, pour une raison majeure: la paresse, l’oisiveté, ce n’est pas la maladie virale dont souffre ce peuple. Au contraire… Que dirait-on du paysan, même avec son statut fragile de métayage, qui sarcle, arrose, ensemence, de l’aube du matin à l’Angélus du soir, sans en tirer une part importante de son travail ? La pauvre montagnarde qui transporte sur sa tête des paniers de légumes et de fruits et qui parcourt des dizaines de kilomètres à pied pour arriver au marché du village afin d’amasser tout juste quelques sous qui lui permettent d’acheter du savon de lessive, de l’huile, du pain, du sucre, du sel… ?

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Non aux scrutins des impérialistes! Oui à la Révolution des prolétaires!

— Par Robert Lodimus —

En un mot, c’est le peuple qui choisit ses bourreaux. Il leur confie lui-même, sans en prendre conscience, la tâche de le dépersonnaliser. De le « désosser » comme un poisson de mer ou d’eau douce. De le ruiner. Et finalement, de l’anéantir.

Les scrutins électoraux, tels qu’ils sont organisés par les États impérialistes, servent plutôt les intérêts des mandataires qui sont inféodés à une mafia politique locale et étrangère. Quels avantages en tirent les mandants qui légitiment bêtement le pouvoir de ces gouvernants serviles? Combien de fois n’avons-nous pas entendu la même rengaine : « plus on vote, plus on s’appauvrit ? » Autre constat tout aussi manifeste: rares sont les individus qui quittent la vie politique active comme ils y sont arrivés, c’est-a-dire, les poches vides… Avant la fin de leur mandat, ces « politicards » prédateurs – pour la plupart, des pouilleux, des misérables, des brigands, des citadins ou paysans sans scrupule – ont réussi à amasser illicitement des richesses considérables pour eux-mêmes et pour leurs proches. Ils se sont servis de leur mandat, de leur haute fonction et des privilèges y afférents, afin de mettre leurs descendants à l’abri des manquements et des privations pour des dizaines voire des centaines d’années.

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L’inconnu de Mer frappée : chapitre : IX

— Par Robert Lodimus —

Chapitre IX

L’ACCIDENT

« S’il ne te faut, ma sœur chérie,
Qu’un baiser d’une lèvre amie
Et qu’une larme de mes yeux,
Je te les donnerai sans peine ;
De nos amours qu’il te souvienne,
Si tu remontes dans les cieux.
Je ne chante ni l’espérance,
Ni la gloire, ni le bonheur,
Hélas ! pas même la souffrance.
La bouche garde le silence
Pour écouter parler le cœur. »

(Alfred de Musset, La nuit de mai)

Ce vendredi matin, Gonaïves s’est réveillée avec la fièvre de la danse. Depuis 1 mois environ, des affiches publicitaires placardées aux endroits les plus passants annonçaient l’arrivée d’un orchestre de la capitale, le Jazz des Jeunes, un excellent groupe musical fondé en 1942 par trois adolescents du pays. Il s’agit des frères Ferdinand et René Dor, et Pierre Richer. Initialement nommé « Trio des Jeunes », le groupe est devenu par la suite la célèbre industrie de production de chansons populaires que l’on a connue durant les grands jours de gloire de la culture nationale. Le moment de l’alacrité avait enfin franchi le seuil auroral.

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L’inconnu de Mer frappée : chapitre VIII (suite)

— Par Robert Lodimus —

Chapitre VIII

LE DÉCÈS

Un après-midi du mois de mai où le soleil flamboyait sur la ville qui s’amalgamait dans les rires d’une pléiade de gamins frivoles qui revenaient de l’école, une dizaine de militaires dépêchés expressément de la capitale sont arrivés à bride abattue à la caserne Toussaint-Louverture et ont procédé à l’arrestation spectaculaire du capitaine Coriace. Menottes aux poignets, l’officier, sans offrir de résistance, avait suivi les « troupiers » commandés par l’adjudant-major, Ménélas Flavius, jusqu’aux véhicules de l’armée qui attendaient aux abords du trottoir, en face de l’hôtel Moïse, pour reprendre la route en sens inverse. Lorsque le cortège a tourné devant le lycée Fabre Geffrard pour traverser les entrailles bidonvillisées de Descahos, la petite foule qui assistait au déroulement de la scène inopinée, tout à fait imprévisible, a applaudi chaudement. L’État major des Forces armées d’Haïti aurait retrouvé le nom du capitaine coriace sur une liste d’officiers supérieurs et subalternes qui allaient participer à un complot pour assassiner le président François Duvalier. Un soi-disant complice, le lieutenant Léonce Aurélien, sous la menace des tortures à Fort-Dimanche, avait vendu la mèche au commandant de la garnison criminelle.

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Robert Lodimus vu par l’IA

— Par Robert Lodimus avec l’I.A. —

Robert Lodimus est un auteur, essayiste et romancier qui vit et enseigne à Montréal, au Québec. Il est également connu pour ses commentaires et ses analyses politiques, notamment sur la situation en Haïti, qu’il publie régulièrement sur des plateformes comme Madinin-Art

Ses publications et activités récentes

  • En octobre 2025, il a publié un article dans Madinin-Art commentant la situation politique et sociale en Haïti, anticipant une catastrophe politique imminente.

  • Toujours en octobre 2025, un extrait de son roman L’inconnu de Mer frappée a été partagé sur la page Facebook de Rezo Nòdwès.

  • Il a publié en juillet 2025 un article intitulé « Jovenel Moïse, a-t-il été assassiné ou exécuté… ».

  • Il est l’auteur de plusieurs romans et essais, parmi lesquels figurent Le Grand Combat contre le CapitalIl faut sauver CarthageLes Tigres sont encore lâchés …

  • Il a aussi mené des entretiens, comme celui avec Mᵉ Théodore Achille, sur les événements qui ont conduit au renversement de Jean-Claude Duvalier en 1986. 

Robert Lodimus a écrit plusieurs livres, dont des romans et des essais.

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L’inconnu de Mer frappée : chapitre VIII

— Par Robert Lodimus —

Chapitre VIII

LE DÉCÈS

Je me suis cramponné solidement aux jambes de mon père qui me caressait les cheveux pour me rassurer. Son instinct paternel lui avait permis de ressentir la stupeur, l’effarement, l’étonnement qui cravachait mon esprit scandalisé. L’atmosphère de la salle glaçante, qui servait de lieu infernal de jugement et de condamnation, était noyée par les jets de l’arrogance, les trombes de l’injustice, les vagues de la honte qui caractérisaient cette époque où la vie des individus était devenue aussi fragile qu’une toile d’araignée. On y percevait, par la même occasion, la montée progressive des flots de révolte qui se formaient dans la gorge des « zeks », et qui, quelques décennies plus tard, allaient réussir à drainer les colluvions d’une dictature féroce, dressée comme une crête-de-coq sur cette portion de terres héroïques des Antilles. Denis Amar aura dit plus tard : « Le pouvoir est aveugle, la misère est muette. » Cependant, j’aurai ajouté moi-même : « Lorsque la misère aura appris à parler, personne ne pourra jamais plus la faire taire; personne ne pourra jamais plus lui imposer le silence; personne ne pourra jamais plus la contenir.»

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« J’accuse »

« Si, par la simple force du nombre, une majorité pouvait priver une minorité d’un droit constitutionnel clairement défini, cela pourrait, au point de vue moral, justifier une révolution. »

(Abraham Lincoln, discours inaugural du 4 mars 1861)

Par Robert Lodimus

« Les Blancs débarquent », dirait l’historien Roger Gaillard. En attendant, la barque de la société haïtienne continue à dériver vers les rapides d’un désastre politique, d’une catastrophe économique et d’une péripétie financière avec des conséquences, – quoique prévisibles –, difficilement réparables. Le choc engendrera un niveau de destruction physique et de dérangement psychologique cent fois supérieur aux malheurs et aux détresses provoqués par le séisme du 12 janvier 2010, où plus de 300 000 mille compatriotes furent écrasés et ensevelis sous des blocs de béton armé. Nous ne sommes pas des prophètes de fatalité. Certains d’entre vous qui lirez ce texte réagiront probablement comme les individus qui se moquaient des avertissements prophétiques de Noé, le personnage de l’Ancien Testament. Et pourtant, le déluge arriva. Selon la légende, le récit hagiographique, les «Thomas » furent tous noyés sous les eaux de la colère et de la malédiction des cieux.

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« L’inconnu de Mer frappée » : Chapitre VII

— Par Robert Lodimus —

Chapitre VII

L’INJUSTICE

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Les deux militaires nous ont conduits, mon père et moi, dans une pièce sous- éclairée où l’on observait à l’arrière une table de bureau tellement blafarde, que le bois avec lequel elle était fabriquée semblait remonter à l’Âge de pierre. Sur le mur du fond, les regards hébétés, interloqués biglaient un crucifix qui représentait un Christ inoffensif, à moitié dévêtu, avec la tête souffrante légèrement penchée – comme toujours – vers l’Hyperborée. La salle était presque vide, à part une vieille armoire en acajou qui s’ajoutait au décor, et sur laquelle traînaient quelques cartables empilés de manière désordonnée. On avait facilement deviné qu’il s’agissait des dossiers de prisonniers politiques ou de droit commun incarcérés, libérés, décédés, assassinés ou exécutés… Le sergent Odilon, le mari de Mirana, accompagné de quatre « troufions », avait procédé lui-même à l’arrestation de Jésula Destiné. Le bizarroïde – révélation plutôt étonnante – venait du royaume lumineux d’Henri Christophe. Les yeux du sous-officier avaient la teinte rougeâtre du soleil couchant; son nez large et plat restait vissé sur un faciès lunaire; ses lèvres découvraient des gencives violettes qui soutenaient des dents brunies par la fumée des « cigarettes Splendid».

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Docteur Renan Pétion, un grand artisan du Combat des prolétaires…

Décédé le 17 septembre 2007 à Montréal

— Par Robert Lodimus —

« La misère, chargée d’une idée, est le plus redoutable des engins révolutionnaires. La misère est le canon, l’idée est le boulet. »

  (Victor Hugo)

Marcher lentement les bras croisés derrière un corbillard qui transporte la dépouille d’un proche parent ou d’un camarade à sa dernière demeure constitue une épreuve pénible, douloureuse, nullement souhaitable… Mais, que voulez-vous? Dire tout simplement comme Marcel Achard: « Il n’y a qu’une chose certaine dans la vie, c’est qu’on la perd. » À cela, faudrait-il ajouter: « On n’y peut rien… » Devant la crainte de l’Éternité angoissante, Montaigne a tenté lui-même de justifier son ressentiment obsessionnel: « Ce n’est pas la mort que je crains, mais de mourir. » Mourir: acte ultime et naturel certes, mais combien redouté… ! Transition incontournable…! Passage obligé pour un voyage définitif dans l’au-delà ombrageux. Ténébreux. Néantisé dans les consciences rebelles et impies.

Une trentaine de personnes juxtaposées dans une salle exiguë. Des pleurs étouffés. Des larmes timides sur des visages chagrinés. Moment de recueillement solennel devant un corps inerte, enfoncé dans une bière glaciale qui va descendre dans la gorge de la terre.

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« L’inconnu de Mer frappée » : Chapitre VI

— Par Robert Lodimus —

Chapitre VI

LE RAPPEL À L’ORDRE

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« Je n’ose plus regarder
Ce spectacle déchirant
Des bras fatigués
Qui tendent
Vers un ciel de plus en plus avare
Des yeux qui n’ont plus de larmes
Pour évacuer
Les souffrances de la misère
Des corps qui n’ont plus de jambes
Pour échapper
Aux flammes des calamités
Des poignets qui n’ont plus de mains
Pour s’agripper
Aux branches de l’espoir »

(Robert Lodimus, extrait de Vers L’aube de la Libération, poésie)

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Durant un long moment, mes pensées vagabondaient dans un couloir de souvenirs cauchemardesques. Et comment pouvait-il en être autrement au pays de l’hypertrophie de la phobie collective et de la mort violente ? Je me rappelle ce matin pluvieux où Clément, un membre proche de la famille, annonçait à mes parents qu’il avait décidé de s’expatrier à New York. Depuis la disparition de son frère aîné Ricot, enlevé de son foyer en pleine nuit à Port-au-Prince, celui-ci craignait pour la sécurité de son épouse, pour celle de ses enfants et pour la sienne. Émilio lui demandait s’il avait bien pris le temps de réfléchir.

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L’exil

— Par Robert Lodimus —

L’exil

L’exil
C’est la mort
On vieillit
On maigrit
La famille
Les amis
Les souvenirs
Les rues de notre enfance
Tout se confond dans notre mémoire
Au fil du temps qui passe

L’exil
C’est la feuille verte
Détachée de sa branche
Que le vent de la peur
Ou de la misère
Partout traîne rageusement
Et qui va sécher
Dans la savane
Les soirées de glace
Démaillent les illusions
Et les fantasmes
Sur les joues creusées
À coups de nostalgie
Se déploient
Comme sur un tissu à rayures
Les stigmates indélébiles
De l’exil tourmenté
Liberté
Ils ont assassiné
Notre « Soleil »
Tu n’existes plus

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« L’inconnu de  Mer frappée » : Chapitre V

— Par Robert Lodimus —

Chapitre V

L’ARRESTATION

Mon père paraissait étonné de me voir. Il m’a pris dans ses bras et m’a serré très fort contre lui. Le sergent Oscar, qui habitait presqu’en face de nous, contemplait de loin la scène émouvante de retrouvailles. Il nous a salués timidement de la main. Son visage découvrait de l’embarras. Oscar ne portait jamais d’armes à feu. Lorsqu’il n’était pas à la caserne, il discutait des parties de dames avec les adultes de la place ou jouait aux billes en compagnie des gamins qui l’appelaient respectueusement « oncle Oscar ».

Racontez-moi pour les examens, fiston !

Je crois que tout s’est bien passé. Je n’ai éprouvé aucune difficulté.

Votre mère, votre frère et votre sœur, ils vont bien ?

Oui, tout le monde va bien…

Cela fait plaisir de le savoir. L’important pour moi, c’est que vous n’êtes pas menacés…

Quand est-ce que vous allez revenir à la maison ?

Bientôt ! Enfin,… bientôt !

Pourquoi vous gardent-ils ici ?

Je ne sais pas !

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L’inconnu de Mer Frappée : Chapitre V

— Par Robert Lodimus —

Chapitre V

L’ARRESTATION

« Sous un gouvernement qui emprisonne injustement, la place de l’homme juste est aussi en prison. »

(Henry David Thoreau) 

Mon père savait ce qu’il disait, quand il m’a conseillé de faire attention à ce que j’écrivais dans mes cahiers de poèmes. Il avait lui-même fait l’expérience douloureuse et humiliante de l’emprisonnement politique. N’était-ce la présence d’Hestia, la déesse de la sécurité et du bien-être de la famille, il aurait même pu y laisser sa vie, comme d’autres victimes plus malchanceuses. Certains détentionnaires – parmi lesquels des professeurs de sciences sociales, des avocats membres du Barreau des Gonaïves, des médecins de famille, des élèves de lycée, des ouvriers, des porte-faix, des commerçants… – étaient transférés dans les goulags de la capitale, particulièrement vers les prisons de Fort Dimanche et des casernes Dessalines. La ville ne les avait plus revus. Les parents souffraient et pleuraient en silence, par crainte d’être dénoncés. Ces compatriotes avaient été interrogés par des puissants chefs macoutes – comme Luc Désir, Mme Marx Adolphe, Lisius Jacques, Zacharie Delva – et des militaires barbares – tels que Jean Tassy, Abel Jérôme, Max Valmé, Franck Romain… – qui, au mépris de la loi, les avaient jugés, condamnés, emprisonnés et conduits au poteau d’exécution.

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