La France, dans son large ensemble, n’avance pas à la même vitesse.
– Par Rodolf Etienne
Certaines régions attirent les habitants, produisent, innovent, exportent et maintiennent un chômage relativement faible.
D’autres accumulent vieillissement, pauvreté, dépendance, perte de population et faiblesse de l’investissement.
La Martinique n’est pas, chiffres en main, le « dernier de la classe » républicaine.
Mais son cas est peut-être plus dérangeant encore.
Possédant davantage d’atouts que plusieurs autres régions ou territoires, elle se voit tout de même largement dépassé.
La France, dans son large ensemble, n’avance pas à la même vitesse.
Il faut tout d’abord faire taire une idée simple. Non, la région française économiquement la plus mal en point n’est pas systématiquement la Martinique. La Guyane affiche un chômage de 19,3 % au premier trimestre 2026. La Réunion est à 19 %, la Guadeloupe à 15,2 %, contre 13,5 % en Martinique.
Sur la pauvreté, les dernières données régionales comparables placent également la Guyane, La Réunion et la Guadeloupe derrière la Martinique. Mais cette lecture brute aurait le désavantage de masquer quelque chose de bien plus grave.<p> Lire Plus

Dans le cadre de la lutte contre la pauvreté, le ministère des Solidarités a souhaité s’appuyer sur une information la plus complète possible sur les personnes en situation de précarité. Il s’est associé avec l’Insee pour publier un panorama des situations de pauvreté dans chaque région.
Les statistiques publiées mercredi détaillent notamment le taux d’obésité, les maladies respiratoires, les revenus, mais aussi les conditions de logement.
Le rapport annuel de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale souligne que plus de la moitié des familles monoparentales sont pauvres
Si le taux de pauvreté a légèrement reculé en 2012, le niveau de pauvreté s’intensifie dans un contexte de baisse globale du niveau de vie en France.
Le dernier rapport de l’INSEE sur les revenus et le patrimoine des ménages français révèle que les inégalités continuent d’augmenter, la crise semblant être passée pour les plus hauts revenus.
C’était en 1986, et déjà Ulrich Beck parlait de paupérisation civilisationnelle en expliquant que la dynamique historique ne serait pas celle de la sécurisation pour tous, mais bien plutôt de la démocratisation du risque. Certes, les clivages entre précaires et ceux qui ne le sont pas sont toujours présents, mais l’émergence des risques systémiques, invisibles, radioactifs, cumulatifs, a brisé la ligne de partage. « Ce que nous a appris la contamination radioactive, c’est que c’en est fini de l’autre, fini de nos précieuses possibilités de distanciation. On peut exclure la misère, on ne peut plus exclure les dangers de l’ère nucléaire. C’est là leur nouvelle force culturelle et politique. Leur pouvoir est le pouvoir du danger qui abolit toutes les zones de protection et toutes les différenciations de l’âge moderne. » La société du risque mondialisée, c’est cela : le « big business » de notre insécurisation, réelle ou supposée. Il n’est pas impossible que l’enseignement du risque systémique nous fasse entrevoir les vieilles réalités sociales (comme la migration de la misère) comme désormais inextricables. « La France doit prendre sa part de la misère du monde, mais n’a pas vocation à accueillir toute la misère du monde », dit un ministre de l’Intérieur, citant un ancien premier ministre.<p> 