Mardi 5 mai – 14h ★★★★
Sous les astres, la révolte des invisibles
— Par Hélène Lemoine—
Avec Soumsoum, la nuit des astres, Mahamat-Saleh Haroun poursuit le virage amorcé avec Lingui, les liens sacrés et signe une œuvre d’une grande tenue esthétique et morale, à la croisée du réalisme et d’un fantastique discret. Tourné dans les paysages grandioses du plateau de l’Ennedi, le film déploie un univers où la beauté minérale du désert dialogue avec les tensions sociales et spirituelles qui traversent les communautés tchadiennes.
Le récit s’attache à Kellou, adolescente marginalisée, marquée par une naissance entourée de croyances ambivalentes. Considérée comme porteuse de malheur, elle incarne la figure du bouc émissaire, rejetée par les siens dans un environnement dominé par la peur de la différence. Sa rencontre avec Aya, sage-femme elle aussi ostracisée, ouvre un espace de transmission et de résistance : entre ces deux femmes se tisse une solidarité profonde, fondée autant sur l’expérience de l’exclusion que sur une forme de savoir invisible.
En s’aventurant sur le terrain du merveilleux — non comme un effet spectaculaire, mais comme une extension du réel — Haroun enrichit son cinéma d’une dimension symbolique nouvelle.


Les vendredis 15 et 22 novembre 2019 à 20h30
De Laurent Gaudé, nous avons déjà eu le bonheur de voir à Fort-de-France, dans une mise en scène de Margherita Bertoli,
Décidément Molière a tout pour se sentir à l’aise en Avignon. Après Les Fâcheux dont nous rendions compte dans notre précédent billet, nous découvrons cette M.E.S. de L’Ecole des femmes dans le style de la commedia dell’arte. Certes, Molière ne reconnaîtrait pas exactement son texte ou plutôt il serait surpris par quelques ajouts (une conteuse, des intermèdes chantés) et suppressions (comme le personnage du notaire) car les alexandrins fameux sont bien là et donc le drame du vieil Arnolphe désespérément amoureux de la jeune Agnès. Ecoutons-le :
La pièce de Laurent Gaudé, « Médé-Kali » est, à l’évidence, d’actualité. La preuve en est qu’elle a été mise en scène presque simultanément, en février 2016, au Théâtre de la mer (Joliette Minoterie), à Marseille, ainsi que dans le 93, à Montreuil-sous-Bois. Montée par la Cie Kamma crée par Karine Pédurand, elle a été jouée en Guyane, début novembre, puis à L’Archipel de Basse-Terre, en Guadeloupe les 20 et 21 janvier 2017, avant d’être présentée au public martiniquais le 24 janvier, dans le cadre du Festival des Petites formes, à L’Atrium. La voici revenue en Guadeloupe, ce vendredi 27 janvier, mais dans un lieu hautement emblématique cette fois, le Mémorial Acte. Nul doute que la réception d’une telle pièce dans ce « Centre caribéen d’expressions et de mémoire de la traite et de l’esclavage », ne peut que se charger d’une coloration particulière. « Médée-Kali » peut-elle apporter une quelconque contribution à un vivre-ensemble harmonieux, permettant que s’opère, à travers l’horreur que suscite cette histoire tragique, la catharsis des sentiments de haine et de vengeance engendrés par l’histoire douloureuse de l’esclavage ?