Étiquette : émancipation

Martinique : Identité du delirium tremens ?

– Par Rodolf Étienne

« L’homme a peur de son rêve au moment de le satisfaire… »

L’Appel. Les Indes. Édouard Glissant. Ed. Du Seuil, 1956.

Précision indispensable : le delirium tremens est une urgence médicale liée au sevrage alcoolique sévère. Il n’est nullement utilisé ici comme qualification médicale de la société martiniquaise, mais exclusivement comme image littéraire et politique du sevrage et de la dépendance.

La Martinique semble parfois hésiter au seuil de sa propre transformation : entre désir d’émancipation et besoin de protection, revendication identitaire et dépendance économique, créolité assumée et attachement au cadre français.

Le tremblement du sevrage

La question est moins simple qu’elle n’en a l’air. Depuis plusieurs générations, le discours collectif porte simultanément une volonté de différenciation et une demande d’égalité, un désir d’autonomie et un besoin de protection, une critique de la dépendance et une inquiétude profonde devant les conséquences de sa disparition. En clair, le Martiniquais affirme vouloir davantage décider, ici-même, en Martinique, mais continue à attendre énormément de Paris. Il dénonce une économie dépendante, mais une part essentielle de son niveau de vie repose sur des mécanismes de redistribution, des dépenses publiques, des prestations sociales, des rémunérations et des investissements qui s’inscrivent dans l’ensemble français et européen.<p>  Lire Plus

Fort-de-France : L’usure du pouvoir dans le miroir de l’Afrique

– Par Rodolf Étienne

Au moment où la rentrée scolaire remet sous nos yeux les transformations démographiques de la capitale, Fort-de-France offre une contradiction politique particulière qui mérite d’être regardée sans révérence excessive.

Ici, il faut préciser ! Le PPM (Parti Progressiste Martiniquais) ne gouverne pas Fort-de-France depuis 1945, puisqu’il n’a été créé qu’en 1958.

Aimé Césaire fut d’abord élu sous l’étiquette communiste. Mais la continuité politique issue du césairisme est incontestable. Aimé Césaire de 1945 à 2001, Serge Letchimy de 2001 à 2010, Raymond Saint-Louis-Augustin de 2010 à 2014, puis Didier Laguerre depuis 2014.

Nous parlons donc, en 2026, de quatre-vingt-une années de continuité politique municipale. Cette durée n’est pas en elle-même antidémocratique. Lors des récentes élections, les Foyalais ont librement voté. Des oppositions se sont présentées. Toute élection est libre. Vouloir assimiler Fort-de-France à quelque régime autoritaire que ce soit serait absurde. Mais la démocratie ne se mesure pas seulement à la possibilité juridique de changer de pouvoir, elle se mesure également à la réalité de cette possibilité.

Une majorité arrivée depuis quatre ans peut invoquer l’héritage. Après quatre-vingts ans, l’héritage devient aussi un bilan.<p>  Lire Plus